Brittany Susan Pierce, District 12, obtient la note de 11.

Mike ne put s'empêcher de regarder Brittany un peu plus intensément. Elle ne se trouvait qu'à un point de la note maximale. Jusque-là, personne n'avait obtenu une telle congratulation de la part du jury.

Il regarda leurs doigts entrelacés (il avait gracieusement proposé sa main à Brittany en attendant les résultats), songea à quel point il avait rapidement évalué cette fille.

Peut-être cette fille du Onze n'avait-elle pas tort ? Peut-être ceci était une stratégie ?

Si c'était le cas, pensa Mike, c'était brillant. Elle s'était attiré la sympathie de l'asiatique, lequel aurait été l'un de ses plus grands adversaires puisqu'ils n'avaient pas conclu d'alliance. En lui demandant de la tuer, elle avait balayé ses soupçons, l'avait empêché de dormir pendant deux nuits entières et l'avait pratiquement dissuadé de toucher à l'un seul de ses cheveux. Mieux encore, Mike avait même envisagé de la protéger.

Comment avait-elle pu obtenir une note si élevée si elle était aussi peu déterminée qu'elle ne le montrait ? Comment se faisait-il qu'elle avait semblé nerveuse dans l'attente d'un tel résultat ?

Il aurait voulu poser toutes ces questions.

« Félicitations, se contenta-t-il de lui dire, la bouche soudainement pâteuse. Tu leur as montré ce dont tu es capable avec un arc ?

-Oui, répondit-elle. Et… Je pense que j'ai fait mon petit effet.

Mike fronça les sourcils. Elle l'entraîna dans une courte accolade. Il choisit de laisser ses réflexions à plus tard. Burt congratule Brittany, sans savoir réellement quoi dire, sans savoir s'il doit s'étaler en effusion face à la petite blonde qu'il avait enterrée depuis son arrivée ici. Chang est incapable de l'aider, plongé dans le même état d'incompréhension. Il n'a pas l'air d'être au courant de la moindre petite chose.

Si la gosse manipule quelque chose seule, cela est foutument intelligent, se contenta-t-il de penser. Il ratura dans sa tête l'idée que ça faisait d'elle une adversaire à Mike, au garçon auquel il s'était attaché malgré la froideur qu'il s'efforçait de laisser entre eux. Il se refusait à penser ce genre d'horreur.

Mike Chang, District 12, obtient la note de 9.

Il sourit. Brittany prit une nouvelle fois l'asiatique dans ses bras, embrassa sa joue et laissa ses lèvres s'y attarder plus que de raison. Pourquoi cette affection, soudainement ? Leur mentor analysait chaque geste de la blonde, à présent. Peut-être compensait-elle l'arrivée de cette excellente note par cette tactilité exagérée, peut-être s'efforçait-elle de rester la petite chose fragile qu'elle avait cessé d'être à l'instant même où le speaker officiel des Jeux avait annoncé sa note à la télévision.

Brittany se leva.

Mike la regarda s'éclipser, comme s'il s'attendait à ce que quelque chose ne lui paraisse plus clair dans la façon qu'elle avait de marcher.


Puckerman jeta une bouteille de bière au hasard, sur le sofa où s'était avachie Lopez, une dizaine de minutes plus tôt. Elle la rattrapa, le remercia d'un grognement et l'ouvrit avec ses dents, avant de se redresser légèrement pour la boire.

Les rêves qu'elle venait de faire rendaient sa bière amère.

« Les résultats ont été diffusés, commença Puck.

Ses lèvres se décrochèrent immédiatement du goulot, et articulèrent des millions de questions à une rapidité effarante.

-Tu as eu 9, Sanita, asséna-t-il d'un ton paternel. C'est une excellente note.

Santana grogna d'insatisfaction. Son petit numéro avec les épées était parfait, comment avait-il pu être accueilli avec un pathétique neuf ?

-Combien as-tu eu, toi ?

-8.

Elle ricana.

-Le District Onze est ridicule, cette année, commenta-t-elle. Combien a obtenu cette fille, du Douze ? J'ai promis au fils du Dalaï-Lama que je l'éliminerai, je veux m'assurer de ma victoire.

-11, répondit-il calmement.

Santana but une gorgée de sa boisson avant de lancer un coup de menton à son coéquipier, d'un air d'attente.

-11, répéta-t-il.

-11 quoi ?

-Elle a eu 11.

La tâche sur le sol n'était pas, comme ce que Santana avait raconté à leur mentor, le résultat d'une envie pressante de Noah. De stupeur, elle recracha sa bière avant de contempler le liquide s'infiltrer dans l'épaisseur moletonnée de la moquette. Un instant, elle fut étonnée que cette moquette puisse se tâcher, étonnée que cette perfection technologique lui permette encore de laisser une trace aussi disgracieuse parterre. Une tâche, une tâche était quelque chose d'humain, et elle n'avait pas pensé qu'il y ait place pour quelque chose d'aussi négligeable dans la blancheur scientifique des appartements du Capitole.

-11, murmura-t-elle.

Avant d'ajouter :

-Je ne comprends pas.

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?

-Je pensais que… Qu'elle nous menait tous en bateau. En jouant la carte de la biche effrayée, elle aurait convaincu beaucoup de monde qu'elle ne durerait pas longtemps dans l'arène. Donc, elle n'était pas une adversaire à suivre. Cette tactique a déjà été adoptée, il y a quelques temps, non ?

-Si on suit ton idée, elle aurait dû se débrouiller pour obtenir un 4 tout au plus, c'est ça ?

Santana hocha la tête. Décidément cette fille l'agaçait. Tout d'abord, parce qu'elle aurait aimé avoir l'idée d'interpréter une petite chose fragile également-même si son allure hispanique lui aurait compliqué la tâche. Elle s'était fait de la blonde une ennemie. Sur sa liste de personnes à achever, elle se plaçait juste avant l'asiatique et ce grand gars sexy du Deux. Elle jubilait à l'idée de montrer qu'elle, Santana Lopez, n'était pas dupe, qu'elle avait compris, et qu'à présent Pierce allait regretter de s'être payé sa tête.

Mais alors… Pourquoi 11 ? Les morceaux ne collaient pas.

-Peut-être cette fille n'a-t-elle aucune stratégie, Santana. Elle sait qu'une bonne note peut attirer les sponsors. Elle n'est pas idiote. Et vu son peu d'entraînement… Un coup de chance ?

Elle acquiesça, sans relever sur le fait qu'obtenir un 11 était une tâche qu'on ne pouvait aisément pas qualifier de coup de chance.

Santana Lopez n'allait pas se laisser avoir ainsi. Elle dégommerait chaque personne qui oserait se placer en travers de son chemin. C'est ainsi qu'elle s'efforçait de penser depuis des jours. Après tout, ce n'était pas tellement différent des jeux-vidéos auxquels elle jouait lorsqu'elle rendait visite à ses cousins du Trois. Il suffisait de se contenter d'un aspect moins concret de l'écran qui la séparait de l'action. Il de se concentrer sur un coin, une partie de l'écran, pour que le film d'horreur perde de son cachet.

Brittany S. Pierce était devenue cet écran, désormais.


« Quinn !

Q lâcha l'écran des yeux, se retournant vers Sebastian.

-Si je n'avais pas une idée du prix de ces trucs, dit-il en pointant la longue traîne noire dont elle était affublée, je m'empresserais de te l'arracher. Tu es divine.

Elle lui sourit.

-Tu es beau aussi.

Quinn Fabray.

-C'est ton tour.

-J'ai entendu, je te remercie.

-Montre leur que le Deux sera celui de la victoire, cette année, d'accord ? Ou plutôt, chauffe-les pour mon entrée.

Elle rit avant de se diriger vers les trois escaliers qui menaient à l'estrade illuminée. Rachel Berry, du Un, lui donna un coup dans les hanches en passant. Elle portait une robe rouge qui saillait son corps blanc et musclé, entraîné pour être à la fois adorable et efficace. Une carrière du Un. En croisant son visage, ses yeux marrons et ses lèvres gonflées, Quinn ne put s'empêcher de penser qu'elle allait devoir tuer quelque chose d'aussi joli.

-Jolie robe, lui dit asséna-t-elle cependant seulement, d'un ton sanglant.

Et, avant qu'elle ne puisse le comprendre, des millions de regards se tournaient vers elle.

« Quinn Fabray, aussi splendide que ses vêtements !

Elle remercia d'une révérence exagérée avant de prendre place sur le grand siège rouge. Elle n'était pas vraiment très à l'aise avec l'idée de faire une promotion d'elle-même, elle haïssait le fait de devoir prendre des poses, sourire aux gens, alors qu'elle n'avait envie que d'arracher les cheveux gélifiés de Flickerman et l'empoisonner avec. Mais c'était une question de survie. Une partie du contrat.

-Alors, Quinn, je t'avoue que je suis très curieux. L'année dernière, tu n'as pas participé à la Moisson de ton District ? Pour quelle raison ?

Elle inspira une goulée d'air, priant pour que son malaise n'ait pas l'air trop évident. Ce type savait parfaitement le pourquoi du comment, simplement la production s'appliquait à les mettre à l'épreuve. Ou bien était-ce un service rendu ? Emouvoir le Capitole était une chose ardue. Mais Q avait ces cartes en sa possession.

-Pour tout vous dire, l'an dernier, j'ai eu un enfant.

Elle savait parfaitement comment s'y prendre. Elle en avait honte, mais elle voulait survivre. A l'heure actuelle, c'était sa priorité. Et puisqu'elle avait besoin de quelque chose à quoi s'accrocher, puisque les morceaux éclatés de sa vie passée ne suffisait pas, elle s'attacherait à l'idée qu'elle se faisait de Beth.

-Un enfant ? Quel heureux évènement !

Elle offrit un sourire réservé. Elle avait conscience que si elle baissait la tête sur le côté, elle ressemblait à un ange implorant. Elle le fit.

-Quel est son nom, dites-moi ?

C'était la seule certitude de Q à ce sujet. Son prénom.

-Beth.

-Beth ! Une belle petite fille, n'est-ce pas ?

-Sans doute.

-La génétique ne ment pas, mademoiselle ! Et je vais vous dire quelque chose : vous devez gagner ces Jeux pour Beth ! Imaginez son regard à votre retour, la fierté qu'elle éprouvera et tout ce qu'elle pourra raconter à ses amies…

-Nous… nous n'habitons pas ensemble.

Un silence théâtral s'installa dans le public. Quinn évitait de penser à tout ce que cela remuait dans son ventre. Elle se contentait de jouer une comédie, de répondre aux attentes du Capitole, de rentrer dans ce moule. Pourtant, c'était vrai. Elle gagnerait. Pour Beth.

Ceasar Flickerman la regardait d'un air entendu, attendant qu'elle poursuive son récit.

-Mes parents n'ont pas été enchantés par cette grossesse. J'ai dû la cacher. Mais dès que… Dès que, vous savez, mon ventre est devenu un vrai ballon de baudruche… Vous avez dû entendre parler de ce stade de la gestation, n'est-ce pas ? Vous avez ça, au Capitole ?

Une légère pique amusée au Capitole, histoire que le public se sente visé, privilégié, chouchouté, en quelque sorte. Parfait.

-Ils… Ils m'ont jeté dehors. Et ensuite, lorsque j'ai accouché, j'ai donné Beth à l'adoption. Je n'avais pas la possibilité de la garder. Je n'en avais pas les moyens.

Les larmes. Ce serait l'apothéose, le clou du spectacle. De plus, le maquillage que l'on avait apposé sur ses joues était tellement épais, ses larmes rouleraient dessus sans laisser apparaître la moindre rougeur sur son visage. Il était temps de profiter du visage de glace dont elle disposait: elle arrêta sa respiration, contracta l'intégralité de ses muscles, pendant que son cerveau s'affairait à lui rejouer l'une de ces berceuses qu'elle aurait voulu chanter à sa fille.

-Je… Je vais gagner ces Jeux, Ceasar. Comptez sur moi. Je les gagnerai pour elle.

Elle détourna son regard de Flickerman, se tournant vers le public, s'adressant ouvertement à lui. Elle essuya une larme de son index. Elle avait fait attention à en verser le nombre qu'il fallait, juste assez pour bouleverser le public, trois ou quatre.

-Je vais gagner ces Jeux ! Répéta-t-elle d'une voix forte et assurée, cette fois. Vous m'entendez, le Capitole ? Je vais gagner ces jeux !

On l'acclama, lui accorda une standing-ovation, on la siffla, on l'applaudit, on épela son nom à l'unisson, on la congratula. Elle quitta la scène, un sourire satisfait sur le visage. Elle avait toujours eu ce talent de donner au professeur, lors d'une rédaction par exemple, exactement ce qu'il voulait: et pour ceci elle était prête à se défaire de sa vision des choses. Elle avait un don lorsqu'il s'agissait d'embrouiller sous des masses de mots ce qu'elle pouvait réellement ressentir, elle avait un don pour que les gens pensent qu'elle s'était ouverte à eux, s'abandonnant comme une enfant à sa mère, tandis qu'elle se félicitait de si bien les berner. Oui, Quinn Fabray savait se faire aimer tant qu'on ne perçait pas, derrière le voile de ses yeux verts, les pièces défectueuses de son fragile équilibre.

-Vous entendez, le Capitole ? Souligna Flickerman. Nous n'avons certainement pas fini d'entendre parler de Quinn Fabray ! »