Disclaimer : Rien à moi, tout à Kishimoto Masashi.
Rating : M
Dernières notes : Un peu plus d'action dans ce chapitre que dans les précédents. On commence (enfin !) à entrer dans le vif du sujet.
Un grand merci à Mayura-8 pour sa bêta-lecture, ainsi qu'à toutes celles et ceux qui suivent cette histoire. En particulier aux revieweurs anonymes à qui je n'ai pas pu répondre. N'hésitez pas à me faire savoir ce que vous en avez pensé, même si c'est juste pour faire un petit coucou. J'adore les reviews, c'est mon carburant, mon oxygène... enfin, vous m'avez compris.
Les critiques constructives sont toujours les bienvenues.
Bonne lecture
CHAPITRE 4 : Magie des Neiges (2)
Kakashi dormit longtemps, très longtemps, d'un sommeil sans rêve, ni cauchemar. Il en était ainsi depuis son arrivée dans la cabane. D'ordinaire, il ne passait jamais une nuit sans être hanté par les fantômes de son passé. Curieusement, ce n'était plus le cas, depuis quelques temps, ils le laissaient en paix.
Lorsqu'il se réveilla, le soleil brillait à travers les fenêtres de la cabane. La tempête de neige avait finalement prit fin. Kakashi se redressa et chercha du regard le chûnin.
La veille, Iruka lui avait adressé un sourire. Une tentative pour dédramatiser le sérieux de leur conversation et des propos durs qui avaient été échangés. Toutefois, ce fut un sourire bien triste. Un silence gêné s'était alors installé.
Kakashi avait ensuite prétexté qu'il avait besoin de repos pour arrêter la partie de shôgi et mettre un terme à leur embarras respectif. Le chûnin n'eut rien à redire et avait laissé le blessé se recoucher, tandis qu'il était retourné à ses rouleaux médicaux.
Kakashi n'avait pas aimé ce sentiment de culpabilité qui lui avait étreint la poitrine. Iruka faisait resurgir malgré lui trop de souvenirs. Les bons comme les mauvais.
L'Anbu avait fait de son mieux pour oublier cette conversation qui avait été humiliante pour l'adolescent et amère pour lui-même. Il détestait avoir des remords, cela lui rappelait qu'il avait encore une conscience.
Finalement, il avait fermé les yeux et s'était endormi avec le sourire triste d'Iruka pour dernière image.
Et voilà qu'à son réveil, le chûnin semblait avoir encore disparu, à moins qu'il ne soit dans la salle de bain. Le blessé saisit ses béquilles et se releva tant bien que mal. Il parcourut la distance jusqu'à la porte et toqua doucement.
"Iruka ?"
Aucune réponse. Il décida d'entrer. Personne. L'adolescent était peut-être dehors. Kakashi retourna dans la pièce principale et prit la peine, cette fois, de s'envelopper dans l'épais manteau qui était suspendu à côté de la porte d'entrée, puis il chaussa les bottes laissées dans le genkan. Une fois parfaitement couvert, il sortit.
Le soleil était resplendissant et pendant quelques instants il fut ébloui par la clarté du jour. Il mit sa main en visière pour se protéger l'œil et quand il fut enfin habitué à la réverbération de la lumière sur la neige, il abaissa sa main. Le chûnin était bien là. Il portait un kimono aux couleurs clairs et un manteau assorti. Il tenait dans sa main droite son arc et le carquois contenant les flèches était suspendu à une lanière en bandoulière sur son épaule. Il regardait autour de lui, à l'affût. Ses pieds luisaient de chakra, tandis qu'il avançait sur le manteau neigeux. Le froid piquant faisait rougir ses joues et transformait son souffle en vapeur blanche.
"Iruka ?"
Le chûnin se retourna et lui sourit. Il semblait content de le voir car il n'y avait plus de tristesse dans son sourire. Il s'avança ensuite vers lui.
"Vous voilà ! Commença-t-il. J'hésitais à venir vous réveiller."
Kakashi ne lui répondit pas immédiatement. Il avait l'impression que le jeune garçon était en réalité une de ces créatures surnaturelles des mythes et des légendes qui peuplaient les forêts et les terres sacrées.
"Iruka," répétat-t-il après un moment.
Il avait l'impression de le voir pour la première fois, de découvrir sa véritable nature. Il avait l'impression que la tempête avait balayé tous ses préjugés.
"Anbu-san ? Est-ce que ça va ?" S'inquièta le jeune garçon.
Kakashi se doutait que son regard devait être trop insistant mais l'adolescent était pour ainsi dire... beau.
"Iruka, je voulais te dire..."
Il avait aussi besoin de lui dire que les paroles dures qu'il avait eu à son égard la veille, n'étaient pas justifiées car il ne savait rien de la situation dans laquelle l'adolescent s'était retrouvé, ni des choix qu'il avait dû faire. Qu'il regrettait de l'avoir jugé alors qu'il lui devait la vie.
"Je crois savoir de quoi vous voulez parler," l'interrompit Iruka avec un sourire doux sur les lèvres avant de baisser les yeux.
L'Anbu eut alors un geste que jamais il n'aurait cru possible et qui allait à l'encontre de tous ses principes. Il tendit la main au jeune garçon pour qu'il vienne à lui. Lui, le capitaine Anbu, qui avait toujours arboré la proximité physique, voilà qu'il invitait une autre personne à lui prendre la main et à le rejoindre. Le chûnin parut surpris de la démarche mais l'accepta et se laissa attirer.
"Iruka, lui dit-il en le tirant lentement sous le porche, je suis peut-être considéré comme un génie mais bien souvent je me comporte comme un parfait crétin."
Lorsque l'adolescent fut assez proche de lui, il posa maladroitement sa main sur sa joue, puis il inclina la tête jusqu'à ce que son front repose contre celui du chûnin.
"Si ce sont des excuses pour hier, je les accepte volontiers," murmura ce dernier.
Kakashi sourit sous son masque. L'adolescent ne doutait de rien, sauf de lui-même. L'Anbu se disait que dans des circonstances différentes, le jeune garçon devait être un adversaire redoutable.
"Que vas-tu faire de moi ?"
Le chûnin haussa des épaules.
"Je vais vous garder encore un peu car je n'ai pas le cœur de vous jeter dehors en plein hiver."
"Je suis pardonné, alors."
"Je ne suis pas quelqu'un de rancunier."
Iruka s'écarta ensuite de l'homme aux cheveux d'argent, les joues un peu plus rouge à cause du froid, ou plus sûrement à cause du contact avec l'Anbu.
"Je dois aller vérifier que mes pièges sont toujours en place. J'ai bien peur que le vent et la neige aient tout détruit."
L'Anbu acquiesça et lui adressa un sourire sous son masque.
"Très bien, j'attendrai ton retour avec impatience."
Iruka rougit encore un peu plus fort et se détourna de l'homme masqué, en espérant que celui-ci n'ait rien remarqué, même s'il savait que c'était peine perdue. Il concentra ensuite un peu plus de chakra sous ses pieds, avant de donner une impulsion et de disparaître dans les branches enneigées des arbres.
xoxoxoxoxoxo
Iruka filait comme le vent, sautant de branche d'arbre en branche d'arbre, avec facilité et agilité, laissant à peine l'empreinte de ses pas dans la neige fraîche. Durant les trois jours qu'avait sévit la tempête de neige, le paysage avait considérablement changé, heureusement qu'Iruka connaissait bien le secteur car il n'eut aucune difficulté à se repérer. Il devait impérativement vérifier l'état de ses pièges et envoyer des clones en reconnaissance. Il espérait sincèrement que la tempête avait eu raison des ninjas d'Iwa mais il ne pouvait pas en être totalement sûr. Tant qu'il ne possédait pas les preuves de leur mort, il devait les considérer comme vivants et potentiellement dangereux.
L'adolescent créa trois clones et les envoya explorer les environs à la recherche d'éventuelles traces d'activités humaines, comme le jour où il avait recueillit l'Anbu blessé. Puis il passa près d'une heure à retendre ses pièges à base de fils de chakra, de parchemins explosifs et autres grenades. Il fut soulager de constater qu'aucun être humain possédant du chakra n'avait franchi sa toile piégée. Seule la tempête et le vent avaient détruits en bonne partie ses fils, sans pour autant avoir déclenché les pièges qui y étaient rattachés. Lorsqu'il eut terminé, il s'apprêtait à rentrer à la cabane quand un de ses clones revint. C'était mauvais signe qu'il rentre aussi tôt.
"Rapport."
Le clone afficha une mine à la fois inquiète et ennuyée, celle qu'il avait lui-même lorsqu'il était face à un problème mais il conserva le silence. Devant le mutisme de son autre lui-même, Iruka effectua rapidement les sceaux pour le dissiper. Le chakra contenu dans ce dernier, regagna son propriétaire pour lui délivrer l'ensemble de ses souvenirs. L'espace d'une seconde, il retint son souffle, le temps d'asssimiler toutes les nouvelles informations.
Quand ce fut fait, il rassembla ses affaires et prit la direction par laquelle son clone était arrivé. Il avait besoin de voir par lui-même.
xoxoxoxoxoxo
Après le départ d'Iruka, Kakashi était resté dehors. Le froid vivifiant de l'hiver lui brûlait les poumons mais cela lui faisait du bien, surtout au bout de trois jours passé dans la cabane sans pouvoir sortir.
Il marchait lentement sous le porche de la petite habitation en bois pour échauffer ses muscles raidis par l'inactivité. Les béquilles étaient toujours d'un grand secours mais commençaient à le gêner dans ses mouvements. Il se sentait un peu plus fort.
Il essaya de marcher sans elles afin de tester son équilibre et la solidité de ses jambes. Après quelques instants, à faire des allers et retours sous le porche, il trouva qu'il y avait une nette amélioration. Il pouvait tenir debout sans s'effondrer, marcher un moment sans trop se fatiguer, même si ses muscles protestaient et que sa peau tirait. Il ne pourrait certainement pas courir un marathon dès maintenant mais il était certain qu'avec un bon échauffement, il pourrait marcher de manière plus soutenue.
Qu'en était-il de ses réserves de chakra ? Il ferma les yeux et se concentra sur son noyau d'énergie physique et spirituelle. Celui-ci était bien présent, tourbillonnant lentement mais aussi éclatant que la foudre venant de frapper. Kakashi sourit, il n'était pas à son meilleur niveau en terme de quantité ; cependant, son repos forcé avait eut un effet bénefique sur la qualité. Il n'avait pas vu son chakra aussi rayonnant depuis très longtemps.
Satisfait par cette constatation, il utilisa ensuite le pied d'une béquille pour évaluer la profondeur de la neige. C'était de la poudreuse et elle n'était pas assez tassée pour qu'il puisse marcher dessus sans s'enfoncer jusqu'aux genoux. Il fallait donc faire comme Iruka. Avec ses mains, il exécuta un signe pour focaliser sous ses chaussures suffisament de chakra pour pouvoir marcher sur la neige. Tout se passa pour le mieux, pas de douleur fulgurante avec la mort pour effet secondaire.
Il fit ensuite quelques pas hésitants sur le manteau neigeux avant de prendre un peu plus d'assurance et de s'éloigner davantage de la cabane. C'était fantastique pour l'homme masqué de pouvoir à nouveau bouger par lui-même, sans l'aide de béquilles et d'utiliser son chakra sans ressentir une quelconque douleur. Il lui restait encore à tester le Sharingan mais il préféra attendre d'être de retour dans la cabane pour pouvoir le faire.
Une légère brise souffla et fit tomber un peu de neige de la cime des arbres. L'atmosphère venait soudainement de changer. Kakashi eut à peine le temps de se retourner quand une boule de neige l'impacta en plein visage. Il eut un vif frisson, le froid glacé de la neige s'insinuant à travers la toile de son masque et dans le col de son manteau. Il n'eut même pas l'occasion de s'en débarrasser car une pluie de boules de neige s'abattit sur lui. Il bondit en arrière et atteignit le porche, ramassa une béquille restée à terre et la brandit devant lui. Il effectua alors une série de moulinets et détruisit toutes les boules avant qu'elles ne le touchent.
Derrière lui, le porche était recouvert par la neige lancée par le mystérieux assaillant. Kakashi s'en préoccupa à peine car il bondit sur la branche du premier arbre à proximité et s'élança en direction des tirs. La manche d'un manteau aux couleurs clairs flottant derrière le tronc d'un arbre, attira son regard, il lança aussitôt la béquille qu'il avait conservé avec lui. Iruka apparut à ce moment là et fut frappé de plein fouet par l'objet, il perdit l'équilibre et chuta en poussant un cri. Il y eut un pouf et un nuage de fumée cependant, ce n'était pas Iruka qui reposait au sol mais une bûche de bois, comme celles qu'abritait le auvent de la cabane.
L'Anbu sourit sous son masque. Le gamin était très malin. Kakashi commençait à éprouver un certain plaisir à le pourchasser. Un plaisir qui ressemblait même à de l'excitation et ça c'était tout nouveau pour l'homme masqué.
Il descendit ensuite récupérer son arme de fortune. Où était passé le chûnin maintenant ? Un léger bruissement se fit entendre derrière lui, il se tourna et aperçut de nouveau un pan du kimono du jeune garçon. Est-ce qu'il s'agissait encore d'un clone ou du véritable Iruka ?
Il y eut un autre froissement de tissu, une nouvelle boule de neige fut lancée dans sa direction, accompagné d'un petit rire. L'homme aux cheveux d'argent esquiva facilement le projectile mais il n'avait pas vu que dans l'ombre du premier se cachait un deuxième qu'il reçu en plein visage.
Le petit rire retentit de nouveau aux oreilles de Kakashi. Le gamin se moquait de lui ouvertement. L'Anbu commençait à trouver le jeu du chûnin légèrement frustrant, sûrement parce qu'il n'avait pas l'habitude qu'on le fasse tourner en bourique. Il fallait qu'il l'attrape au plus vite.
Certes, il ne pouvait pas courir après les deux Iruka et encore moins se dédoubler, surtout dans son état. Il avait déjà trop forcé, son corps ne manquait pas de lui rappeler, qu'il y a quelques jours encore, il avait failli mourir. Une raison de plus d'attraper l'adolescent rapidement.
Iruka apparut de nouveau à sa droite, à moitié dissimulé par des arbres, puis à sa gauche. L'Anbu se trouvait encerclé par deux Iruka. Voilà que le chasseur était devenu le chassé. Une situation intéressante mais il lui était imposible de savoir lequel était le vrai, ni même si tous les deux n'étaient pas des clones.
S'il ne pouvait pas le déterminer par leur physique ou le chakra, il devait essayer autre chose. Connaissant le chûnin et sa nature timide, il décida de tenter une autre approche.
"Maaa ! On pourrait en faire des choses à nous trois, soupira-t-il de béatitude. Je connais deux ou trois trucs qui…"
Il n'eut même pas le loisir de terminer, la réaction du véritable chûnin ne se fit pas attendre.
"Non mais c'est quoi cette proposition de pervers !" S'écria l'Iruka de droite, rouge de colère, fulminant sur place, poings serrés et yeux fermés.
Il n'en fallut pas d'avantage à Kakashi pour en déduire qu'il s'agissait du vrai. Une simple impulsion de chakra sous ses pieds et il se jeta sur le jeune garçon avant que celui-ci ne réalise ce qui lui arrivait. Ils s'écroulèrent tout les deux dans la poudreuse. Derrière eux, le clone disparut dans un nuage de fumée.
Kakashi se sentit ragaillardit par le corps de l'adolescent sous lui. Sa chaleur contrastait avec le froid de la neige. Les yeux de biche du chûnin le dévisageaient en état de choc. L'homme aux cheveux d'argent voulu dire quelque chose pour rompre le malaise naissant mais il n'en avait pas vraiment envie. Il trouvait cette situation plutôt amusante et il était curieux de voir comment Iruka allait réagir.
"Je vois que vous commencez à recouvrer vos forces, Anbu-san," dit-il enfin au bout d'un certain temps.
Le jeune garçon avait parlé d'une voix calme mais ses yeux trahissaient encore ses émotions. Il semblait digérer la manière peu orthodoxe qu'avait utilisé l'Anbu pour le démasquer. Il était tellement facile à lire mais Kakashi lui reconnaissait au moins une certaine maîtrise.
"Il semblerait en effet," répondit-il sans bouger pour autant.
"Je suis heureux de constater que vous n'avez pas perdu vos réflexes," ajouta-il.
"Je trouve que je suis encore un peu lent," remarqua Kakashi.
"Vraiment ?" répliqua Iruka incrédule.
Le chûnin se demandait quelle serait la force du shinobi d'élite s'il était en pleine possession de ses moyens. Il l'avait attrapé sans avoir eu recours à un seul jutsu.
"Hmm..., fit Kakashi, est-ce que par hasard tu aurais mis au point cette attaque pour évaluer mon état ?"
"On ne peut rien vous cacher, Anbu-san."
Ils restèrent un moment à se jauger du regard avant qu'Iruka finisse par parler à nouveau.
"J'apprécierais grandement que vous vous poussiez pour que je puisse me relever."
"Pas avant que tu me dises ce que tu as trouvé dans la forêt qui te pousse à me tester."
Le visage du jeune garçon se ferma.
"Un de mes clones a trouvé un trou dans le sol. Assez grand et profond pour abriter plusieurs personnes. La terre tout autour avait été fraîchement retournée et il n'y avait pas de neige à l'intérieur. Je pense que vos poursuivants l'ont creusé pour se protéger de la tempête et qu'ils en sont ensuite ressortis."
Kakashi fronça son sourcil visible.
"Nous devons partir."
"C'est trop tard. On ignore où ils sont maintenant, nous pourrions très bien tomber sur eux en partant et vous ne seriez pas en état de les affronter."
"Tu suggères quoi ? D'attendre ? Je croyais que tu voulais partir dès la fin de la tempête."
"Nous partirons, confirma Iruka, mais d'abord vous allez prendre le remède que je vous ai préparé et me laissez vérifier que vos blessures ne se sont pas réouvertes."
L'Anbu ne paraissait pas d'accord avec ce changement de plan. Même s'il ne montrait rien et ne disait mot, Iruka pouvait, néanmoins, ressentir son mécontentement. L'homme aux cheveux d'argent ne devait pas avoir l'habitude de recevoir des ordres venant d'un chûnin.
"Alors ? Vous vous poussez ?" Lui demanda l'adolescent avec impatience.
"Je dois y réfléchir d'abord."
Iruka fronça les sourcils tandis qu'une petite veine fit son apparition sur sa tempe.
"Est-ce que vous vous foutez de moi par hasard ?"
"Loin de moi cette idée," se défendit l'Anbu faussement indigné.
Iruka était peut-être jeune mais il n'était pas dupe. Il n'avait pas besoin de voir le visage de l'Anbu pour savoir qu'il s'amusait beaucoup de cette situation. Il décida alors de changer de tactique.
"Anbu-san..." murmura-t-il d'une voix qu'il espérait suave.
Toute trace d'amusement avait disparu de l'œil du shinobi d'élite car toute son attention s'était concentrée sur le brusque changement d'Iruka.L'adolescent leva sa main et la posa sur la joue masquée.
"Qu'est-ce que je dois faire, Anbu-san, pour avoir toute votre attention ?"
Le résultat dépassa toutes ses espérances, le sourire qui se dessinait sous le masque de l'homme plus âgé révélait, à présent, une bouche grande ouverte dont aucun son ne parvenait à sortir.
"Iruka-kun..." murmura enfin l'Anbu.
Le chûnin s'agrippa au col de l'autre homme et replia ses jambes, suffisamment haut pour que ses pieds puissent s'appuyer sur le torse puis il donna une vive impulsion pour faire basculer Kakashi au-dessus de lui. L'Anbu se retrouva aussitôt le dos dans la neige poudreuse avec Iruka assit au-dessus de lui, leurs positions avaient été inversées.
"Malgré tout ce que nous avons vécu et partagé ensemble ces derniers jours, vous n'avez pas encore gagné le droit de m'appeler ainsi."
Iruka se redressa ensuite et une fois debout, il tendit les mains pour aider l'autre homme à faire de même. Le retournement de situation avait agréablement surpris l'Anbu, la réserve habituelle de l'adolescent s'était transformée en rébellion. Il avait révélé un côté séducteur et farceur de sa personnalité qu'il s'était bien gardé de montrer jusqu'à présent.
Kakashi accepta de bon cœur l'aide offerte par le chûnin et se releva. Ils étaient tous les deux couverts de neige de la tête aux pieds. Iruka souriait jusqu'aux oreilles, l'Anbu le soupçonnait même de se retenir d'éclater de rire. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il devait avoir une tête épouvantable.
"Venez, si nous restons ici, nous allons nous transformer en bonhomme de neige," dit-il enfin.
Kakashi emboita le pas au jeune garçon, lui aussi souriait sous son masque. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas autant amusé.
xoxoxoxoxoxo
Iruka lui avait tendu la tasse en souriant. Le remède était prêt.
"J'espère que ça a bon goût," lui avait dit Kakashi avant d'avaler le contenu d'une seule gorgée.
"Vous me le direz, je n'en ai jamais bu," avait répondu l'adolescent en sortant la trousse médicale.
Kakashi fit la grimace mais s'abstint de tout commentaire. C'était amère et âcre surtout après avoir petit-déjeuné. Il avait remis son masque en place avant qu'Iruka ne se retourne.
"Je dois vous prévenir que ce n'est pas un remède miracle, avait ajouté le chûnin. Vous n'allez pas récupérer tout votre chakra dans les dix minutes qui suivent. Le procédé est moins rapide qu'une pilule de soldat mais les effets sur le long terme sont meilleurs et moins nocifs pour l'organisme. Je pense que d'ici demain matin, vous commencerez à en ressentir les effets."
L'adolescent vint ensuite s'installer à côté de lui et attendit un signe de tête de l'homme masqué avant de se mettre au travail. Ses doigts, brillants de chakra, parcouraient ses blessures pour s'assurer de l'état d'avancement de guérison et refermer les coupures. l'Anbu se laissa aller sous les pressions douces exercés par les doigts agiles. Il pourrait facilement s'habituer à cette vie. Iruka vérifia ensuite la bonne re-soudure des cotes. Un petit sourire naquit sur ses lèvres.
"Alors, docteur ? Quel est le verdict ?" demanda finalement l'Anbu.
Iruka fronça les sourcils au mot "docteur" et lui lança un regard noir mais il préféra ne rien dire car il savait que l'homme aux cheveux d'argent le taquinait. Cela semblait être son sport favori depuis le début de la matinée.
"Je pense que vous survivrez."
"C'est plutôt une bonne nouvelle."
Iruka retira ses doigts des blessures et s'empara d'un pot à onguent. Il déposa ensuite une mince couche du baume sur les cicatrices, avant de refaire les bandages.
"Des difficultés pour respirer ?" demanda-t-il en nouant le dernier bandage.
"Non."
Iruka acquiesça.
"Des faiblesses musculaires ? Des vertiges ?"
"Et bien, maintenant que tu en parles, je dois dire que je ressens une certaine faiblesse au niveau des jambes. Peut-être, y es-tu allé trop fort avec moi ?"
Un faible rougissement s'empara des joues de l'adolescent.
"Peut-être que vous vous cherchez des excuses pour vous être fait surprendre par un gamin ?"
Kakashi se mit à ricaner.
"Ça doit être ça."
Iruka finit par sourire.
"Vous êtes toujours comme ça ?"
"Comment comme ça ?"
Iruka agita les mains en l'air en direction de Kakashi.
"Je ne sais pas... comme ça."
L'Anbu garda le silence quelques instants puis répondit avec sérieux.
"Non."
Le chûnin le dévisagea tandis qu'il refermait son pot à ongent.
"Je suis un chanceux, alors."
Aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, jamais personne ne lui avait dit quelque chose de la sorte ou s'en approchant, c'est peut-être ce qui motiva son geste. L'adolescent était en train de ranger son matériel dans sa trousse de secours, lorsque Kakashi le saisit par la nuque et se pencha vers lui. Le chûnin le dévisagea avec surprise mais n'osa rien faire, ni rien dire.
Le shinobi d'élite était loin d'être une personne impulsive, il réfléchissait toujours avant d'agir. C'était son crédo, que se soit en mission ou durant ses courses à l'épicerie de son quartier, il ne faisait rien sans y avoir préalablement accordé une pensée. Seulement, cette fois là, voir Iruka si près de lui, avec les joues rouge, le regard voilé et le bec cloué valaient toutes les impulsions qu'il s'était jusque là interdites.
L'adolescent se mordilla la lèvre inférieure. Il était nerveux. Kakashi trouva ce geste à la fois candide et érotique, c'en était presque indescent, comme dans les romans de Jiraya-sama. Il se rapprocha encore, Iruka ne cherchait même pas à se dérober de son emprise. Il le tenait peut-être fermement mais en aucun cas il ne voulait le contraindre. Il suffisait qu'il détourne la tête pour qu'il lui rende sa liberté. Il semblait pourtant que le jeune garçon avait fait son choix et qu'il ne veuille pas la recouvrer. L'Anbu abaissa alors son masque, Iruka cessa de martyriser sa lèvre et laissa échapper son souffle. Visiblement, il ne s'attendait pas à ça.
Il était si près de pouvoir l'embrasser, si proche de ses lèvres tentatrices. Tout n'était plus qu'une question de distance. Quelques centimètres les séparaient, Kakashi se demandait quelle serait sa première sensation au contact des lèvres entrouvertes et légèrement mouillées.
Le tintement d'une clochette retentit dans le silence de la cabane comme le son d'une cloche. Iruka sursauta de stupeur et détourna la tête en direction du bruit. La magie de l'instant venait de s'évanouir au son d'une simple clochette.
"C'est mon système d'alarme !" S'exclama-t-il avec inquiétude.
"Quoi ?" Fit Kakashi encore abasourdi.
"J'ai relié mon système d'alarme à une clochette pour être prévenu en cas d'intrusion et c'est ce qui vient de se produire. Quelqu'un vient de pénétrer dans mon périmètre de sécurité. Quelqu'un avec du chakra."
L'Anbu comprit aussitôt la gravité de la situation.
xoxoxoxoxoxo
L'adolescent sortit de la cabane armé de son arc et de ses flèches. Il s'apprêtait à concentrer son chakra sous ses pieds pour marcher sur la neige, lorsqu'il s'arrêta soudainement. Doucement, il arma son arc. Il n'était pas seul.
"Qui va là ?!"
Face à lui, la silhouette d'un homme apparut à la lisière de la clairière. Iruka conserva son arc armé, prêt à s'en servir en cas de besoin.
"Tu n'auras pas besoin de ça avec nous," entendit-il juste à côté de lui.
Stupéfait, il tourna la tête et vit un deuxième homme debout sous le porche de la cabane. Il ne l'avait ni entendu, ni vu et encore moins senti. Un ninja. Son bandeau frontal avec le symbole d'Iwa gravé dessus l'attestait.
"Qui êtes-vous et que voulez-vous ?" Demanda Iruka sur la défensive.
L'homme sous le porche prit le temps de détailler le jeune garçon, lisant son langage corporel, cherchant à déceler par ce biais les éventuels secrets que cachait l'adolescent. Possédait-il d'autres armes sur lui hormis l'arc et le carquois de flèches ? Était-il dangereux malgré sa jeunesse ? Était-il seul ?
Iruka était tout à fait conscient de cet examen et fit de son mieux pour garder sous contrôle son corps qui pourrait le trahir.
"Nous sommes à la recherche de quelqu'un," dit finalement l'homme.
Iruka allait devoir mettre ses talents de comédiens à contribution. Il haussa les sourcils de surprise.
"Vous êtes les premiers êtres humains que je rencontre depuis des semaines."
"Des semaines ?" Répéta le ninja.
"Je ne sais pas si vous l'avez remarqué mais nous sommes au milieu de la forêt. Le premier village est à vingt-cinq kilomètres au sud, déjà que nous ne voyons pas beaucoup de monde en temps normal, alors imaginez qu'en plein hiver les visites sont plutôt rares."
L'homme esquissa un petit sourire à l'ironie du jeune garçon.
"Quand tu dis nous, de qui parles-tu exactement ?"
"De mon père et moi. Nous vivons ici tout les deux."
"Vraiment ? Que tout les deux ? Si loin de la civilisation ?"
"Mon père est herboriste et je suis son apprenti. Nous habitons ici parce que les plantes médicinales se trouvent dans la nature et pas en ville. Ici c'est chez nous et il n'y a personne d'autres que nous."
"Dans ce cas, tu ne verras pas d'inconvénient à ce que je parle avec ton père ?" Fit l'homme en faisant un pas vers la porte d'entrée.
Iruka se positionna aussitôt entre le ninja et la porte.
"Il n'est pas ici. Il est sorti très tôt ce matin."
L'adolescent se sentit aussitôt plaqué contre la paroi en bois de la cabane. Une main sur sa gorge qui n'appartenait ni à son interlocuteur, ni à l'homme se tenant à la lisière, le maintenait durement. Il y avait un troisième homme qu'il n'avait pas vu jusqu'à présent. Décidément, il était en dessous de tout.
"Je trouve que tu insistes beaucoup sur le fait qu'il n'y a que vous deux, dit calmement le ninja, c'est peut-être vrai mais je dois quand même m'en assurer."
Il entra ensuite dans la cabane tandis que le jeune garçon suffoquait. Iruka sentit la panique le submerger. Il ne devait rien tenter pour se défendre et laissé croire qu'il était sans défense. Certes, il s'était laissé surprendre par ce troisième homme mais il n'était pas sans ressources. Le plus dure pour lui pour le moment était de combattre ses réflexes et d'ignorer si l'Anbu avait eu le temps de se cacher.
Une éternité parut s'écouler tandis qu'il entendait l'homme mettre à sac la petite habitation. Iruka avait de plus en plus de mal à respirer, sa vision commençait à se troubler, la main de son agresseur était un étau qui se reserrait un peu plus à chaque seconde qui s'écoulait. Il allait finir par perdre connaissance. Une nouvelle vague de panique l'envahit. Comment serait-il en mesure de tenir sa promesse s'il mourrait aussi bêtement ?
"Lâche-le," entendit-il.
L'étau se desserra aussitôt et Iruka s'effondra sur le sol comme une poupée de chiffon. Il toussa tandis que l'air se remettait à circuler dans ses poumons.
"Il semble que tu dises vrai," ajouta celui qui semblait être le chef.
"Pourquoi est-ce que j'aurais menti..." croassa l'adolescent en massant sa gorge endolorie.
L'homme haussa des épaules.
"Dans mon métier, le mensonge est une vérité qui se pratique comme un art. C'est pour cette raison que je prends toujours la peine de vérifier par moi-même les informations qu'on me fourni."
"Et ça vous donne le droit d'entrer chez les gens sans leur autorisation et de les maltraiter ?"
"La courtoisie et la bien-scéance voudraient que ça ne soit pas le cas, malheureusement pour toi, le monde dans lequel je vis, il n'y a que la loi du plus fort qui prévaut sur tout le reste."
Puis, sans un dernier regard pour l'adolescent, il quitta le porche, suivit de près par son compagnon. Ils retournèrent à la lisière de la clairière rejoindre leur équipier resté en éclaireur. Tous les trois disparurent ensuite dans les arbres.
Iruka compta lentement jusqu'à dix avant de rentrer dans la cabane. Il n'avait vu que ces trois hommes mais il y en avait peut-être d'autres, restés en retrait et cachés pour le surveiller. Il se redressa et rentra aussitôt.
Comme il s'en doutait, le chaos régnait dans la pièce principale. Le peu de mobilier qu'il possédait avait été renversé, le linge propre et les couvertures répandus sur le plancher. Heureusement, le matériel médicale de sa mère et son alambic avaient été épargnés. Puis l'adolescent vérifia si la cache d'armes avait été découverte. Il poussa un soupir de soulagement, lorsqu'il se rendit compte que rien n'avait bougé, y compris son uniforme de chûnin et celui de l'Anbu. Heureusement, qu'il avait prit la peine de les déplacer de la commode. Ce n'est qu'après qu'il songea au blessé.
Il ne savait pas où ce dernier s'était caché mais surtout il ne voyait pas où il aurait pu trouver refuge en si peu de temps. Iruka se dirigea vers la salle de bain. Il y entra mais ne vit personne. Il s'apprêtait à repartir lorsqu'il posa son regard sur le grand bac en bois qui servait de baignoire. Il se souvenait d'avoir parfaitement remis le couvercle dessus afin de protéger l'eau qui se trouvait dedans. Hors, celui-ci était mal positionné.
L'adolescent s'approcha et retira le couvercle. Son image se refléta sur l'eau sombre. Une minuscule bulle d'air remonta à la surface. Le jeune garçon plongea alors les mains dans l'eau, puis les bras jusqu'aux coudes, ensuite il tira à la surface le corps de l'Anbu. Le blessé s'accrocha au rebord du bac en bois et abaissa son masque, toussa et recracha l'eau qu'il avait avalé. Il avait commencé à se noyer.
"Vous êtes complètement fou !" S'écria Iruka.
"Il... parait..." réussit à dire l'homme aux cheveux d'argent.
Il restèrent silencieux un moment à se dévisager cherchant leurs souffles. Kakashi était toujours agrippé au rebord du bac comme à une bouée de sauvetage, tandis que le jeune garçon était agenouillé à côté.
"Vous pouvez vous relever ?" Demanda finalement ce dernier, conscient que l'Anbu ne pouvait pas rester à moitié immergé dans l'eau froide.
"Je crois qu'il va falloir que tu m'aides."
Le chûnin hocha la tête et saisit l'homme à bras le corps. La moitié de l'eau du baquet se vida sur le sol tandis qu'il l'extirpait. L'adolescent perdit l'équilibre et tomba par terre avec l'Anbu dans les bras.
C'était la deuxième fois qu'il voyait son visage découvert d'aussi près. Il savait que ce privilège ne durerait pas mais pour le moment, il y avait plus urgent.
"Il ne faut pas rester là avec les vêtements mouillés, sinon vous allez vraiment attraper une pneumonie."
Cela ne sembla pas alarmer l'Anbu. Son attention venait de se focaliser sur les traces de doigts laissées sur le cou du jeune garçon. Les échimoses apparaissaient déjà sur la peau.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?" Demanda-t-il d'un ton inquisiteur.
"C'était des ninjas d'Iwa. Trois hommes et ils vous cherchaient," expliqua rapidement Iruka en tentant de se redresser mais Kakashi l'en empêcha.
"Ce sont eux qui t'ont fait ça ?" Questionna rudement l'homme aux cheveux d'argent tout en caressant la gorge meurtrie du chûnin.
Des gouttes d'eau de ses cheveux mouillés tombaient sur le visage de l'adolescent. Pourquoi avait-il l'impression qu'il était en colère ?
"Ce n'est pas grave, minimisa le jeune garçon, il ne faut pas que vous restiez mouillé."
Il se redressa malgré le poids de l'Anbu sur lui.
"Venez, il faut vous changer."
Mais c'était trop tard, le shinobi d'élite tremblait déjà de froid.
xoxoxoxoxoxo
Iruka rangeait le désordre laissé par le ninja d'Iwa. De temps en temps, il jetait un coup d'œil sur l'homme aux cheveux d'argent qui s'était endormi près du foyer. Des vêtements secs, une boisson chaude et quelques couvertures avaient eu raison des tremblements de froid du blessé.
Ils étaient passé de peu de la catastrophe. Heureusement, il y avait eu plus de peur que de mal.
Iruka suspendit les manteaux dans l'entrée après les avoir fait sécher lorsqu'il se rendit compte d'une chose. Son cœur manqua un battement. S'il s'avérait qu'il ait raison, il était certain de les voir revenir avant l'aurore.
Il regarda en direction du dormeur. Il était hors de question qu'il manque à sa parole. Cette fois, il n'hésiterait à tuer pour protéger la personne qu'il aimait.
