Elle était sortie, trop d'informations brutales, un retour en arrière trop rapide. Elle avait surement oublié tout cela, rejeté la violence, la mort, comme elle l'avait souhaité… Il ne savait pas ce qu'elle faisait de sa vie, mais elle était, maintenant, certainement plus saine que la sienne.
Il profita de l'instant de silence, essaya de remettre ses idées au clair. Revoir Ziva n'était pas une chose à laquelle il s'était préparé, et avec ce qui venait d'arriver ça ne semblait pas assez réel. Il soupira, profondément, passant ses deux mains dans ses cheveux. Ses cotes tirèrent un peu, mais il s'en fichait, la douleur n'était pas physique.
La porte s'ouvrit à nouveau, Ziva ne pouvait pas avoir encaissé, pas si rapidement. Une inquiétude le prit, il ne se sentait pas en sécurité. Il ne voulait pas d'un Adam, d'un agent, alors quand il vit le fin visage qu'il connaissait par cœur entrer il ne put qu'être soulagé. Toutes les tensions accumulées s'effondrèrent, et s'il ne s'était pas contenu il se serait effondré sur elle.
« Tony ! »
Oh, il vit aussi le soulagement dans les yeux de Zoé, ses sourcils serrés, ses yeux si tristes. Il ne la retint pas quand elle fondit sur lui pour le serrer, au contraire il n'attendait que ça.
« J'ai cru qu'ils ne te trouveraient jamais ... »
Il la serra plus, une main dans sa nuque, son visage dans son coup, humectant la bonne odeur, le réconfort. Il ne savait pas réellement de quoi elle parlait, mais voulait lui répondre. « Je suis là Zoé. » Il voulait la rassurer, qu'elle ne tremble plus dans ses bras.
Ils restèrent ainsi de longues minutes, puis elle ramena ses jambes pour s'installer à ses côtés, tout en reculant, pour mieux le voir. Ses mains si douces se posèrent sur son visage, elles étaient chaudes, si chaudes qu'il se rendit compte que la sensation lui avait manqué.
« Ils ont dit que tu irais bien. »
Il lui sourit, évidemment. « J'irais bien dès que nous serons à la maison. »
Elle lui rendit son sourire et posa un baiser, doux, simple sur sa bouche.
« Tim et Ducky sont venu avec moi, il a insisté pour voir ton médecin. »
Il l'a vu froncer les sourcils, elle avait vu le trouble qui l'avait traversé. « Abby et Ellie sont restées avec Gibbs. »
Il crut que son cœur s'était arrêté, l'espace d'un instant. Gibbs était rentré ? Il ne comprenait plus, ne comprenait pas, l'avait-il vraiment sauvé ?
« Gibbs ? »
Il la vit baisser les yeux quelques instants, observant leurs mains serrées l'une contre l'autre.
« Tony, sais-tu seulement ce qui est arrivé ? »
Il secoua la tête, et elle soupira, son regard si doux toujours posé sur lui.
« Les militaires ont réussi à sortir rapidement Teague de la ville, mais pour toi et Gibbs ça a été plus compliqué. La foule était furieuse après… »
Elle ne finit pas la phrase et il ne résista pas au besoin de détourner le regard. Il fixa le plafond à la place, essayant d'éteindre la brûlure derrière ses yeux.
« Tony, tu n'avais pas le choix. » Sa voix était dure, sure, et sa main sur sa joue, il ne résista pas à l'envie de la fixer, de chercher si elle disait vrai, croyait à ses paroles. Il ne vit aucun doute dans ses yeux, mais une tendresse, incroyable. Il n'y avait là aucun dégoût, ni compréhension, compassion, qu'amour, il sentit un poids énorme s'envoler, au moins il ne serait pas seul.
Elle l'observa inquiète quelques instants puis repris son histoire.
« Quand ils ont réussi à se frayer un chemin, tu n'étais plus là. Gibbs lui était dans un état critique, ils l'ont ramené en urgence, il ne va toujours pas bien Tony, il est dans le coma, mais les médecins gardent espoir, il… »
« Il est à Washington ? » Il la coupa, n'ayant retenu que le fait qu'il n'était pas mort dans ce marché sordide.
« Oui, entouré des meilleurs médecins. C'est pour ça que Ducky est venu. ».
Il lui sourit, sincèrement cette fois, l'observant comme ébahis, une joie, un soulagement s'emparant de lui. Elle avait cette chose, dans son regard, alors si doux, sur son sourire fin, oh elle avait cette chose dont il avait besoin, cette sorte d'innocence, de tendresse infinie qui n'avait pas été obstrué par un quelconque malheur. Cette chose s'insinuait en lui pour noyer la douleur, la cacher. Ça ne voulait pas dire qu'elle n'avait pas souffert dans sa vie, mais elle n'était pas du Ncis, ou du Mossad. Il ne pouvait imaginer être heureux dans sa vie sans un regard pareil, il était une drogue, qui le réchauffait, le soutenait. Il soupira et l'attira contre lui, elle ne réagit quelques secondes, résistant le temps de comprendre, puis il sentit ses mains, tracer des cercles dans son dos, son souffle et quelques murmures dans son cou.
Il se recula et revêtit son parfait costume de Tony, son sourire, celui qu'il avait envie d'être à ce moment, celui naturel qui voulait revenir au galop.
« J'ai hâte d'y être aussi. » Elle le regarda avec soulagement, et s'assit à ses côtés.
« Ton père t'y attend, il était très inquiet. »
Tony rit, doucement, provoquant une quinte de toux qui inquiéta zoé, mais il posa une main sur la sienne. « Tu as dû cohabiter avec mon père ? »
Elle le regarda, une étincelle rallumée dans ses yeux. « Ce n'était pas si terrible que ça… ». Elle grimaça, ce qui ne le fit sourire que plus. Il leva sa main pour pointer son index sur son visage, tapotant le bout de son nez. « Vous mentez très mal, agent Keats. »
« Tony… » Elle sourit, feignant d'être vexée. « Je le trouve charmant, c'est juste que la dernière fois que je l'ai vu, vous étiez prêt à vous entre-tuer, cette fois tu avais disparu au fin fond de l'Irak. »
Il vit un éclair de douleur dans son visage, ses traits s'étaient crispés l'espace d'un instant.
« Hey, Pussy… » Elle grimaça encore, et lui offrit un sourire triste. « Je suis désolé… ce sont les risques.. »
« Je sais. » Elle l'avait coupé trop rapidement, trop sèchement. Elle soupira et regarda le plafond, essayant de refouler les larmes qui montaient. « C'est juste que… j'ai eu si peur. » Elle le fixa à nouveau. « Je ne pensais pas que… » Elle secoua la tête et ne finit jamais sa phrase.
« Que ? » Elle serra les lèvres, et le regarda quelques instants, cherchant ses mots, il le savait, l'a connaissait. « Je ne pensais pas que je serais bouleversée à ce point. »
Il fronça les sourcils. « Tu pensais être soulagé qu'on se débarrasse de moi ? ». Il sourit mais sa blague ne passa pas. Elle le frappa doucement sur le bras et le foudroya du regard.
« Bien sûre que non, mais… Je crois que je me suis enfoncée dans cette relation bien plus que je ne le pensais. » Elle lui sourit et attrapa à nouveau sa main.
« Madame Keats êtes-vous en train d'essayer de me dire, très maladroitement que vous…. » Il allongea la fin de sa phrase, un sourire moqueur, attendant qu'elle finisse. Elle fit la moue et le fixa plus intensément. « Je pense que je vous aime Spider, mais je me demande bien pourquoi ! »
Elle sourit quand il l'attrapa pour l'allonger sur son lit. Il tenta de feindre une attaque, mais à ce moment elle était bien plus forte que lui. Il rit, quelques instants, écoutant l'écho du sien, si doux, si bon pour ses oreilles. Elle resta allongée et se tourna face à lui, se calmant, chacun, se fixant.
« Zoé Keats, sache que tes mauvaises manières et ta terrible méchanceté sont une bénédiction pour moi. » Elle le fixa, doucement, et il ne bougea pas non plus. Son regard exprimait tant d'amour, tant de satisfaction. Il n'avait peut-être pas pu lui dire la même chose, mais chacun savait que ça viendrait, il le pense, comme elle lui avait dit une fois, il était très complexe. A cet instant aucune terrible image, aucun remords ou doute ne traversa son esprit. A cet instant il ne pensa plus à Gibbs, ou à l'Israélienne dans le couloir, qui pourrait apparaître à chaque instant...
