Chapitre 3 : Le récit
Une fois la porte refermée je me pris la tête dans les mains et poussai un grand soupir. On se regarda tous les deux avec le sourire puis je fis asseoir ma visiteuse dans le fauteuil, à côté du feu et allai réveiller Watson.
Je pénétrai dans sa chambre et lui secouai l'épaule.
- Désolé de vous réveiller Watson mais j'ai besoin de vous.
- Quelle heure est-il Holmes ? me répondit-il d'une voix ensommeillée.
- 6h50 Watson. Moi aussi j'ai été réveillé en sursaut, mais un peu plus tôt que vous… Nous avons une jeune et très jolie cliente qui n'attends plus que vous pour me conter son histoire. Habillez-vous et rejoignez nous au salon.
Watson émergea un peu plus du lit, l'air fort étonné et il se pinça le bras gauche.
Devant mon air stupéfait il cru bon de me préciser :
- Je voulais être sur que je ne rêvais pas ! Et comme vous ne sentez pas l'alcool, il ne me restait plus que cette option là.
Alors là, je n'y comprenais plus rien. Je le sommai de m'expliquer où il voulait en venir.
- Ecoutez Holmes, que vous me réveilliez à 6h50 pour une enquête, pas de problème ! Mais quand vous me déclarez que la demoiselle, en plus d'être jeune, est très jolie, là je me pose deux questions : ou bien vous avez bu, ou je suis en train de rêver ! Comme vous ne sentez pas l'alcool je me suis dis que je devais rêver. Mais non ! Je ne rêve pas ! Mon ami a dit qu'une femme était jolie ! Il est enfin sensible à la beauté des femmes ! Miracle !
- Watson ! fis-je en levant les bras au ciel. Quand une femme est jolie, je le remarque, mais je le signale rarement ! Ce n'est pas pour ça que je suis insensible ! Allez ! Debout !
- Attendez Holmes ! me dit-il sur un ton enjoué. Jolie comment ? Mignonne ou belle ?
- Watson, vous êtes un indécrottable romantique, fis-je en soupirant. Mais si vous y tenez… Je dirais que si on lui recoiffe un peu ses cheveux et qu'on lui passe une robe de soirée elle fera tourner beaucoup de têtes et remplira son carnet de bal ! Satisfait ? Maintenant dépêchez-vous de vous lever et de vous habiller ! Parce que quand une jolie jeune fille, apeurée, se promène en ville dans ce froid, à une heure aussi matinale et qu'elle tire d'honnêtes gens du fauteuil, je crois que c'est parce qu'elle a quelque chose d'urgent à nous communiquer. En admettant qu'il s'agisse d'une affaire intéressante, vous ne demanderiez pas mieux, je pense, que de la suivre dès le début. Voilà pourquoi je vous ai dérangé : pour vous donner une chance. Pas pour disserter sur la beauté du sexe faible !
- Mon cher ami, je m'en voudrais de la rater, surtout si la demoiselle en détresse est aussi jolie que vous le laissez sous entendre. Ce qui venant de votre part n'est pas peut dire !
Je laissai Watson et rejoignis la demoiselle au salon. En me voyant revenir elle me fit un sourire discret. C'est vrai qu'elle était jolie, même belle.
Elle frissonnait toujours mais ce n'était plus de froid. Quelque chose lui faisait très peur. On aurait dit un animal traqué et aux abois. Qu'est-ce qui pouvait bien effrayer une jeune fille de cet âge ?
Je m'assis en face d'elle et en profitai pour l'examiner plus à mon aise.
Elle se tenait bien droite dans le fauteuil, pose d'une jeune fille bien éduquée et de classe sociale élevée, pas noble ni bourgeoise mais aisé. Ses cheveux châtain clair étaient noués en chignon, quelques mèches s'étaient échappées, sans doute à cause du vent. Vêtements de bonne coupe mais pas de la dernière mode. De l'argent mais plus trop.
Ses mains étaient propres et soignées. Ce n'était pas les mains d'une femme de chambre mais plutôt d'une maîtresse de maison. Quoique, il y avait par endroits des petits signes qui m'indiquait qu'elle avait du accomplir des tâches ménagères… Revers de fortune ?
C'est quand elle tourna son regard vers moi que je remarquai qu'elle avait de très jolis yeux d'un vert émeraude. De quoi damner un bataillon de Saints.
- Le chaperon ne va plus tarder mademoiselle, lui dis-je de manière guindée.
Elle baissa les yeux vers ses chaussures et rit de bon cœur. En plus d'être jolie et cultivée, elle avait le sens de l'humour !
Le thé et le café n'arrivaient toujours pas ! Bon sang, pensais-je, c'est quand même un comble ! C'est le docteur Watson, le joli cœur, qui est chargé de faire le chaperon ! Le monde à l'envers ce matin ! Je veux bien parier ma chemise qu'il va lui sortir le grand jeu ! Surtout si elle est célibataire. Jolie comme elle est, il ne pourra pas résister !
Et madame Hudson qui avait l'humeur d'un Pitt Bull enragé ! Comme si c'était moi qui allais draguer et courir le jupon ! Depuis quand je devais avoir quelqu'un pour me surveiller lorsque je recevais une jeune fille pour une enquête maintenant ? Quand on y repensait, c'était la demoiselle qui m'avait admiré les fesses !
Me voici donc avec la réputation d'un pervers, d'un dévoyé tout ça parce que il y a quelques mois, lors d'une enquête – non résolue d'ailleurs – j'avais reçu ici trois dames qui faisaient le commerce de leurs charmes !
Watson avait failli faire un arrêt cardiaque ! Surtout parce que les trois dames, me connaissant de longue date, m'avaient tutoyé et appelé par mon prénom. On avait eu beau lui dire que entre elles et moi il n'y avait rien que de l'amitié, je savais que Watson aurait toujours un petit doute.
Madame Hudson, quant à elle ne s'en était sans doute pas encore remise ! Trois prostituées dans notre appartement !
- A quoi pensez-vous ? me demanda-t-elle. Vous êtes tout songeur.
Le son de sa voix me fit sursauter. Perdu dans mes pensées je l'avais presque oubliée.
- A rien de bien important. Je suis toujours ainsi ! Dès que je réfléchis, je ne suis plus là pour personne. Veuillez m'excuser mademoiselle, c'était impoli de ma part de le faire en votre présence.
Le petit sourire qui apparu sur ses lèvres ne présageait rien de bon. On aurait dit le sourire d'un chat devant un pot de crème.
- Si je devine le cheminement qu'ont prit vos pensées, qu'est ce que je gagne ?
- Mes considérations éternelles et les félicitations du jury, répondis-je sans trop me faire d'illusions.
- Marché conclu monsieur Holmes ! Bien, j'y vais : vous avez pensé que c'était un comble que ce soit le docteur Watson qu'on appelle pour faire le chaperon alors que, si j'ai bien compris, le « dragueur » c'est plutôt lui.
Son raisonnement correct me fit sursauter. Je me redressai dans mon fauteuil et écoutai la suite avec une attention accrue. Elle poursuivit, sourire aux lèvres, satisfaite sans doute d'avoir fait mouche :
- Qu'il n'y a aucun risque pour une jeune fille à rester seule en votre présence : vous êtes un gentleman ! Parce que c'est le docteur Watson qui va sans doute me faire son numéro de charme tandis que vous, vous allez vous concentrer uniquement sur le problème que je vais vous soumettre. Que la cliente soit jolie ou pas, tout ce qui vous intéresse c'est son affaire. Je vois à votre regard que jusque là j'ai bon... Vous vous dites aussi que si on y pense bien, c'est moi qui ai outrepassé les limites de la bienséance en posant mes yeux où je ne devais pas ! Tandis que vous, vous vous êtes comporté correctement ! De plus, vous êtes sidéré et irrité de l'attitude que votre logeuse à eux envers vous, ce qui m'indique qu'avant, elle ne se comportait pas ainsi à votre égard. C'est comme s'il s'était passé un événement qui l'avait fait changer d'attitude avec vous. Elle a parlé de « dames qui venaient souvent au matin ces derniers temps ». Je ne suis donc pas la première à vous tirer du lit et la pauvre femme se pose des questions sur votre moralité ! Cela vous exaspère au plus haut point parce vous savez que vous êtes droit dans vos bottes et en règle avec vous-même. Madame Hudson se fait des idées et cela vous énerve qu'elle vous prenne pour le dévoyé que vous n'êtes pas. »
- Considérations éternelles et félicitation du jury mademoiselle ! fis-je en m'inclinant devant elle. Mais il va falloir m'expliquer comment vous y êtes arrivée ! Vous avez du vous baser sur mon attitude et sur une multitude de petits détails. J'ai intérêt à fermer ma tête à double tour… Mais entre nous, puisque vous êtes loin d'être une ravissante idiote, vous êtes sûre d'avoir besoin de mon aide ?
- Oui monsieur Holmes. Ici, ce n'était pas compliqué, il me suffisait de décoder comme vous l'avez déduit le langage de votre corps…
Comprenant ce que sa phrase pouvait sous-entendre, elle rosi légèrement.
- Le langage de mon corps… voyez-vous ça ! dis-je en me caressant le menton. Vous êtes redoutable jeune fille ! Ma place est en jeu… Expliquez-moi maintenant où j'ai perdu des indices et…
L'entrée de Watson mit fin à notre discussion. Je fis les présentations.
- Je vous présente mon confrère et ami le docteur Watson. Vous pouvez parler librement aussi bien devant moi que devant lui. Watson, voici mademoiselle Hélène Stoner.
Ils se serrèrent la main et un coup d'œil discret vers Watson me confirma ce que je pensais : Watson était sous le charme ! Le spectacle allait commencer !
- Enchanté de faire votre connaissance mademoiselle, lui dit-il sur un ton enjoué. Holmes m'avait dit que vous étiez très jolie mais je vois qu'il était encore en dessous de ça. Enfin, il a quand même remarqué votre beauté…c'est déjà un progrès ! Vous êtes tout à fait ravissante ! Nous sommes sous le charme !
Elle sursauta et rougit une fois de plus tout en tournant un regard surpris vers moi. Je lui fis un salut de la tête, un peu gêné de la remarque de Watson. Mon royaume pour un trou de souris. On ne m'y reprendrait plus !
- Bon ! fis-je d'un ton qui se voulait autoritaire. Quand Watson aura fini de révéler les secrets d'alcôve, la demoiselle pourra peut-être avoir l'occasion de nous raconter ce qui la terrorise et la met dans cet état de nervosité intense.
J'adressai à la jeune fille un regard compréhensif et lui enjoignis de nous raconter son histoire. Watson ne la quittait pas des yeux…
- Vous ne devez plus avoir peur, lui dit-je doucement en me penchant pour tapoter son bras. Nous allons vite arranger cette affaire, j'en suis certain… Vous êtes arrivée pas le train de ce matin n'est ce pas ?
- Mais… fit-elle interloquée, comment savez-vous cela ? Vous ne me connaissez pas pourtant ? Et je n'ai pas souvenir vous avoir dit comment…
- Non, mais j'ai remarqué lors de votre arrivée que vous aviez un billet de retour dans votre main. Ensuite vous l'avez glissé dans la poche de votre manteau. Vous avez du partir de bonne heure. Et vous avez du faire une longue course en cabriolet sur de mauvaises routes avant d'atteindre la gare.
Elle sursauta et me considéra avec ahurissement.
- Ne cherchez aucun mystère, chère mademoiselle ! lui dis-je en souriant. Sur la manche gauche de votre veste, il y a ces taches de boue, très fraîches. Le seul moyen de transport qui projette ainsi de la boue est un cabriolet. Je suis sûr que vous étiez assis à gauche du cocher.
- Vous avez raison, dit-elle. J'ai quitté la maison très tôt, vers cinq heures. Je suis arrivée à Leatherhead vers cinq heures vingt et j'ai pris le premier train pour Londres. Monsieur, je n'en peu plus. Je risque de devenir folle si ça continue. Et je n'ai personne vers qui me tourner… Hormis vous. C'est Mme Farintosh qui m'a parlé de vous : vous l'avez aidée lorsqu'elle avait besoin. C'est elle qui m'a donné votre adresse et qui m'envoie vers vous.
- Oui je me souviens de l'affaire. J'étais fort jeune ! C'était bien avant notre association Watson. D'ailleurs…
Je laissai ma phrase en suspens et allai fouiller dans les documents sur mon bureau.
- Ah ! Oui ! Il s'agissait d'un diadème avec une opale. N'ayez crainte madame, je suis tout disposé à m'occuper de votre affaire et j'y apporterai autant de soin et d'attention qu'à celui de votre amie.
- Merci monsieur Holmes ! me dit-elle les yeux fort humides. Vous me permettrez peut être d'y voir plus clair. Le seul problème, c'est que pour l'instant il m'est impossible de vous offrir quoi que ce soit pour le service que vous me rendriez. Mais dans deux mois, si tout va bien, je serai mariée et pourrais disposer de mes revenus. Et je vous jure monsieur que vous n'aurez pas affaire à une ingrate !
- Oh mes honoraires… Mon métier comporte toutes sortes de récompenses. Si en réglant votre affaire vous retrouvez votre sourire, la joie de vivre et votre insouciance, je m'estimerai bien payé. Mais s'il entre dans vos intentions de me défrayer des dépenses que je pourrai avoir à supporter, alors vous me réglerez quand cela sera plus facile pour vous, voilà tout. Pour l'instant, je vous serais reconnaissant de bien vouloir nous exposer tous les faits qui pourraient m'aider à former une opinion sur l'affaire.
- Hélas, monsieur Holmes ! répondit notre visiteuse. Ce qui fait l'horreur de ma situation est que mes craintes sont très imprécises, et que mes soupçons ne sont fondés que sur des petits détails qui, à quelqu'un d'autre paraîtraient insignifiants. Mais croyez-moi, « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ! » (Elle venait de citer Hamlet ! De mieux en mieux). La personne dont je souhaiterais obtenir de l'aide et un avis, prend mes récits pour des lubies de femme trop nerveuse qui a lu trop de livres. Il part du principe qu'une femme ne doit pas s'instruire mais rester à ses fourneaux ! Il ne me l'a pas dit si clairement, mais je l'ai bien senti. Seule madame Farintosh m'a écoutée avec attention et m'a conseillé de m'en remettre à vous. J'avance dans la nuit et je ne vois plus que vous pour m'éclairer.
Donc, au temps pour Watson, la demoiselle était fiancée et bientôt mariée ! Il en avait eu une moue de dépit le pauvre ! Et la personne qui prenait ses récits pour des lubies, c'était son fiancé ! Charmant homme aux idées rétrogrades… Je détestais les types dans ce genre là !
On frappa à la porte et madame Hudson fit son entrée avec un plateau de thé, du café et quelques biscuits de sa composition. Watson en fut tout surpris. Elle lui fit un sourire et pour ma part elle me décocha un regard à vous fusiller sur place.
- Madame Hudson ! s'exclama Watson. Vous êtes de retour plus tôt que prévu ? Et vous avez pensé à nous monter du thé… Vous êtes merveilleuse !
- Merci madame Hudson, vous êtes bien aimable, fit-je à mon tour. Déposez votre plateau sur la table, nous ferons le service.
- Nous avons un œuf à peler ensemble monsieur Holmes ! me glissa t-elle discrètement à l'oreille. Vous ne perdez rien pour attendre ! Vous vous êtes comporté comme un goujat de la pire espèce !
Watson, comme toujours, n'avait rien remarqué. Il était sous le charme de la demoiselle, même si son ardeur en avait pris un coup en apprenant que dans deux mois elle serait mariée. Tout enjoué à l'idée de recevoir une jolie demoiselle il ne vit pas les regards assassins que nous nous étions jetés ma logeuse et moi…
- Vous tombez bien madame Hudson, lui fit Watson. Mademoiselle Stoner ici présente est frigorifiée et je crois qu'une tasse de thé l'aidera à nous exposer ses problèmes. S'il vous plait mademoiselle, buvez, cela vous fera du bien.
Le show continuait encore un peu…Il lui tendit une tasse fumante qu'elle prit avec plaisir. Je vis madame Hudson tiquer. Se pourrait-il que la jeune fille soit réellement une vraie cliente semblait dire ses yeux. La réponse du être affirmative car maternellement elle posa une main sur l'épaule de la jeune fille et lui dit sur un ton totalement radouci :
- Bien le bonjour mademoiselle. Je sais que vous êtes entre de bonnes mains. Monsieur Holmes est un expert. Il vous aidera c'est sûr. Passez une bonne journée et à bientôt ».
Au vu du regard qu'elle fit je compris que la demoiselle n'en revenait pas de ce changement radical. La furie du matin était devenue gentille et ne lui criait plus dessus. Quand nous nous retrouvâmes tous les trois, mademoiselle Stoner nous narra son histoire.
- Je vis avec mon beau-père qui est le dernier survivant d'une des plus vieille famille saxonnes de l'Angleterre : les Roylott de Stoke Moran, à l'extrémité ouest du Surrey.
- C'est un nom connu, fit-je en hochant la tête.
- Autrefois, cette famille comptait parmi les plus riche d'Angleterre. Son domaine s'étendait jusque dans le Berkshire vers le nord et dans le Hampshire vers l'ouest. Au siècle dernier, quatre héritiers ont dilapidés la fortune et tout ce qui fut sauvé se résume à quelques hectares et à une maison qui a deux cents ans et qui est écrasée par une lourde hypothèque. Mon beau-père, fils unique de dernier aristocrate, comprit qu'il devait s'adapter à de nouvelles conditions de vie. Il obtint un prêt d'un proche et parti s'établir à Calcutta. A force de persévérance et grâce à ses qualités professionnelles, il se fit une importante clientèle. Toutefois, dans un accès de colère, et sous prétexte que quelques vols avaient été commis dans sa maison, il battit à mort son majordome, un indigène, et n'échappa que de peu à la peine capitale. Il demeura de longues années en prison puis il regagna l'Angleterre. Ce n'était plus qu'un homme aigri, un raté.
« Mais pendant qu'il était aux Indes, il avait épousé ma mère, jeune veuve du major général Stoner, de l'artillerie du Bengale. Ma sœur Julie n'avait que six ans et moi trois lorsque notre mère se remaria. Elle jouissait d'une fortune considérable, ses revenus s'élevaient à près d'un millier de livres par an. Elle avait tout légué au docteur Roylott pendant que nous vivions avec lui, sous la réserve d'une disposition aux termes de laquelle une certaine somme devait nous être versée annuellement en prévision de notre mariage. Peu après notre retour en Angleterre, ma mère mourut : elle fut victime d'un accident de chemin de fer près de Crewe, voici six ans. Je n'avais que quinze ans et ma sœur dix-huit… Le docteur Roylott abandonna alors son idée de s'installer à Londres et nous emmena dans la maison de ses ancêtres à Stoke Moran. Ma mère nous avait laissé suffisamment d'argent pour nos besoins : tout semblait indiquer que les soucis nous épargneraient.
« Mais un terrible changement s'opéra bientôt en notre beau-père. Au lieu de nouer des relations avec le voisinage, qui s'était réjoui de revoir un Roylott à Stoke Moran, il s'enferma chez lui. Il ne sortit guère que pour prendre querelle avec quiconque paraissait devoir ne pas lui céder le pas. A croire que dans sa famille on est brutal de père en fils. Et son séjour sous les tropiques et en prison n'allait pas arranger les choses. Une série de rixes peu honorables se produisirent et deux d'entre elles finirent devant le tribunal correctionnel. Il devint la terreur du village. Les gens s'enfuyaient lors de son passage car il est d'une force herculéenne et il ne se contrôle plus quand il est en colère.
« Je vous passerai les détails de toutes ses bagarres. Ses seuls amis sont des bohémiens, il les autorise à camper sur ses terres envahies pas les ronces et il accepte parfois l'hospitalité de leurs tentes. Il a aussi une passion pour les animaux des Indes, un correspondant lui en envoie régulièrement. En ce moment il a un guépard et un babouin en liberté dans son domaine. Ces bêtes ainsi que leur maître terrorises les villageois.
« Vous comprendrez que ma pauvre sœur Julie et moi n'étions pas heureuse. Les domestiques ne voulaient pas rester chez nous. Pendant longtemps nous avons du faire tout le travail à la maison ».
Je souris intérieurement car j'avais bien vu : ses mains portaient de légères traces de travaux domestiques.
« Ma sœur n'avait pas vingt-deux ans lorsqu'elle mourut, poursuivit-elle les yeux embués, et cependant ses cheveux avaient commencé à blanchir comme les miens sont en train de le faire… Quelques cheveux par-ci par là… Et j'ai eu vingt-et-un ans début février, le deux…»
- Votre sœur est décédée ? lui demandais-je tout doucement pour ne pas raviver son chagrin.
- Oui, il y de ça deux ans maintenant. Et c'est de sa mort que je voudrais vous parlez à présent. Vous comprenez que, menant la vie que je vous ai dépeinte, nous ne voyions guère de gens de notre âge ou de notre rang. Pourtant, nous avions une tante, une sœur non mariée de ma mère, Mlle Honoria Westphail, qui habite près de Harrow, et nous avions la permission de la voir. C'est elle qui a une bibliothèque fort bien achalandée et qui m'a donné des livres. Excusez pour cette digression. Bref, il y a un peu plus de deux ans, un peu avant Noël, ma tante avait invité le fils d'un de nos anciens voisins d'Inde, qui déjà à l'époque connaissait bien ma sœur. Ils se fiancèrent le jour de Noël. Il en était déjà amoureux depuis longtemps et était revenu en Angleterre pour la retrouver. Ma tante avait fait le reste. Quand ma sœur rentra à la maison et apprit la nouvelle à mon beau-père, il n'éleva aucune objection. Mais quinze jours avant la date du mariage un terrible événement me priva de ma sœur et seule amie.
Je m'étais enfoncé dans mon fauteuil en écoutant son récit et avait fermé les yeux pour mieux me concentrer. Mais à ce point du récit, je les rouvris.
- Soyez bien précise dans les détails ! murmurais-je.
- Oh ! Cela ne me sera pas difficile ! Tout est resté gravé dans ma mémoire…Je vous ai déjà dit que notre manoir était très vieux : une seule aile est habitée. Dans cette aile, les chambres à coucher sont au rez-de-chaussée car les salons se trouvent dans la partie centrale du bâtiment. La première des chambres à coucher est celle du docteur Roylott, la seconde est celle de ma sœur et la troisième la mienne. Entre elles, pas de communications directes, mais toutes trois donnent sur le même couloir. Suis-je assez claire ?
- On ne peut plus claire ! Continuez ainsi et vous serez parfaite ! J'aime la précision.
- Les fenêtres de ces trois chambres ouvrent sur le jardin. Cette nuit-là, le docteur Roylott s'était retiré de bonne heure, mais nous savions qu'il ne dormait pas car ma sœur avait été incommodée par l'odeur des cigares de l'Inde, très fort, qu'il fumait habituellement. Alors elle avait quitté sa chambre pour passer dans la mienne. Nous avons bavardé sur son prochain mariage. Elle était très heureuse. Vers onze heures elle s'était levée pour partir, mais au moment d'ouvrir la porte, elle s'était arrêtée et avait regardée derrière elle.
« -Dis Hélène, tu n'as jamais entendu siffler quand il fait nuit noire ?
« - Jamais, lui répondit-je.
« - Je suppose que pendant ton sommeil, tu ne pourrais pas te mettre à siffler, n'est-ce pas ?
« - Certainement pas, Julie. Mais pourquoi ?
« - Parce que ces dernières nuits j'ai entendu toujours vers les trois heures du matin, et « distinctement, un sifflement à demi étouffé. J'ai le sommeil léger, et ce sifflement « m'a réveillée. Je ne puis pas te dire d'où il provient : peut-être d'à côté, peut-être du « jardin. Je me demandais si tu l'avais jamais entendu.
« - Non. Jamais. Ce doit être ces maudits romanichels sous les arbres.
« - Vraisemblablement. Pourtant si cela venait du jardin, tu l'aurais bien entendu aussi.
« - J'ai le sommeil moins léger que toi !
« - Oh peu importe après tout ! » Là-dessus ma sœur me sourit, sortit, referma ma porte et je l'entendis verrouiller la sienne.
- Vraiment ? lui demandais-je intrigué. Aviez-vous l'habitude de vous enfermer ainsi la nuit ?
- Chaque nuit, me dit-elle.
- Et pourquoi si ce n'est pas indiscret ?
- Je crois vous avoir parlé du babouin et du guépard du docteur Roylott. Nous nous sentions en sécurité que lorsque nos verrous étaient tirés.
- Parfait ! Poursuivez je vous prie.
Au temps pour moi ! J'avais pensé à des choses pas très nettes lorsqu'elle m'avait dit qu'elles fermaient leurs portes pour la nuit… Apparemment, le docteur n'était pas coupable d'avoir des relations déviantes avec ses belles-filles.
- Cette nuit là, je ne parvenais pas à m'endormir. Une sorte de pressentiment me troublait. Ça fait toujours sourire les gens lorsqu'on leur parle de « pressentiment ou de sixième sens ». Bref, je n'étais pas à mon aise. Ma sœur et moi étions fort proches, très complices… Cette nuit était une nuit affreuse : le vent hurlait, la pluie battait sur les vitres. Soudain parmi tout le vacarme de la tempête jaillit un hurlement sauvage d'une femme dans l'épouvante. Je reconnus alors la voix de ma sœur. Cela me glaça le sang. Je sautai en bas de mon lit, m'enveloppai dans un châle et me précipitai dans le couloir. Au moment où j'ouvris ma porte, il me sembla entendre le sifflement étouffé que ma sœur m'avait décrit plus tôt, puis une ou deux secondes plus tard un son métallique, comme si un objet de métal était tombé. Tandis que je courais dans le couloir, la porte de ma sœur s'ouvrit et tourna lentement sur ses gonds. Frappée d'horreur je regardai, je ne savais qui allait en sortir. Puis la silhouette de Julie se profila dans la lumière de la lampe du couloir. Elle était blanche comme un linge, la terreur lui avait retiré tout le sang du visage. Elle agita les mains pour appeler à l'aide, sa tête se balançait comme si elle était ivre. Je l'attrapai dans mes bras pour essayer de la soutenir mais ses genoux plièrent et elle s'effondra par terre. Elle était secouée de convulsions comme quelqu'un qui souffre abominablement et son corps était arqué. D'abord je crus qu'elle ne m'avait pas reconnu mais quand je me penchais sur elle, elle me cria d'une voix que je n'oublierai jamais : « Oh ! Mon Dieu ! Hélène ! Le ruban ! Le ruban moucheté ! ». Il y avait autre chose qu'elle aurait voulu me dire, et elle pointa le doigt vers la chambre du docteur Roylott. A ce moment là, un nouveau spasme la saisit et lui retira le pouvoir de parler. Je me ruai vers la chambre de mon beau-père en l'appelant de toutes mes forces : il sortit hâtivement en enfilant sa robe de chambre. Quand il arriva auprès de ma sœur, elle avait perdu connaissance. Il lui desserra un peu les dents pour lui faire avaler du cognac. Il eut beau envoyer chercher le médecin du village, ma sœur sombra dans le coma et elle mourut sans revenir à elle. Voilà comment je perdis ma sœur bien aimée…
Sur la fin du récit elle n'avait même pas tenté de retenir ses larmes. Elles coulaient sur ses joues sans même qu'elle s'en rende compte. On sentait que les cicatrices étaient encore béantes et à vif.
Je fis le galant homme et comme j'avais dans ma poche un mouchoir tout propre je le lui tendis. Elle le prit un peu étonnée puis se rendant compte qu'elle avait pleuré, me bredouilla un « merci », essuya ses yeux et le garda dans sa main. Watson me regardait avec des yeux ébahis. Encore un qui pensait que je n'avais aucun savoir-vivre ni aucune galanterie !
- Etes vous sûre d'avoir entendu un sifflement et le bruit métallique ? Pourriez-vous le jurer ?
- Ce fut ce que me demanda le coroner, monsieur Ferguson, pendant l'enquête. J'ai vraiment l'impression d'avoir entendu tout cela. Toutefois, avec le déchaînement de la tempête et tous les craquements de cette vieille maison, il se peut que je me sois trompée. Mon fiancé dit que j'ai été influencé par ce que ma sœur m'avait dit.
- Votre sœur était elle habillée ?
- Non. Elle était en chemise de nuit. Dans sa main droite elle tenait un bout d'allumette consumée et la boîte d'allumettes était dans sa gauche.
Quand je réfléchissais je faisais souvent les cent pas. Mais pour éviter que la dame ne doive tourner la tête dans tous les sens je m'assis à califourchon sur l'accoudoir droit de son fauteuil.
- Watson, soyez gentil, servez une tasse de café à la dame. Je pense qu'elle a besoin de quelque chose de chaud et de fort pour se réconforter.
- Mais Holmes… C'est du thé que la jeune fille a bu, pas du café, me dit-il en se levant pour prendre la théière.
- Non docteur Watson, lui dit-elle. Monsieur Holmes a raison. C'est du café que je boirai. Je commence toujours par du thé et puis je passe au café. Fort, si possible…
- Dites donc… Je vais finir par croire que vous vous connaissiez avant tous les deux !
- Watson ! Ne dites pas de bêtises ! Donc, repris-je, si votre sœur avait les allumettes en main, cela indique que quand quelque chose l'a alarmée, elle a allumé une allumette et a regardé autour d'elle. C'est important. Et quelles conclusions a tirées le coroner ?
- Il a mené l'enquête avec une grande minutie car l'inconduite du docteur Roylott était depuis longtemps notoire dans le pays, mais il a été incapable de trouver une cause plausible au décès soudain de ma sœur. Mon témoignage a indiqué que la porte avait été verrouillée de l'intérieur, que les fenêtres étaient protégées par de vieilles persiennes pourvues de grosse barres de fer et fermées chaque nuit. Les murs ont été sondés avec soin : ils ont paru d'une solidité à toute épreuve. Le plancher a été examiné lui aussi et sans résultat. La cheminée était large, mais elle est barrée par quatre gros crampons. Il est certain par conséquent, que ma sœur était seule quand elle trouva la mort. Par ailleurs, on ne décela sur son corps aucune trace de violence.
- Et a-t-il été question d'empoisonnement ?
- Les médecins y ont songé, mais leurs examens ont été négatifs.
- Selon vous, fis-je en me penchant ver elle, de quoi donc a pu mourir cette malheureuse jeune fille ?
Je vis ses lèvres trembler légèrement et elle du se les mordre avant de me répondre.
- Je crois qu'elle est morte de frayeur, d'un choc nerveux. Mais ce que je ne sais pas c'est ce qui l'a effrayée au point de la tuer.
- Les romanichels se trouvaient-ils dans le domaine cette nuit là ?
- Oui, ils sont presque toujours dans le domaine. Heu… Monsieur Holmes, je crois que le docteur Watson veut vous dire quelque chose… Il vous fait des petits signes discrets depuis un certain temps déjà.
Plongés dans mes pensées je n'avais pas fait attention au manège de Watson.
- Oui Watson ? Une idée peut-être ?
- Holmes ! me dit-il indigné. Voyons ! Vous avez vu où vous vous êtes assis ? Mais enfin ! Il y a d'autres accoudoirs que celui du fauteuil de la demoiselle pour poser votre séant ! J'essaye de vous le faire comprendre depuis tout à l'heure !
- Je suis en train de réfléchir Watson, que diable ! Oui, je jure si je veux ! Le problème de madame est beaucoup plus important que vos fichues règles de savoir vivre ! Quand je réfléchis je suis ailleurs ! Je n'avais même pas fait attention où je m'étais assis.
Devant l'air outré du bon docteur je restai bien campé sur mon accoudoir. Puis, je demandai gentiment à la demoiselle si l'endroit où je m'étais assis la dérangeait. Parce que si je la gênais, je me bougerais.
- Tranquillisez-vous monsieur Holmes, me répondit-elle en secouant sa tête. Vous vous asseyez où vous voulez. Sauf sur mes genoux, cela va de soi… ajouta t-elle en souriant.
Comme Watson était sur le point d'exploser, j'enfonçai le clou. Je me penchai vers la dame qui se tenait à ma gauche et lui dit sur un ton très sérieux :
- Jamais au premier rendez-vous ! C'est une règle à laquelle je ne transige jamais !
Elle leva les yeux vers moi et eu un franc sourire.
- Et bien monsieur Holmes, je ne vous imaginais pas si… amusant. Si vous ne trouvez pas de solution à mon problème vous aurez au moins le mérite de m'avoir fait sourire. Et cela faisait deux ans que je ne souriais plus…
- J'aurai au moins ce mérite ! Puisque mon cher Watson n'a rien de plus important à dire – hormis le fait qu'il s'étrangle d'indignation en entendant mes propos – je vais tâcher de reprendre le fil de mes pensées. Dites moi, jeune fille, comment interprétez-vous l'allusion au ruban moucheté ?
- Un jour je me dis qu'elle délirait, parfois je me demande si elle ne désignait pas les bohémiens qui ont toujours des tas de mouchoirs multicolores…
Je secouai la tête. Non, l'explication ne me satisfaisait pas.
- Nous nageons en eaux troubles. Il y a quelque chose qui coince quelque part. Mais où ? Voulez-vous continuer votre récit ?
- Ma sœur étant morte il y a maintenant deux ans, ma vie me sembla encore plus triste et plus sombre. Très solitaire aussi. Les livres m'ont tenu compagnie. C'est la seule chose qui m'a empêchée de me laisser aller et de toucher le fond. Mais l'année dernière, fin octobre pour être un peu plus précise, je suis venue à Londres avec ma tante. C'est là que j'ai rencontré un garçon. C'est lui qui m'a remarqué. Moi j'étais trop dans mes sombres pensées… Nous nous sommes revu au manoir. Mon beau-père n'a rien trouvé à redire. Il s'appelle Percy Armitage. Il est orphelin depuis un an m'a-t-il dit. Il travaille dans une banque, ici à Londres. Nous devons nous marier dans deux mois. Mon beau-père a donné son accord au projet. Mais hier, le docteur Roylott a décidé d'entreprendre quelques réparations dans l'aile ouest du manoir. Et le mur de ma chambre a été percé, si bien que je me suis vue dans l'obligation de me transporter dans la pièce où mourut ma sœur et de dormir dans le lit qui fut le sien. Imaginez mon épouvante quand, la nuit dernière, ne dormant pas et méditant sur la terrible fin de Julie, j'entendis subitement dans le silence de la nuit, le sifflement étouffé qui avait précédé sa mort. Je bondis du lit et allumai la lampe. Mais en vain : je ne vis rien. J'avais trop peur pour me remettre au lit. Aussi je m'habillai et dès qu'il fut cinq heures, je me glissai dehors, pris un cab à l'auberge de la Couronne, un peu plus loin que la maison, environ deux bons kilomètre, et j'ai roulé vers Leatherhead, d'où j'arrive dans le seul but de vous voir et de vous demander conseil.
- Vous avez bien fait mademoiselle. Mais m'avez-vous tout dit ?
- Oui, tout.
- Non, je pense vous avez omis certaines choses ! Vous couvrez votre beau-père.
- Quoi ? Qu'est ce que vous dites ?
Pour toute réponse, je me penchai vers elle, lui pris le poignet, relevai le petit volant de dentelle qui le couvrait et mis à jour les cinq petites tâches bleuâtre qui s'y étalaient : les marques de quatre doigt et d'un pouce.
- Il vous traite bien cruellement ! Il y a plusieurs choses qui peuvent me mettre hors de moi. Et les hommes qui maltraitent les femmes en sont une !
Hélène rougit et recouvrit son poignet.
- C'est un homme dur, murmura-t-elle. Il ne connaît pas sa force.
- Ne le défendez pas mademoiselle ! Il ne le mérite pas ! Je n'ai jamais compris comment une femme battue pouvait encore défendre son bourreau.
- Rassurez-vous, il ne me bat pas. Ce sont les seules marques que vous trouverez. Et je peux vous le jurer.
- Tant mieux ! Sinon, c'est à moi qu'il aurait eu affaire. Je connais les arts martiaux et l'art de la boxe. Et dans ces cas là, je ne suis pas un tendre ! Et plus personne ne peut m'arrêter… C'est au finish…
La colère était montée en moi rien qu'en pensant que ce monstre avait pu lui faire du mal. Mon poing gauche s'était fermé instinctivement à la pensée de ce que je ferais à cet homme qui se permettait d'user de sa force sur sa bru. Cela me dégoûtais ! Elle du s'en apercevoir car elle toucha mon poing fermé du bout des doigts puis l'entoura carrément de sa main. Elle avait la peau douce et ses mains s'étaient réchauffées.
- Ce n'est pas grave monsieur Holmes. C'est un détail même.
Je hochai la tête et desserrai mon poing. Un long silence s'ensuivi.
J'avais le menton appuyé dans mes mains et je regardais brûler le feu. Plusieurs choses me trottaient dans la tête. Notamment la façon dont elle avait parlé de son fiancé et futur mari. Ce n'était pas les paroles d'une femme amoureuse sur le point de se marier. Elle avait parlé de lui sur un ton plat, comme si elle avait parlé d'une chose insignifiante… Généralement les demoiselles sont fières d'annoncer à tout le monde leur mariage. Pas elle ! Il y avait fort à parier qu'elle ne l'aimait pas vraiment mais qu'il lui serve juste de porte de sortie…Il restait encore une chance à Watson de pouvoir remonter au créneau !
- Voilà une affaire très complexe, dis-je en rompant le silence quasi religieux qui s'était installé dans notre appartement. Il y a des milliers de détails sur lesquels je voudrais bien être fixé avant de décider d'un plan d'action. Mais nous n'avons pas un moment à perdre. Si nous nous rendions aujourd'hui à Stoke Moran, pourrions-nous voir ces chambres sans que votre beau-père le sache ?
- Justement, il a parlé d'une course importante qu'il doit faire aujourd'hui en ville. Il est vraisemblable qu'il sera absent toute la journée et qu'il ne nous dérangera pas. Nous avons une bonne à présent. C'est une vieille femme un peu folle. Mais elle quitte quand elle a fini son travail. Je saurai la tenir à l'écart.
- Bien ! Pas d'opposition à cette excursion Watson ?
- Aucune opposition !
- Alors nous viendrons tous les deux. Que comptez-vous faire maintenant ?
- Une ou deux emplettes. Autant en profiter puisque je suis à Londres. Mais je serai de retour à temps pour vous accueillir : je prendrai le train de midi.
- Nous arriverons au début de l'après-midi. Moi même j'ai ma matinée occupée par quelques affaires. Vous ne voulez pas que je vous fasse monter le petit déjeuner ?
- Je pense que je vais dire oui. Je suis partie tellement vite que je n'ai rien avalé. Merci messieurs.
