Bouh !

Aujourd'hui, c'est Halloween, alors quoi de mieux qu'une histoire avec un zombie et un nécromancien pour marquer le coup ? (En vrai, ok, c'est pas le seul truc que j'ai prévu de poster aujourd'hui, mais, héhé).

Surtout que je savais même plus trop quand publier cette histoire, au final. J'avais dit "les semaines où je n'aurais rien d'autre à poster" sauf qu'en ce moment beeen, j'ai des trucs à poster. Valà.

Par contre ce chapitre est un poil moins rigolo que les précédents. C'est pas déprimant non plus mais voilà quoi.

Bonne lecture !


4. Visite guidée

Allongé sur le canapé, dans la pénombre de la nuit, Ven fixait le plafond. Parfois, il avait de nouveau le bête espoir de réussir à s'assoupir. D'autres fois encore, perdu dans ses pensées sans voir le temps passer, il parvenait presque à se convaincre qu'il avait effectivement dormi.

Mais Ven ne pouvait plus dormir, depuis la fin précoce de son sommeil éternel.

Par conséquent, Ven s'ennuyait.

La box de la télé affichait trois heures du matin. Une heure plus tôt, Vanitas était parti se coucher, retrouvant un semblant de bon sens en se rappelant qu'il travaillait le lendemain. Ven faisait toujours en sorte de le retenir le plus longtemps possible, en engageant des conversations philosophiques, en appuyant l'air de rien sur « épisode suivant » sans demander si ça lui convenait, ou en choisissant exprès les séries avec des cliffhangers monstrueux qui obligent à rester éveillé pour regarder la suite.

Mais bon, le mage noir finissait toujours par tituber de sommeil jusque sa chambre en râlant qu'on ne l'y reprendrait pas. Il ne paraissait pas se douter de l'intentionnalité du stratagème de Ventus.

Le mort-vivant gonfla les joues et souffla de l'air, profondément excédé par le manque de choses à faire dans cette putain de baraque. Il ne pouvait pas aller sur Netflix la nuit, sinon Vanitas se levait pour lui jeter des objets à la figure, avec plus ou moins de réussite. Ça arrivait à Ven de faire exprès de le réveiller, rien que pour passer le temps. La dernière fois, il avait cassé l'attache d'un cadre super moche représentant un paysage méga moche en lançant sa chaussure.

Tout était ultra moche, dans cette maison, donc ironiquement génial.

En désespoir de cause, Ventus se leva. Il ne supportait plus de rester allongé sans rien faire, dans le noir, comme ça !

Il fit un petit tour sur lui-même, sans avoir aucun mal à distinguer chaque meuble, chaque horrible bibelot de la pièce, puisque ses yeux s'étaient accoutumés à l'obscurité depuis belle lurette.

Concrètement, c'était une maison de vieux.

Vanitas prétendait n'avoir jamais eu le courage de refaire la déco, depuis qu'il avait acheté la bâtisse, et Ven était enclin à le croire, vu le manque de motivation du mage noir pour tout ce qui ne relevait pas du domaine du morbide.

Bien agencé, ç'aurait pu être un chouette lieu de vie, cela dit. Quoique, oh, Ven ne se plaignait pas trop. Ça lui rappelait les week-ends chez ses grands-parents, l'odeur de naphtaline et de gâteau au chocolat en moins. Du coup, il se demanda si ses grand-parents étaient morts, maintenant. En dix ans de temps, ça se pouvait bien...

Le canapé était l'un des rares ajouts du nouveau propriétaire de la maison. Et quel ajout ! Une house de feutre bleu profond, des coussins moelleux… Vraiment le coeur de ce foyer. En face du meuble béni, un petit buffet vétuste abritait, délicatement posée sur un petit napperon en dentelle, la sainte Télévision, ainsi que la box et deux consoles de jeu qui avaient mis des étoiles dans les yeux de Ven à son arrivée – dix ans de technologie vidéoludique à rattraper !

Entre les deux meubles se situait une table basse très basse, en bois sombre, uniquement garnie d'une petite lampe de chevet pitoyable, majoritairement couleur jaune pisse, avec des petits motifs floraux en relief. Ventus adorait cette lampe. Même après l'avoir nettoyée, elle sentait encore la poussière brûlée.

Le reste du salon se composait pour l'essentiel d'étagère garnie d'un mélange de bibelots en tout genre – animaux en porcelaine, figures religieuses, vieilles horloges de bois aux aiguilles arrêtées – de livres spirituels à deux ronds et de romans de science-fiction qui s'incrustaient péniblement dans les espaces restants. Une sacrée couche de poussière s'était également installée, qui chatouilla le nez de Ventus lorsqu'il passa son doigt sur les planches.

Il passa ensuite dans le couloir, contemplant la tapisserie jaunâtre et les tableaux horriblement bon marché. L'un représentait une petite fille qui pleurait en regardant le fleuve, un autre encore un paysage campagnard avec un agneau tout décoré de rubans roses, puis un autre une forêt feuillue aux couleurs qui bavaient beaucoup trop… Les traits grossiers rendaient le tout un peu glauque, pour être tout à fait honnête. Peut-être que Vanitas les gardaient justement pour ça, mais l'hypothèse la plus probable était qu'il ne leur accordait jamais un regard, et qu'il devait avoir oublié leur existence, même en passant devant tous les jours.

La cuisine ne se trouvait pas trop loin, et le réfrigérateur représentait le seul élément résolument moderne de la pièce. Ventus s'interrogeait sur le goût des personnes âgées pour le jaune sale et les motifs à fleurs. Le plan de travail croulait sous les papiers divers – surtout des factures – les pots en faïences soit vides, soit remplis de sucre ou de farine, les ustensiles neufs ou usagés, les vieilles plaques de cuisson qui ne chauffaient pas grand-chose…

Sur la petite table à manger, une étrange décoration de Noël prenait au moins un tiers de la place. Il s'agissait d'une sorte de fausse branche d'arbre, garnie de fausses feuilles, de fausse neige, de bougies rouges jamais allumées, et de faux petits moineaux munis d'yeux vides du démon. Sur le mur juste au-dessus, la précédente propriétaire du lieu avait jugé nécessaire de mettre sous verre et d'accrocher un poème imprimé comparant l'amour au sourire d'un enfant, aux épines des roses et toutes sortes d'autres images tellement guimauves qu'elles donneraient le diabète à n'importe qui.

Ventus parierait que son colocataire ne faisait même plus attention à ces décorations ringardes, mais lui, ça le faisait beaucoup rire. Surtout le fait de trouver tout ça dans la maison d'un mage noir d'une vingtaine d'années extrêmement irascible – même si la décoration ne venait pas de lui, mais tout de même…

À l'arrière de la cuisine, une porte dotée de petits carreaux flous donnait sur une sorte de cour. Ven s'y rendait parfois pour prendre l'air. Une grande palissade de briques masquait le jardin – si on pouvait l'appeler ainsi – aux yeux des voisins. Seuls quelques chats venaient parfois jouer les funambules au sommet du mur. Le petit parterre de pierres grises sur lequel deux chaises et une table en plastique reposaient qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, s'arrêtait net, coupé par une fine ligne de démarcation qui rehaussait une pelouse envahie par les herbes folles. Un buisson dans le coin gauche donnait parfois quelques baies non comestibles.

Il faisait frais, cette nuit-là. Quelque part, Ventus s'en réjouissait. Il sentait encore la chaleur et le froid, ce qui le rassurait. Frissonner lui donnait l'impression d'être en vie. Il avait besoin de ça, surtout ce soir, où l'absence de distraction imprimait une tristesse diffuse dans son coeur.

Il devrait peut-être trouver un autre hobby que Netflix. Quelque chose qui lui donnerait réellement l'impression d'exister. Ou bien essayer de sortir. Dehors. Voir d'autres gens que Vanitas lui ferait sans doute du bien. Il l'appréciait beaucoup, mais même lui devait avouer que le mage noir n'était pas d'une compagnie très gratifiante. Les piques sarcastiques, les petites querelles et les silences confortables devant la télé, c'était amusant, mais parler avec quelqu'un de gentil une fois de temps en temps, ça ne pouvait pas faire de mal…

Après avoir pris l'air quelques minutes, le mort-vivant retourna dans la quiétude de la maison. Rien ne bougeait, aucun bruit ne faisait vibrer l'air, hormis celui de ses propres pas sur le carrelage glacé. Il retraversa le couloir, passa devant les toilettes – il n'y avait pas grand-chose à dire sur les toilettes, et de toute façon Ventus n'avait aucune raison de s'y rendre – et la salle de bain.

C'était une salle de bain ordinaire, majoritairement bleue, dotée d'une douche à l'italienne. Un poste de radio des années 90, tout plein de calcaire, posé en équilibre précaire sur le lavabo et n'ayant pas été utilisé depuis belle lurette, représentait le seul objet un peu hors de propos. Dans un coin, un petit escabeau en plastique, comme ceux que les personnes âgées utilisaient pour faciliter leur toilette, gisait, abandonné, inutilisé depuis des lustres. Les salles de bain, ça ne changeait pas énormément d'une décennie à l'autre. Pas de déco vieillotte, pas beaucoup de poussière, juste deux brosses à dents dans une écocup sur le lavabo – Ventus avait vite deviné que, même s'il ne mangeait pas, un minimum d'hygiène dentaire ne ferait pas de mal. Et puis, il avait un peu peur de la… la pourriture. En apparence, il ne se décomposait pas, mais cette angoisse le travaillait, lorsqu'il ruminait pendant trop longtemps. Tomber en lambeaux et moisir.

Il finit par quitter la salle d'eau, les épaules basses, et retourna dans le salon. C'était une toute petite maison de plain-pied, sans étage, alors la chambre de Vanitas se trouver à quelques mètres derrière le canapé, close. Ventus n'avait pas le droit d'y entrer, en principe. L'autre avait émis des menaces disproportionnées à ce propos, mais il ne se plaignait jamais que ses sous-vêtements sales trouvent comme par magie le chemin de la corbeille à linge durant son absence. La chambre était la seule pièce qui devait avoir été redécorée depuis le changement de propriétaire, et elle abritait un capharnaüm monstrueux.

Ventus considéra la porte un petit moment, hésitant presque à aller réveiller son colocataire pour lui dire qu'il ne se sentait vraiment pas bien, cette nuit. Mais bon… Il l'engueulerait sûrement, et lui enverrait des objets à la figure jusqu'à ce qu'il parte. Vanitas n'était pas vraiment une oreille attentive, encore moins lorsqu'on le tirait de son sommeil, déjà bien entamé par les soirées Netflix.

Ventus regagna le canapé, s'allongea dedans, un bras en travers du front et les yeux grands ouverts dans l'obscurité.

Il fixa le plafond.


Je me disais que c'était important de faire un peu le tour de la maison, comme la majorité des chapitres s'y passeront. J'sais pas si ça vous a plu, j'ai essayé de faire en sorte que ce ne soit pas trop laborieux à lire... À vous de me dire si j'ai pas trop foiré mon coup.

Merci d'avoir lu !