Il se fit réveiller en pleine nuit par quelque chose qui semblait s'agiter légèrement à ses côtés. Il jeta un coup d'œil vers sa droite pour voir Hoosier qui bougeait doucement dans son sommeil comme s'il tentait d'échapper à quelque chose ou à quelqu'un. Robert Leckie était devenu un habitué à ces agitations. Les rêves de Bill le perturbaient depuis bien avant qu'ils ne deviennent prisonniers de guerre. Même si Hoosier n'était pas le genre à parler de ses émotions, Leckie savait à quel point les moments passés sur les îles japonaises le traumatisaient. Cela transparaissait presque chaque nuit alors qu'il combattait ses terreurs nocturnes.
Comme à chaque fois que cela se produisait, Leckie déposa un baiser affectueux dans les cheveux clairs de Bill en lui murmurant un « je suis là » au creux de son oreille. Immédiatement, comme si Hoosier entendait cette phrase toute simple là où il se trouvait dans son monde aux horreurs, il se calmait. Les traits durcis et tordus de son visage s'adoucissaient et sa mâchoire se détendait tout comme ses muscles qui semblaient retomber au repos. Comme à chaque fois, Leckie serra doucement le corps amaigri de Bill entre ses bras. Ce contact eu pour effet de détendre davantage Hoosier qui se laissa complètement aller contre celui que l'on surnommait affectueusement le professeur. Il avait retrouvé son air serein qui avait fait craquer plus d'une fois Leckie.
Il n'arrivait pas à expliquer comment il avait fini par se rapprocher d'Hoosier de cette manière. Il s'était tout de suite bien entendu avec lui et ils étaient rapidement devenus amis. Le contexte surréel dans lequel ils étaient tous deux plongés avait accélérer les choses d'une façon dont Leckie n'aurait jamais cru possible. Il n'avait jamais été attiré par la gent masculine, mais Bill avait quelque chose que les autres n'avaient pas et qui l'attirait profondément. Après la bataille de Guadalcanal, il était devenu plus intime avec son ami. Bien que ces moments d'intimités lui semblèrent un peu étranges au départ, il y avait pris rapidement goût. Guidés par sa curiosité et par son envie de goûter chaque parcelle du corps de son camarade qui ne demandait qu'à aller plus loin lui aussi, ils s'étaient laissé emporter dans un tourbillon charnel.
Ils avaient toujours fait attention aux gestes qu'ils se faisaient en public, mais leur attraction était difficile à cacher. Les autres de la compagnie avaient fini par soupçonner quelque chose, mais leurs amis les plus proches n'y prêtèrent aucune attention comme s'il ne s'agissait que de quelque chose de naturel ou de prévisible. Depuis qu'ils étaient au camp, ils profitaient des nuits pour se rapprocher un peu plus. Il était difficile d'avoir une véritable intimité étant donné que tous les prisonniers dormaient au même endroit, mais ils savaient user de leur imagination.
Tandis qu'il serrait encore Bill contre lui, Leckie replongea dans les bras de Morphée.
Le lendemain matin, les Américains se firent réveiller par deux Japonais qui entrèrent en trombes dans la cabane. L'un produisait un son strident à l'aide de son sifflet tandis que l'autre hurlait des mots incompréhensibles dans son jargon natal pour forcer les hommes à se lever plus rapidement. Leckie se leva lentement comme il le faisait chaque matin. Le manque de repos et de nourriture ne lui permettait pas de pouvoir se presser. C'était le cas pour la grande majorité des autres marines qui se levèrent aussi en silence. Les plus rapides furent les nouveaux arrivants qui étaient déjà debout et prêts à affronter cette première journée au camp.
Ils sortirent de la cabane en file indienne en direction de l'endroit où ils devaient récupérer leurs outils habituels en vue de leurs tâches quotidiennes. Chacun prit calmement ce qui leur était destiné et Leckie offrit un petit sourire à Hoosier qui lui sourit à son tour. C'était leur manière de se souhaiter une bonne journée. Ils ne se reverraient plus jusqu'au repas qui avait souvent lieu en milieu d'après-midi. Il détestait être séparé de lui, mais il se consolait avec chaque nuit qu'il passait à ses côtés. Dans une telle situation, c'était presque un luxe.
Leckie marchait en direction de son poste avec Sid. Ce dernier ne cessait de regarder par-dessus son épaule et Robert se douta aussitôt qu'il devait regarder son ami Gene.
- Je suis certain qu'il va s'en tirer, fit Leckie d'un ton confiant en donnant une tape dans le dos de Sid.
Pour toutes réponses, Sidney haussa les épaules.
La venue de son ami semblait grandement le perturber et Leckie comprenait ce qu'il ressentait. Être présent dans cette prison était synonyme d'une mort à petit feu. Même s'il lui restait encore un peu d'espoir, qu'il se raccrochait à Hoosier et à ses autres amis, Robert se sentait mourir lentement, mais sûrement. Son manque d'énergie flagrant et ses maux de tête persistants commençaient sérieusement à lui faire peur. Il avait perdu sa vivacité, son entrain et son agilité. La bonne humeur était toujours au rendez-vous, mais ce n'était qu'un masque pour ne pas faire flipper ce pauvre Sid qui en avait bien déjà assez comme ça sur les épaules.
- Je vais t'aider avec ces clous, dit Leckie avec le marteau en main. J'ai pas envie d'endurer ce vacarme trop longtemps.
Il avait mal à la tête.
Plus que jamais.
Suite à cette proposition, Sid resta de nouveau silencieux. La tête tournée en direction de son ami d'enfance, il l'observait tandis que l'autre poussait une brouette vide. Leckie haussa les épaules à son tour et se mit aussitôt au travail. Au premier coup qu'il donna, il fit la grimace. Son mal de crâne s'intensifia aussitôt et il ferma les yeux en signe de désespoir.
- Ça va ? demanda Sid.
- Ouais, répondit Leckie du tac au tac. J'en ai juste marre d'entendre ce putain de marteau travailler.
Sid eut un sourire.
- Je pense que ça commence à me rendre fou moi aussi. Essayons de nous en débarrasser aujourd'hui.
Leckie sourit avant de hocher la tête.
Ce n'était qu'un mauvais moment à passer.
Il se remit à frapper sur le clou, ravalant une grimace à chaque fois. Lorsque Sid se mit aussi à cogner, la douleur fut encore plus intense. Robert tenta de penser à autre chose afin de déjouer son mal-être. Il s'imagina l'église où il allait tous les dimanches en compagnie de ses parents pour écouter le même sermon toutes les semaines. Il pensait à sa chambre et à sa machine à écrire devant laquelle il avait pu passer des heures sans même toucher une seule touche pendant qu'il réfléchissait à une idée.
Ce retour dans le passé lui fit du bien, mais n'amenuisa pas son mal. Il poussa un soupir, complètement désespéré.
- On a de la compagnie, annonça Sid qui avait cessé de travailler.
Leckie releva la tête pour apercevoir un jeune homme qui marchait dans leur direction. Il le reconnut aussitôt : c'était celui qui s'était fait tabasser par les Japs la veille. Il transportait quelques planches de bois d'une manière mal assurée en grimaçant à chaque pas. Il laissa tomber son butin aux pieds de Sid avant de se masser les cotes. Il avait l'air mal en point. Sid et Leckie échangèrent un regard pendant que l'autre s'empara d'une planche avant d'aller de l'autre côté du bâtiment.
- On a déjà fini ce côté-là, s'empressa de dire Robert. Mais il nous manque le toit si t'as pas envie d'avoir de la compagnie.
L'autre revient avec un air noir.
- Je peux pas bosser sur le toit, fit-il. J'ai encore de la misère à marcher.
- Aide-nous à clouer tout ça alors, dit Sid en désignant ce sur quoi ils travaillaient.
Après une courte réflexion, Leckie tendit son vieux marteau au nouvel arrivant.
- Prend plutôt ma place, je vais m'occuper du toit, fit-il en guise d'explication. S'ils nous voient tous en train de faire la même chose, j'ai peur que ça devienne une excuse pour faire une scène pour rien.
Le petit nouveau hésita avant de finalement prendre le marteau et d'occuper la place de Robert qui s'empara de l'échelle qui avait été mise à disposition. Après l'avoir installé contre le mur, il ramassa planches de bois et autres accessoires qu'il crut nécessaires aux réparations du toit. Il grimpa lentement les marches une à une avec des jambes tremblantes. Il regretta aussitôt d'avoir pris autant d'objets dans ses bras. Il oubliait parfois à quel point il était devenu faible depuis qu'il était là.
- Besoin d'aide ? demanda Sid qui avait vu sa détresse.
- Non merci. Je peux le faire.
Il suffisait qu'il reste prudent et il parviendrait à ses fins.
Il se donna une dernière poussée et il parvient enfin à déposer tout son bazar sur le toit. C'était la première fois qu'il avait accès à la vue du dessus de la cabane sur laquelle ils s'acharnaient depuis longtemps et il fut découragé de constater à quel point il était en mauvais état. Le matériau était mou et couvert de trous à plusieurs endroits. Il avait beaucoup de travail à faire puisqu'il n'avait pas d'autre choix que de tout arracher et de tout refaire.
Robert retroussa ses manches déchirées avant de poser ses yeux sur l'horizon. Il repéra aussitôt Bill qui était à genoux sur le sol en train d'arracher des mauvaises herbes. Hoosier était l'un de ceux qui s'occupaient du jardin. Lorsqu'il ne devait pas planter de nouveaux ingrédients, il devait récolter les plus mûrs. Il s'occupait également de la qualité de la terre et devait donc la labourer et lui donner de l'eau qui était, bien entendu, formellement interdite aux prisonniers. Voir toute cette eau couler dans le sol était une véritable torture selon Bill. Leckie n'avait jamais douté de ses dires. La tâche qui le rendait malade de rage contre les Japs et qu'il trouvait la plus difficile était celle d'enterrer les cadavres des Américains qui étaient morts. Le mandat qu'il avait était de creuser des rectangles parfaits d'une profondeur précise. S'il avait passé plusieurs nuits à s'acharner sur certains de ces trous, Hoosier était désormais devenu un expert à force de devoir répéter la tâche.
Leckie ne fit que l'observer pendant quelques secondes en espérant que l'autre finirait par relever la tête, mais Bill semblait s'acharner sur une herbe qui lui menait la vie dure.
Tant pis.
Il commença à examiner plus attentivement le toit qui lui faisait face. Il ne disposait que de peu d'outils pour réaliser les travaux qu'il voulait faire, mais il n'avait pas d'autre choix que d'user de ces éléments et de son imagination pour parvenir à ses fins.
- Tu t'en sors ? demanda Sid.
- Il y a pas mal de boulot… Je pensais pas que la situation était aussi catastrophique. Il faut tout démolir et tout refaire. Avec ce qu'on a, ce ne sera pas facile, je pense.
- Pourquoi se forcer pour ces salopards ? demanda le petit nouveau avec une main sur une cote.
Sid lui jeta un regard noir.
- Tu t'appelles comment ? lui demanda-t-il.
- Merriell. Mais tout le monde m'appelle Snafu.
- Eh bien Merriell laisse-moi te dire une chose. Ce que tu as fait hier était complètement stupide et si tu tiens à la vie tu devrais te « forcer » à travailler pour eux d'accord ? Si tu continues à adopter une telle attitude, je peux te garantir qu'ils se feront un plaisir de t'éventrer sur la place publique avant de te faire avaler toutes tes tripes. T'as compris ? Alors laisse tomber ta petite attitude du mec qui se croit plus fort que les autres et commence à clouer. Autrement ces clous finiront dans tes yeux.
Snafu eut un air vexé et il dévisagea Sid de la tête aux pieds.
Robert, qui avait assisté à toute la scène, ne peut s'empêcher d'avoir un petit rire. Pas parce que Sid avait exagéré dans ses propos (ils avaient rapidement découvert que ces Japs étaient capables d'une cruauté exceptionnelle), mais pour sa manière de vouloir protéger tout le monde. Il avait été dur avec ce Merriell, mais il avait eu raison. Se plier aux règles était la meilleure chance de survie dans ce monde injuste.
Les trois hommes se mirent au travail après cette petite pause afin de ne pas trop attirer l'attention. Ils poursuivirent leurs tâches durant une bonne partie de l'avant-midi jusqu'à tant qu'un puissant coup de sifflet retenti dans le camp.
Aussitôt, Robert et Sid cessèrent leurs mouvements avant de se jeter un regard de désespoir.
De nouveaux arrivants allaient bientôt faire leur entrée en enfer.
- Il se passe quoi là ? demanda Merriell en jetant un regard dans les alentours tandis que Robert descendait de son échelle.
- D'autres gars ont été capturés, murmura Sid. Deux fois en deux jours… Ils battent des records.
- Viens, fit Robert à l'adresse de Snafu. Il faut y aller.
Ils laissèrent tomber leurs outils avant de se diriger vers le centre du camp alors que d'autres prisonniers affluaient de tous les coins. Robert compta six hommes alignés. Tout comme les nouveaux arrivants de la veille, ils avaient les mains liées dans leur dos.
Au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du rassemblement, Snafu eut l'air de s'agiter.
- Merde…
- Tu les connais ? demanda Sid à voix basse.
- Il y a notre capitaine et son lieutenant, siffla-t-il entre ses dents.
Robert et Sid se regardèrent une fois de plus. Ces titres étaient particulièrement recherchés par les Japs qui se faisaient un plaisir de les torturer afin d'obtenir de nouvelles informations sur des tactiques de combat des Alliés et autres.
Dans un geste de compassion, Leckie déposa une main sur l'épaule de Merriell.
- Quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, tu fermes ta gueule et tu restes tranquille, ordonna Sid dans un murmure.
Ils arrivèrent à l'endroit où étaient réunis tous les anciens et ils se placèrent en ligne droite en face des nouveaux de la compagnie K. Robert repéra aussitôt ceux qui avaient été mentionnés par Snafu grâce aux insignes sur leur uniforme. Les Japs les avaient sans aucun doute repérés aussi. Ils semblaient avoir appris par cœur chaque symbole de l'armée américaine, car ils choisissaient toujours les rangs les plus élevés sans hésitation.
Les nouveaux arrivants avaient l'air complètement dépités, mais leurs regards s'illuminèrent lorsque leurs yeux se posèrent sur Snafu et sur les autres qui avaient été amenés la veille. Leckie savait que ces retrouvailles seraient de courte durée.
Au moins pour deux de ces hommes.
À sa manière habituelle, le Japonais bilingue accueillit les nouveaux arrivants. Leurs liens furent coupés, sauf pour le capitaine qui fut négligé.
- Vous, fit le Jap en désignant d'un coup de tête le plus haut gradé. Vous venez avec moi.
Aussitôt, deux Japonais agrippèrent sans douceur les bras du capitaine en le forçant à aller dans une direction opposée de celle où ils conduisaient habituellement les nouveaux.
Sous sa main, Robert sentit les muscles de Snafu se tendre.
- Hey ! fit l'un des nouveaux. C'est parce qu'il est capitaine c'est ça ?
Le lieutenant.
Dans sa tête, Robert priait pour que cet homme ferme sa gueule.
Ceux qui entrainaient le capitaine s'arrêtèrent et le chef des Nippons jeta un coup d'œil à celui qui avait parlé.
- Vous êtes perspicace, dit-il avec un sourire mauvais. Ne vous inquiétez pas. Ce sera bientôt votre tour.
Puis, il fit signe aux autres de continuer leur chemin.
- Je n'ai pas fini de parler fils de pute ! s'écria le lieutenant. Tu sais qui je suis moi ? Je suis un putain de lieutenant ! Tu sais ce que c'est un lieutenant connard ? Tu veux que je te l'épelle peut-être ?!
Cette fois-ci, le chef ne souriait plus. Il dévisageait le lieutenant avec une intensité féroce dans le regard. C'était quelque chose que Robert avait déjà vu auparavant et qui ne s'était jamais bien terminé.
- L-i-e-u-t-e-n-a-n-t, épela l'américain.
- Ed ! fit le capitaine d'une voix suppliante. Arrête ça tout de suite !
Le dénommé Ed n'écouta pas le conseil qu'on venait de lui donner. Il s'avança plutôt lentement vers le Japonais qui lui faisait face avec une expression de rage peinte sur son visage.
- Sois tu m'amènes avec lui, sois je te tue de mes propres mains espèce de ptit merdeux.
Il n'était visiblement pas conscient du danger auquel il s'exposait pour le menacer de cette manière.
- J'ai dit : votre tour viendra, fit le Japonais d'une voix grave. Reprenez vos rangs.
- Ed fait ce qu'il dit, supplia le capitaine qui n'avait rien raté de la scène.
Pour toutes réponses, le lieutenant cracha sur le visage du Japonais qui demeura impassible. La salive se mit à couler contre sa joue et l'américain se mit à rire.
- Si tu penses que j'ai peur de toi fils de pute.
D'un geste vif, le Japonais dégaina un fusil retenu par une ceinture autour de sa taille avant d'exploser la pomme d'Adam du lieutenant d'une balle.
La seconde d'ensuite, l'homme s'étouffa avant de s'écrouler au sol.
Une onde de choc s'éleva parmi les témoins.
Si certains se figèrent, d'autres eurent de vives réactions.
- Ed ! s'écria le capitaine d'une voix désespérée et troublée.
Il tenta d'aller vers le blessé, mais l'un des gardes lui assigna un violent coup de poing au ventre qui l'empêcha aussitôt de faire quoi que ce soit.
Sous sa main, Leckie sentit Snafu qui eut un mouvement vers l'avant. D'un geste rapide et instinctif, la main amicale de Robert se transforma en étau. Il positionna son bras afin de bloquer le marine à aller plus loin et il tâcha de le maintenir contre lui. Sa seconde main se placarda contre sa bouche afin de l'empêcher de dire des conneries.
- Chut, murmura Leckie. Reste calme.
Snafu se débattit contre lui, mais Robert serra davantage sa prise. Le petit nouveau était franchement difficile à retenir étant donné sa vitalité toute fraîche et le puissant coup d'émotion qu'il subissait. Leckie sentait ses lèvres remuer contre la paume de sa main. Il ne parvenait pas à entendre les mots étouffés que Snafu prononçait, mais il ressentait sa colère et sa peine sans difficulté.
Le Japonais surplombait le lieutenant qui agonisait toujours sur le sol, baignant dans son sang. Ce dernier se tenait la gorge à deux mains tandis que d'étranges sons sortirent de sa bouche. La haine dans ses yeux avait complètement disparu pour faire place à la peur. Dans le regard du Nippon, il n'y avait que de la satisfaction. Il semblait se régaler du spectacle qui se déroulait sous ses yeux tandis que l'autre s'étouffait dans son propre sang.
- Ed… fit le capitaine d'une voix brisée.
Le chef hurla un mot en japonais et les gardes remirent le capitaine sur ses pieds avant de reprendre leur route. Le pauvre homme avait du mal à marcher. Il se faisait davantage tirer par ses geôliers qu'autre chose.
Peu à peu, le lieutenant perdait de sa vitalité. Le Japonais souriait tandis que les yeux de l'autre se voilaient.
Bientôt il n'y eut plus un son et plus un mouvement.
Le lieutenant était mort.
Le Japonais releva la tête vers les nouveaux arrivants.
- Première leçon : écoutez ce que l'on vous dit, peu importe votre rang ou vous souffrirez.
Les nouveaux, toujours sous le choc, ne dirent pas un mot.
Le Japonais se dirigea vers Hoosier et Leckie retient son souffle l'espace d'une seconde.
- Toi. Tu sais ce que tu as à faire.
Pour toutes réponses, Bill hocha gravement la tête.
- Le spectacle est terminé. Retournez à vos tâches.
Il fit signe à ses gardes de prendre les nouveaux avec eux avant d'aller dans la direction où les autres avaient traînés le capitaine.
Les plus anciens commencèrent à se disperser. Leckie vit Hoosier s'approcher du corps inerte du lieutenant. Sous sa prise, Snafu s'était calmé et réclamait maintenant sa liberté. Robert obtempéra et Snafu accouru aussitôt vers le défunt.
- Tu veux m'aider à le transporter ? demanda Bill.
Snafu hocha lentement la tête.
Puis, dans un silence respectueux, les deux marines s'exécutèrent.
Robert les regarda s'éloigner avant de retourner vers son travail.
Juste une autre journée au camp.
Rien de plus.
