Chapitre 4 Réveil

La nuit fut courte. Comme tous les jours, il fut réveillé avant le lever du jour. Mais pour une fois, il ne se leva pas tout de suite. Il réfléchissait. Elle allait se réveiller, aujourd'hui ou demain. Comment allait-elle réagir ? Serait-elle contente d'être là, de le revoir ?

Quel idiot, je lui ai tiré dessus ! J'ai bien faillit la tuer, et je voudrais qu'elle soit contente de me revoir

Finalement, il se leva et partit courir.

Il s'était bien remis de ses blessures, mais il avait encore besoin de s'exercer régulièrement pour retrouver et surtout maintenir son niveau. Il lui restait moins d'une heure avant la fin de la garde de nuit. Il avait le temps de prendre une douche et de manger quelque chose avant d'aller la voir. Sur le chemin du retour, il croisa Clouzot, qui l'accosta.

« Sergent, vous êtes matinale ! »

« Euh… oui, j'ai du mal avec le décalage horaire… »

« Mouais… ça tombe que vous soyez là, j'aurai besoin de vous au hangar dans une heure, je veux revenir sur l'intervention d'hier. Il y a quelques points à revoir au niveau tactique. Et votre expérience sera la bienvenue. Je compte sur vous. »

« A vos ordres. »

Il n'était pas ravi de se faire coincer par une autre réunion, mais il n'avait pas vraiment de moyen de refuser. Il était officiellement en repos, donc ne pouvait pas justifier son absence.

Il pouvait passer à l'infirmerie avant, et avec un peu de chance, cette réunion ne serait pas très longue, donc il y retournerait en fin de matinée.

Après sa séance de sport, il passa au réfectoire pour son premier repas de la journée. Il n'y avait que peu de monde à cette heure, c'était un jour de repos. Pourtant, il vit le capitaine, seule au fond de la salle. Elle semblait songeuse. Pour ne pas la déranger, il se tint à l'écart.

En le voyant, elle fut mal à l'aise à cause de son comportement de la veille. Elle lui avait crié dessus sans raison, et n'avait même pas pris de nouvelles de Kaname. Elle n'avait pas beaucoup dormit, et avait plusieurs rendez-vous de prévus, pour elle, ce n'était vraiment pas un jour de repos.

Ayant fini son plateau, elle se leva pour partir, et ne le salua que d'un signe de tête. Elle n'avait pas le temps de s'arrêter, elle était attendue par son second.

Il avala son repas les yeux rivés sur la pendule, pour être sûr de ne pas rater sa chance de passer la voir.

Et si elle était réveillée ?Elle n'a jamais été du matin, mais là, elle dort depuis longtemps…

Il commençait à paniquer. Le mieux était encore d'aller voir. Il débarrassa son plateau et se dirigea vers l'infirmerie.

En arrivant, il croisa l'infirmier de la veille, qui lui finit un sourire triste, mais le laissa passer.

« Elle dort encore, vous savez. Essayez de ne pas la réveiller, elle a vraiment besoin de récupérer. »

« Je n'en ai pas pour longtemps, je veux vérifier que tout va bien. »

Elle dormait paisiblement. Rien n'avait bougé depuis la vieille au soir, comme si le temps s'était arrêté. Il approcha sa main, mais résista à l'envie de lui caresser le visage, de peur de la réveiller. Il écarta simplement une mèche de cheveux sur son front. Il pourrait rester à la regarder dormir pour une éternité. Le simple fait d'être près d'elle le rendait heureux.

Pourtant, il devait partir. En se retournant une dernière fois, il remarqua ses épaules nues sur l'oreiller. Elle n'avait pas de blouse. Son cœur s'arrêta. Un mauvais mouvement et n'importe qui pourrait la voir dévêtue. Lui-même avait déjà une vue plongeante sur son décolleté. Pas autant que la veille quand il dut déchirer son pull pour endiguer l'hémorragie, mais bien plus que ce qu'il pouvait accepter que d'autres voient. Il remonta le drap et informa une infirmière de la nécessité de l'habiller.

L'infirmière promit de s'en occuper, et il put tranquillement rejoindre le hangar.

La première chose qu'elle vit fut une lumière aveuglante.

Alors ça y est, je suis morte ? J'ai mal à tête… Et dans l'épaule…

Puis elle se souvint.

« Sosuke… »

La balle avait dû traversée son épaule pour atteindre Leonard. Elle tenta à nouveau d'ouvrir les yeux tout doucement, en mettant sa main sur son front. Ce mouvement lui causa une intense douleur dans tout le bras.

En fait la lumière n'était pas si forte. Elle regarda autour d'elle, comme elle put, elle pouvait à peine tourner la tête. Mais elle comprit vite qu'elle était dans un hôpital. S'appuyant sur son bras droit, elle essaya péniblement de se redresser, mais ne réussit que se faire souffrir davantage.

Elle se décida à attendre, il devait y avoir quelqu'un. Une infirmière arriva rapidement.

« Il me semblait vous avoir entendu… »

« Où suis-je ? »

« A l'infirmerie. Vous pouvez dire que vous avez eu de la chance. Une balle dans l'épaule gauche… Et moins de 24h après vous êtes déjà consciente… De la chance, et une sacrée constitution… »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? J'étais dans cette maison… Et maintenant, ici… Où est Sosuke ? »

« Du calme, ma petite. Si vous parlez du sergent, il va tarder à mon avis, il vous a pas lâchée ! On a même du employer la force pour qu'il vous laisse tranquille ! »

« Qu'est-ce que… » Kaname commençait à paniquer. Qu'était-il arriver à Sosuke ? Pourquoi cette femme parlait-elle d'employer la force sur lui ? Elle avait été sauvée ! Elle ne pouvait être encore retomber dans les mains d'Amalgam !

Elle avait les larmes aux yeux. C'était injuste.

L'infirmière s'approcha et lui prit la main.

« Eh ben mon petit, c'est pas grave, il sera bientôt là. Vous voulez que je le fasse chercher votre sergent ? »

Kaname la regardait sans comprendre. Elle ferma les yeux et se réinstalla dans son oreiller.

« Bougez pas, je vais chercher le docteur. »

Sosuke essayait de se concentrer sur ce que disait Clouzot. Il n'était pas nombreux dans le hangar, seuls étaient réunis les pilotes d'AS, ce qui ne représentait pas plus de dix personnes. Mao portait son uniforme de Lieutenant, ce qui la changeait beaucoup. Il n'avait pas l'habitude la voir en jupe. Il la regardait sans écouter ce qu'elle disait. Elle et Clouzot s'entendaient bien, c'était évident. Ils parlaient chacun à tour de rôle de derniers progrès et de nouvelles technologies à utiliser.

Ils expliquaient le fonctionnement des 'yeux de fée', le système qui permettait de voir l'intensité du bouclier Lambda Driver, et donc de savoir où atteindre l'ennemi.

Mais Sosuke connaissait déjà tout ça, ayant beaucoup pratiquer lui-même le Lambda Driver.

Il essaya de ne pas regarder l'heure et d'avoir l'air concentré.

Le médecin fut surpris de la voir réveiller si tôt. C'était une femme d'une quarantaine d'années, portant une blouse blanche sur un pantalon de coton. Elle avait les cheveux très bruns et frisés attachés sur la nuque. Son badge portait le nom de Santiago. Elle prit sa tension et lui demanda comment elle se sentait. Elle ne répondait pas.

« Mademoiselle Chidori, vous me comprenez ?! » L'infirmière lui avait dit qu'elle parlait anglais, mais ne voyant pas de réponse il préférait être sûr…

Elle lui fit un signe de tête.

« Où suis-je ? Et où est Sosuke ?»

Le médecin rit. Ils étaient vraiment fait l'un pour l'autre.

« Ne vous inquiétez pas. Vous devez vous reposer. »

« Où est-il ? » Sa voix était plus ferme, mais aussi anxieuse. Elle attendait une réponse.

« Il est en réunion, il viendra vous voir après. C'est lui qui vous a amené ici, et très franchement vous lui devez la vie. S'il n'avait pas limité l'hémorragie… »

Cette réflexion la fit sourire. Elle fut surprise par sa réaction, mais ne posa pas de question.

« Vous avez eu de la chance, la balle n'a fait que légèrement déchirer l'artère sous clavière, et n'a pas touché l'os. Il faudra garder votre bras au repos et surtout ne pas bouger l'épaule pendant quelques semaines, mais vous ne devriez pas garder de séquelle. Et de toute façon, même si vous vouliez bouger, vous ne pourriez pas, du moins pour l'instant. Mais n'essayez pas… »

Elle acquiesça.

« Maintenant reposez-vous. Vous avez perdu beaucoup de sang, et on a du vous transfuser. Vous devriez assez vite récupérer de ce coté là, mais ce n'est pas la peine d'en faire trop ! »

Elle acquiesça à nouveau d'un signe de tête et ferma les yeux.

Elle se leva pour quitter la salle quand elle l'appela.

« Docteur Santiago, pourrais-je téléphoner ? »

Elle fut surprise une fois encore, mais n'y voyait pas d'inconvénient.

« Euh… oui, je vous fais apporter ce qu'il faut. »

« Merci, et est-ce que je pourrai prendre un bain ? Ou au moins me changer ? »

« Je vais voir avec l'infirmière, je reviens. » Elle sourit. Ah ces filles toutes les mêmes !

Quand Sosuke arriva à l'infirmerie, le médecin et l'infirmière lui jetèrent un regard moqueur et rigolèrent en se retournant. Il n'y prêta pas attention et alla vers la 'chambre' de Kaname.

Elle dormait. Mais quelque chose avait changé. On lui avait enlevé une perfusion et elle portait une chemise blanche, comme celle de son uniforme.

Il n'eut pas le temps de s'asseoir que déjà elle le fixait. Il ne pouvait lire son regard. Il baissa les yeux.

« Euh… Chidori »

« Baka ! Idiot ! Obsédé de la gâchette !» Il ne pouvait même pas s'expliquer que déjà elle commençait à lui crier dessus. Mais il souriait. Elle était vivante, et près de lui. Elle continua son numéro mais voyant que ça le faisait plutôt sourire elle s'adoucit.

« Je t'ai manqué hein ? »

« Oui ! » C'était sorti avant même qu'il y ait réfléchit. Il rougit et se passionna pour son moniteur cardiaque.

« Tu m'as manqué aussi. » Elle lui sourit et attrapa son bras.

« Sosuke… » Sa voix était douce mais sérieuse. Il releva les yeux vers et se plongea dans ce regard qui l'avait tellement hanté.

« Il faut que je sorte d'ici. »

« Mais il faut déjà que tu te remettes… Je… Tu… Tu étais sévèrement touchée ! » Il évita encore son regard. Elle resserra un peu ses doigts autour de son poignet.

« La faute à qui ? » Il rougit un peu plus. Elle s'enfonça dans son oreiller.

« Mais ce n'est pas le problème. C'est moi qui t'ai dit de le faire. Je pensais juste que…que ce serait…que… Bref, ça paraissait une bonne idée sur le moment, et j'ai pas vraiment réfléchit aux conséquences. »

Elle aussi était gênée.

« Oublions ça, tu veux. Je dois partir d'ici au plus vite. Le médecin a dit que je me rétablirais sans problème, et que mon bras n'était pas grièvement touché. Je dois juste faire attention à mon épaule. »

Elle s'arrêta un instant, visiblement fatiguée.

« Je sais que tu veux rentrer, mais tu dois déjà te remettre. Reposes-toi un peu. Je… »

« Non ! Je ne veux pas rentrer, enfin si, mais d'abord je dois aller à New York. Au plus vite. »

Il la regarda sans comprendre. Pourquoi New York ?

Devant son air ahuri, elle s'expliqua :

« Ma famille. Je dois les voir. Ils n'ont eu que peu des nouvelles depuis des mois. Je dois aller voir ma sœur, et mon père. Je ne veux pas qu'il leur arrive quoi que ce soit… »