Même disque rayé : je suis lente et je n'ai pas d'excuses mais je vous les présente quand même. En espérant que ce chapitre soit suffisamment tiptopfun pour compenser ce délai. xo.


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James Potter planté debout devant sa table de chevet, une batte de baseball entre les mains, ne fut pas vraiment la vision à laquelle Remus s'attendit au réveil.

« Je ne suis pas en colère. » l'informa James, l'air extrêmement furieux. « Je veux simplement que tu admettes la vérité pour que l'on puisse passer ensuite à autre chose. »

Remus se redressa tant bien que mal sur son lit, frotta du talon de la main ses paupières gonflées de sommeil et manqua d'enfiler ses lunettes à l'envers. Mais même avec ses verres en place, la situation ne lui sembla pas moins absurde.

« Qu'est-ce que… peut-on savoir… de quoi tu parles ? » bredouilla-t-il, la voix encore rauque de sommeil.

« T-t-t. » l'arrêta son voisin en faisant taper trois fois de suite sa batte contre le creux de sa paume, ses yeux brièvement clos. « Pas de ça avec moi, Lupita. »

« Lupin. » le corrigea instinctivement Remus.

« Lupita. » maintint James.

« Qu'est-ce que c'est que ce cirque, Potter ? » perdit patience le brun.

« C'est moi qui devrait te poser cette question ! Ne me vole pas mes répliques ! » s'insurgea James en pointant sa batte droit vers Remus, manquant au passage de lui briser le nez.

« Potter. Explications. » exigea Remus, à un seul doigt de la crise de nerfs — et il n'était même pas encore neuf heures du matin, constatez l'exploit.

« Mes gaufres ! » explosa alors James. « Elles étaient dans ma section du frigo, sur mon étagère, juste au-dessus de mon nom et tu les as toutes mangées ! »

La mâchoire de Remus s'entrebâilla tant et si bien que son menton manqua d'en frôler la moquette.

« Tu n'es pas sérieux..? Rassure-moi. »

« Ceci, Lupin, est l'expression faciale la plus sérieuse que tu verras de ton existence toute entière. » affirma James en désignant son front fermé.

Remus se redressa d'un cran supplémentaire, abasourdi.

« Tu es venu me réveiller pour ça, Potter ? Pour des gaufres ? »

« Je suis venu te réveiller pour que tu m'avoues ton crime les yeux dans les yeux. » rectifia sèchement James. « Je suis parti courir à six heures trente du matin, comme d'habitude, et tout ce qui me motivait, tout ce qui me permettait d'avancer, de mettre un pied devant l'autre, de transpirer, de persévérer, de souffrir kilomètre après kilomètre, de repousser mes limites et tenir le rythme coûte que coûte jusqu'à la fin était ces gaufres. Et à cause de ta gloutonnerie, mon petit-déjeuner est à présent ruiné. »

« Oh, pitié. » roula des yeux Remus. « Ce n'est pas toi qui achète quatre différents paquets de céréales par semaine ? Je doute très fortement que tu sois en pénurie de nourriture à l'heure actuelle. »

« Rien ne peut remplacer des gaufres ! Surtout celles qui se trouvent là. Juste ici. » ajouta son colocataire en appuyant avec insistance sur le ventre de Remus avec l'extrémité de sa batte.

« Tu — argh — vas me laisser tranquille avec cette chose ! » se débattit Remus. « Je n'ai pas touché à tes fichues affaires ! Je déteste les gaufres surgelées, de toutes les façons. Elles n'ont aucun goût, on aurait presque l'impression de mastiquer un morceau de plastique réchauffé. Autant en faire soi-même ou ne pas en manger du tout. »

« Blablabla. Toujours est-il que je n'y ai pas touché et que nous sommes deux à vivre dans cette maison, mon pote. »

« Donc soit tu perds la mémoire de façon précoce, soit un spectre hypoglycémique rôde tout près du frigo. Dans les deux cas, je ne me sens absolument pas concerné. Bonne nuit. » trancha Remus en se recouchant dos à lui.

« Ne crois surtout pas que tu t'en sortiras comme ça. » le prévint James.

Pour toute réponse, le brun remonta sa couette par-dessus sa tête et émit une série de ronflements exagérés, noyant le reste de ses menaces.

« …Sirius. »

Remus s'arrêta de ronfler. Net. La seconde suivante, sa couette était brusquement rabattue, révélant cheveux hirsutes et yeux exorbités.

« Quoi, 'Sirius' ? » croassa-t-il.

« J'ai dit : espèce de Sirius. » répéta James depuis la porte, sa batte toujours pointée vers lui. « A chaque fois que ce mec se pointe, je peux être certain qu'il se servira librement dans mes choses à un moment donné ou à un autre comme si nous avions élevés les cochons ensemble — même si, ok,nous les avons techniquement élevés ensemble. Maintenant que tu traînes avec lui, ses habitudes de kleptomane commencent à déteindre sur toi. J'aurais dû le voir venir de très loin, ça. »

« Sirius et moi sommes très loin de traîner régulièrement ensemble. » tint à rectifier Remus en se redressant à nouveau.

« Hun-hun. C'est pour cela que tu m'as demandé son numéro, deux semaines plus tôt. »

« Je ne te l'ai demandé que pour lui… hum. Lui demander quelque chose. »

« Et c'est aussi pour lui, hum, lui demander quelque chose que tu es également allé prendre un café avec lui après l'avoir lessivé puis essoré par texto ? » continua James en parodiant à merveille son hésitation.

« Ce n'était pas… attends. » s'interrompit Remus, interloqué. « Comment es-tu même au courant de cela ? »

« Penses-tu réellement que j'allais te filer le téléphone de mon meilleur pote sans mener ma propre petite enquête derrière ? Je suis séduisant mais pas bête, Lupita. » répliqua son voisin.

« Tu n'es pas séduisant. »

« Kleptomane et myope, alors. Incroyable. »

« Peu importe. Je n'ai aucun compte à rendre. » déclara Remus et il s'allongea de nouveau dos à son voisin, sa couette remontée jusqu'au menton. « Ferme la porte en sortant. »

James disparut de la chambre en entonnant d'un air lugubre 'Tu vas payer pour mes gaufres' sur la mélodie de 'And I Will Always Love You'. Whitney Houston dut probablement se retourner trois fois dans sa tombe.

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« Vous êtes bien sur la messagerie de Cameron Diaz. Laissez-moi un message, mon agent vous recontactera. — bip ! »

« Tout d'abord, ta messagerie est démodée. » Remus coinça son portable entre son oreille et son épaule pour ouvrir le placard et y attraper une tasse. « C'est la soixante-quatrième fois que je te le dis depuis que l'on se connait mais ça ne me dérange pas de le répéter une soixante-cinquième fois car les amis sont faits pour ça, après tout. Ensuite : es-tu morte ? » continua-t-il en commençant à verser lentement son porridge. « Si c'est le cas, fais-moi signe par sms pour que je fasse une machine d'habits noirs dès ce soir. A supposer que James ait racheté de la lessive. S'il n'y en a plus, tant pis. Je viendrai à ton enterrement en smoking violet. Et oui, c'est une menace. »

Remus raccrocha puis toisa la fiche contact de Nymphadora avec consternation.

Vingt-quatre heures qu'elle ne répondait ni à ses appels, ni à ses textos. S'était-elle fait kidnapper ? Boudait-elle ? Qu'avait pu même faire Remus pour qu'elle le boude plus d'une heure ? Lui spoiler accidentellement la mort de Ned Stark dans Game Of Thrones ? Son décès remontait à la saison un, bon sang. De plus, il s'était déjà excusé une bonne trentaine de fois. Très peu probable qu'une simple révélation surprise sur l'une de ses séries préférées soit la raison de son silence, cette fois-ci.

Poussant un soupir résigné, le brun tira une chaise, s'installa à table et dégusta son petit-déjeuner avec une lenteur record. Il avait cours dans une heure et bossait ensuite tout le restant de l'après-midi mais le ciel gris sur lequel ses yeux vitreux restaient bloqués ne lui donnait envie que d'une seule chose : creuser un tunnel sous terre à la fourchette et s'y réfugier jusqu'en été. C'était un temps à fusionner avec sa couette, siroter un thermos entier de chocolat chaud et coloniser Netflix jusqu'au coucher du soleil. C'était la météo parfaite pour visionner l'intégralité de la filmographie de Cameron Diaz sans aucune interruption. Etait-elle même encore active en tant qu'actrice, ces derniers temps ? Respirait-elle toujours ?

Est-ce que Cameron Diaz est morte, se retrouva-t-il à taper sur son clavier entre deux bouchées.

Tel était le type de texto aléatoire que Nymphadora et lui passaient leurs journées à s'envoyer — du temps où sa meilleure amie faisait encore parti du commun des mortels, du moins. Maintenant qu'elle se trouvait hors radar, Remus ne savait plus à qui poser ces brûlantes questions existentielles. Son pouce se trouvait actuellement figé dans les airs au-dessus de sa bien maigre liste de contacts. Alors, sans bien réfléchir, Remus finit par écraser son doigt sur 'Sirius Black' et regarda le message partir, la bouche aride.

médiatiquement ? oui. physiquement ? non. elle attend un enfant.

Il ne s'était même pas écoulé une seule minute complète. Remus se hâta d'avaler sa cuillerée de porridge pour attraper son téléphone, manquant de se brûler la gorge.

Tu connais sa biographie par coeur ?

il y a ce truc génial appelé : google.

Qu'est-ce que c'est ? Est-ce que ça se mange ?

juste la première page. les autres ne sont pas comestibles.

C'est bon à savoir.

heureux d'avoir pu enrichir tes connaissances. xx.

Remus se mordit la joue pour ravaler un sourire. Il termina sa dernière cuillerée de porridge ainsi que son fond de jus d'orange puis se leva pour ranger le carton dans le frigo et placer ses affaires sales dans le lave-vaisselle. Son portable de nouveau en main, l'étudiant ne put s'empêcher de demander :

Tu ne veux toujours pas me dire ce que tu feras de tous les objets récoltés chez ton « dealer » ?

La réponse tarda à venir, mais lorsqu'elle s'afficha :

tiens, il va pleuvoir aujourd'hui. :)

Remus pouffa de rire, bon perdant.

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Conformément à ses prédictions, le reste de la journée fut extraordinairement merdique.

Remus arriva tout d'abord en retard à son TD, son bus ayant ralenti à six mètres seulement de son arrêt pour laisser passer une congrégation d'octogénaires en déambulateur le long du passage piéton. Sa voisine de cours renversa ensuite son café sur ses feuilles de notes, faisant baver l'encre de son stylo plume — car il avait évidemment choisi ce jour-là pour ne pas écrire avec son quatre-couleurs. Les pâtes au saumon qu'il s'offrit juste après à la cafétéria se révélèrent détenir un curieux arôme de savon pour les mains. Son portable passa de 80% de batterie à 3% en un seul battement de cils et bien évidemment, bien évidemment, il avait oublié son chargeur sur son lit.

Mais ce ne fut pas tout, oh que non.

Arrivé au boulot, Greg lui souhaita la bienvenue en lui administrant deux magistrales fessées à l'aide du registre des comptes d'Honeydukes. A la caisse, une cliente paya sa commande en vidant toutes ses petites pièces sur le comptoir pour qu'il se débrouille avec. Et juste avant, un autre client lui avait gentiment rappelé que 'les maths en primaire c'était pas une option, gros débile' après qu'il ait oublié sept centimes en lui rendant sa monnaie. Sa fin de service fut ponctuée par un pincement de hanche made-in-Greg dont il fut sûr de garder un bleu. Dehors, la température était glaciale et le bus, en retard. Puis bondé. De retour devant sa porte, ses mains étaient si congelées qu'il ne parvint à rentrer qu'au bout de trente laborieuses secondes. Et maintenant qu'il se trouvait face à son étagère à la recherche d'un bon chocolat chaud, la boîte en question se trouvait mystérieusement portée disparue.

Non.

C'était trop.

D'un geste vif, Remus débrancha son portable de la prise sur laquelle il l'avait mis à charger et le porta à son oreille, le téléphone du coupabledéjà numéroté.

« Lupit— » décrocha James juste avant la toute dernière tonalité.

« Je ne suis pas en colère. » ne lui laissa pas le temps de terminer Remus. « Je veux simplement que tu admettes la vérité. Et que l'on passe ensuite à autre chose. »

Il y eut un claquement de porte, feutrant le brouhaha de cris et de rires qui couvrait la voix de James, puis :

« Hein ? »

« Ma boîte de chocolat en poudre. » lui rafraichit la mémoire Remus.

« Mais encore..? »

« Ne joue surtout pas aux innocents. » perdit patience Remus. « Tu as débarqué ce matin dans ma chambre avant même la tombée complète de l'aube pour m'accuser d'un vol que je n'ai aucunement commis car je préfère encore boire de l'huile de friture usée plutôt que de manger des gaufres surgelées mais comme tu ne m'as évidemment pas cru, voici que tu me punis de ce délit imaginaire en te permettant d'aller fouiller de mon côté du placard afin de subtiliser ma boîte de chocolat en poudre alors que je ne… »

« Attends — wow. Attends. Pause. Quoi ? » l'interrompit James avec un rire incrédule. « J'aurais volé ta boîte de chocolat en poudre ? Moi ? »

« Qui d'autre ? »

« Qu'est-ce que j'en sais ? T'as essayé de questionner le fantôme hypoglycémique pour voir ? »

« Potter, l'heure n'est vraiment pas à la rigolade. » le prévint Remus d'une voix tremblante, son index frigorifié dressé en l'air. « Je sors d'une trèsrude journée. La moitié de mes cours sont illisibles et empestent la caféine. J'ai frôlé de très peu l'intoxication alimentaire ce midi. Une cliente m'a fait compter la somme de douze livres et treize cents par petites pièces au boulot. Mes membres sont si congelés que je ne veux pas monter les escaliers de peur qu'une de mes jambes ne se disloque. Alors, s'il-te-plaît. S'il-te-plaît. Dis-moi simplement où se trouve cette fichue boîte et qu'on en finisse. »

« Oh, Lupita. Penses-tu véritablement que je gaspillerai un jour mon précieux temps libre à planquer tes affaires ? Dans quel but ? Alors oui, ok, j'étais énervé ce matin. Certes. Mais il est vingt-heure quarante-sept, à présent. Je suis déjà un homme changé. J'avais même tout oublié de l'incident de ce matin juste avant que tu ne me le rappelles. »

« Potter. » répéta simplement Remus d'un ton excédé.

« Bon sang mais dans quelle langue… tu sais quoi ? Va dans ma chambre et fouille là où bon te semblera. Mon armoire, mon bureau, mes placards, mes boîtes, mon lit — pas sous le matelas, tu risquerais d'être traumatisé — partout où tu veux, comme tu le désires. Et quand tu auras fini avec ça, fouille toutes nos poubelles. Celles de nos chambres, celles des toilettes, celle de la salle-de-bain, celle de la cuisine. Tiens, ça tombe bien, j'ai oublié de la jeter ce matin ! Tu n'auras qu'à la vider au beau milieu du salon, t'asseoir en tailleurs au centre et inspecter chaque détritus à la loupe ! »

« …ok. »

« Et puis quand tu auras également terminé avec ça, engage une équipe d'experts et médecins légistes pour qu'ils procèdent à des prélèvements ADN dans chacune des pièces de la maison afin de comparer les résultats en laboratoire et établir un… »

« Ok ! » répéta Remus en se massant la tempe gauche, paupières closes. « C'est bon. »

« C'est bon, quoi ? »

« Je… te crois. »

« Pardon ? Je n'ai pas bien entendu. »

Remus grinça des dents et ferma les yeux.

« Je te crois. » articula-t-il.

« Mer-ci. » assena James. « Suis-je à présentautorisé à reprendre le cours de ma vie sociale ou bien dois-je d'abord te faire parvenir un prélèvement de salive ? »

Remus raccrocha. Réfléchit.

Nana lui avait donné cette boîte juste avant de partir. C'était sa marque de chocolat préférée, celle qu'il avait toujours bu en grandissant. Remplir son sac des produits de sa jeunesse jusqu'à ce que la fermeture Eclair de son bagage cède était un rituel de fin de séjour auquel elle s'adonnait toujours avec joie. Cette boîte de chocolat en avait fait parti, l'étudiant aurait été prêt à mettre sa main à couper si le froid ne s'en était pas déjà chargé. Il se souvenait encore l'avoir posée ici, juste ici, sur cette étagère, à son retour de voyage. Il se souvenait ouvrir chaque matin ledit placard pour attraper sa portion de porridge et apercevoir du coin de l'oeil le logo rouge et reconnaissable de la boîte, ce matin y compris. Il n'était pas fou. Et, bien que cela l'écorche de l'admettre, dissimuler silencieusement ses affaires n'était pas le style de James. Cet homme était incapable de faire quoi que ce soit silencieusement, de toutes les manières.

Donc ce n'était pas lui. Et à moins que le brun ne souffre de démence, ce ne pouvait pas non plusêtreRemus. Or, il n'y avait personne d'autres qu'eux deux, dans cette fichue maison. Rien de tout ceci n'avait de sens.

Hey, est-ce que tu serais passé chez nous aujourd'hui, envoya-t-il soudainement à Sirius.

Entre 10h05 et 20h30 plus précisément, ajouta-t-il.

En utilisant les clés du paillasson, spécifia-t-il.

Et en faisant tes courses dans les placards de la cuisine, ajouta-t-il encore.

étrangement spécifique.

Oui ? Non ? Joker ?

Pour toute réponse, son écran de téléphone vibra à l'annonce d'un appel soudain et Remus tenta de ravaler instantanément sa montée de panique.

« Je suis en déplacement à Manchester depuis hier après-midi, soit à près de trois-cent kilomètres de chez vous. » lui annonça Sirius en guise de salutation. « Est-ce que ça répond à ta question ? »

« Effectivement. »

Abattu, Remus se laissa glisser du mur jusqu'au sol avec un soupir de dépit.

« On a cambriolé votre cuisine, c'est ça ? » devina Sirius.

« …apparemment. »

« Scandale. »

« Ne rigole pas. » siffla Remus, flairant le rictus dans sa voix.

« Je ne rigole pas. » rigola Sirius.

« Je peux entendre la moquerie dans ton intonation. »

« Ja-mais je n'oserais. » maintint-il. « Quelle est la nature du délit en question ? »

Remus haussa des épaules, découragé à nouveau, avant d'expliquer d'une vois plus piteuse qu'il ne l'aurait voulu :

« Je voulais me faire une tasse de chocolat chaud pour me récompenser d'avoir survécu cette journée infernale et je ne retrouve plus ma boîte de chocolat en poudre alors qu'elle était tous les matins à la même place. Je ne l'avais même pas encore ouverte. »

« Sacrilège. »

« Tu te moques, là. » repéra instantanément l'étudiant, sourcils froncés.

« Complètement. » reconnut cette fois-ci Sirius.

« Va… te faire voir. » hésita de peu Remus.

Le rire de son interlocuteur fut instantané.

« Oh, wow. Notre relation sponsorisée Marvel aurait-elle donc évolué au stade des insultes banales ? »

« 'Relation' est un mot assez riche pour la situation donnée. »

« Est-ce que cela signifie que j'aurais enfin le droit d'avoir Confucius une semaine sur deux ? » embraya Sirius, un 'fritch fritch fritch' en arrière-fond indiquant qu'il essayait probablement d'ouvrir un paquet de chips en même temps.

« Confu— peux-tu, juste pour une fois, appeler Hulk par son prénom ? » souffla Remus. « Et la réponse à cette requête est et restera non. »

« Dans ce cas est-ce que je peux t'avoir une semaine sur deux ? »

Le brun écarquilla des yeux, pris de surprise.

De… pour quoi faire ? » demanda-t-il prudemment.

« Fouiller la cave de Cal. » répondit Sirius avant de s'interrompre temporairement pour croquer dans sa bouchée de chips. « Entre autres. »

« Oh. » dit Remus, plus surpris encore. « Ce n'est pas… hum, ce n'est pas une activité à laquelle James et toi vous adonnez exclusivement, normalement ? Je pensais n'être que de remplacement ? »

« Sauf que tu as une bien meilleure imagination. » attesta Sirius. « Lui, si l'objet trouvé n'est pas en forme phallique, il n'est pas inspiré. »

« Je… ok, c'est… oui, pourquoi pas. Mais je ne veux pas qu'il ait l'impression que j'usurpe sa place, ou… »

« Aw, on se soucie des états d'âmes de James Potter maintenant ? Y aurait-il un coeur derrière cette omniprésente resting-bitch face ? »

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » siffla immédiatement Remus.

« James n'est pas susceptible, t'inquiète. » l'assura Sirius. « Puis avec le reste du boulot à faire, ça lui enlèvera probablement une épine du pied. »

Remus tira pensivement sur sa lèvre inférieure avec un début de sourire malicieux.

« Tu as conscience, par contre, que si tu m'engages en tant que partenaire, je serai amené tôt ou tard à découvrir ce que tu fais de toutes ces antiquités..? »

« Entièrement. »

« Et tu veux toujours de moi ? En tant qu'associé, je veux dire. » s'empressa-t-il d'ajouter.

« Oui. En tant qu'associé. » précisa à son tour Sirius et l'étudiant devina sans peine le sourire insupportable qui avait dû accompagner cet ajout. « A quoi est-ce qu'on trinque, donc ? »

« Mmh ? »

« Tu sais, ce verbe du premier groupe désignant l'action d'entrechoquer deux verres remplis préférablement de champagne dans un petit 'clink' cristallin afin de célébrer… »

« Je sais ce que trinquer signifie, merci bien. » le coupa-t-il. « Je ne comprends juste pas ce en quoi cette action s'appliquerait ici. »

« Tu disais tout à l'heure avoir survécu cette journée infernale. Ça se fête. »

« Oh. » réalisa Remus avant de hausser des épaules pour une seconde fois. « J'imagine. »

« Magnifique enthousiasme, 10/10. » notifia Sirius et sa voix se faisait un poil plus lointaine, comme s'il venait de poser son portable pour le mettre sur haut-parleur.

« Toutes les journées se ressemblent et me donnent envie de frapper continuellement ma tête contre un mur en brique. » lâcha sans réfléchir Remus avant de sursauter, surpris par son propre excès d'honnêteté. Il se reprit la seconde suivante : « Enfin bref, j'appelais juste pour savoir si tu avais vu cette boite mais étant donné que ce n'est pas toi qui l'a je vais te laisser tranquille et raccro… »

« C'est moi qui t'ait appelé. » ne le laissa pas terminer Sirius — crunch, nouvelle chips. « Raconte-moi cette journée. »

Remus s'humecta les lèvres, de nouveau pris de court. Il était encore avachi sur le carrelage de la cuisine, son manteau toujours au dos, son sac gisant à ses pieds. Les volets de la fenêtre principale de la pièce n'avaient même pas été fermés et il tombait du ciel nocturne une neige fine qui ne survivrait probablement pas jusqu'au lendemain.

« Elle était… longue et inintéressante. Je doute que tu trouves ce récit passionnant. » prévint-il en se grattant la nuque.

« Et pourtant, je suis resté assis devant 'Paranormal Activity' du début jusqu'à la fin. » répliqua presqu'instantanément Sirius. « Ne me sous-estime pas. »

« Tu n'as pas aimé 'Paranormal Activity' ? »

« Chiant à mourir. Prévisible. Ne changeons pas de sujet. »

« Je ne change pas de sujet. C'est juste… tu as probablement mieux à faire ? Je sais pas. »

« Coincé dans une chambre d'hôtel de la banlieue de Manchester depuis dix-sept heures avec un wi-fi bancal ? Effectivement. » balaya-t-il son argument de nouveau.

« Que fais-tu même là-bas ? » voulut savoir Remus, brusquement pris de curiosité.

« J'adhère à une secte. » bailla Sirius. « Raconte-moi ta journée. » répéta-t-il encore.

« Eh bien... » réfléchit cette fois-ci l'étudiant. « Je me suis levé ce matin avec James qui m'accusait d'avoir volé son petit-déjeuner tout en me menaçant avec une batte de baseball. »

« Typique. »

« Donc… à partir de là, j'ai tout de suite su que cette journée serait, comment dire ? Exceptionnelle de bout en bout. »

« Hun-hun. »

« Ensuite… hum… ensuite j'ai failli rater mon bus qui lui, a failli me faire rater mon TD qui lui, a été complètement ruiné par la tasse de café de ma voisine renversée sur mes sept pages de notes trois minutes avant la fin de l'heure mais surtout quatre jours avant l'examen blanc. » s'échauffa Remus, son énervement du moment revenant par petites touches.

« Quel karma extraordinaire. »

Remus cligna des yeux. Les plissa.

« …est-ce que tu te moques encore ? »

« Après tant d'années de relation Marvel-esque, tant de hauts et de bas partagés au fil des mois, tant de joies comme de souffrances communes, je suis blessé que tu ne parviennes même pas à reconnaître lorsque je fais usage de sarcasme ou non. » déplora d'un ton extraordinairement dramatique Sirius.

« Il n'y a aucune… »

« Nous avons quand même un gosse ensemble, Remus. Un gosse, bordel ! Icarius n'a-t-il à ce point aucune valeur à tes yeux ? ! » se mit-il littéralement à hurler dans le micro, testant la solidité des tympans du brun.

« Mon Dieu mais veux-tu bien baisser d'un ton ? » cria à son tour Remus avant d'appuyer plusieurs fois sur son pauvre tragus meurtris et continuer d'une voix plus tempérée : « J'espère du fond du coeur que personne n'occupe de chambre voisine à la tienne. »

« Comment peux-tu espérer avec un organe dont tu n'as jamais été pourvu? ! » beugla alors Sirius. « Oh wow. Punchline. » constata-t-il calmement la seconde suivante avant d'enfourner une nouvelle chips dans sa bouche.

« Du tout. » objecta aussitôt Remus.

« Ah si. Un peu. »

« Du tout. »

« Si, si. Juste un peu. » soutint-il pour embrayer juste après : « Elle s'est excusée ? »

« …qui ça ? »

« Ta voisine de cours. »

« Des excuses ? Quelle blague. » siffla aussitôt Remus, amer. « Elle s'est plutôt levée en faisant avec un petit 'oh !' et un rire faussement gêné puis elle m'a tendu un paquet dans lequel deux mouchoirs se battaient en duel juste avant de quitter la salle une fois le cours fini. »

« Wow. »

« J'ai donc dû passer quasiment cinq minutes supplémentaires à tout éponger de sorte à ce que l'encre bave le moins possible, puis à tenter de faire sécher mes feuilles humides sous le sèche-matin des toilettes qui ne marche qu'une fois sur seize, et le temps que je descende à la cafétéria, la queue pour manger faisait déjà la taille de la muraille de Chine. Alors il a fallut attendre, et attendre, et attendre avant de pouvoir me disputer les six pauvres restes encore exposés en vitrine, dont une box de pâtes au saumon que j'ai fait l'erreur d'acheter, de réchauffer puis de gouter juste avant de me retenir de tout recracher sur mon plateau. »

« Pourquoi ? Il y avait un doigt à l'intérieur ? »

« …hein ? Non. Autant la cafétéria de ma fac n'est pas le pic de la gastronomie européenne mais de là à nous servir de la chair humaine, il y a un pas. »

« Je me suis toujours demandé le goût que ça aurait, tiens. » réfléchit à voix haute Sirius, se perdant dans ses pensées le temps d'une poignée de secondes. « Mais je sens à ton silence que tu me juges. »

« Complètement. » acquiesça Remus.

« Tu ne t'es jamais demandé le goût que cela pourrait avoir ? »

« Ni dans cette vie comme dans les sept autres. »

« Tu n'es vraiment pas drôle, c'est dingue. Pas étonnant que nous ayons fini par divorcer — Confucius était réellement le seul aspect positif de cette relation. »

« Tu m'excuseras de ne pas être fréquemment animé par des pulsions cannibales. »

« Ce ne sont pas des pulsions. » objecta Sirius. « Ce sont juste… de petits accès de curiosité. »

« Du pareil au même. »

« Ça peut même quelques fois être une nécessité. » poursuivit Sirius, soudainement pris dans une lancée. « Ok, imaginons cet exemple : tu es coincé seul sur une île déserte… »

« Je me laisse mourir. »

« …je n'ai même pas eu le temps de terminer mon hypothèse. »

« Je me laisse quand même mourir. » soutint Remus. « Quelle est ton hypothèse ? Laisse-moi deviner. Me retrouver seul sur une île inhabité et devoir choisir entre crever ou me couper un bras à l'aide d'un silex, le faire rôtir au feu de bois puis le déguster parcimonieusement pour les semaines qui suivent ? »

« Non. » répondit Sirius, l'air vaguement ronchon. « J'allais plutôt proposer la jambe. »

« Pire encore. » répondit Remus. « Comment est-ce je me débrouille pour marcher ensuite ? »

« Tu te crées une prothèse à l'aide d'une branche solide et de quelques morceaux de bambou. Simplicité enfantine. »

« Donc pour toi, il serait plus logique sur une île déserte de se couper la jambe plutôt que le bras ? »

« Il y a plus de chair dans la jambe. »

« Arf, ok. Soit. » concéda Remus, étrangement investi pour l'absurdité même de cette conversation toute entière. « Mais pour te déplacer, tu ne marches pas sur les bras, à ce que je sache. »

« Certes, mais tu pourrais commencer. Faire le poirier est très bon pour la circulation sanguine. »

« …quoi ? »

« Le secret, Remus, c'est de couper ses membres de façon progressive mais jamais du même côté. » élabora alors Sirius. « Tu commences par le bras gauche, puis tu continues avec la jambe droite de façon à ce qu'il y ait toujours une sorte d'équilibre. »

« Ce que tu dis n'a strictement aucun sens. C'est affolant. » souffla Remus sans pouvoir s'empêcher d'ajouter : « Comment est-ce que tu te déplaces lorsqu'il ne te reste plus aucun de tes quatre membres ? »

« Ah. » fit alors Sirius, n'y ayant manifestement pas pensé. « Eh bien tu roules. »

Remus éclata d'un rire qui le surprit lui-même et dura plus longtemps que prévu.

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Ils restèrent très exactement une heure et quarante-huit minutes au téléphone — Remus ne s'en rendit compte qu'en raccrochant, la durée de l'appel s'affichant à l'écran. Il se redressa ensuite pour se tenir enfin debout et constata avec joie que le froid qui engourdissait auparavant ses membres avait laissé place à une chaleur nouvelle le faisant presque suffoquer sous ses couches de vêtements multiples. Tour à tour, l'étudiant ôta alors son manteau puis son pull-over et s'étira de tout son long face à son étagère de cuisine, sa boite de chocolat en poudre toujours portée disparue.

Mais pour l'instant, il n'en avait plus besoin.

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James Potter accroupi au chevet de son lit ne fut pas la vision que Remus voulut avoir au réveil.

« Ugh. Disparais. » grogna-t-il en se retournant, sa couette remontée jusqu'à ses sourcils.

Il attendit une minute, peut-être deux, avant de demander craintivement :

« Est-ce que tu as disparu ? »

« …non. » répondit James d'une voix calme.

D'une voix un peu trop calme, même. Remus entrouvrit deux petits yeux suspicieux. Abaissa la couverture. Zieuta James. L'athlète était assis en tailleurs juste à côté de sa table de nuit, ses bras enroulés autour de ses jambes, l'air complètement désaxé. Remus fronça des sourcils.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? » s'inquiéta-t-il malgré lui. « On dirait presque que tu viens d'apercevoir passer un spectre. »

« Ahem. Justement. »

Remus afficha une figure sceptique qui, une fois descendu à la cuisine, ne dura pas bien longtemps. Elle tomba même en ruine. Car la moitié des placards de la pièce étaient entrouverts, leurs contenus éventrés puis laissés sur place ou complètement portés disparus. La mâchoire du brun dégringola au sol pour se briser sur le carrelage.

« Qu'est-ce que… » souffla-t-il en tournant sur lui-même, éberlué.

« Remus. » intervint alors James d'une voix aussi tremblante que solennelle — et dans un contexte moins dramatique, le brun se serait fait un plaisir de le charrier. « Ceci n'est pas un cambriolage. »

« Comment… comment peux-tu en être sûr ? »

« Il ne manque rien d'autre dans les autres pièces. Tout est complètement intact. J'ai vérifié. Il n'y a que la cuisine qui est dans cet état. » relata-t-il tandis que Remus se prenait la tête dans les mains, dépassé. « Et tu ne m'entendras pas le dire souvent mais… tu avais raison. »

« De— quoi ? Raison sur… à quel propos ? » bredouilla l'étudiant.

James prit alors une grande inspiration, s'insufflant une bonne dose de courage.

« Cette maison est hantée par un spectre glouton. »

.

.

écoute

je sais que tu me boudes bien que je ne sache pas bien encore / pourquoi /

car je suis

le meilleur ami que tu puisses avoir

sur cette terre

mais

mais il faut que je te

tu ne vas pas CROIRE ce que je vais te

raconter

nympha c'est de la pure folie

mais avant que je te raconte

promets-moi

d'attraper ta fiole d'eau bénite la plus pro—

« Pourrait-on savoir ce que tu fabriques ici ? »

Remus vit ses vingt années de vie défiler sous ses yeux et imagina par la même occasion ses funérailles. Il était allongé en costard noir dans un cercueil doré, les traits paisibles, tandis que les croque-morts le faisait tout doucement descendre sous terre. Gus lançait sur lui des confettis.

Mais lorsque l'étudiant prit son courage à sept mains pour se retourner et affronter enfin Greg, il n'aperçut derrière lui qu'une Lily absolument pliée en deux d'hilarité.

« Mon Dieu. » souffla-t-il alors, la main sur le coeur. « J'ai frôlé la crise cardiaque. »

« J'ai vu ça. » pouffa Lily en s'avançant, les mains sur les hanches. « Alors comme ça on profite de ses heures de boulot pour s'enfermer dans la réserve et enfreindre le règlement intérieur d'Honeydukes ? »

« C'est… » commença Remus, la bouche entrouverte et à court d'excuse. « …exactement ça. »

« Tant mieux car moi aussi. »

Et Remus l'observa attraper d'un geste agile l'escabeau, monter jusqu'à la troisième grande étagère, attraper une cannette de Redbull dans l'un des cartons d'inventaire et s'asseoir à même l'échelle pour la déguster.

« Aah. » jubila-t-elle, les yeux brièvement clos, un sourire de contentement aux lèvres. « C'est mon petit plaisir de l'après-midi, ça. »

Un peu émerveillé, Remus la contempla depuis le sol se désaltérer gorgée après gorgée, ses jambes suspendues négligemment dans le vide. Il l'aimait bien, Lily, avec son petit charme espiègle, sa crinière rougeoyante et ses remarques bien piquantes. Il n'était pas très sociable de nature mais elle faisait partie des personnes avec qui Remus s'entendait le mieux, ici.

« Tu ne t'es jamais fait coincer ? » s'étonna-t-il.

« Et toi, alors ? » lui renvoya-t-elle du tac au tac.

Ils s'entreregardèrent alors avec un même rictus un peu fourbe puis Lily attrapa une seconde bouteille de Redbull pour la propulser droit sur lui, les derniers réflexes de Remus le sauvant d'une lapidation certaine.

« Cadeau. » lui offrit Lily avant de lever sa propre canette à sa santé. « Tu gardes mon secret et je garderai le tien. »

« Deal. » acquiesça aussitôt Remus.

Lily scella l'accord avec un clin d'oeil.

.

.

Et à trois heures sept du matin, Remus découvrit lire le texto suivant :

Bonjour,

Je me permets de répondre à ce numéro (au vu du nombre de textos s'affichant sur l'écran) pour vous informer que nous avons retrouvé ce portable dans les toilettes du Chaudron Baveur avant-hier soir, juste à côté de la cuvette. Nous sommes ouverts du mardi au dimanche, de 11h à 1h du matin, si le/la propriétaire souhaiterait passer le récupérer. (Il a été désinfecté.)

Bonne journée.

Les yeux encore tout groggy de sommeil, le brun attrapa ses lunettes à l'aveuglette pour le relire encore. Et encore. Puis il s'écroula de nouveau sur son lit en maudissant Nymphadora, ses insultes étouffées dans son oreiller. La torpeur recommençait déjà à le gagner lorsque sa vessie se manifesta de nouveau, lui rappelant la raison première pour laquelle il était justement réveillé à trois heures sept du matin. Aussi agile qu'un zombie exténué, Remus s'extirpa alors de son lit pour se diriger d'un pas traînant vers les toilettes, s'assoupissant presque contre le mur.

Lorsqu'il en ressortit, le but initial fut de retourner comater sous la couette mais une étrange lueur provenant du rez-de-chaussée contraria temporairement ses plans. Le brun déglutit, une soudaine crainte prenant le pas sur sa fatigue. La curiosité fut le petit push d'adrénaline suffisant pour qu'il descende pas à pas les escaliers, tout doucement, sans bruit, se rapproche du salon, suive la lueur de loin jusqu'à sa source et :

« …mais qu'est-ce que tu fais ici ? »

Car dans la pénombre nocturne du salon se découpait la silhouette extrêmement reconnaissable de Sirius.

Il était accroupi sur le tapis, juste aux pieds du sofa, et tapait furieusement sur les touches de l'ordinateur portable perché au-dessus de ses jambes en tailleurs. Il ne semblait pas avoir entendu Remus, à en croire l'expression faciale intensément concentrée que révélait la lumière crue de son écran, et l'étudiant ne réalisa qu'il le contemplait ouvertement que lorsque Sirius murmura un 'et merde' silencieux avant de renverser sa tête en arrière avec un gémissement de frustration puis la redresser quelques secondes plus tard. Et poser son regard droit sur lui.

« Rem's. » le gratifia-t-il alors en abaissant sa capuche de sweat, sourire Colgate instantané aux lèvres.

Remus grinça fortement des dents depuis le pas de la porte.

« Evitons ce surnom. » annonça-t-il d'entrée de jeu. « Evitons tout autre surnom, d'ailleurs. Je subis déjà suffisamment de 'Lupita' de la part de Potter comme ça. »

« Remi. » continua néanmoins Sirius en ôtant cette fois-ci l'un de ses écouteurs sans-fils. « Comme le mec dans 'Ratatouille'. »

« C'est le rat qui s'appelle Remi, pas le chef. » le corrigea Remus, un poil offusqué, avant de répéter : « Qu'est-ce que tu fabriques ici en pleine nuit ? »

Sirius eut un léger rire puis étira l'une de ses jambes, ses orteils en pointe.

« Pourquoi es-tu toujours aussi… » commença-t-il en essayant de mimer le reste de sa phrase avec un vague mouvement de la main. « Cassant ? »

« Cassant ? » répéta Remus, incrédule.

« Qu'est-ce que tu fabriques ici ? ! » tonna alors Sirius dans une piètre et bien trop agressive parodie de sa propre réplique. « Relax, KGB. »

« Tu es littéralement assis dans le salon, en pleine nuit, toutes lumières éteintes et je dois me relaxer ? Incroyable. Je ne sais même pas comment tu es entré… »

« Avec mon double des clés ? » articula d'une extrême lenteur Sirius, comme si la chose allait de soi.

« Je — attends. Tu as un double des clés d'ici ? » hallucina Remus. « Depuis quand ? »

« Depuis que James a été frappé à l'adolescence d'une malédiction qui lui fait ponctuellement perdre ses clés toutes les trois semaines pour les retrouver deux jours plus tard dans des endroits absolument insolite. Donc je garde toujours un double de ses trousseaux au cas où. » répondit Sirius avant d'écarquiller des yeux et prononcer très rapidement : « Eeeet je viens de me souvenir qu'il m'a fait jurer de ne jamais te le dire si par miracle nous nous croisions un jour car il n'aurait plus de prétexte ensuite pour venir réclamer tes clés sur ton lieu de travail et draguer au passage la mignonne petite collègue avec qui tu bosses et avec laquelle il s'imagine déjà acheter une maison puis adopter un chiot. » Il cligna des yeux. Offrit un second sourire ultra-bright à Remus. « Oups ? »

« …ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. » mémorisa Remus qui imaginait déjà la sauce à laquelle Potter serait assaisonné la prochaine fois qu'il se pointerait à la caisse d'Honeydukes. « Mais ça n'explique toujours pas ta présence ici. »

« Ugh, toujours si brutal. » déplora Sirius en secouant la tête. « Peut-être avais-je tout simplement envie de passer ? »

« En pleine nuit ? » douta Remus.

« Je ne dors jamais, Rem's. » répliqua son voisin. « Peut-être avais-je justement envie de faire ma petite insomnie ici ? Dans votre salon ? Sans lumières ? En dégustant un bol de chocolat chaud ? Pourrait-on arrêter de juger un bouquin sur sa couverture? »

« Quel… rapport ? »

« Aucun. » concéda aussitôt Sirius avant de se gratter pensivement l'arête du nez. « Je m'en suis rendu compte 0,7 secondes après que la phrase soit sortie de ma bouche. »

Il posa son ordinateur de côté pour pouvoir simultanément étirer sa seconde jambe ainsi que ses bras. Si le regard de Remus fut très brièvement attiré par la parcelle de peau que son sweat remonté dévoila, personne n'en fut légalement témoin.

« James m'a appelé en panique vers une heure du matin pour que je vienne monter la garde contre votre supposé cambrioleur de l'au-delà. » expliqua-t-il enfin, une fois ses bras retombés le long du corps.

« Et tu es directement venu depuis chez toi. » tenta de comprendre Remus, très sceptique.

« Yep. » répondit Sirius.

« Il t'a fait demandé de venir jusqu'ici à une heure du matin. »

« Yep. »

« Et tu l'as fait. »

« Il était quasiment deux heures lorsque j'ai débarqué. Mais sinon, oui. »

Remus passa une dizaine de secondes à ne rien faire d'autre que cligner des yeux, légèrement abasourdi par ce qu'il entendait.

« James est complètement malade. » finit-il par souffler.

Sirius eut une amorce de rire mais haussa des épaules, un peu désinvolte. Il fixait Remus en l'attente d'une prise de parole plus complète, mais le brun restait bloqué à l'entrée de la pièce, comme un peu sonné. Puis il secoua la tête, s'extirpant de sa transe.

« Il y a… un plaid, juste là-bas. » indiqua-t-il en pointant du doigt le second sofa. Il finit par s'y diriger lui-même pour l'attraper et le poser près de Sirius. « Si jamais. »

Son voisin fixa la couverture quelques instants puis hocha la tête. Remus opina à son tour, se préparant à tourner des talons, mais s'entendit rajouter à la place, pris d'une vague culpabilité qu'il n'était même pas supposé ressentir :

« Et je peux te descendre un coussin. Si tu en as besoin. Enfin, il y a toujours les coussins du sofa mais ils sont petits et assez durs donc… hum. Enfin, si tu veux un coussin plus confortable, j'en ai. En haut. »

Sirius tapota trois fois l'un desdits coussins et esquissa un demi-sourire.

« Ceux-ci feront largement l'affaire, t'inquiète. »

« Ok. » dit Remus sans pour autant dévisser ses pieds du sol.

Cette fois-ci, Sirius le fixait avec un léger amusement, l'un de ses coudes perché sur le sofa.

« Par contre, je ne dirais pas non pour des chaussons. »

« Tu fais quelle pointure ? » l'interrogea aussitôt Remus.

« 43. » répondit Sirius, son index soudainement relevé. « Oh, et puis peut-être un verre d'eau tempérée ? Avec une paille à l'intérieur, de préférence. Et une petite ombrelle, si pos… »

« Tu te paies ma tête. »

Sirius pouffa de rire, la tête rejetée en arrière, et Remus le darda d'un regard agacé, s'apprêtant à cette fois-ci à réellement tourner des talons pour rejoindre sa chambre quatre-à-quatre. Un quart de secondes avant qu'il ne s'exécute, cependant, Sirius tapota une petite place sur le tapis, juste à côté de lui, l'ombre de son hilarité planant toujours sur ses lèvres.

« Viens. » prononça-t-il simplement.

Et juste comme ça, Remus vint.

Il mit un point d'honneur à croiser des bras en s'asseyant, un peu remonté, mais Sirius glissa le sien autour de ses épaules pour le ramener contre lui, balayant toutes dernières traces de bouderie. Son autre main vint attraper son PC poids plume pour le ré-installer contre ses cuisses et Remus vit qu'il travaillait sur… à vrai dire, il n'en avait absolument aucune idée. C'était une sorte d'interface 3D pleine de lignes et quadrillages au milieu de laquelle une forme indistincte était en rotation sur elle-même. Sirius y ajoutait tour à tour de la couleur avant d'en enlever puis du relief avant de tout déformer. Allez savoir — mais Remus se trouva étrangement happé.

Ce ne fut qu'au bout du sixième changement de couleur qu'il se rendit compte que deux bonnes minutes silencieuses venaient de s'écouler entre eux. Il se redressa alors contre le sofa et, une demi seconde plus tard, Sirius décocha son bras de son épaule pour occuper de nouveau le clavier de son ordinateur avec ses deux mains.

« Je vais peut-être remonter me coucher. » annonça alors Remus.

« Tu as cours demain matin ? » demanda Sirius, les yeux toujours rivés sur son écran.

« Seulement l'après-midi. » répondit le brun.

« Reste, alors. » trancha pour lui Sirius, toujours absorbé par son graphique. « Parle-moi de ta journée. »

« Pour qu'on se dispute ensuite sur les avantages et inconvénients du cannibalisme ? Navré mais j'ai assez donné. »

« Tu as peur d'avoir tord pour la seconde fois d'affilée. »

« Je n'ai surtout pas la force de te prouver à quel point j'ai raison à presque quatre heures du matin. »

« Parce que tu as tord. » déduisit Sirius.

« J'aurais toujours raison. » maintint Remus.

Sans crier gare, Sirius se tourna d'un seul coup vers Remus pour — et là, il fallait l'expérimenter pour le croire — lui mordiller le sommet de l'épaule, le t-shirt en coton que portait l'étudiant en guise de pyjama atténuant la pression de ses mollaires.

« Boum. Cannibale. » décréta-t-il en se remettant à son écran. « Bienvenue dans la famille. »

Remus tenta de réunir son fil de pensées chaotique pour concocter une réplique intelligible lorsque Sirius relevait soudain la tête, comme en alerte, et la tourna de nouveau vers Remus au ralentis, ses sourcils arqués. L'instant d'après, sa figure se trouvait enfouie dans la chevelure nouvellement lavée du brun qui resta infiniment statique, dos droit et respiration coupée, tandis que Sirius respirait littéralement ses cheveux.

« Nouveau shampoing ? » devina-t-il, sa bouche n'étant qu'un murmure juste à côté de son oreille.

Remus opina en silence. Déglutit. Et lorsque Sirius se pencha de nouveau pour frotter tout doucement le bout de son nez contre son cuir chevelu, il ne put s'empêcher de fermer les yeux. Ainsi enveloppés dans la pénombre, l'acte en lui-même, la tendresse qu'il impliquait, prenait une alarmante dimension intime. Le coeur de Remus en avait pleinement conscience, à en interpréter la rapidité avec laquelle il se débattait actuellement dans sa poitrine. Sirius, lui, non. Être tactile semblait être pour lui une seconde nature, presqu'aussi simple qu'inspirer et expirer. Il touchait parce qu'il voulait toucher, une pulsion du moment, puis retournait à son activité initiale comme si rien ne s'était passé.

« Ta journée, donc. » le relança-t-il en élargissant les lignes de son graphique.

Remus ravala sa salive, prit une inspiration profonde et silencieuse puis raconta sa journée en bribes. Son ancien t-shirt préféré qu'il avait retrouvé derrière l'armoire, ce matin. Le billet de cinq Livres qu'il avait trouvé par terre, juste devant la station de métro de la fac. Et qui en fait avait été collé à la glue contre le goudron. Le client qui l'avait bousculé sans s'excuser en sortant du boulot. Le froid, bon sang, le froid. Sa meilleure amie qui oubliait elle aussi ses affaires dans des lieux absolument insolites. Et puis les devoirs qui n'en finissaient pas. Les partiels. Les notes. Mon Dieu.

Il sentit le sommeil arriver dans la lenteur progressive de ses mots, dans ses paupières semi-tombantes. Il ne sentit pas sa tête prendre appui contre Sirius et ce-dernier se baisser d'un cran, juste assez pour que le brun puisse s'endormir dans une position suffisamment confortable.

.

.

« Tu n'avais qu'un seul job, Sirius Black. Un seul. »

« Et je l'ai accompli à la lettre. Où est mon fric ? »

« Tu n'as absolument rien fait du tout. Nada. Niet. Travail médiocre. »

« Mec, je n'ai littéralement fermé l'oeil de la nuit entière que trente minutes et le soleil commençait déjà à se lever à ce moment-là. »

« Ces trente secondes ont été amplement suffisantes pour que le spectre glouton sévisse à nouveau. As-tu vu l'état actuel du frigo ? »

« Tu m'as dit de rester éveillé pendant la nuit, je te signale. Donc une fois que le soleil se pointe, je suis désolé mais mon taf est terminé. »

« L'aube fait partie de la nuit, espèce d'imbécile. »

« Selon quel dictionnaire, petit con ? »

« Celui avec lequel je ne vais pas tarder à te ravaler la façade. »

« Tu vois, une personne plus humble et moins laide que toi m'aurait déjà remercié à genoux de m'être déplacé en pleine nuit juste parce que tu crois encore aux fantômes du haut de ta vingtaine d'années. Un grand garçon comme toi, vraiment. N'as-tu pas honte ? »

« Mais viens regarder l'intérieur du frigo si tu ne me crois pas ! C'est une zone de guerre ! C'est un champs de bataille ! Viens voir par toi-même si je mens ! »

« Chhh, moins fort. Les honnêtes gens dorment encore. »

Et Remus choisit cet instant précis pour ouvrir les yeux, ses paupières papillonnant avec lenteur, encore engourdies. Il se redressa, fit un peu craquer son cou en soupirant puis rouvrit les yeux une seconde fois. Considéra le contexte dans lequel il venait de se réveiller. Sirius se trouvait encore à sa gauche — car il s'était quasiment endormi sur lui hier soir, ok, cool, cool, cette situation est parfaitement normale — et James se tenait debout droit devant lui, bras croisés, sourire venimeux aux lèvres.

« Ça va ? Bien dormi ? Je n'interrompt rien, j'espère ? » s'enquit-il d'une voix mielleuse.

Remus se redressa d'un cran supplémentaire, joues roses et cheveux dans les yeux.

« Hum. Non. » marmonna-t-il.

« Sen-sa-tion-nel car figure toi que nous nous sommes encore faits dévaliser dans la nuit. » lui apprit-il.

« Quoi ? » se réveilla instantanément le brun.

Et ce fut la course effrénée vers la cuisine, Remus manquant de s'étaler sur le carrelage au dernier moment. Presqu'agglutinés les uns sur les autres, les trois garçons finirent par ouvrir la portière du frigo et :

« Oh mon Dieu. » souffla Remus, horrifié.

« Wow. » accusa le coup Sirius.

« Alors ? » rugit James. « J'avais raison ou je n'avais pas raison ? Hein ? »

« Mes… mes tomates. » gémit Remus en attrapant la barquette de tomates cerises dont le plastique avait été sauvagement arraché. « Mes saucisses ! Oh non. »

« Et mon jus, et mes nuggets, et mon autre jus. » énuméra James, ses doigts se déployant au gré de ses pertes.

« Mes yaourts à la grecque ! C'était mes préférés, bon sang. » continuait Remus, de plus en plus dépité. « Ma quiche ! Je l'avais expressément ramené de chez moi ! Oh non, non, non, non. »

« C'est... désolé mais c'est hilarant. » se tordait Sirius juste derrière. « Parmi tous les fantômes qui puissent exister sur cette planète, il fallait que vous tombiez sur un dont le champs d'action ne se limite spécifiquement qu'au vol de bouffe. Rien d'autre. » Il secoua la tête, déjà bout de souffle. « C'est vraiment le cas paranormal le plus drôle que je puisse voir. »

« Pour toi, peut-être. » grogna Remus, son paquet presque vide de tomates serré contre lui. « Mais pas pour nous. »

« Je vais porter plainte. » asséna James, l'air déterminé.

« Contre qui ? » gloussa Sirius. « Le vent ? L'air ? »

« Je vais installer des caméras dans tous les coins stratégiques de cette pièce pour capturer le moment précis du délit et l'apporter comme preuve au commissariat. » décréta-t-il. « J'en ai marre de vivre dans cette… dans cette spirale de crainte alimentaire. Tous les matins. C'est hyper toxique. »

Et cela sembla être la goutte d'eau pour le vase de Sirius qui s'écroula par terre, sa crise de rire le transformant en carcasse humaine agonisante. Remus l'enjamba sans ménagement pour se rapprocher de James et lui proposer, extrêmement sérieux :

« Ce n'est pas meilleur d'appeler un exorciste ? »

« Tu en connaitrais un ? » l'interrogea immédiatement James.

« Moi, non, mais ma meilleure amie, peut-être. Elle est très spirituelle donc assez calée sur ce type de sujets. »

« Parfait. Pose-lui la question le plus rapidement possible puis envoie-moi les coordonnées de… »

James s'interrompit soudain. Ecarquilla des yeux. Derrière lui, Sirius s'était également arrêté de rire de façon abrupte. Il venait même de se redresser, un peu choqué. Et lorsque Remus suivit le point de convergence de leurs deux regards, il aperçut à son tour l'un étranger qui venait de passer le pas de la porte.

Il était brun, petit et un peu trapu, son torse noyé dans un maillot XL de Manchester United, des claquettes noires aux pieds. Il entra dans la cuisine comme s'il se trouvait chez lui et les trois autres garçons le suivirent muettement des yeux tandis qu'il attrapait tasse, cuillère, couteau et assiette. Ce ne fut qu'en se retournant vers le frigo que l'étranger sembla soudain prendre conscience qu'il n'était pas seul et tous les quatre passèrent dix bonnes secondes à s'entreregarder, bouches bées, pétrifiés sur place.

« Excuse-moi mais tu es qui, au juste ? » aboya James sans ambages.

A cela, le brun se gratta nerveusement la nuque, l'air un peu gêné.

« Votre, euh, troisième colocataire. Peter. » répondit-il avant de tendre une main prothétique vers l'avant. « Enchanté. »


There it is, there it is ! Hope you liked it. :)

Je ne pourrais pas répondre aux reviews pour cette fois car je suis en rEtArD mais je vous remercie réellement du fond du coeur pour tous vos jolis commentaires que je lis et relis lorsque j'ai besoin d'une bonne dose de motivation. J'espère sincèrement que la suite continuera à vous plaire ! Passez une bonne fin de mois de juin et à une très prochaine fois, fingers crossed.

xo.