(herm) Aphrodite
Par Maria Ferrari
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Les personnages de Vision d'Escaflowne ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.
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—Chapitre 4—
Après une longue course destinée à l'éloigner le plus rapidement possible de son ennemi juré – après Van –, Dilandau stoppa soudainement. Il se plia en deux, posa ses mains sur ses genoux et tenta de reprendre son souffle ; il se redressa et s'adossa contre un arbre le temps de récupérer.
« Je ne… suis pas… sa… sœur ! » cracha-t-il, toujours essoufflé.
Il se laissa glisser contre l'arbre et posa le derrière par terre, les jambes à demi pliées, l'épaule et la joue gauche collées contre l'écorce. Il regarda ses jambes, elles étaient couvertes d'un pantalon léger fait en toile beige. Ses chaussures étaient des petits escarpins noirs. Son torse était voilé par un chemisier léger et blanc, couvert de dentelles et de broderies. Il eut une moue dégoûtée ; comment avait-il pu se retrouver habillé comme une fille ? Déjà lors d'une de ses absences précédentes, il s'était "réveillé" vêtu dans ce style… et Allen était là et l'avait appelé Serena.
L'Astrien dirait-il la vérité ?
Dilandau resta là, pensif, fixant sa poitrine. Il se releva bientôt, posa ses poings serrés sur ses hanches.
« Il faut que je me trouve d'autres habits, déclara-t-il à haute voix. Ceux-ci ne me ressemblent pas… même en admettant que je sois une femme ! »
Après le refus et la fuite, il commençait, au calme, loin d'Allen, doucement, à envisager l'éventualité qu'il puisse être un autre individu que Dilandau Albatou, même si cela lui paraissait difficile à croire et encore plus à admettre.
Il reprit son chemin, en marchant cette fois, tentant de repérer où il se trouvait et s'il voyait une habitation où on pourrait le renseigner. La maison d'où il venait de s'enfuir semblait être la seule à des kilomètres, et il ne connaissait pas cette région… bien qu'elle lui rappelât confusément quelque chose, des choses enfouies profondément.
Au bout d'une bonne heure de marche – douloureuse, maudits soient ces escarpins ! –, il arriva en vue d'un village. Avisant un magasin de vêtements usagés, il voulut y pénétrer et se ravisa immédiatement en se rendant compte que ses poches étaient vides. Il ne pouvait espérer des vêtements qu'en les volant ou les mendiant, or ces perspectives lui paraissaient aussi déshonorantes l'une que l'autre.
Les gens dans la rue se retournaient pour regarder cet étrange garçon qui se promenait habillé en femme ; certains ricanaient, quelques uns l'insultaient, d'autres se contentaient de lui jeter des regards désapprobateurs et méprisants. Dilandau fut vite irrité de ce manège. Il n'était guère habitué à être sujet aux railleries, encore moins à les subir sans riposter. Il fut sur le point de répondre aux passants, se retint en se rendant compte qu'il ne payait pas de mine et n'avait aucun moyen de se défendre si la foule décidait qu'il n'avait pas sa place ici ; il repartit, la rage contenue et les yeux baissés.
Quand il sortit de la ville, ses yeux étaient mouillés des larmes de rage qu'il n'avait pu retenir. Il les essuya, les dents serrées, et repartit d'un pas ferme vers le manoir Schezar.
Il n'avait que cette solution.
~oOo~
Le jeune homme eut un pincement au cœur quand il poussa la porte du manoir, l'impression de faire une croix sur un principe qu'il s'était juré ne jamais renier. Allen était assis ; il leva des yeux surpris sur lui. Il ne s'attendait pas à le revoir si tôt, pensait encore moins que sa sœur lui reviendrait sous sa forme masculine.
« Dilandau ?
— A… A… Allen, je… j'ai… j'ai besoin de… vêtements… différents. »
Les mots sortaient difficilement de la bouche de Dilandau, butant et s'accrochant dans sa détestation pour Allen. En être réduit à de telles extrémités qu'il devait mendier des habits à cet homme !
Allen regarda son visage fixement avant de détailler son habillement.
« Je vais te donner de quoi te changer, proposa-t-il.
— Je ne veux pas de vêtements t'appartenant ! » s'exclama l'éphèbe. Plutôt se promener nu ou vêtu d'une robe légère que de porter les habits de ce chevalier d'opérette.
Allen soupira et leva les yeux au ciel.
« J'ai jeté les habits que Serena portait lorsqu'elle venait de revenir à elle, dit-il d'un ton las. Ton uniforme Zaïbacher, ajouta-t-il. De toute façon, t'en vêtir aurait été une mauvaise idée : cela aurait été extrêmement mal vu. »
Dilandau serra les dents. Qu'en avait-il à faire de ce que pensaient les abrutis peuplant Gaïa ? Et de quel droit Allen avait-il jeté son uniforme ? Il n'était pas en position pour protester ou lui reprocher quoi que ce soit.
« Serena a tenu absolument à avoir des pantalons et des tenues que je trouve par trop masculines, poursuivait Allen, sans doute parce qu'elle a longtemps été un garçon. Tu devrais pouvoir trouver ton bonheur. »
Dilandau parut rassuré. Tant pis pour son uniforme ; et ce grand idiot avait probablement raison : même s'il se fichait de ce que pensaient les gens, cette tenue n'était guère discrète, mieux valait des vêtements civils.
« Je te les donne à une condition… » ajouta Allen.
Le calme quitta l'adolescent. Une condition ? Qu'allait-il oser lui demander en échange ?
« Laquelle ? » demanda Dilandau, tâchant de paraître méprisant et non inquiet.
Allen le regarda dans les yeux.
« Tu resteras ici. »
Le jeune homme écarquilla les yeux, atterré par l'énormité que venait de proférer le chevalier céleste ; il éclata d'un rire soudain.
« Ici ? Avec toi ?… Quelle folie ! Je viendrai t'assassiner dans ton lit, mon pauvre Allen ! Je ne tiendrai pas une nuit sans le faire ! pérora-t-il.
— Alors, je ne te donne pas les vêtements », rétorqua Allen d'un ton neutre en haussant mollement les épaules.
Piégé. Il était piégé. Il sentit son cœur se serrer, se mordit la lèvre, le nez froncé. Il n'avait pas le choix !
« Très bien, j'accepte. Donne-moi ces vêtements », se rendit-il. Allen eut un sourire. Il monta les deux premières marches de l'escalier et se tourna vers Dilandau, tâchant de ne pas avoir l'air de le regarder de haut malgré sa position dominante.
« Si jamais tu fais semblant d'accepter tout en comptant t'en aller dès que je t'aurai donné tes habits, je préfère te signaler que tu n'as absolument pas d'argent, donc pas de quoi manger et pas d'autre endroit où dormir qu'ici. »
Au contraire d'Allen, et malgré la différence de taille augmentée des deux marches, Dilandau prit son air le plus hautain pour lui répondre.
« Je ne pensais de toute façon pas à partir. Je t'ai donné ma parole et contrairement à ce que tu pourrais croire, je n'en ai qu'une !
— Nous sommes donc d'accord », fit Allen dans un sourire chaleureux.
Dilandau fronça le nez et leva les yeux.
« à peu de chose près, oui. Ces habits, où sont-ils ?
— Dans ta chambre, répondit Allen. Mais peut-être faut-il que je te la montre ? ajouta-t-il malicieusement.
— Peut-être oui », s'exclama Dilandau d'un ton sec.
Le chevalier fit signe au Zaïbacher de le suivre. Ils grimpèrent l'escalier et entrèrent dans une chambre. La pièce était tapissée d'un rose pastel et remplie de dentelles et de broderies… comme son chemisier. Elle ressemblait à une chambre de petite fille ; sans doute Serena n'avait-elle pas été présente assez longtemps pour mûrir ce cadre.
A ce propos, combien de temps s'était écoulé durant son absence ? Il faudrait qu'il approfondisse ce point.
« Tu comptes me faire vivre dans cette bonbonnière ? demanda-t-il, ne revenant pas qu'Allen, aussi stupide qu'il soit, puisse s'imaginer qu'il accepterait cela.
— Tu as parfaitement le droit de changer la décoration si ça te chante… tant que cela ne devient pas glauque, répondit son frère.
— Pourquoi serait-ce glauque ? » protesta Dilandau, prenant la mouche.
Allen haussa les épaules. Il se retira et ferma la porte derrière lui, avant de la rouvrir pour ajouter : « Tous les habits doivent se trouver dans l'armoire. Demande-moi si tu ne trouves pas ce que tu veux. » et de s'en aller. Pour de bon, cette fois.
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Une fois seul, Dilandau regarda attentivement tout ce qui composait la chambre : tapisserie, parquet, meubles, bibelots… Rien ! Tout cela ne lui disait rien ! Pourquoi ? Peut-être… peut-être que sa première idée était la bonne, peut-être qu'Allen affabulait en prétendant qu'il était sa sœur. Pourtant, pourquoi Allen dirait-il ça si c'était faux ? Quelle explication y aurait-il à cette mascarade burlesque ?
Dilandau s'assit sur le lit, le menton posé dans sa main gauche, le coude sur son genou. Il laissa son regard errer à travers la pièce, fronça les sourcils, insatisfait de ne pas trouver de réponse convenable à toutes ces interrogations.
A chacune de ses absences prolongées, c'était le trou noir ; il ne se souvenait de rien. Cela ne serait donc pas anormal que cet endroit ne lui soit pas familier même s'il était réellement Serena. D'ailleurs, même avant ses "absences", il lui arrivait de ne se souvenir des évènements que par bribes. A présent qu'il y repensait, Jajuka était bien mort. Du moins, il lui semblait vaguement que c'était le cas. Il lui semblait même en fouillant sa mémoire défaillante qu'il l'avait vu mourir devant ses yeux.
C'était si flou.
Comment était-il mort ?
« Jajuka… » murmura-t-il, meurtri. Jajuka… et les autres… tous… ils étaient tous morts. Chester, Gatti, Guimel, Dalettau… et Miguel, mort le premier, parti le premier. Il ne se souvenait pas de leur mort après son absence, c'était Jajuka qui le lui avait rappelé. Il était donc parfaitement normal qu'il ne connaisse rien de cet endroit car, s'il avait déjà du mal à se souvenir des choses qu'il avait vécues, comment pourrait-il se rappeler celles que Serena avait vécues.
Son regard recommença à errer, épiant le moindre objet de la pièce, en quête – vaine – de souvenirs, en quête de racines. D'un air las mais décidé, il se leva et ouvrit l'armoire pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur, remuant les cintres à la recherche d'habits qui lui conviendraient mieux que ceux qu'il portait actuellement.
Il passa en revue deux robes, une jupe, quelques chemisiers, nota au passage qu'il n'y avait pas de dentelles sur ceux-là. Tant mieux, il avait horreur de la dentelle. Il trouva enfin les pantalons, il y en avait trois. Il arrêta son choix sur celui qui lui semblait le plus beau. Il avait l'air léger et c'était un pantalon mi-long, idéal pour la saison. Il le jeta sur le lit et retourna à son inspection de l'armoire pour trouver de quoi couvrir son torse. Il fouina dans les étagères et finit par tomber sur des débardeurs, à sa grande joie. Il en prit un rouge, lui fit suivre le même chemin que le pantalon qu'il avait choisi.
Il enleva le chemisier par la tête sans prendre la peine de le déboutonner, le laissa tomber par terre, envoya valser ses escarpins. En faisant ce dernier geste, il s'aperçut qu'il n'avait pas de chaussures à se mettre. Il fronça le nez ; il serait étonnant que Serena ait des chaussures qui lui conviennent. Il haussa les épaules brusquement, décidant qu'il faisait beau et qu'il pouvait aussi bien marcher pieds nus ; il en fallait plus pour lui faire peur. Il déboutonna son pantalon, l'ôta, le regarda de plus près et décida que s'il n'y avait pas eu le chemisier en dentelles, il aurait pu le trouver très bien sur lui. Son regard se porta machinalement vers la psyché ; il constata avec horreur qu'il portait une petite culotte à dentelles.
« Mon dieu… » souffla-t-il, tétanisé. Il chercha frénétiquement dans l'armoire quelque chose de plus adapté à ses besoins, ne trouva rien qui put lui convenir. Il était hors de question qu'il enfile son pantalon directement sur son corps nu ; cela ne serait guère confortable. Il allait devoir garder la culotte de fille pour l'instant… le temps qu'il résolve ce problème. Il nota mentalement : caleçons et chaussures. Il lui faudrait emprunter de l'argent à Allen ; à cette pensée, il grimaça.
Il enfila le pantalon et se regarda sous toutes les coutures dans la glace. En y regardant de près, cela se voyait que c'était un pantalon de fille… mais seulement en y regardant de près. Et puis, il lui allait vraiment très bien ; ce beige clair lui convenait parfaitement. Il se mit de profil, constata que ce pantalon mettait particulièrement en valeur son anatomie, surtout la partie arrondie. Il eut un sourire orgueilleux.
Il passa le débardeur et s'assit sur le lit pour laisser vagabonder son esprit. Depuis combien de temps cette Serena avait-elle pris sa place ? Depuis combien de temps Jajuka était-il mort ? Il décida de demander des éclaircissements à Allen, ferma l'armoire et sortit de la chambre en prenant soin de claquer durement la porte derrière lui.
~oOo~
Assis devant la table de la salle à manger, Allen faisait une patience. En esthète, Dilandau ne put s'empêcher de noter la beauté des cartes et se promit d'y jeter un coup d'œil approfondi ; il le nota dans son esprit et posa au chevalier la question qui le préoccupait.
« Cela fait combien de temps ? »
Allen leva le nez du jeu, la dame de trèfle en main.
« Combien de temps quoi ? demanda-t-il en haussant les sourcils.
— Combien de temps que je ne suis plus moi… ou, devrais-je plutôt dire, pendant combien de temps ai-je été Serena ? »
Allen hocha la tête, regarda le jeu, posa la dame sur le roi de carreau.
« Pas très longtemps. Un mois je dirais. Non un peu moins, trois semaines peut-être, répondit-il sans détourner son attention du jeu.
— Trois semaines ? »
Dilandau respira ; son absence n'avait pas duré aussi longtemps qu'il l'aurait cru.
« Et que s'est-il passé durant ses trois semaines ? s'enquit-il.
— Pas grand-chose », répondit Allen sans trop y réfléchir.
Dilandau fronça les sourcils. Il lui semblait étrange qu'il ne se soit rien passé : si son dernier souvenir correspondait bien au retour de Serena, la guerre en était à son paroxysme et avait gagné la planète entière ; et voilà qu'il revenait trois semaines plus tard, que tout était calme et qu'Allen lui assurait qu'il ne s'était « pas passé grand-chose ».
« Vraiment ? » insista-t-il.
Allen fronça les sourcils, cherchant ce qui pourrait intéresser Dilandau dans les évènements des trois dernières semaines… ou plutôt les non-évènements tant cela avait été paisible. La guerre ne s'était-elle pas terminée justement il y a trois semaines ? Peu après que Serena soit…
« J'oubliais ! La paix a été conclue avec toutes les parties adverses, y compris l'empire Zaïbacher qui, de toute façon, a perdu toute raison de combattre après la mort de Don Kirke puisque c'était lui qui tirait les ficelles. Cela fait trois semaines qu'il n'y a pas eu un seul fait armé dans tout Gaïa. Excuse-moi de ne pas y avoir pensé tout de suite, j'avais oublié que Serena était déjà revenue quand c'est arrivé. Tu ne pouvais pas être au courant. »
Dilandau se félicita intérieurement : il avait tout manqué ! Ses absences étaient décidément fâcheuses.
« Ainsi, Don Kirke est mort », commenta Dilandau. Cela lui faisait ni chaud ni froid. Seule la mort de Jajuka et des Dragonslayers lui faisaient mal, le reste de la planète pouvait bien périr qu'il s'en réjouirait plutôt.
« Oui, Folken l'a tué, répondait Allen.
— Pardon ? » souffla Dilandau, incrédule.
Allen confirma d'un lent hochement de tête. Dilandau resta silencieux quelques instants, il lui avait toujours semblé que Folken adulait Don Kirke, qu'est-ce qui avait bien se passer ? Il le lui demanderait.
« Comment va-t-il ce bon vieux Folken ? »
Le chevalier se tourna vers lui et le regarda dans les yeux.
« Il ne va plus du tout ; il est mort. »
Dilandau écarquilla les yeux. Un de plus ! Enfin… ce n'était que Folken, ce n'était guère grave. Tout de même, cela lui faisait quelque chose d'apprendre cela. De la peine ?
« Un effroyable concours de circonstances, ajoutait Allen. Lorsqu'il a tué Don Kirke – c'est Hitomi qui me l'a raconté, précisa-t-il.
— Hitomi ? demanda Dilandau en fronçant les sourcils.
— La fille de la Lune des Illusions. Donc, quand Folken a tué Don Kirke, son épée s'est cassé contre un mur ; un morceau a ricoché et est venu se planter dans son cœur. »
Dilandau en resta les yeux ronds. Folken n'était pas quelqu'un de chanceux.
« Rien d'autre ? » demanda-t-il.
Allen soupira, pensif.
« Non, je crois que je t'ai tout dit », assura-t-il finalement. Il était agréablement étonné de l'attitude de Dilandau qui, pour l'instant, se révélait plutôt facile à vivre.
Dilandau s'appuya à la table et resta quelques secondes à réfléchir aux informations qu'il venait de recevoir. Il s'étira et se dirigea vers la porte.
« Je vais me promener, informa-t-il. J'ai ton autorisation ? ajouta-t-il, sarcastique.
— Je n'ai jamais prétendu que je te cloîtrai », rétorqua Allen sans quitter son jeu des yeux.
