Chapitre IV

Le septième commandement

Natsuki s'attabla devant son café et ses toasts à la mayonnaise. Elle ne savait pas à quelle heure Takeda reviendrait, alors elle se dit qu'il serait plus prudent de ne rien faire avec Shizuru aujourd'hui. Elle décida donc d'aller faire un tour dans sa boutique de lingerie préférée, celle située près du salon de coiffure de Takumi.

Elle alla piocher dans le bocal rempli de billets que Takeda laissait toujours à sa disposition. Elle n'était pas d'humeur à faire de folles dépenses ce jour-là, elle se contenterait d'un nouvel ensemble. Elle mit sa tasse ainsi que son assiette dans le lave-vaisselle, puis quitta.

Étant réveillée depuis peu et donc trop fatiguée pour marcher ou effectuer quelconque autre activité physique, la belle motocycliste enfourcha son véhicule. Conduire lui faisait un bien fou, elle se sentait comme libérée de tous ses problèmes. Elle n'en avait pas tant que ça, pourtant, grâce à Shizuru... Elle se rembrunit en se disant que Takeda compensait. Elle se stationna devant la vitrine et vit une voiture qu'elle crut reconnaître. Cela titilla sa curiosité, mais elle ne se posa malgré tout pas plus de question. De toute façon, elle verrait bien à l'intérieur.

Une fois dans le magasin, marchant entre les étalages, Natsuki se mit inconsciemment à chercher distraitement le propriétaire de la voiture du stationnement. Soudain, ses yeux furent attirés par une rouquine bien familière.

Ses souvenirs étaient exacts, l'automobile appartenait bien à son amie Nao, qu'elle n'avait pas vue depuis quelques temps déjà. Elle l'aperçut au bras d'une jolie jeune fille à la coupe de cheveux asymétrique. Une demoiselle bien chic. Elle avait de la prestance et était très soignée. Deux mondes physiques se confrontaient à l'instant devant ses yeux. Le style fille de rue de son amie d'enfance et le charme classique de sa nouvelle conquête. Conquête… Se pourrait-il que..? Tiens tiens, on dirait bien qu'en plus des hommes, elle s'attaque maintenant aux femmes. La veuve noire remarqua elle aussi la présence de son amie et décida de venir lui parler. Elle leva la tête vers la mystérieuse femme, comme pour lui demander si elle pouvait quitter son bras quelques instants. Celle-ci sourit et la laissa partir.

- Natsuki! s'exclama Nao avec ce sourire carnassier qui était devenu sa marque de commerce au fil des ans.

- Salut...

La séductrice aux cheveux rouges s'approcha d'elle et Natsuki la toisa d'un air suspicieux.

- Encore une nouvelle victime?

- Non… Tous ces plans machiavéliques, c'est du passé pour moi. Ça peut te paraître étrange venant de moi, mais elle je… enfin, je l'aime quoi… Enfin, tu devais bien t'être rendue compte que je pouvais allumer autant d'hommes que je le voulais sans ressentir quoi que ce soit spécial. C'était assez louche, tu trouves pas? Et bien voilà la raison… Je suis… De l'autre côté! À force de ne pas trouver, j'avais fini par abandonner l'idée de trouver quelqu'un que j'aimerais. Mais maintenant j'ai rencontré quelqu'un de ma trempe, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle et moi, on est pareil! Enfin, à quelques différences près…

- Je crois que ça ne fera pas long feu, vous deux. Deux Nao ne peuvent pas se supporter bien longtemps, vous allez vous disputer et repartir chacune de votre côté.

- Oh, nous nous sommes déjà disputées...Mais, vois-tu, nous avons le meilleur des moyens pour régler ça.

C'est à ce moment que la compagne de l'ex-escroc s'avança vers elles en poussant son caddy et se présenta.

- Je suis Tomoe Marguerite, ravie de faire votre connaissance. Vous êtes...?

- Natsuki Kuga. Dis donc, Nao, elle est vraiment plus polie que toi.

Natsuki jeta un coup d'oeil au contenu du panier et ce qu'elle vit la laissa sans voix. Les sous-vêtements qu'avaient choisis cette Tomoe étaient tous en cuir ou en matières semblables. Certains étaient aussi ornés de motifs douteux en métal. Cette fille d'apparence si douce avait décidément l'air d'être une bête sauvage au lit. Surtout qu'elle semblait être allée dans le rayon « chaud » et interdit aux moins de dix-huit ans où elle avait déniché un fouet et d'autres jouets sexuels du même acabit.

La pudique jeune fille devint rouge et balbutia :

- J-je vous souhaite de vous...amuser.

- Compte sur nous, répliqua Nao avec un petit sourire en coin.

- J-je crois que je vais y aller.

- Au revoir, ce fut un plaisir de te rencontrer, la salua Tomoe.

Natsuki traversa les rayons, et comme les vendeuses la connaissaient bien, elles ne vinrent pas l'importuner. Elle sortit de la boutique et sauta sur sa moto en ayant l'intention de s'offrir une petite balade pour s'éclaircir les idées.

« Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à avouer leur homosexualité ces temps-ci? D'abord Takumi, ensuite Nao... Ils le font exprès ou quoi? On dirait que plus personne n'a honte de s'affirmer, de nos jours...» L'expression dure et crispée sur son visage se métamorphosa tranquillement en un petit sourire triste. « … à part moi, semblerait-il.»

Le destin peut être bien persuasif quand il veut, pensa-t-elle. Elle commençait maintenant à douter de tout. Pourquoi devrait-elle se cacher si personne ne le faisait? Elle voulait aimer Shizuru au grand jour. Lui tenir la main en faisant les courses. Poser sa tête sur son épaule en faisant un tour dans la grande roue. Avoir une photo d'elles dans son porte-feuille. Aller ensemble à un mariage… Mais pourrait-elle supporter les regards des autres? Serait-elle assez forte pour ça? À cette pensée, la louve secoua la tête brusquement. « Ah mais quel monstre je suis! Je ne pense décidément qu'à moi. Et Shizuru dans tout ça? Je la fais souffrir en restant dans l'ombre… Je NOUS fais souffrir à chaque fois que je pars de chez elle pour retourner avec Takeda. Takeda… En voilà un autre à qui je fais mal. On dirait bien que tout serait mieux différemment… » Le sourire triste se transforma à son tour pour laisser sa place à une expression des plus déterminée. Elle décida qu'il était temps pour elle d'avoir une bonne discussion avec Shizuru. Natsuki se demandait comment celle-ci réagirait en apprenant ce qu'elle comptait faire...Elle s'arrêta devant l'appartement où elle passait plus de temps qu'elle ne le devrait et sortit son téléphone portable pour avertir Takeda qu'elle serait chez une amie. C'était atroce, elle avait l'impression d'être une jeune adolescente qui appelait sa mère. Mais elle lui devait bien ça, tout de même…

Elle grimpa l'escalier en espérant que sa belle amante soit chez elle. Bof, si elle n'y était pas, elle l'y attendrait, elle avait la clé. Elle inséra celle-ci dans la serrure, la tourna puis poussa la porte.

-Shizuru?

Le cœur de la rebelle s'emballa quand elle découvrit avec la plus grande des joie son amour debout dans sa cuisine à se faire du thé. Elle était si belle…

- Ara, ma petite Natsuki qui me fait une visite surprise!

- Euh, Shizuru je...j'ai à te parler. Tu as une minute?

- Ara, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, j'espère?

-Non, ne t'inquiète pas.

-Alors, j'ai tout mon temps.

Shizuru s'assit gracieusement sur son canapé, invitant son amie à faire de même. Natsuki prit place à ses côté puis saisit sa main en la regardant droit dans les yeux, geste qui surprit de plus belle la brune. Notre héroïne tremblait. Elle avait peur, mais peur de quoi? Elle prit une grande respiration puis commença à parler.

-Shizuru… Aujourd'hui, je me suis rendue compte de beaucoup de choses. En une journée, j'ai réaliser plus de choses que je n'aurais jamais cru. La chose la plus importante qui m'a frappée en plein visage c'est que… Et bien… Je t'aime!

Ces mots prirent la femme de Kyoto bien au dépourvu.

-Euh… Moi aussi je t'aime, Natsuki… Mais, c'est que…

-Non, écoutes-moi, s'il te plait. Je t'aime, mais je t'aime vraiment. Plus que je n'ai jamais aimé qui que ce soit sur cette planète. Je veux passer ma vie avec toi et avec toi seulement! Toute ma vie… Et si pour ça je dois défier la morale, mes amis, ma famille, ou même le monde entier, je le ferai. Pour toi… Pour nous.

Le sourire de l'écrivaine s'évanouit tandis que son masque impassible se brisait, ce qui n'arrivait que très rarement (quoique de manière plus fréquente depuis qu'elle sortait avec Natsuki).

Une larme à l'œil, Shizuru resta sans voix…

- Ara...Tu es sérieuse? Tu es prête à ce que tout le monde sache pour nous?

-Il n'y a qu'avec toi que je suis heureuse, avoua Natsuki en sentant ses joues se teinter de rouge. Et toi, tu ne me tapes pas constamment sur les nerfs, contrairement à une certaine personne qui, malgré ses défauts, mérite qu'on l'aime.

Comment résister à ce visage rouge, à cette expression de désarroi? Shizuru, pour la première fois depuis longtemps, se mit à pleurer.

-Non! Ne pleure pas! Je… Je t'en prie. Je déteste ça quand tu pleures…

-Ara… C'est que le discours de Natsuki était très touchant, tu sais… Moi aussi, je t'aime.

-Ça ne te dérange pas, alors?

-Bien sûr que non!

La motarde saisit alors délicatement le visage de l'auteure de son cœur et lui donna un fougueux baiser.

-Reste avec moi… pour toujours. Tu veux bien?

-Je ne te quitterai jamais, mon amour…


Merci, encore une fois, à parodyxoxlife pour son aide précieuse quant à l'écriture de ce chapitre.

AAhh, je suis en retard de quelques heures, je sais, mais j'avais ce chapitre de stocké dans mes documents, j'ai juste oublié de le publier ^^'

Ne m'en voulez pas trop s'il vous plaît