Note de l'auteure M : Bonsoir bonsoir. Désolées pour ce menu retard qui ne nous fait poster ce nouveau chapitre que maintenant. On espère que vous nous pardonnerez.
W : Et on en profite pour vous remercier pour vos reviews. Elles font chaud au coeur ! A Sabine02 : Hé hé, à toi de décider si Winry a décidé de torturer Edo-sama pendant la moitié de la nuit ou pas, hé hé. Merci de ton commentaire ^^
M : A Matsuyama : Contente que Winry te plaise – on s'est bien amusée à l'écrire. Et pour l'histoire de complot... Seuls Edward et Lin le savent, semble-t-il.
W : A Eilisande : Ouais, une nouvelle commentatrice ! Contente d'apprendre que nos fics te plaisent. En espérant qu'on continuera à faire vivre FMA un peu plus longtemps pour toi et tous les fans qui ne sont pas tout à fait prêt à y renoncer (même si c'est une très bonne chose que l'auteur ait choisit de finir sa série plutôt que de la laisser se dégrader en traînant en longueur. Après tout, les fanfics sont là pour résoudre les points qu'elle a laissé ouverts, hé hé).
M : A la-petite-maline : Eh oui, Ed a grandi – mais méfie toi, le monstre armé jusque aux dents derrière moi, communément appelé W, risque de t'arracher la tête si tu exprimes une admiration trop prononcée qui trahirait le fait que tu aies des vues sur son Edo-sama. Prends garde v_v Mais nous sommes très heureuses de voir que la fic te plaît et nous espérons que ça continuera.
W : Et maintenant qu'on a fini avec ça, voici la suite, qui est sans doute mieux que notre blabla. Enjoy !
Voyageur III – Enfer et paradis.
La jeune femme finit par se réveiller complètement, mais resta un long moment les yeux fermés, le visage enfoui dans son oreiller, le sourire aux lèvres, savourant son bien-être. Sans rien voir à cause de ses paupières closes, elle percevait autour d'elle un millier de petits détails fort plaisants. Elle sentait une légère brise passer sur ses cheveux, signe que la fenêtre de la chambre avait été entrouverte pour laisser passer l'air doux de cette matinée de début d'été, aérant la pièce avant la chaleur plus lourde de la pleine journée. Une chaleur plus prononcée sur son épaule lui indiquait qu'un rayon de soleil, se faufilant entre les rideaux, parvenait jusqu'à elle malgré la distance et le temps.
Non loin d'elle, elle entendait le tic-tac discret de son réveil mécanique – un petit bijou qu'elle avait monté elle-même dans son enfance – dont les aiguilles continuaient joyeusement leur route, signe qu'il avait été remonté récemment, première chose à faire quand on se levait. La douceur des draps qui la recouvraient à moitié, séparés de leur couverture, lui rappelait qu'elle avait actuellement un bien meilleur moyen de se réchauffer si d'aventure elle se mettait à frissonner la nuit, comme cela lui arrivait quelquefois. Il y avait également l'écho léger de voix au rez-de-chaussée, sans doute en provenance de la cuisine, échos emplis d'accents réjouis et vifs, signes que son époux, déjà levé, prenait les enfant en charge et s'assurait qu'ils allassent bel et bien à l'école, nourris et habillés, peut-être même coiffés, en plus.
Elle s'étira longuement et soigneusement, du bout des doigts de ses mains à ceux de ses pieds, heureuse. Elle adorait quand son mari était de retour à la maison. Cela lui permettait de traîner davantage dans son lit qui, mystérieusement, profitait de ces occasions pour être l'endroit le plus confortable du monde. Elle se demanda si elle allait, comme la veille, y rester nichée jusqu'à ce qu'une paire d'yeux dorés moqueurs viennent l'en déloger pour le repas du midi, ou bien si cette fois-ci elle allait être courageuse et se lever pour voir comment il s'y prenait avec les deux démons miniatures. Un éclat de rire, résonnant dans la maison, la décida.
Elle s'assit, ramenant en arrière ses cheveux très légèrement en bataille (no comment) et se frottant les yeux, avant de se lever et d'emprunter l'escalier avec son air endormi dont elle ne se débarrasserait qu'en cas d'urgence. Tandis qu'elle bâillait, au milieu de son parcours, les voix – qui venaient bel et bien de la cuisine – devinrent enfin compréhensibles, l'informant qu'elle arrivait au milieu de l'éternel débat du petit déjeuner :
« Alain, bois ton lait. »
« Non ! »
« Alain, bois ton lait, j'ai dit, » et ce d'un ton un chouïa moins patient.
« Non, j'aime pas ça ! » clamé haut et fort.
« Mais regarde ton frère, il a tout bu, lui. » Changement de tactique. Intéressant.
En effet, même si Tristan était celui des deux qui, du point de vue du caractère, ressemblait le plus à son père, l'aversion pour le lait devait être intrinsèquement liée aux yeux dorés qu'Alain arborait fièrement.
Elle arriva au moment où les deux paires de même couleur s'affrontaient et où un certain sourire qui ne pouvait rien dire de bon se dessinait sur les lèvres du plus âgé – et tout cela sous le regard bleu de deux témoins intéressés.
« Mais peut-être que c'est parce que tu as peur d'en boire, » dit son mari d'un ton bas et entendu.
Exactement ce qu'il fallait pour vexer Alain, et le petit rire de Tristan n'arrangea rien. Appuyée sur son encadrement de porte, leur mère tentait de garder la place de témoin neutre.
« J'ai pas peur ! » assura Alain, avant de contre-attaquer, accusateur : « Et d'abord, toi, t'en bois pas, du lait ! »
Un léger silence tomba, durant lequel Tristan leva les yeux vers son père, réalisant sans doute qu'en effet, il ne l'avait jamais vu boire de lait. Le témoin soi-disant neutre, quant à elle, se disait que son mari, éternel ennemi du lait, était coincé. Or, loin de se démonter, ledit mari, qui s'était accoudé sur la table pour être à la hauteur de son plus jeune fils, se redressa, alla chercher un verre, le ramena à table et le remplit de lait, sans lâcher le regard d'Alain.
« Faisons un pari, » dit-il avec son ton de trafiquant qu'il avait développé au cours de ses quelques missions d'infiltration. « Si tu n'as pas peur, tu dois être capable de boire ton lait bien plus vite que moi. Auquel cas je retirerai ce que j'ai dit. »
Petite moue boudeuse de la part d'Alain, dont l'orgueil vainquit l'aversion, puisqu'il accepta les termes du pari. Winry regardait d'un air intéressé, se demandant comment Edward allait sortir de cette impasse, lui qui considérait une goutte de lait comme le pire des moyens de torture. D'autant plus que le piège se resserrait, Tristan remplissant de nouveau son verre pour montrer aux deux autres que c'était lui, le buveur universel, et qu'il ne servait à rien de chercher à le surpasser.
Dans leur élan, nul n'avait remarqué la jeune femme qui les observait avec une expression légèrement ironique dirigée vers son époux.
Puis des yeux ronds comme des soucoupes lorsque l'époux en question, loin de se défiler une fois le signal donné, avala son verre cul-sec, avant de se marrer devant les protestations indignées de ses deux enfants parce que c'était pas juste, il était allé trop vite, il avait triché, etc, etc. Edward calma le jeu en acceptant de nommer vice-roi des produits laitiers celui qui finirait son verre en second. Des éclairs compétitifs passèrent entre yeux bleus et yeux dorés. Un nouveau signal fut donné et, pendant que les deux engloutissaient leur lait, tout dégoût oublié chez Alain (son mari était très doué, tout de même), Edward leva les yeux vers Winry, lui sourit et lui fit un clin d'oeil.
Donc il l'avait remarquée, il faisait une fois de plus semblant.
Au même instant, les deux gamins reposèrent leur verre en s'exclamant « fini ! » à l'unisson, avant de se mettre chacun à revendiquer la priorité, non c'était lui qui avait fini avant, et d'abord regarde, dans ton verre il en reste et pas dans le mien ! L'autorité paternelle fut convoquée sans tarder pour trancher ce problème épineux qui menaçait la paix fraternelle. Lequel père se prit le menton dans la main avec les sourcils froncés et un air méditatif, prenant la question au sérieux, avant de soupirer et d'avouer :
« C'est certes un problème majeur, qu'il faudrait résoudre sans tarder. Cependant, je ne peux point vous venir en aide. Une vision angélique a capturé mon âme au moment crucial, » fit-il d'un ton mélodramatique en levant les yeux. Suivant son regard, les deux garçons virent – enfin – leur mère à l'entrée de la cuisine, les joues légèrement rosies (et légèrement seulement).
L'instant d'après, elle était écrasée sous les bonjours et son époux envoyait les deux gamins mettre leurs chaussures, affirmant que le problème était suspendu jusqu'au lendemain où une nouvelle épreuve serait instaurée et où enfin le titre serait attribué. Tristan et Alain se donnaient déjà des gages pour celui qui perdrait, allant d'oser s'aventurer dans le cimetière la nuit à accrocher le linge sans escabeau la prochaine fois, en passant par des activités illicites pour lesquelles Winry prévoyait déjà de belles punitions si elles se réalisaient.
Mais en attendant, elle se pendit paresseusement au cou de son mari en lui donnant un baiser endormi comme il les aimait pour le féliciter de son tour de force. Puis elle le laissa aller organiser un course jusqu'à l'école puisque, comme d'habitude, le trio commençait à être en retard.
En attendant le retour du plus grand des trois, elle alla faire le lit avec soin, avant de prendre une douche et de s'habiller, prête à affronter tout désagrément mécanique qui bouleverserait la paisible région de Resembool ce jour-ci. Pour cela, elle alla s'assurer que la petite boîte à outils qu'elle emportait avec elle pour ce genre de situations était bien au complet. Ce faisant, elle ne put s'empêcher de caresser une clef à molette particulière, surprise de voir à quel point ce simple objet lui avait manqué. Il était pourtant bien plus usé que la plupart des autres outils qu'elle possédait, et donc normalement moins fiable. Or, elle avait toujours des gestes plus assurés quand elle l'utilisait.
Elle haussa les épaules en levant les yeux au ciel. C'était fou, la magie de l'habitude.
Et la valeur surnaturelle qu'on accordait aux choses qu'on vous offrait.
À ce moment-là, le téléphone sonna. Avec un soupir, elle se résolut à quitter son atelier, non sans apercevoir du coin de l'oeil les croquis d'automail fixés à sa table de travail, ce qui lui rappela d'en toucher un mot à Edward. Mais avant même qu'elle n'atteigne la porte, les sonneries stridentes cessèrent brusquement de lui vriller les tympans, remplacées par un autre son autrement plus grave et doux à son oreille. Son mari, déjà rentré de sa course de livraison à l'école, avait aimablement pris sur lui de décrocher à temps, lui épargnant une petite course dont elle se passait volontiers, tout comme son locataire de plus de cinq mois.
Cependant, elle était curieuse de savoir qui pouvait bien les appeler à cette heure-ci. Sans doute un client désespéré par un dysfonctionnement soudain de sa chaudière – ce ne pouvait être de son automail, ses automails n'avaient pas de dysfonctionnement, surtout depuis qu'elle avait un aimant à dysfonctionnements pour mari, ce qui lui permettait d'améliorer sans cesse ses créations, au point de s'approcher de la perfection. Confiante, elle arriva dans la pièce où se trouvait le téléphone, et conclut une chose : non, ce n'était sans doute pas un client.
Son mari, en plein fou rire, venait de s'écrouler sur une chaise, comme s'il ne pouvait même plus se soutenir. Voyant Winry qui le regardait avec un air perplexe, il lui fit signe de s'approcher et de décrocher l'autre combiné – un petit bidouillage qu'elle avait exécuté pour que ses deux enfants puissant écouter et parler en même temps à leur père quand celui-ci était frappé d'une illumination et se souvenait qu'un téléphone existait au cours de ses voyages. Dans ces moments donner la priorité à l'un des deux revenait à faire preuve d'un favoritisme sacrilège et déclenchait une guerre entre les deux garçons pour plusieurs jours, parce que c'était injuste. D'une intelligence diplomatique rare et trop peu reconnue, Winry avait mis au point ce système avec une vitesse digne de son génie. Elle s'était par la suite rendue compte que cela pouvait lui servir dans d'autres occasions – comme celle-ci, où elle souhaitait comprendre ce qui avait bien pu mettre son époux dans un état pareil.
Elle porta l'écouteur à son oreille.
« ...t'ai dit d'arrêter de rire ! Fullmetal, c'est un ordre ! » continua un Roy Mustang visiblement complètement paniqué – au point d'appeler Edward à rescousse, c'était dire – tandis que son commandement était à l'opposé d'être suivi, le destinataire étant en bonne voie pour s'écrouler de sa chaise, qui vacillait déjà dangereusement et couinait en protestation.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Winry en bougeant soigneusement ses lèvres, mais sans émettre un seul son, pour ne pas trahir sa présence.
Les yeux emplis de larmes d'hilarité d'Edward la regardèrent et il sembla faire un effort pour se contrôler, parvenant à émettre : « C'est juste... juste... » étranglé, avant de repartir de plus belle.
« Tu ne peux vraiment pas la mettre en veilleuse, non ? » demanda Mustang, maintenant fort énervé – mais visiblement toujours trop désorienté, puisque son orgueil ne suffit pas à lui faire raccrocher le combiné. « Mais c'est vrai que ça ne devrait pas me surprendre. Et dire que j'avais espéré quelque chose, je ne sais pas, une sorte de solidarité masculine... »
À cela, Winry haussa un sourcil. De quoi était-il donc question ?
« Oh, vraiment ? Et qu'est-ce que c'est encore que ce truc ? »
La jeune femme lança un regard à son époux, qui visiblement avait maîtrisé son fou rire. Le coup d'oeil plein d'ironie qu'il lui renvoya lui fit comprendre deux choses : 1, s'il s'était marré ainsi, c'était uniquement volontaire ; 2, désormais, il savourait cette conversation et les énormités que dirait Mustang, qui ignorait que Winry entendait tout. Laquelle n'était donc pas la seule à trouver leur appareil mécaniquement modifié judicieusement utile.
« Rah, je sais pas, moi ! » répliqua Mustang, qui semblait perdre son sang-froid et ne plus savoir sur quel pied danser. Chose que Winry n'avait jamais vu. Qu'avait-il bien pu se passer ? « Des explications, quelque chose comme ''t'en fais pas, c'est normal, ça va passer'', ou ''je suis passé par là, moi, le nabot catastrophe ambulante et incapable, alors il n'y a aucun risque pour que toi, le grand et sublime Roy Mustang, Flame Alchemist, ne s'en sorte pas'' ! »
S'il avait voulu agacer Edward par cette légère pique, c'était peine perdue. Cela faisait maintenant quelques années que celui-ci s'enorgueillissait de ne plus être affecté par ''ces commentaires de bas étage'', au dessus desquels il se dressait désormais. Roy pouvait faire mieux que ça. Quand il ne semblait pas croire que son monde s'effondrait.
« Oh, mais vous avez l'air de très bien le faire tout seul, Colonel, » continua Edward, volontairement obtus, tout en insistant bien sur le titre – il avait toujours refusé d'en donner un autre à cet homme qu'il connaissait maintenant de longue date, même après que celui-ci eût été promu. Winry secoua la tête avec indulgence en voyant son sourire carnassier et son regard extatique. Ce n'était pas tous les jours que le Fullmetal Alchemist tenait ainsi le Flame Alchemist au creux de sa paume, à sa merci. Il en profitait. Peut-être un peu trop...
« C'est ça, fais le fier, profites-en ! » fit Roy d'un ton cassant, montrant bien qu'il n'était pas dupe.
« Tout à fait, » glissa Edward, au comble de la jouissance.
« N'empêche que tu ne devais pas faire le fier, toi non plus, quand c'était toi qui ne reconnaissais plus ta femme ! »
Winry ne plut s'empêcher de détacher le combiné de son oreille pour le regarder. Y avait-il un problème avec son appareil ? Ou alors avec Roy Mustang, pour qu'il dise une chose pareille, sans rapport visible avec ce qui précédait ? Qu'est-ce qu'elle-même et l'épouse de Mustang avaient à voir avec une quelconque solidarité masculine ?
Pendant ce temps, Edward était sujet à une nouvelle crise d'hilarité. Visiblement, lui non plus ne tournait plus très rond.
« Et que pouvait donc bien faire ma femme pour que je ne la reconnaisse plus ? » demanda-t-il, offrant – enfin – une ouverture au militaire acculé. Lequel s'empressa de la saisir pour déverser son désespoir.
« La tienne, je ne sais pas... » Winry nota qu'il n'employait pas son prénom. Ces hommes, fit-elle en levant les yeux au ciel. « Mais la mienne... Ed, c'est horrible ! Elle est toujours furax ! Elle a toujours faim ! Pire que toi ! Il n'y a qu'au boulot que je parviens à lui échapper, tu te rends compte ? Et en parlant de boulot ! Elle, toujours si dynamique, si sérieuse, qui me reprochait mon laxisme avec maintes menaces... Maintenant, elle passe son temps à paresser ! C'est la mort pour la lever le matin, elle a sa sieste l'après midi... Sauf, bien entendu, quand elle est prise d'envies bizarres et que là, elle... »
« C'est bon, Colonel, je vois le tableau, » interrompit Edward, ne souhaitant vraisemblablement pas en savoir davantage. Winry commençait à avoir un doute. Crise de ménage, ou bien...
Ce qu'Edward ajouta ensuite fit stopper net ses réflexions.
« Mais, vous savez, pour moi, Winry est toujours comme ça, alors je ne vois pas en quoi je ne pourrais plus la reconnaître. »
En réponse de quoi Winry lui décrocha un coup de clef à molette – gentil, pour que Mustang n'entende pas – afin de rappeler qu'elle entendait tout, ce qu'Edward semblait avoir oublié.
« Mpf, » grogna Mustang, dont c'était visiblement l'avis. « Elle doit être sortie ou quelque chose comme ça pour que tu dises une chose pareille, sinon je ne donnerais pas cher de ta peau. »
« Ce qui ne ferait que confirmer mes dires, » répondit Edward, qui, par une suite de mouvements adroits exercés d'une seule main – il tenait le combiné dans sa main droite – avait saisi le poignet de Winry qui l'avait agressé pour attirer son épouse contre lui avec ce sourire qui ne lui disait rien qui vaille, sans qu'elle parvînt à échapper à son étreinte. Ce devait être parce qu'elle n'en avait pas vraiment envie.
On n'avait pas Winry Rockbell si facilement, voyons.
Ayant conclut cela, elle cessa de se débattre, posa sa clef à molette et entreprit de passer sa main dans les cheveux de son mari, tandis qu'il caressait son ventre avec le bras qu'il avait passé autour d'elle. Quelle image idyllique du couple parfait...
À l'autre bout du fil, Mustang semblait vivre l'enfer.
« Oui, en attendant, ce n'est – n'était – pas le cas de la mienne. Ma douce et tendre... » Winry se demanda dans quelle mesure l'état actuel des choses ne le faisait pas enjoliver le passé. « Combien de temps ça va durer ? »
« Oh, normalement, ça s'atténue après les trois premiers mois. »
Ah, indice. Winry fronça légèrement les sourcils. Cela faisait bien plus d'un an que le couple Mustang s'était – enfin – marié. Ça n'avait donc rien à voir avec les débuts de la vie en commun. Donc, autre chose qui avait un délai... Ah !
« Enceinte ? » demanda-t-elle de sa façon muette.
Edward répondit en acquiesçant avec un grand sourire qui n'était plus celui du maniaque prêt à rire, mais plutôt celui du félin satisfait sur le point de ronronner. Et tout ça grâce à l'habileté des doigts de Winry. Edward enfouit son visage dans sa robe. Mustang devrait la vénérer pour ce qu'elle faisait. Mais il semblait plutôt au fond d'un puits de désespoir.
« Mois ? » couina-t-il comme une petite souris. « Pas juste une semaine ou deux ? »
« Non, » répondit Edward, catégoriquement ravi. « Plusieurs mois, bien longs et bien complets. »
Il y eut un silence qui se prolongea tant que Winry commença à se demander si le militaire n'avait pas faire une crise cardiaque, ou s'il n'avait pas perdu pour toujours l'aptitude de parler – ou simplement de penser. Mais elle se trompait : ce n'était que l'interminable temps dont il avait besoin pour ravaler sa fierté.
« Bien, » fit-il d'un tout soudainement bien plus professionnel, s'avouant vaincu, et incapable de s'en sortir seul. « Fullmetal, vous avez déjà subi cette épreuve à deux reprises... »
« Trois, » glissa Edward d'un ton faible, ayant l'air bien parti pour littéralement fondre contre sa femme adorée – laquelle se sentait agréablement toute puissante.
Léger silence abasourdi. Puis : « Tiens donc. Il n'y a pas à dire, vous aimez souffrir, Fullmetal, c'est avéré. Voilà qui m'ôte mes derniers remords de vous envoyer en mission dangereuse. »
« C'est vous qui aimez vivre dangereusement, Colonel, vous savez parfaitement ce à quoi vous vous exposez en essayant de me liquider. » Disant cela, il resserra légèrement sa prise sur Winry, qui dut faire un effort pour ne pas se mettre à rire.
« Mpf, » répéta Mustang, mettant fin à leur digression, qu'il avait légèrement perdue. « Bref, je disais. Puisque tu as subi cette épreuve trois fois... » Il avait laissé tomber le vouvoiement, du coup. « ... tu peux être considéré comme meilleur connaisseur en la matière que moi... »
« En effet, on peut considérer qu'en ce domaine, je vous suis entièrement supérieur. » Ça y était, il l'avait dit, il le tenait. Winry eut un soupir. Il était vraiment... désespérément irrécupérable.
« Tu dois avoir des techniques pour supporter ça et t'en sortir. »
« On peut dire ça. » Le sourire à demi enfoui dans le tissu qu'il adressa à Winry voulait tout dire. Oh, il ne fallait pas qu'il lui sourie comme ça, pas pendant qu'ils étaient au téléphone. Elle ne put s'empêcher de le lui rendre en se sentant l'âme d'un marshmallow.
« Je comprends que partir en mission pour plusieurs mois au moment critique est l'une d'entre elles, » continua Mustang. Le sourire de Winry se figea, ainsi que sa main dans son oeuvre de massage de cuir chevelu.
« Ah, non, ça c'est seulement vous et votre façon despotique d'abuser de votre autorité pour m'exploiter. » Ce disant, il lança un petit regard implorant à Winry, non pour qu'elle le croie, car il ne semblait pas se douter un seul instant que son épouse adorée pût se mettre à avoir des soupçons basés sur les dires du ''colonel'', mais tout simplement pour qu'elle continue de le gratter derrière les oreilles pour qu'il ronronne.
Alphonse avait raison, Edward était un chat déguisé.
Cependant, il était vrai que son mari pouvait paraître avoir subitement disparu dès qu'il s'était rendu compte de son état et être revenu juste après que les désordres des premiers mois se furent atténués – si on considérait un mois et demi comme ''juste après'' – si bien qu'il avait laissé ses deux fils seuls pour gérer les sautes d'humeur incompréhensibles de leur mère. Quand bien même cela n'avait pas été volontaire, elle sentit qu'elle devait faire quelque chose pour venger ses enfants.
Aussi, au lieu de faire ce qu'Edward souhaitait si désespérément, à savoir laisser ses doigts glisser paresseusement dans sa chevelure, elle le frotta plus énergiquement sur le devant du crâne, ébouriffant ses fameuses mèches qui retombèrent devant son visage en un rideau on ne peut plus hirsute. Il souffla dessus sans grand succès avec une expression qu'elle devinait boudeuse – celle d'un gamin, sans doute bien proche de celle qui apparaissait fréquemment sur le visage de Tristan ou d'Alain. Elle rit légèrement, oubliant complètement Mustang pendant une fraction de seconde.
« C'était quoi, derrière ? » demanda-t-il aussitôt, méfiant. Le rire de Winry cessa sur-le-champ.
« Oh, sans doute une alouette, » répondit Edward avec nonchalance mais aplomb, sans aucune trace d'hésitation, faisant passer son mensonge pour crédible. « Il y en a beaucoup cette année, et la fenêtre est ouverte. » Ce dernier élément était vrai.
« Une alouette ? » fit Mustang d'un ton incrédule. Était-il si doué que ça pour percer Edward à jour ? « Tu es sûr ? Révise ton ornithologie. On aurait plutôt dit une corneille, » ajouta-t-il, sûr de lui.
Edward se mordit la lèvre si fort pour s'empêcher de rire qu'il devait être près de la faire saigner. Son bras se serra autour de Winry pour la même raison, de façon presque douloureuse. Quant à cette dernière, elle savait une chose : Roy Mustang était un homme mort.
À côté d'elle, elle entendit Edward respirer soigneusement et silencieusement à deux reprises, avant de se remettre à parler de façon – presque – neutre, dans le but de ne pas avoir l'air suspect.
« Méfiez-vous, Colonel, certains oiseaux n'aiment pas être confondus et sont très rancuniers. »
« Qu'est-ce que tu me chantes là, encore ? » fit son supérieur d'un ton las, trop préoccupé par sa situation actuelle pour saisir l'allusion à l'épée de damoclès qui pendait précairement au dessus de sa chevelure noire à laquelle il accordait tant de prix. « Nous avons un problème sérieux dont nous devons discuter. Vos techniques, Fullmetal. » Le ton professionnel était revenu.
« Oui, en effet, » répondit Edward, mollement. Sa tête était revenue s'appuyer contre Winry, laquelle avait décidé qu'elle pouvait bien recommencer l'exploration de ses cheveux.
« J'ai l'intention de survivre à ces mois infernaux, Fullmetal. »
« Je vois ça. »
« Trop de personnes ont besoin de moi pour que l'ensemble fonctionne, toi compris. »
« Si vous le dites. »
« Je considère que tu es le seul à pouvoir me venir en aide, » admit Mustang, se forçant audiblement.
« Vous m'en voyez flatté. »
« Étant donné les graves conséquences qu'aurait ma disparition, considère cela comme un devoir pour le bien du pays. »
« C'est très beau, dit comme ça, j'aurais presque envie d'y croire. »
« Bon, qu'est-ce que tu veux ? » demanda soudain Mustang d'un ton sec, cessant de tourner autour du pot, s'avouant vaincu.
Le pauvre, songea Winry. Il devait vraiment être au pied du mur avec son épouse... qui devait être plus difficile à gérer qu'elle-même, puisqu'Edward n'avait jamais eu à appeler personne au secours. Il fallait dire aussi qu'il ne connaissait personne à appeler. Le nombre de célibataires dans son entourage d'alors était effarant. Le seul qui aurait pu l'aider aurait été Hughes...
Ne partageant pas les pensées teintées de mélancolie de son épouse, Edward arbora un sourire extatique en contemplant sa victoire – Mustang avait cédé en premier, contrairement à d'habitude – et continua son chemin tortueux.
« Vous parlez de devoir, Colonel. » Toujours ce titre.
« Et ? » finit par demander l'autre, comprenant que le blond n'irait pas plus loin sans qu'on le pousse un peu – s'écrasant par la même occasion.
« Il me semble que je l'ai bien rempli lors de ma dernière mission. »
« Il semblerait. J'ai eu des échos très satisfaits des deux côtés. »
« C'était une mission fort difficile. Surtout à la fin. » Edward continuait sa route, menant Mustang où il le voulait.
« Tu n'étais pas non plus obligé de prendre cette route interminable dans le désert d'où même ton guide n'a pas réchappé. »
Winry pencha la tête, comme si cela lui permettait de mieux entendre en se rapprochant du combiné, pourtant déjà collé à son oreille. Voilà une chose qu'Edward n'avait pas mentionnée. Et l'explication de sa barbe à son retour : il n'avait pas été incapable de réparer son rasoir avec l'alchimie, il avait tout simplement dû le laisser derrière, n'ayant pas besoin de charge non indispensable. Qu'il n'en ait pas parlé devant les enfants, elle comprenait. Mais devant elle ?
« Il m'a demandé ça comme une faveur, » fit Edward, un peu sur la défensive. « Une lubie de vouloir mourir dans le désert profond. Grâce à votre façon de sans arrêt vous vanter à propos de moi, il se disait que je n'aurais aucun mal à m'en sortir seul. »
« Et il avait raison. » Mustang soupira. « Je n'ai pas besoin de me vanter, Fullmetal. Ton nom suffit aux gens pour qu'ils s'imaginent tout un tas de choses. »
Edward était tendu, maintenant. Winry le sentait qui prenait ses distances. Il n'était plus autant appuyé sur elle, et son bras ne l'enserrait plus de la même manière. Elle déplaça sa main et se mit à lui masser la nuque, pour lui faire comprendre que tout allait bien. Elle comprenait : il n'avait pas pu refuser cette faveur à ce vieil homme, qui qu'il ait été. Cela ne rendait pas cette expérience moins difficile pour autant. Elle vit Edward courber le cou, déglutir, puis enfouir de nouveau son visage dans sa robe, comme pour s'y cacher.
« C'est le genre de choses dont je me passerais bien, » marmonna-t-il, à demi incompréhensible.
« Je sais, » répondit Mustang de façon posée, sans plus aucune trace d'ironie, ce qui correspondait chez lui non pas à une excuse, mais à de la compassion. Il connaissait ce genre de choses, et savait ne pas asticoter Edward sur de tels sujets. Peut-être dans le temps l'aurait-il fait. Plus maintenant. Une évolution dans leur relation dont Winry se réjouissait.
Sa main montait et descendait le long de la nuque de son époux en un mouvement apaisant. Il soupira. La conversation n'avait pas pris le tour souhaité.
« Enfin bref, » fit-il d'un ton plus léger, mettant ouvertement le sujet de côté. Winry savait qu'il lui en reparlerait. Plus tard. « Je n'ai pas fait que jouir de l'art culinaire et des divertissements du pays. »
« Vraisemblablement pas, » acquiesça Mustang, acceptant le changement de direction vers des eaux moins troubles où leur petit jeu pourrait reprendre.
« Je ne pense pas pouvoir de nouveau faire preuve d'autant de patience de sitôt. »
« En effet, vu tes efforts, tu as du épuiser tes réserves pour les dix prochaines années. Quel contrôle remarquable, tu n'a frappé aucun des négociants. » L'ironie était déjà revenue.
« Ce n'est pas l'envie qui m'en a manqué. »
« Je sais. » Il avait dû faire exprès d'envoyer des hommes incompétents, afin que les personnes en face comprennent instantanément qu'Edward était le seul à écouter. Ce qui avait très bien marché.
« Je ne sais pas ce que vous feriez sans moi, Colonel. »
« J'appelle pour cette raison précise. »
« Le pays est en paix depuis pas mal de temps, maintenant. »
« Cela ne veut pas dire que nous pouvons relâcher nos efforts, au contraire. »
« En effet, mais le système des postes fonctionne désormais du mieux possible. »
Winry sentait que les deux se comprenaient parfaitement, plus tordus l'un que l'autre. Elle-même commençait à avoir du mal à suivre leur conversation à mots couverts.
« Il est en effet efficace. »
« Suffisamment rapide. »
« Nous avons veillé à l'amélioration du transport des missives, Fullmetal, c'est la base. »
« Et bien sûr, je n'ai pas entendu parler de disparition de courrier, récemment. »
« Cela arrive pourtant, Fullmetal. Tu ne sais juste pas lire un journal, » soupira Mustang, qui semblait voir où son subordonné voulait en venir.
« Je ne pense pas que des recettes de cuisine intéressent ce genre de personnes. »
« Non, je ne crois pas non plus. »
« J'en ai ramené une infinité de Xing. Je suis sûr que Gracia sera intéressée. Préparez-vous à manger xinois quand elle vous invitera la prochaine fois. »
Nouveau soupir de la part de Mustang.
« Et combien de temps penses-tu que ça prendra, pour lui envoyer toutes tes recettes miracle ? »
« Oh, plusieurs mois, Colonel, » répondit Edward avec délice. Winry commençait à comprendre la teneur de la négociation. Elle en eut le coeur net quand il continua : « C'est que je n'ai pas que ça à faire, voyez-vous. J'ai une famille. Qui va bientôt s'agrandir, d'ailleurs. »
« La mienne aussi, je te signale. » Dit d'un ton légèrement impatient. Rappel des termes premiers du contrat.
« Je ne l'oublie pas, Colonel. Et ce n'est pas trop tôt, soi dit en passant. »
« Entendu, » finit par dire Mustang après un léger silence, comme s'il délibérait. « Je vais demander à Riza et Havoc d'organiser tout ça. Mais ça ne pourra pas durer, Fullmetal, tu le sais aussi bien que moi. »
« Oh, oui, » répondit Edward, mais il regardait Winry, qui cherchait la confirmation de ses soupçons dans ses yeux. L'ayant obtenue, elle sourit en changeant légèrement l'orientation de ses caresses, qui n'avaient pas cessé.
Avoir obtenu un congé d'une longueur indéterminée, où la paperasse serait relayée par la poste avec l'intermédiaire de Gracia, et ce sans qu'elle-même, Winry, n'ait rien eu à demander, voilà qui méritait une récompense. Elle nota que la façon dont Edward l'enlaçait avait changé, ainsi que la courbe de son sourire et son regard – qui avaient ainsi pris une toute autre signification.
« Et donc, ta part du marché ? » demanda Mustang, apparemment sur les nerfs, tout son stress désespéré étant revenu. « Je te rappelle... »
Winry n'entendit pas la suite, puisqu'elle avait reposé son combiné afin de pouvoir passer son autre bras autour du cou d'Edward, avant de se pencher vers lui. En réponse à ce geste, il lui fit son sourit d'amoureux en sucre prêt à se dissoudre sous l'effet de son regard.
« Mh, » fit-il vaguement à l'adresse de Mustang, qui devait tempêter à l'autre bout du fil. « Je sais, je sais. Mais... plus tard. Je suis un peu occupé, là, si vous voyez ce que je veux dire. » Mustang ne devait rien voir du tout. Winry enfouit la tête dans le cou de son mari. « Faites en sorte que les préparatifs aient commencé quand je rappellerai. Sinon, il se pourrait que ma pauvre mémoire, comme vous l'appelez si affectueusement, ait quelques lacunes impardonnables. »
Et, sans attendre la réponse de Mustang, il raccrocha. Il avait en effet sur le moment autre chose à faire qu'indiquer au ''colonel'' comment gérer une femme enceinte... il devait se débrouiller avec une lui-même. Ce qui ne semblait pas lui déplaire, bien au contraire.
« Mais dis-moi, » demanda-t-elle avant d'oublier tandis qu'il l'asseyait sur ses genoux. « Comment as-tu fait ce matin pour avaler tout ce lait aussi vite ? » Elle était curieuse.
« Oh, tu sais, quand tu es allé à Drachma et que tu as eu droit au mélange traditionnel entre vodka et thé au beurre de yack, tu peux tout boire, même du lait. Et à Xing, tu apprends très vite à avaler même les trucs les plus infects tout en gardant le sourire, comme si de rien n'était. C'est Lin qui m'a appris cette technique. »
Décidément, son époux savait tirer efficacement profit de ses voyages. Quand elle l'embrassa, Winry sentit le goût du verre de lait du matin qui s'attardait encore sur ses lèvres.
A suivre...
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