Chapitre 4
Le baiser fut bref mais brûlant. Au premier sens du terme. Car sitôt que ses lèvres effleurèrent celles du fils illégitime des Stark, il sembla à Jaime qu'un brasier brûlant de lave se déversait dans ses veines, réchauffant en une fraction de seconde chacun de ses membres engourdis par le froid.
Il n'eut pas le temps de mieux comprendre ce qu'il se passait, la réaction de rejet du brun fut aussi immédiate que brutale et le régicide se retrouva étalé de tout son long dans la neige avec une marque rouge sur la joue dont le contour indiquait nettement un bon coup de poing qu'il n'avait pas vu venir.
Le silence retomba à nouveau entre eux, avec ce côté solennel donné par le froid paysage qui les entourait. Jaime hésita à se relever tout de suite, pas certain que le brun en resterait là, mais soulagé tout de même que son loup géant soit resté immobile devant cet assaut un peu particulier.
- Vous disiez que nous n'étions pas ennemis, souffla-t-il pour essayer de se recomposer un visage de circonstance.
La tentative d'humour échoua. Jon Snow le fixait d'un regard perçant et orageux mais les joues légèrement rosies.
- De là à devenir aussi proches...
- Jon...
- Ne m'appelez pas par mon prénom.
L'aîné des Lannister se redressa, épousseta son pardessus et passa doucement ses doigts sur sa joue.
- Joli crochet du droit, ser.
- Ne recommencez jamais ça.
- Je ne pensais pas embrasser si mal que cela, tenta à nouveau de plaisanter le blond.
Jon s'approcha assez prêt pour que Jaime sente son souffle tiède sur sa peau. Ce dernier déglutit malgré lui à cette nouvelle promiscuité et le souvenir du brasier ardent lui revint aussitôt en mémoire. Un simple baiser à sens unique et pourtant si incroyablement torride... Comment se pouvait-il que quelque chose de si chaud puisse émaner de quelqu'un de si froid... ? Le Lord Commander le coupa dans ses réflexions.
- Je ne suis pas votre sœur, Régicide. Je ne suis pas quelqu'une de vos conquêtes. Ni un trophée de plus... et si vous vous moquez de la sorte encore une fois, je vous montrerai toute l'efficacité de l'acier Valyrien sur la main valide qu'il vous reste.
Le coup porta. Pourtant Jaime n'avait jamais eu honte de sa relation avec sa sœur. C'était un secret de polichinelle. Mais l'entendre de la bouche de ce garçon à l'égo si droit, avec un tel mépris, accolé au terme de "régicide" qu'il détestait, cela le renvoyait à tout ce qu'il y avait de plus mauvais en lui. Il attrapa Jon Snow au col avec un mouvement vif.
Cette fois-ci, Fantôme gronda et se cabra. Jaime Lannister ne desserra pas sa prise pour autant et choisit d'ignorer le danger :
- Que savez-vous de ce que je suis, Jon Snow ? Qui croyez-vous être pour me juger ? Régicide ? Oui c'est vrai ! Le roi fou menaçait de détruire tout Port-Real par le feu Grégeois... L'auriez-vous laissé faire juste parce qu'il était votre Seigneur ? Et Cercei...
Il reprit son souffle un instant et la mâchoire serrée, il continua :
- ...Cercei est ma sœur et celle que mon cœur a toujours aimé et désiré, cela fait-il de moi un être si abject que vous semblez le penser ?
Ses doigts lâchèrent doucement le manteau noir, les figeant l'un face à l'autre, sans un mot, se jaugeant du regard. L'arrogance et la fierté Lannister paraissaient avoir quitté les orbes noisettes du membre de la garde royale et Jon Snow ne savait plus qu'y lire.
- Si cet amour est si fort que vous le dites, alors pourquoi cette mascarade ?
A cette question, la fatigue sembla s'abattre sur les épaules du plus âgé, il se détourna légèrement laissant quelques mèches cacher l'expression de son regard et dans un souffle de voix, il répondit d'un ton qui semblait lointain :
- Elle est ambitieuse et parfois cruelle, mais elle est forte et aime ses enfants comme une louve. Son instinct de protection envers eux l'a changée peu à peu et son amour du pouvoir achève de l'éloigner de moi. Elle devient alors ombrageuse, implacable et je ne reconnais plus celle que j'aimais...
Le lord commander ne trouva rien à répondre à cette étrange confession aux accents de sincérité indéniables et il se sentit mal à l'aise dans cette promiscuité. Son invité sembla reprendre ses esprits et dans un sursaut de fierté, il conclut avant de se diriger vers la Garde de Nuit :
- Je ne me moquais pas de vous et je suis désolé si je vous ai offensé.
Jon Snow resta seul un instant en arrière, pris au dépourvu et ne sachant que penser de ce curieux échange entre deux ennemis presque héréditaires. Jaime Lannister lui apparaissait complexe, toujours aussi cynique qu'à leur première rencontre mais plus sombre, plus tourmenté. Désillusionné. Ce baiser était la chose la plus improbable qui puisse provenir de quelqu'un comme lui mais après tout, la morale n'était pas quelque chose dont un Lannister avait coutume de s'encombrer...
Alors à ces pensées, il aperçut Ser Alliser Thorne le considérer d'un regard distant et lorsque Jon passa devant lui, il entendit seulement ceci :
- Faire entrer les Sauvageons chez nous était déjà un affront significatif, mais héberger un Lannister comme s'il s'agissait d'un hôte de marque... ce n'est pas quelque chose que nos Frères pourront comprendre..."
Jon soupira. Il se sentait accablé, il savait tout ça. Il savait que les hommes n'étaient pas prêts à s'unir face à l'ennemi surnaturel qui ne tarderait pas à franchir le mur. L'hiver approchait... Et il se sentait seul pour l'affronter.
Quant à Jaime, il se trouvait dans un état de lassitude bien pire que lorsqu'il était venu. En parlant en ces termes de sa sœur, il s'était rendu à l'évidence que quelque chose était en train de se casser entre eux. Et en voyant le marcheur blanc, il réalisait que toutes leurs guerres n'avaient aucun sens. Bref, tout ce en quoi il croyait : sa sœur, son sang, son rang et son devoir, tout ceci n'avait plus de sens...
- Hey, te voilà revenu entier de ta virée nocturne au-delà du mur.
Jaime n'eut pas la force de sourire à Bronn. Celui-ci posa une lourde pinte devant l'autre homme.
- J'en déduis à ton air avenant que ça ne s'est pas passé comme tu le souhaitais. Bois et dégageons d'ici avant d'y mourir.
Pour une fois, et c'était rare, Jaime Lannister choisit de se taire. Que pourrait comprendre Bronn à ce qu'il venait de se passer de l'autre côté ? A la réalité du danger ? Et à ce baiser inconscient et instinctif qui lui laissait une indicible sensation de manque et une impression qui se muait peu à peu en une certitude. Jon Snow n'était pas celui qu'il paraissait être.
A suivre...
