Titre : Nouveau départ

Auteur : Malhow

Disclaimer : J.K.R

Rating : M (progressif)

Note de l'auteur : Voilà le chapitre 4, plus ou moins dans les temps. Ce chapitre est un petit retour en arrière - d'où le texte en italique - dans lequel on va en apprendre plus sur la relation entre Harry et Draco! Je n'ai que très peu de retour sur cette histoire, mais pourtant pas mal de suivi (28 pour moi c'est beaucoup, vraiment, alors merci !). Cependant c'est difficile alors de savoir ce que vous en pensez (?). Quand je suis en train d'écrire, je n'ai aucune objectivité pour savoir si ce que je fais est pas mal ou non, si ça en vaut la peine, si c'est cohérent, si ça manque de quelque chose ou quoi... Difficile de m'améliorer toute seule en fait :) J'accepte les critiques, même si c'est difficile, et tout vos avis, vraiment.

Sur ce, je vous souhaite (je l'espère) une bonne lecture.

.


Chapitre 4 - Analepse


.

- ANALEPSE : Un retour dans le passé -

... ... ...

Énervé, Harry défit brusquement les draps qui s'étaient entortillés autour de ses jambes pour se lever. Rageusement, il passa une main sur son visage moite et traversa sa chambre pour en sortir. Encore un cauchemar. Ça ne faisait qu'une demie heure qu'il s'était endormi et déjà, des images d'horreur et de douleur l'assaillait afin de le réveiller en force. Comment le Survivant pouvait-il continuer à l'être s'il ne pouvait trouver le repos ? Il était épuisé.

En caleçon et en t-shirt, Harry descendit les escaliers du Square Grimmaurd pour rejoindre le salon. La pièce était encore éclairée par le feu dans la cheminée, qui était resté assez vaillant. Il était trois heures du matin, mais puisqu'il n'était pas rare que des membres de l'Ordre reviennent de mission à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, le feu était maintenu presque sans intermittence.

Cependant pour le moment il n'y avait presque personne dans l'ancienne maison des Black. C'est pourquoi le brun ne se préoccupa pas de déranger ou d'être dérangé quand il s'affala de ton son long sur le fauteuil le plus proche de la cheminée.

Quand il faisait des cauchemars, il n'aimait pas rester dans sa chambre. S'il ne prenait pas la peine de se mouver, il avait la sensation que ses rêves parvenaient à rester accroché à lui, prêts à l'assaillir dès qu'un moment de faiblesse le prenait. Tout en posant un de ses bras sur ses yeux, Harry se demanda quand tout cela allait-il enfin cesser. La guerre n'en finissait pas, les missions étaient toujours plus dangereuses, les morts toujours plus nombreux.

Il se sentait si seul. Même entouré comme il l'était, il avait l'impression que chaque jour qui passait l'isolait un peu plus du monde extérieur. Le brun n'en avait parlé à personne, mais la noirceur qui semblait l'envahir de plus en plus commençait à lui faire peur. Il imaginait son cœur gangrené par la souffrance, irradiant dans le reste de son corps du sang noirâtre nauséabond qui l'empoisonnait un peu plus à chaque pulsation. De peur d'être contagieux de cette maladie imaginaire, Harry s'exilait autant que possible. Même s'il devait rester dans le QG de l'Ordre au Square Grimmaurd, il simulait des besoins, malaises ou autre pour s'éloigner des personnes présentes. Même s'il avait conscience de l'incongruité de ce qu'il s'imaginait, il n'arrivait pas à freiner cette peur irrépressible qu'il pouvait nuire à son entourage. Et ses cauchemars incessants semblaient lui rappeler ce fait, indéniablement.

Ceux-ci étaient différents de quand il était encore à Poudlard. Il n'avait plus autant de visions, ne revoyait plus non plus sa mère mourir pour lui, ni son parrain tomber dans le voile. Comme si ces faits étaient révolus de par la souffrance amoindrie qu'ils pouvaient occasionner comparés à d'autres, les cauchemars qui peuplaient le sommeil d'Harry contenaient à présent encore davantage de haine, de torture, de barbarie.

Où qu'il aille, quoi qu'il fasse, Harry était acculé par le malheur et la désolation. Et il n'en pouvait tout simplement plus.

Sentant une larme traitresse s'écouler de ses yeux cernés et descendre le long de sa joue, Harry se fit ironiquement la réflexion que pleurer comme un enfant était bien dérisoire face à l'étendue du travail qui l'attendait encore.

Alors qu'il allait rageusement essuyer son visage, un bruit sourd et brutal le fit sursauter. Le brun se releva d'un bon, ne sachant d'où venait le vacarme quand soudain la porte d'entrée s'ouvra à la volée. Harry, qui avait laissé sa baguette dans sa chambre, courra quand même vers la porte, prêt à se défendre coûte que coûte.

Avant d'atteindre le couloir qui allait lui permettre de voir l'assaillant, Harry se força à calmer sa respiration et à se concentrer. Il chercha du regard quelque chose lui permettant de créer un effet de surprise mais puisque rien ne semblait convenir, le Survivant sauta dans le couloir, prêt à donner l'alerte à la maisonnée tout en initiant un combat s'il le fallait.

Atterrissant fermement campés, les bras en avant, Harry releva la tête avec une alerte au bout des lèvres. Cependant quand il releva les yeux, ce qu'il vit le fit chanceler tant la surprise le pris à la gorge sans qu'il ne puisse s'y préparer.

Un homme se tenait dans l'encadrement de la porte d'entrée, qui se referma magiquement une fois que celui-ci fit un pas en avant. Harry vit avec une horreur grandissante que l'homme dégoulinait de sang, et que tout son corps jusqu'à ses cheveux semblait en être imbibé. Amorçant un pas, le brun se stoppa net quand il aperçut quelques mèches blondes parmi les rouges sanguilonantes qui s'étaient plaquées sur le front de la personne.

« Bordel Malfoy, c'est toi ? » demanda le brun d'une voix rauque et un peu effrayée malgré lui.

Pour toute réponse, la personne fit tomber de ses épaules la lourde cape d'hiver qu'il portait et s'avança, en relevant doucement la tête. Harry vit avec stupeur que c'était bel et bien Malfoy devant lui – maculé de sang, et que ses bras et son cou, ainsi que certains morceaux de peaux que laissait apparaître les vêtements en lambeaux qu'il portait étaient recouverts d'épaisses et longues plumes noires. 'Qu'est-ce que c'est que ça, putain' pensa avec effarement le brun avant de vivement faire un bond en arrière quand le blond passa devant lui et s'approcha de la cheminée dans laquelle le feu brillait toujours.

Malfoy ne semblait pas avoir vu le Survivant, et Harry nota que la magie du blond échappait totalement à son contrôle en avisant les meubles et les objets qui se mirent à bouger violemment.

Complètement obnubilé par l'apparition incongrue du blond, Harry le regarda s'approcher vraiment très près du feu avant de se laisser tomber brusquement à genoux. La tête baissée, Malfoy laissa échapper un sanglot déchirant qui brisa le silence angoissant qui avait envahi les lieux.

Harry sorti de sa passivité en entendant se son et rejoignit le blond en deux enjambées.

« Est-ce que tu es blessé ? » demanda-t-il en cherchant du regard la trousse de secours qui restait dans habituellement dans le séjour.

« Malfoy, ce sang, il est à toi ? » fit Harry à nouveau puisque le Serpentard ne répondait toujours pas.

Face à la non-réaction à laquelle il faisait face, le brun jura et se dirigea d'un pas rapide vers la cuisine. Puisqu'il n'avait pas trouvé la trousse de secours, il sortit une bassine qu'il remplit d'eau chaude et alla prendre une potion de guérison dans l'armoire de réserve. Armé d'une éponge en plus, Harry prit le tout et revint dans le salon où Malfoy n'avait pas bougé d'un pouce, si ce n'est que ses épaules qui se levaient et descendaient au rythme de ses sanglots et de sa magie toujours incontrôlable qui faisait à présent léviter dangereusement tout ce qui était à proximité.

Harry se baissa et fit quelques pas de gymnastique pour éviter les objets qui semblaient vouloir l'attaquer et se baissa au niveau de Malfoy. Ne sachant comment s'y prendre, le brun posa une de ses mains sur l'épaule du blond qui réagit vivement en projetant magiquement sur lui tous les objets qui étaient en train de léviter. Se sentant attaquer de toute part, Harry essaya à nouveau de parler.

« Malfoy putain, arrête ça ! J'essaie de t'aider ! » dit-il en criant pour que le blond l'entende malgré le vacarme qu'il provoquait.

Puisque rien n'y faisait et en désespoir de cause, Harry se colla contre le dos du blond qui était toujours à genoux et le prit dans ses bras en le serrant fort. Malfoy commença à se débattre physiquement en pensant sans doute qu'on l'attaquait. Il ne semblait toujours pas avoir refait surface dans la réalité. Harry ne savait pas ce qu'il s'était passé pour le blond, mais il n'avait jamais assisté à un truc pareil.

Le brun essaya de contenir les gestes saccadés et brusques que le Serpentard faisait pour se défendre tout en essayant de lui communiquer par il ne savait quel moyen une espèce d'apaisement pour qu'il se calme.

« Malfoy, c'est Harry. Je veux t'aider. C'est moi, c'est Potter, juste, calme toi ok ? Je ne vais pas te faire de mal, c'est pas ce que je veux, crois-moi. Putain Draco, qu'est-ce qu'y s'est passé ? Allez, je veux juste savoir si tu es blessé. C'est Potter, du calme, du calme… » psalmodia Harry sans réellement faire attention à ce qu'il disait mais en priant néanmoins pour que ça marche.

« Chhhh, du calme, ici tu es en sécurité. » chuchota finalement le brun en voyant que Malfoy se calmait peu à peu et que même sa magie ambiante commençait à faiblir en intensité.

Quand le blond fut complètement immobile et que plus rien autour d'eux ne semblait vouloir attaquer Harry, celui-ci se releva doucement en maintenant le blond contre lui et en l'amenant sur le fauteuil qu'il avait lui-même occupé un peu plus tôt. Il fit s'allonger le blond qui semblait toujours complètement absent et qui ne calculait pas du tout le brun. Si jamais Harry voulut en douter, il pouvait toujours regarder les yeux vitreux et presque sans vie du Serpentard qui hurlaient l'absence de leur propriétaire.

'Il s'est réfugié en lui' pensa le brun en essayant de se rappeler vainement la théorie qu'Hermione lui avait expliqué selon laquelle un sorcier était capable de se mettre à l'abri 'à l'intérieur de lui-même' pour se protéger psychiquement d'une attaque extérieure particulièrement dévastatrice. Ce phénomène, si les souvenirs du Survivant était correct, était complètement inconscient et totalement incontrôlable. Malfoy referait surface seulement quand lui le déciderait.

Ne sachant toujours pas si le sang qui recouvrait le blond – et maintenant lui aussi, provenait de blessures ou non il analysa le Serpentard du regard. Les épaisses plumes noires qu'il avait remarqué tout à l'heure étaient en train de se rétracter dans la peau du blond sous le regard ébahi d'Harry qui n'avait jamais vu ça auparavant. 'Serait-il un animagus ?'s'interrogea mentalement le brun, impressionné malgré lui. 'Peut-être qu'il s'est mal transformé pour revenir à sa forme humaine et ça aurait fait … ça.'

Le brun était fasciné par le phénomène qui se déroulait devant lui. Il se pencha au-dessus de Malfoy allongé et ne perdit pas une miette de l'étrange spectacle que faisait les plumes en se rétractant de manière presque gracieuse. Tout en hésitant, Harry avança sa main pour toucher une des plumes du bras de Malfoy. A son contact, le brun frissonna. La plume était douce sous ses doigts et Harry regretta pendant une seconde qu'il n'y en ait pas plus pour qu'il puisse fourrer sa main entière dans le pelage du blond. Perdu dans les limbes de son subconscient, Malfoy semblait presque irréel selon Harry. Il ne s'était jamais retrouvé aussi proche de lui – du moins, pas aussi pacifiquement, et pourtant il ressentait à ses côtés un rare apaisement. S'il avait écouté ses pulsions inconscientes, Harry se serait allongé sans plus de cérémonie aux côtés du blond pour tenter d'accrocher et d'accaparer aux maximum ce calme que semblait lui communiquer le Serpentard. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, et n'était pas sûr de le vouloir, mais rien que sentir le poids sur ses épaules s'alléger lui donnait envie de faire des choses insensées, juste pour que la sensation perdure. Encore un peu. Juste… Encore un peu.

Reprenant ses esprits en avisant Malfoy du regard – et avec ça, la brutale réalité, Harry se redressa en soupirant et attrapa la bassine d'eau chaude qu'il avait apporté. Il lança un sort du bout des lèvres – un des seuls qu'il savait faire sans baguette, pour que le corps du blond lui révèle s'il avait été sévèrement meurtri ou non. C'était un sort qui faisait partie des essentiels à savoir pour chaque membre de l'Ordre, mais qui nécessitait que la personne sur laquelle le sort était lancé qu'elle soit immobile et calme.

Le Serpentard n'était pas gravement blessé. Du moins pas physiquement, juste quelques égratignures. Pour le reste… Harry se demanda une fois de plus à qui appartenait tout ce sang. Le duel auquel le blond avait apparemment participé avait été particulièrement terrible. Rien que la transformation à peine achevée de Malfoy pouvait en témoigner. Il faudrait qu'il pose une ou deux questions à Hermione là-dessus.

Il écarta les mèches collées sur le front du blond par le sang séché et coagulé et observa ses paupières fermées s'agiter sous l'impact de ses tourments intérieurs. Tout en continuant à dégager le visage de Malfoy d'une main, Harry prit l'éponge dans la bassine d'eau chaude de son autre main. Il la tordit légèrement et l'amena près du front du garçon. Doucement, il commença à frotter pour effacer les traces de violences, et tenta même des mouvements circulaires pour essayer de le détendre à travers ses gestes. Il voulait absolument que le blond s'apaise, car la beauté douloureuse qui se dégageait de lui faisait de drôles de choses dans le ventre du brun.

Quand il eut fini de nettoyer le visage de Malfoy, Harry s'attaqua à son cou. Il écarta légèrement les pans de la chemise déchirée qu'il portait et commença à frotter. Le grain de peau pâle attirait le regard du brun, et l'intimité de la situation le prit par surprise. Dans ce climat cotonneux et un peu surréaliste que seul une nuit noire peut apporter, Harry sentit que les gestes qu'il était en train de poser était exactement la chose qu'il devait faire à ce moment-là. Il n'y avait que Malfoy, lui, et le silence de la maison seulement entrecoupés de clapotis que faisait l'éponge quand le brun la rinçait. Ce climat était juste si… Calme. Ça détonnait divinement avec les évènements qui s'étaient passé quelques instants auparavant.

Mais brusquement et pour la deuxième fois de la soirée, un bruit sourd retentit dans l'entrée et fit violemment sursauter le brun. Il se leva derechef tout en jetant un œil à l'état du blond allongé, mais celui-ci s'était finalement profondément endormi. Ses paupières ne s'agitaient plus et Harry remarqua avec soulagement que son buste se levait et s'abaissait longuement, signe d'un sommeil enfin réparateur.

Il tourna le dos à Malfoy et de nouveau il se dirigea vers la porte en se préparant mentalement à toute attaque pouvant survenir. Harry ne pensait pas que ce soit les assaillants de Malfoy qui venaient finalement le chercher – car le QG de l'Ordre était extrêmement bien protégé, il faut le dire – cependant le brun n'était pas certain que l'état confus du Serpentard ait permis qu'il prenne toute les précautions nécessaires pour rentrer.

Avant même qu'il n'atteigne l'entrée, Harry fut face au nouvel arrivant de plein fouet. En effet, alors qu'il allait passer le chambranle de la porte du salon, Severus Rogue entra en le percutant sans aucune douceur. Se remettant de ses émotions, le brun releva la tête et s'apprêta à demander à son professeur ce qu'il pouvait bien foutre là quand il décida de prendre les devants.

« Il est où ?! demanda autoritairement Rogue.

- Qu… Quoi ? » interrogea le Gryffondor avant de se dire qu'il parlait sans aucun doute de Malfoy. « Euh, là. » dit-il en s'écartant du passage pour que le professeur puisse s'aviser du corps allongé sur le fauteuil. Dès que Malfoy fut vu par son parrain, celui-ci parut immédiatement soulagé. Son visage se détendit et il s'approcha de son filleul.

« Comment va-t-il ? » questionna le maître des potions en jetant un regard à Harry. Il paraissait suspicieux et était certainement en train de vérifier que le brun n'ait pas profiter de l'état de Malfoy pour lui jeter un sort ou deux et empirer son cas, pensa le Gryffondor. Comme si…

« Bien. » Le Maître des Potions leva un sourcil légèrement narquois et Harry fut obligé de préciser. « Enfin, mieux quoi. Je… J'ai l'impression qu'il s'est mis en mode sécurité automatique pendant un moment, mais là il semble endormi. » Le brun s'humecta les lèvres avant de continuer. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qui… Qui a fait ça ? »

Loin étant l'idée de lui répondre, le professeur commença à s'agiter silencieusement autour de Malfoy. Il sortit sa baguette et murmura des sorts en faisant glisser sa main le long des membres du corps. Finalement, il se retourna.

« C'est bon Potter, je m'en occupe maintenant. Allez-vous coucher. Où vous laver plutôt. Vous êtes plein de sang au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. »

Harry fronça les sourcils, frustré qu'il ne lui ait pas répondu. Il ne s'attendait pas à un résumé grandiloquant en posant la question, mais quand même un peu plus que ça.

« Je ne suis pas fatigué, fit le brun avec une moue agacé et en balayant son corps sale d'une main signifiant que ce n'était pas important. Je peux vous aider.

- Non, vous ne pouvez pas, répondit sèchement Rogue. Même si physiquement il n'a pas grand-chose, psychiquement c'est le chaos. Je suis le seul qui peut l'aider. »

Harry leva les yeux au ciel face aux termes à peine présomptueux qu'employa son professeur. En voyant celui-ci s'activer pour prendre les effets de Malfoy et le monter dans sa chambre, Harry – qui n'en avait pas encore fini, décida de tenter le tout pour le tout pour obtenir au moins quelques réponses.

« Malfoy est un animagus, n'est-ce pas ? fit Harry, l'air sur de lui.

Rogue fit volte-face et s'avança brusquement vers le brun en le pointant du doigt.

- N'essayez même pas d'en parler à qui que ce soit, fit le Maître des potions d'un air menaçant. Draco n'est pas déclaré au Ministère, si jamais quelqu'un l'apprend, il…

- Là n'était pas mon but » coupa le Gryffondor à peine vexé qu'on puisse croire qu'il était capable de balancer Malfoy au Ministère. Malfoy ou qui que ce soit d'autre, d'ailleurs… « Juste pour vous dire que sa transformation s'est mal passée. Quand il est revenu ici, son plumage n'avait pas totalement disparu. Il… Des plumes étaient encore présentes.

- … Merde, merde. » fut la réponse très parlante de Rogue après un court silence. Et puis très vite, il lança le sort de lévitation sur le corps de Malfoy et se dirigea vers les escaliers. Le corps du blond flottait dans les airs à la suite du professeur, dans une dernière vision irréelle qui allait accompagner les souvenirs d'Harry pendant longtemps.

Juste avant d'atteindre les premières marches, Rogue se retourna vers le Gryffondor qui les regardait depuis la porte du salon.

« Merci, Potter. » salua-t-il en accompagnant ses mots d'un signe de tête solennel. Harry se senti brièvement touché mais déjà les deux Serpentard atteignirent leur chambre et il se retrouva seul.

Harry alla lentement débarrasser le salon des effets de soins qu'il avait utilisé et jeta un sort de nettoyage. Son cœur était dans un étau et la solitude cheminait déjà sournoisement jusque dans sa tête. Subitement et sans aucun signe annonciateur, il se sentit très malheureux.

... ... ...

La guerre poursuivait son chemin, ses dégâts, ses désastres. L'ambiance du Square Grimmaurd ne semblait jamais pouvoir devenir plus lugubre, jusqu'à ce que le lendemain arrive et prenne le relais. Harry devait de plus en plus s'absenter, pendant de plus en plus longtemps. Il effectuait des missions périlleuses dans lesquelles il perdait à chaque fois un peu plus de lui-même.

Après l'étrange nuit où Malfoy était rentré avec son air torturé et son corps maculé de sang, le Survivant s'était attendu à ce que le blond vienne l'engeuler de s'être occupé de lui alors qu'il n'avait rien demandé, ou d'être froidement toisé, ou peut-être même d'être remercié qui sait. Mais il n'y avait eu qu'une plate indifférence. Le brun pensait que le blond n'avait aucun souvenir, ce qui ne serait pas étonnant vu l'état second dans lequel le Serpentard se trouvait à ce moment-là. Seulement, il avait pensé que peut-être… Mais en fait, non.

Ils avaient repris leurs habitudes, plus vraiment inamicale mais pas le contraire non plus. Une ignorance réservée et pleines de sous-entendu, qui avait commencé le jour où Malfoy était arrivé la première fois au QG de l'Ordre avec Rogue. Depuis ce jour-là, chaque fois que leur regard se croisait par inadvertance, cela semblait dire 'Je sais qu'on est censé s'haïr. Je le sais, et toi aussi. Mais c'est la guerre maintenant, on est dans le même bateau. Alors on s'aide, d'accord ? … D'accord ?'

... ... ...

Malfoy avait repris ses missions. Il avait obtenu un délai pour se reposer suite au désastre de la dernière fois – pour lequel le brun n'avait toujours pas su obtenir de réponses de la part des membres de l'Ordre – mais maintenant, il était apte à reprendre. Selon Rogue.

Quand Harry s'était approché d'un plan d'attaque sur lequel Remus et Rogue discutaient et que le brun avait entendu Remus prononcer le nom de Malfoy, Harry sans égard aucun pour les sensations qui s'étaient manifesté derechef en lui s'était vivement exclamé que le blond n'était pas prêt à ça. Il était trop tôt. C'est lui qui avait ramassé Malfoy la dernière fois alors il le savait mieux que quiconque, même sûrement mieux que le Serpentard lui-même. Je refuse, avait-il dit. Je m'y oppose.

Un air profondément surpris de la part de Rémus lui répondit, ainsi qu'un air narquois de Rogue qui fit serrer les dents du Survivant.

... ... ...

Bien sûr, même la vive opposition de celui-qui-avait-survécu et du potentiel meurtrier du plus grand mage noir de tous les temps n'avait absolument pas voix au chapitre en ce qui concernait les mesures que l'Ordre prenait pour ses missions. Et Malfoy avait repris du service.

Il n'avait rien su de ce qu'Harry avait essayé de faire pour empêcher ça, le brun s'en était assuré. Seulement, lui-même n'avait pas encore compris pourquoi il avait eu une réaction aussi démesurée. Ce qu'il savait par contre, c'est que dès qu'il apercevait le blond quitter le Square Grimmaurd, une sourde angoisse naissait dans sa poitrine et ne mourrait que quand le Serpentard revenait. Rien que d'imaginer le blond revenir dans le même état que la dernière fois le glaçait d'effroi.

Dès lors, chaque soir quand les amis du brun allaient se coucher, celui-ci s'installait sur le fauteuil du salon. Il s'y allongeait, et attendait. Parfois il s'endormait, mais finissait par se réveiller en sursaut au bout d'une quinzaine de minutes. Parfois il lisait, parfois…. Mais il attendait, ça, toujours.

Et quand Malfoy finissait par apparaître dans l'encadrement de la porte et se tournait vers lui, las, éreinté, et lui faisait un signe de tête en le regardant droit dans les yeux avant de monter à l'étage pour se coucher, alors là, seulement là, le brun pouvait s'endormir. Pour de bon.

... ... ...

Complètement ivre, Harry essaya de se souvenir tant bien que mal de la manière dont il devait entrer au Square Grimmaurd cette semaine. Ils en changeaient souvent, pour plus de sécurité. Mais le brun était si bourré qu'il avait peine à ne voir qu'une seule porte.

Il avait carrément déconné, là. Quelque part dans les limbes de sa conscience, il le savait, il n'aurait jamais dû boire autant. Il s'était mis en danger, et pas que lui.

Mais putain, c'était juste une gosse. Une gosse ! Il y avait eu une attaque. Des mangemorts. Soudainement, ils ont apparu au plein milieu de la grande rue du Chemin de Traverse. Harry s'y trouvait en filature avec Ron, ils suivaient un groupe de gobelins suspectés de détourner de l'or de Gringotts au profit de Voldemort. Mais d'un coup, alors qu'ils essayaient tant bien que mal de suivre leur cible, des cris stridents ont commencé à retentir tout autour d'eux. Harry voyait encore le regard effaré de Ron quand il s'est aperçu qu'une attaque imminente allait se produire, il y avait tant de monde présents putain ! Putain !

Les renforts de l'Ordre et du Ministère sont rapidement arrivés, mais trop tard. Vingt morts. Au moins. Et quand Harry voulut sauver la vie d'une fillette prise en bouclier par un sous-fifre de Voldemort, celui-ci a gentiment attendu que le Survivant soit à une poignée de mètres de lui avant de le regarder dans les yeux et de lentement, profondément et cruellement, trancher la gorge de la jeune fille. Le sang a giclé partout.

Harry a trouvé ça si monstrueusement horrible qu'il s'est déchaîné sur le mangemort à mains nues, le griffant, le défigurant pour finir par lui briser la nuque de toute ses forces. Mais ça n'a pas suffi. Non, ça ne suffisait pas. Alors il s'était barré de là, il avait tourné le dos aux autres et était parti ailleurs. Se réfugier. Et en l'occurrence, son abri fut le bourbon. Bien fort, s'il vous plait.

Mais voilà, il fallait bien rentrer n'est-ce pas ? Oui, il le fallait. Il avait encore des meurtres à commettre après tout.

Complètement frustré de ne toujours pas arriver à ouvrir cette satané porte, Harry murmura un sort qui fit seulement bondir la porte sur ses gonds, sans s'ouvrir. Agacé et nauséeux, Harry posa son front contre la porte et ferma les yeux. Peut-être qu'avec un peu de chance il allait pouvoir penser si fort à quelque chose de profondément génial que ça allait se produire – et s'il allait boire un cocktail sur une plage ? Ah oui, ça se serait bien. Quoique sans alcool, le cocktail. Il avait eu sa dose.

Tout à ses rêveries stupides, le brun ne se sentit pas partir à la renverse avant que quelque chose de ferme ne le rattrape de justesse en lui évitant de se ramasser la face sur le sol.

Quelqu'un avait ouvert la porte, finalement. Adieu la playa ! Difficilement, Harry releva les yeux vers son portier en essayant de reprendre pied avec son équilibre – la blague. Les yeux du Gryffondor s'écarquillèrent légèrement quand il reconnut la blondeur caractéristique de Malfoy à travers l'ivresse qui avait réussi à envahir sa vision. Il voulut parler, dire quelque chose, mais quand il ouvrit la bouche ce ne fut que quelques syllabes indistinctes et sans cohérence qui sortirent.

« Le Survivant complètement fait, si je m'attendais à ça ! » s'exclama le blond en souriant légèrement en coin et en tirant Harry vers l'intérieur de la maison. « En tout cas tu en fais un de sacré boucan, c'est le milieu de la nuit, tu sais ? Les gens dorment à cette heure-là. Normalement. »

De nouveau, le Gryffondor voulut dire quelque chose mais cette fois encore, ce fut sans succès, bien que Malfoy crut entendre quelque chose comme un 'salut'.

Harry ne se rendait pas vraiment compte de ce qu'il se passait, jusqu'à ce qu'il sente un bras autour de sa taille et qu'il se sente soutenu. Une douce chaleur l'enveloppa dans le bas de son dos, là où le bras était. Malfoy le fit s'asseoir sur une chaise dans l'entrée et s'éclipsa avant de revenir quelques instants plus tard avec un verre d'eau.

« Tiens, bois. Il y a une potion dedans qui devrait diminuer les effets de l'alcool. » fit le blond en tendant le verre. Harry essaya de le prendre, mais à deux reprises il se trompa et visa mal. Il voyait au moins trois bras tendus devant lui, difficile de savoir lequel était le bon !

Il soupira et s'avachit sur la chaise. Tant pis, il n'avait qu'à rester comme ça. Mais Malfoy, coupant court à son abandon s'avança vers lui et glissa une main dans sa nuque pour lui pencher la tête en arrière. Harry frissonna en sentant la main douce et se laissa faire. Le Serpentard lui fit boire doucement et à petites goulées l'entièreté du verre, avant de le poser sur le sol et de regarder le Survivant pour voir si la potion agissait.

Dès que la main du blond eut quitté sa nuque, Harry commença à avoir froid. Dingue comment l'alcool pouvait faire réagir votre corps ! Cependant il sentit son esprit devenir un peu plus clair et moins embrumé, même si ses pensées restaient floues et sans cohérence pour la plupart.

Il regarda Malfoy qui attendait toujours devant lui et le brun fut satisfait de ne voir qu'un Serpentard et pas trois clones comme tout à l'heure.

« Merci Mald.. Malfoy, réussi-t-il à articuler en guise de remerciement.

- Mouais, pas terrible, répondit le blond plus pour lui-même que pour le Gryffondor. Bon, reprit-il, et si on allait se coucher, Potter ? »

Pour toute réponse, le brun hocha affirmativement la tête en fermant à demi les yeux, comme les gens saoulent savent si bien le faire. Il essaya de se lever, mais à peine son corps se mouva vers le haut qu'il retomba comme un soufflé. C'était pas gagné. Finalement, le brun hocha négativement la tête à l'attention de Malfoy qui rigola légèrement.

« Allez viens, je vais t'aider » fit-il doucement en passant son bras sous l'aisselle du brun et en le relevant d'un coup. Une fois debout, le blond passa le bras du Gryffondor autour de son cou et mis son propre bras autour de sa taille. Avisant la distance qui les séparait du salon et des escaliers, le Serpentard décida que Potter allait dormir sur le fauteuil du salon cette nuit. Les escaliers paraissaient être un trop grand obstacle à cette heure de la nuit.

L'ascension commença tandis qu'Harry balbutiait des phrases sans queues ni têtes. Le blond se demanda ce qu'il avait pu boire pour le mettre dans un état pareil. Potter devait avoir une sacrée descente car en tout cas, vu l'état, il tenait tout de même bien l'alcool, il fallait bien l'admettre.

Alors qu'Harry se taisait – enfin -, le blond sentit la tête du Gryffondor s'échouer dans son cou. Se figeant un instant sous la surprise, il reprit ensuite la marche comme si de rien n'était.

« Tu sens bon, fit le brun en reniflant le cou de Malfoy.

- … Je sais, Potter. » répondit le Serpentard après un instant de silence gêné.

Harry rigola légèrement et de son bras libre, il alla caresser la peau du blond à la base de son cou. Il ne savait pas si c'était parce qu'il était bourré ou non, mais Malfoy avait la peau tellement douce ! Jamais il n'aurait pu croire qu'une personne puisse avoir la peau si douce. Et ces frissons qui semblaient apparaître ! Harry essaya de les capturer tant bien que mal.

En arrivant près du fauteuil du salon, le Serpentard retira les bras du brun qui s'étaient agrippés à son cou et le fit s'asseoir. Dès qu'il fut en contact avec le tissu moelleux, le brun se coucha en fermant déjà les yeux.

Malfoy le regarda un long instant, l'air troublé. Finalement, il se retourna et alla éteindre les lampes avant de sortir de la pièce. A la porte, la voix du brun s'éleva dans le noir, derrière lui.

« Merci, Malfoy. C'est toi qui a pris soin de moi cette nuit… J'aime… Beaucoup… ça. » acheva-t-il en laissant le sommeil bienfaiteur l'envahir pour de bon.

Le Serpentard ne répondit rien face au nouvel endormi, mais il resta de nouveau un long moment à regarder dans le noir vers là où le Survivant se trouvait. Et puis, sans un bruit, il ferma la porte et monta se coucher silencieusement.

... ... ...

- Fin du retour dans le passé -


.

A suivre ...

Le prochain chapitre, on retourne à Poudlard et par la même occasion dans le présent !