Chapitre 4 : Amitiés

Les rayons de lumière perçaient faiblement derrière les persiennes de ma chambre, signe que la journée devait déjà être bien avancée.

Je m'étais certainement rendormie plus longtemps que je ne l'aurais souhaité. Les médicaments que m'avaient prescrit le Docteur Cullen étaient miraculeux, je n'avais plus connu une de ces horrible crise de douleur depuis que je les prenais, mais ils avaient une fâcheuse tendance à me laisser vaseuse et somnolente voir comateuse.

Je m'assis sur mon lit et m'étirai, histoire de me sortir un peu de ma torpeur quand on frappa à la porte.

- Entrez, dis-je en replaçant mes cheveux qui devaient certainement ressembler à un nid de corneille.

Edward apparut dans l'entrebâillement de la porte, un verre de lait dans une main et une assiette de cookies dans l'autre, probablement fournis par ma mère – dont l'activité principale était d'essayer de me gaver comme une oie avec ses cochonneries plus infectes les unes que les autres.

J'eus un petit pincement au cœur lorsqu'il passa le seuil, bien qu'il le passait tous les soirs ou presque depuis dix jours maintenant, car il mettait un point d'honneur à m'apporter tout mon travail scolaire et à reprendre celui que j'avais déjà fait, j'osai espérer néanmoins qu'il venait également un peu pour ma compagnie.

- Je ne te dérange pas ?

- Tu sais bien que non ! Ça me fait du bien de voir quelqu'un de l'extérieur !

Il sourit et déposa les cookies sur ma table de chevet avant de tirer mon rocking chair près de mon lit pour s'y asseoir.

- Comment tu te sens, demanda-t-il en fouillant dans son sac à dos.

- Shootée, comme tous les jours ...

Il émit un petit rire et déposa une feuille ainsi qu'un gros bouquin usé sur mon lit.

- C'est quoi, demandai-je.

- La liste des livres à lire pour la fin du trimestre...

Je saisis l'anthologie usée des soeurs Brontë qu'il avait déposé sur le couvre-lit, et en ouvris la page de couverture. Edward Cullen était inscrit sur la page titre d'une écriture aux lettres impeccables.

- On doit lire « Les haut de Hurlevent », expliqua-t-il. Je me suis dit que ça t 'éviterais de devoir l'acheter, comme tu ne peux pas te déplacer...

- Oh c'est gentil, mais...

Pour cacher que je rougissais à cause de son attention, je me penchai vers ma table de nuit et en sortis un exemplaire semblable au sien, plus usé peut-être, que je lui montrai.

Son visage s'empourpra également.

- Oh, je suis stupide. J'aurai dû me douter que tu l'avais déjà lu...

- Non ! Tu ne pouvais pas savoir... C'est vraiment sympa d'y avoir pensé... Mais... J'adore ce bouquin, je crois que je l'ai lu une bonne dizaine de fois...

Un petit sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres tandis qu'il me regardait de ses magnifiques yeux verts et insondables, la tête penchée sur le côté, le menton entre les doigts.

- Qu'est-ce qu'il y a, demandai-je les joues toujours roses.

- J'étais entrain de me dire que j'aurais dû m'en douter, parce que...

- Parce que, l'encourageai-je.

- Il y a quelque chose chez toi de...

Il cherchait ses mots et son visage prit un air de concentration qui dessinait un petit plis horriblement craquant sur son front.

- De vieillot, demandai-je quand j'arrivai à m'arracher à la contemplation de son visage.

- Non ! Enfin... Si, peut-être...

- Je ne sais pas trop si je dois bien le prendre, répondis-je en riant tout de même.

- En fait, j'aurai plutôt dit... Je ne sais pas... Romantique et suranné...

- Tu me trouves candide, m'exclamai-je estomaquée.

- Mais non, absolument pas !

Je levai les yeux au ciel.

- C'était un compliment, tu sais... Tu es si différente des autres filles... J'ai dû mal à te cerner...

Mon cœur se serra fort et me fit si mal que j'eus l'impression qu'il c'était arrêté de battre. Je me sentis pâlir et il y eut un petit moment de silence durant lequel j'essayai tant bien que mal de faire repartir mon cœur.

- Tu te sens mal, demanda-t-il alarmé par la pâleur soudaine de mes joues.

- Non, ça va, dis-je en me passant une main sur le visage.

- Tu devrais manger un peu... Renée m'a dit que tu avais sauté le dîner, avec les médicaments que tu prends, ce n'est pas sérieux.

J'obéis en saisissant le verre de lait posé sur ma table de nuit dont j'avalai une gorgée ou deux, mais je jetai un regard dédaigneux au cookies.

- Fais-moi plaisir, insista Edward avec un petit sourire qui acheva mon pauvre cœur.

- Ce n'est pas que je ne veux pas te faire plaisir, mais ... Est-ce que tu sais si c'est ma mère qui les as fait, demandai-je un peu moins fort.

- Je n'en sais rien... Pourquoi ?

Il me jeta un regard intrigué.

- Ma mère est une véritable catastrophe culinaire, elle est incapable de faire cuire un œuf, expliquai-je. Mais elle s'obstine à persévérer, convaincue qu'elle progresse.

- Ils ont l'air plutôt bon, dit-il en s'emparant d'un gâteau.

- A tes risques et périls, le prévins-je.

Il croqua et une expression déconfite se dessina sur son visage.

- Alors ?

Il mâcha longuement avant de déglutir avec un petit air dégouté.

- Elle a confondu le sel et le sucre, je pense...

- Je t'avais prévenu ! Tu tiens toujours à ce que je me rende malade en les mangeant ?

- Pas réellement non, ils sont vraiment infects !

- Ne te plains pas, j'ai droit à ça midi et soir...

- Pauvre chérie, se moqua-t-il. Je suis sûr que Charlie te nourris en douce...

- Un peu c'est vrai, souris-je.

- Bella, Jessica est là, cria ma mère du bas de l'escalier.

- Génial, soupirai-je.

- Bon, je m'éclipse, dit aussitôt Edward.

- Lâche ! Tu vas la laisser me cuisiner...

- Comment ça, demanda-t-il intrigué en se levant déjà.

- Oh, je suis sûre qu'elle va s'imaginer plein de choses en te voyant...

- Ah... Comme quoi par exemple, dit-il avec un sourire suggestif.

Je ne pus m'empêcher de rougir.

- Tu sais très bien quoi, idiot, m'exclamai-je en lui balançant mon oreiller à la tête.

Malgré ma maladresse, le coussin ne le loupa pas.

- Bon, j'y vais ! Je te rendrai la pareille quand tu ne seras plus infirme, me taquina-t-il en m'ébouriffant les cheveux avant de ramasser son sac et de se diriger vers la porte.

- Oh, ça c'est bas, Edward Cullen !

- Je n'ai jamais dit que j'étais un gentleman !

- Je n'ai jamais pensé que tu en étais un, mentis-je.

- A demain, me dit-il avec son plus beau sourire, la main déjà sur la poignée.

- Tu pourrais peut-être sortir par la fenêtre, suppliai-je.

- Elle a certainement vu ma voiture, Bella, ce n'est pas comme s'il y en avait dix comme ça dans la région.

- Ouais, t'as raison, grognai-je.

- Courage, dit-il en m'adressant un petit signe de la main avant de disparaître.

- C'est ça, crétin de propriétaire de Volvo(1), marmonnai-je entre mes dents.

Je me rallongeai et tentai d'afficher mon air le plus maladif, peut-être que si Jessica me trouvai mal en point, elle aurait pitié de moi et ne me torturerai pas avec ses badinages sur Edward.

D'ailleurs, elle n'avait pas encore passé la porte que je sentais ses ondes survoltées me mettre les nerfs en pelote.

- Aaah Bella ! Comment vas-tu, hurla-t-elle presque, toute excitée.

- Bof, pas si bien répondis-je en continuant ma petite comédie.

Ce n'était qu'un pieu mensonge, une fille qui s'était faite broyer la jambe n'était pas censée être en pleine forme après un mois de convalescence – d'ailleurs ce n'était pas le cas.

De plus, Jessica ne méritait pas que je fasse un effort pour elle. Je pouvais cacher à mon père et ma mère que j'allais mal, je pouvais le cacher à Angela et à Alice, à Edward également, car toutes ces personnes s'étaient occupées – s'occupaient de moi, s'efforçaient de me rendre la vie plus facile et prenaient de mes nouvelles quotidiennement.

Je leur devais bien ces répliques moyennement drôles sur ma santé qui essayaient de leur prouver que je n'étais pas si amochée. Mais Jessica, elle, ne méritaient pas que je me montre agréable et enjouée ou que je fasse un quelconque effort pour me montrer joyeuse malgré mes journées d'isolement déprimantes.

Elle n'était pas une vraie amie, juste quelqu'un attiré par l'éphémère popularité dont j'avais « joui » lors de mon arrivée à Forks. Si elle avait été une vraie amie, elle serait venue plus tôt.

- Oh attends, s'exclama-t-elle en levant les paumes à hauteur de ses épaules, tel un gendarme qui règle la circulation. C'est bien Edward Cullen que je viens de voir sortir d'ici ?

Apparemment, elle n'avait pas de pitié pour mon « état ».

- A moins que nous n'ayons eu toutes les deux une hallucination, je pense bien que oui, répondis-je un peu sombre.

- Ooh, je le savais, s'écria-t-elle en battant des mains.

- Tu savais quoi ?

- Que vous sortiez ensemble !

- Je crois que tu t'emballes, Jess! Edward m'apportait juste mes devoirs de biologie et de littérature !

- Oui, mais...

Elle haussa les sourcils d'une manière suggestive que je trouvais parfaitement ridicule.

- On se connait à peine...

Elle parut trop déçue pour quelqu'un qui n'était pas directement concerné, ce qui était également incompréhensible, car je l'avais entendue dire qu'elle aurait bien fait d'Edward son « quatre heures » (ou quelque chose d'aussi stupide) un mois au paravent. Mais il était vrai que depuis elle sortait avec Mike.

- Oh... C'est dommage...

- Tu as l'air déçue...

- Oh... Non... En fait Bella, j'ai quelque chose de pas très agréable à t'avouer, c'est pour ça que je ne suis pas venue te voir plutôt...

- Ah bon ?

- Oui, en fait, je sors avec Mike... Je sais que vous étiez assez proches avant ton accident... Mais, Mike voudrait rendre notre relation officielle, et je ne voulais pas que tu l'apprennes de la bouche de quelqu'un d'autre.

Je dus faire un effort pour ne pas éclater de rire.

- Moi et Mike ? Tu plaisante ! Je l'apprécie en tant que copain ! En plus, tu arrives trop tard, je le savais déjà...

Elle me regarda avec un regard sceptique comme pour savoir si j'étais sincère.

- Oh, je suis vraiment enchantée que tu le prennes si bien, Bella !

Elle passa la demi-heure suivante à babiller sur l'adorable perfection de Mike. Ma mère daigna me délivrer de mon calvaire en venant m'annoncer que nous passions à table – chouette !

Jessica promis de repasser bientôt et honnêtement je n'y croyais pas trop. Et j'avais raison, car les dix jours suivants s'écoulèrent lentement, il y eut des visites pour me sortir de mon ennui, mais pas celle de Jessica.

Mon état s'améliorait nettement, et ma mère parlait déjà de repartir à Phoenix dans les jours prochains, dès que Carlisle m'autoriserait à marcher avec des béquilles. J'attendais ce moment avec impatiente, les journées me semblaient trop longues, et il y avait tant de temps que je n'étais pas sortie de la maison, je n'aspirais qu'à une chose : retourner au lycée.

Ma mère semblait tellement prête à partir, qu'elle avait décidé de commander son billet d'avion cet après-midi même dans une agence de Port-Angeles; elle me demanda donc la permission de me laisser seule pour quelques heures.

- Je me débrouillerai très bien, lui assurai-je. De toutes façons, Alice et Edward ne vont pas tarder, ils m'ont dit qu'ils passeraient après les cours...

- Ah oui, Edward...

Je ne savais pas très bien ce que cette phrase voulait dire, en fait, syntaxiquement et sémantiquement parlant elle ne signifiait rien du tout.

- Tu as un problème avec Edward, maman, demandai-je un peu agressive sans lever les yeux des Hauts de Hurlevent.

- Moi, non... Je le trouve charmant... Et toi, demanda-t-elle avec l'air de ne pas y toucher.

- Tu ne vas pas t'y mettre aussi, râlai-je, les sous-entendus d'Alice et Jessica sont déjà assez lourds que pour y rajouter les tiens !

Elle soupira en se laissant tomber sur l'accoudoir du fauteuil dans lequel j'étais installée. Ses doigts se glissèrent dans mes cheveux et je remarquai qu'un petit quelque chose de nostalgique brillait dans ses yeux.

- Mon bébé grandit, murmura-t-elle.

Je crus que j'allais vomir.

- Ca fait longtemps que je ne suis plus ton bébé, maman, et je ne vois pas réellement le rapport avec Edward.

- Si, tu es amoureuse... Une fois que les jeunes filles tombent amoureuses, elles n'appartiennent définitivement plus à leur mère.

Je restais carrément estomaquée par les inepties qu'elle proférait.

- Sans être méchante, tu aurais dû arrêter le joint il y a longtemps, maman.

Elle sourit et replaça mes boucles derrière mes oreilles, avant de me serrer contre elle. Je m'en voulu d'avoir été un peu dure en paroles.

- Il n'y a rien entre Edward et moi, maman. Tu as trop d'imagination...

- Il est tellement attentif et prévenant avec toi pourtant...

- Edward est un gentleman, dis-je avec un petit sourire en repensant à ce que je lui avais dit quelques jours plus tôt.

Elle sourit à son tour et me lâcha.

- Tu es sûre que ça ira ?

- Oui bien sûr ! Attends je vais écrire un mot à Alice et Edward pour qu'ils rentre directement, je ne saurai pas aller leur ouvrir, dis-je en attrapant un bloc note et un crayon sur la table basse.

« Edward / Alice ou vous deux,

entrez sans frapper, il n'y a personne à la maison, je suis au salon...

Bella»

- Voilà, colle-le sur la porte, dis-je en le donnant à ma mère.

- Bien, à ce soir alors ?

- Oui, à ce soir, répondis-je en me replongeant dans l'histoire tordue de Catherine et Heathcliff.

J'étais seule depuis une grosse heure quand j'entendis des pas dans le hall d'entrée.

- Il y a quelqu'un, demandai-je.

Une haute silhouette apparut dans l'embrasure de la porte. J'émis un petit cris de surprise tant je ne m'attendais pas à voir cette personne ici.

- N'aie pas peur, Bella ! J'ai lu ton mot sur la porte, je me suis permis d'entrer...

Tyler Crowley se tenait à quelques mètres de moi. Il semblait mal à l'aise et n'arrêtait pas de se tordre les mains. De mon côté, j'étais tellement étonnée de le voir là que je ne savais que dire. Je n'avais jamais pensé à ce que serait nos retrouvailles, dans la mesure où à cause de lui que j'étais momentanément infirme.

- Je suis désolé si je te dérange, je sais que j'aurai sûrement dû venir plus tôt, mais j'avais peur de ta réaction...

- Non... Je comprends...

Je m'imaginais un instant dans sa situation. Je ne savais pas ce que j'aurai fait... Mais, je savais que Tyler n'avait jamais voulu me blesser et que ce qui était arrivé n'était qu'un stupide accident.

- Je tenais absolument à m'excuser pour...

Il s'interrompit car la porte du salon venait de s'ouvrir sur une nouvelle personne, Edward. Son regard passa de moi à Tyler durant quelques instants et puis il demanda d'une voix sèche à ce dernier ce qu'il faisait là.

- Je venais prendre des nouvelles de Bella, expliqua Tyler d'une voix neutre.

- Il est un peu tard, rétorqua Edward durement.

- De quoi tu te mêles, dit Tyler agacé.

- De ce qui me regarde. Tu n'as rien à faire ici, tu as déjà fait assez de dégâts comme ça, répondit Edward la voix emplie d'une colère à peine contenue.

- Edward, ce n'est rien, essayai-je de le raisonner.

- C'est bon, Bella, je m'en vais... Je repasserai une autre fois, décréta Tyler.

- C'est ça, grinça Edward, les poings fermement serrés le long de son corps comme pour retenir sa rage.

Tyler sortit et je posais un regard peiné sur Edward qui ne décolérait pas.

- Qu'est-ce qui t'as pris, lui demandai-je sèchement. Ce qui s'est passé n'est pas de sa faute !

- Bien sûr que si ! Il voulait faire le malin devant le lycée et il roulait trop vite. S'il avait été prudent , tu ne serais pas dans cet état. Ce type n'est qu'un irresponsable, et en plus de ça c'est quelqu'un d'autre qui a dû payer sa connerie, car jusqu'à preuve du contraire, il est toujours sur ses deux jambes, lui !

- Tu n'avais pas à te mêler de ça ! Ça ne te regarde pas, m'écriai-je sur le coup de la colère.

Il me jeta un regard blessé, mais je lui en voulais tellement que j'occultais le fait que je lui faisais de la peine.

- Il n'a jamais voulu me faire de mal, ajoutai-je. Et si je désire lui pardonner, ça ne regarde que moi !

- Bien ! Mais moi, je ne suis pas obligé de lui pardonner !

- Tu n'as rien à lui pardonner !

- Si, plus de choses que tu ne le crois, dit il en tournant les talons vers la sortie.

- Edward !

- Oui, dit-il sans se tourner vers moi.

- On se voit demain, interrogeai-je d'une toute petite voix tant elle était remplie de larmes.

- Non...

Mon cœur se brisa dans ma poitrine.

- Ne sois pas fâché contre moi, suppliai-je.

- Ça n'a rien à voir, je pars en randonnée avec Emmett et Jasper jusqu'à lundi, je passais te prévenir que je ne viendrai pas t'apporter tes travaux avant mardi.

- Oh très bien, répondis-je sans pouvoir cacher la déception qui pointait dans ma voix.

- A mardi...

- Bon week-end, soufflai-je faiblement.

Ces mots sonnaient comme un adieu, comme si quelque chose avait été cassé entre nous et qu'il serait difficile de le réparer. Une chose était sûre, mardi me semblait loin. Lorsqu'il fut sorti je laissais couler les larmes sur mes joues.

Fin du chapitre 4

(1) Insulte dont Bella gratifie Edward dans Fascination (lorsqu'il lui propose de l'emmener à Seattle, je crois).

Merci à tous pour vos reviews, elles m'encouragent beaucoup et me font très plaisir ! Je ne pense pas qu'il y aura de nouveau chapitre d'ici lundi, donc bon week-end à tous !