A mon réveil, j'étais tout gêné, mais Salazar me rassura, il m'apporta à manger puis m'aida à aller dans la salle d'eau. Malgré le nombre important de potions que je buvais, je ne me sentais toujours pas en forme, et ne pas pouvoir ne serait-ce que me déplacer un peu tout seul m'énervais. Cependant, je dus reconnaître que c'était normal, déjà pas gros à l'origine, j'avais perdu presque 10 kilogrammes en deux mois et demi, me rendant totalement maigre. De plus, mes muscles trop longtemps inactifs me criaient grâce.

Quelques jours passèrent où je me reposais presque toute la journée, le reste du temps, je mangeais, me lavais, et essayais de marcher un peu plus que la veille. Jusque là, j'avais toujours pris de la potion de sommeil sans rêve, mais en prendre plus pourrait créer une dépendance et une intoxication, donc ce soir-là, je dormirais naturellement.

Evidemment, je ne mis pas longtemps avant de revoir les scènes de ma torture, et je me réveillais tout tremblant, dans ma chambre toute noire. Miraculeusement, je n'avais pas crié, mais rester allongé m'étouffais, aussi je préférais sortir de ma chambre et j'allais m'installer dans le salon, devant le feu qui s'éteignait peu à peu.Le feu me détendit et je redevenais somnolent quand une porte s'ouvrit.

Evan', que fais-tu là?

Sal! Tu m'as fait peur.

Excuse-moi, qu'est-ce qu'il y a?

Cauchemar.

Je suppose que c'est normal. Tu devrais retourner te coucher, je ne pense pas que t'endormir sur le canapé aidera.

Je ne veux pas être seul, murmurais-je, comme si j'espérais qu'il ne m'entendrait pas.

Alors je resterais avec toi.

Euh… je ne veux pas t'embêter.

Si je te le propose, c'est que ça ne me dérange pas, idiot.

Je me relevais difficilement, et le Fondateur me tint à la taille, m'aidant à marcher. Je m'effondrais sur mon lit, toujours accroché à mon aîné, ce qui fit qu'il tomba en même temps que moi, sur moi pour être exact.

Il fallait me le dire si tu voulais me servir de matelas!

Non, j'avais besoin d'une couverture supplémentaire, rétorquais-je avec un demi-sourire.

Oh, si c'est ça, je peux aller en chercher une et retourner dans ma chambre…

Je ne répondis rien, baissant la tête et lâchant l'autre sorcier.

Evan, j'étais sérieux tout à l'heure, je reste.

Je ne veux pas te déranger.

Et je t'ai dit que ça ne me gênait absolument pas. Dors, tu en as besoin. Je ne te laisserais pas.

Le silence s'installa dans la chambre, Salazar se plaça confortablement dans le lit, me gardant dans ses bras. Je posais ma tête sur son torse, et j'entendis son cœur ralentir, jusqu'à ce que sa respiration calme m'indique qu'il dormait. Puis, me laissant bercer par le rythme calme de son cœur, je m'endormis à mon tour, au chaud et en sécurité dans ses bras.

C'est une discussion à mi-voix qui me réveilla le lendemain matin.

… confiance, on ne sait même pas d'où il vient.

Je bougeais un peu, me pelotonnant un peu plus contre la confortable source de chaleur à côté de moi. Je voulais tellement me rendormir, là au chaud, temps que je me sentais en sécurité.

Evan, réveille-toi, je dois me lever, entendis-je chuchoter à mon oreille.

Je grognais, pourquoi voulait-on me faire bouger, j'étais bien là!

Aller Evan, on doit finir de tout préparer pour la rentrée ce soir.

Sal? demandais-je en ouvrant difficilement les yeux, reconnaissant enfin la voix qui me parlait.

Oui, c'est moi, et si tu voulais bien me lâcher, je pourrais me lever et tu pourrais te rendormir.

Oh, oui, excuse-moi.

Je bougeais doucement, m'asseyant à moitié pour permettre à mon interlocuteur de se dégager. Il se leva, et profita de mon état de semi-éveil pour m'asseoir sur le lit et me mettre un plateau sur les genoux.

Tu dois manger Evan, tu pourras te rendormir après.

De quoi?

Mange petit, après tu pourras dormir.

Je ne discutais pas, buvant un peu de jus d'orange avant de boire les potions qui s'étalaient sur mon plateau. C'était une habitude : potion de nutriment, force, une pour renforcer les os, une autre de croissance, et une anti-nausée, pour m'empêcher de rendre mes repas, même léger, qui étaient toujours trop au goût de mon estomac vraiment plus habitué à recevoir de la nourriture. Ensuite seulement, je commençais à manger, un toast, une tranche de bacon et un œuf, et je fini mon verre de jus d'orange. Depuis 5 jours, c'était la première fois que je mangeais autant d'un coup. Habituellement, je reprenais une gorgée de potion de sommeil, mais là, je savais que je ne pouvais pas, alors je m'allongeais simplement, laissant les bruits des autres pièces bercer mon sommeil.

Encore une fois, je me réveillais à cause d'un cauchemar. Je vis sur ma table de chevet une potion calmante, j'en pris une gorgée, et vidais la fiole de pimentine. Je trouvais une autre potion de régénération, et l'avalais aussi, bien décidé à reprendre des forces le plus vite possible. Je me levais, et allais vers la salle de bain. L'eau coulant sur ma peau fit partir les restes de mon cauchemar, mais la solitude m'étreignit alors, et je me sentais étouffer par le silence environnant. Coupant l'eau, je me séchais rapidement et m'habillais, allant dans le salon étrangement calme. Je peinais déjà à marcher plus, mais ce silence si envahissant me pesais, et je ressentais le besoin de respirer un peu d'air frais, ou au moins, d'air libre. Lentement, je commençais à parcourir les couloirs vers les grandes portes, heureusement, les appartements étaient au premier étage, proches de la sortie.

Enfin dans le parc, je m'assis sur les marches, épuisé par ma pourtant courte marche. Le vent m'ébouriffais les cheveux, et glissais sur moi comme une douce caresse que je savourais. Des pas me firent sursauter, mais je vis Helga, s'asseoir à côté de moi, sans être trop proche, comme d'habitude. Il n'y avait qu'avec Salazar que je supportais des contacts, de la part des autres, je me crispais, me dérobant et m'éloignant, les faisant sortir de mon espace vital. Ils le respectaient, du moins, autant que possible, en ne se mettant jamais trop proche de moi, mais m'encourageais tout de même à m'ouvrir un peu plus en me parlant naturellement, et ne me laissant jamais dans mon coin.

Besoin de t'aérer un peu?

Oui, les appartements sont magnifiques, mais ça faisait longtemps que je n'avais pas pu sortir. J'ai toujours aimé être dehors, et j'ai l'habitude d'en savourer chaque moment.

Tu parles comme si tu n'avais jamais été libre de sortir.

Je ne répondis pas, pas prêt à dévoiler cette partie de mon passé. Parler de Voldemort était bien assez, ils n'avaient pas à connaître le reste.

J'ai toujours trouvé le parc magnifique, surtout depuis la rive du lac qui borde la forêt. A mon époque, il y avait un saule cogneur à la place du hêtre, le saule avait été placé là pour cacher un passage qui menait à une vieille cabane construite un peu à l'extérieur de Pré-Au-Lard, pour permettre à un loup-garou d'étudier tranquillement, sans risquer de blesser ses camarades les nuits de pleine lune.

Ils ont expliqué pourquoi ils avaient planté cet arbre?

Non, mais ce loup-garou a fait ses études en même temps que mes parents, et il était un de leur ami. C'est lui qui me l'a expliqué quand je l'ai connu.

Il a été mordu à quel âge?

6 ans je crois. Celui qui l'a mordu aimait s'en prendre aux enfants, souvent, il planifiait l'attaque, et se servait des enfants pour se venger des parents. Il voulait transformer le plus de monde possible, surtout des enfants 'plus manipulables' selon lui. Il pensait que s'il y avait suffisamment de lycanthropes, alors ils seraient accepter, et n'auraient plus besoin de se cacher.

Les loups-garous ne sont pas acceptés à ton époque?

Non, ils sont jugés comme des créatures dangereuses. Je reconnais qu'ils le sont à la pleine lune, mais je n'ai jamais connu personne de plus doux et calme que Rémus. Le peu de fois où je l'ai vu s'énerver, c'était toujours à cause d'une injustice, et en général, c'était juste avant ou après une pleine lune, quand le loup est encore à la surface.

Les autres arrivèrent alors pour nous signaler que le repas était prêt. Salazar m'aida à arriver jusque dans la grande salle, heureux des progrès que je faisais visiblement.