Chapitre 3.
Le Temps File, et le Cœur Passe.
100ans! Cela fesait 100 ans qu'Angelika avait les mains rouges du sang de ses victimes démoniaques. 100 qu'elle versait des larmes sur le passé.
Certes elle s'était faite à la vie avec les deux sœurs Michaelis. Elles finirent même par considérer Angelika comme leur plus jeune sœur. Alouqa lui avait appris les rudiments de la chasse aux démons. Angelika s'était dit qu'étant donné l'absence de remords et d'hésitation qu'elle avait manifesté lors de sa vie humaine pour ceux qu'elle désirait tuer, elle s'étonnait de sentir ses mains trembler en tenant son arme. Qu'est-ce qui se passait avec elle?! Pourquoi n'arrivait-elle plus à tuer sans regrets?
…Parce que Sébastian n'était plus là pour l'épauler. (Et un peu aussi parce qu'ils ne lui ont rien fait personnellement)
Une soirée tranquille, alors que les trois démones regardaient un feuilleton à la télévision, Angelika éclata en sanglot sans raison. Ses deux colloques la dévisagèrent, surprises.
- Angelika?, fit Mélusine en se rapprochant d'elle et en lui passant un bras autour des épaules. Qu'est-ce que t'as?
- Je ne sais pas, répondit-elle en essuyant ses larmes. Excusez-moi. Je pense que je suis un peu fatiguée. Je vais aller me coucher.
Elle les salua et monta à l'étage rejoindre sa chambre. Elle enleva son corsage de soie et son pantalon et se coucha dans son lit de plumes. En réalité, elle savait bien pourquoi elle pleurait. Elle repensait encore à Sébastian. Comme tous les jours depuis les dix dernières décennies. Elle se brisait le cœur à se remémorer son image, son toucher, ses sourires, ses regards.
Elle plongea la main sous son oreiller en en sortit la photographie d'eux deux par l'appareil photo Talbot. La preuve de son amour pour Sébastian. L'image s'était froissée et abimée avec le temps, mais le message était resté.
Elle allait lâcher un autre sanglot quand quelqu'un toqua à sa porte.
- Angelika, l'appela Mélusine. Je t'apporte un gros bol de glace au chocolat. C'est le meilleur remède contre les grosses déprimes.
- Merci, mais non merci. J'aimerais qu'on me laisse seule.
- Ah…d'accord…Bin je vais le manger dans ce cas.
Et elle partit.
Angelika s'endormit les yeux pleins.
. . .
BANG!
La balle se logea directement dans le cœur. Aucune chance de survie. La cible s'effondra par terre morte…
…mais les mains d'Angelika tremblaient de plus en plus violemment. Elle en laissa tomber son arme sur le toit et s'échouai sur ces genoux.
- Pourquoi?...Pourquoi es-tu parti?...Sébastian…
Au même moment, son portable sonna. Angelika se releva, épousseta sa combinaison moulante de cuir noir et décrocha.
- Excellent travail Hellangel (nom de code), dit la voix d'Alouqa. Avec celui-là ça fait 500 tout rond…
Elle avait lâché son téléphone qui tomba du building où elle s'était perchée pour tuer son objectif. Elle se prit la tête entre les mains et ferma les yeux en serrant les dents. Une voix lui soufflait des mots durs et amers.
- Mais pourquoi je fais ça?!, s'écria-t-elle mentalement. À quoi ça me mène?!
Tuer! Tuer! Tuer encore et toujours!
- Tu le fais pour te consoler, Hellangel, dit la voix. Tu le fais car l'absence de ton démon te fait mal. L'amour que tu éprouves pour lui te consume.
- Non! C'est faux! Tais-toi!
- Tu souffres à tel point que pour te garder en vie, tu voles celle des autres.
- La ferme! Tu as tort!
- Tu te fais croire que chaque nouveau meurtre te casse, mais tu as l'âme d'une tueuse. Tu es faîte pour ça, Hellangel…
- LA FERME!, rugit-elle à voix haute, les larmes coulant abondamment sur ses joues.
Elle empoigna fermement son arme et en plaça le canon sur sa gorge. Elle savait que ça ne la tuera pas, mais elle voulait s'évader de cette atroce existence pour un moment…juste un minuscule moment…
…et elle tira sur la gâchette.
- Être…libre…Enfin libre…
