Harry Potter : Scènes coupées
-Tome 1 à 7-
Scène 24/60 (1èmeV.) – Tome 2
Le monde du scoop avait la peau dure, Colin Crivey était le mieux placé pour le savoir.
L'impitoyable guerre qui se trouvait menée au nom de l'information était aussi bien valable chez les sorciers comme dans le monde des humains dépourvus de dons en Magie –le terme moldu semblait trop étrange dans sa bouche encore. Et même si le fringant Colin de onze ans à peine (primant de l'année à Poudlard) avait toute la vie devant lui pour accepter cette terrible réalité, il était déjà fort bien décidé à tailler sa place auprès des plus grands à coups de salves de flashs ininterrompus s'il le fallait. Il serait photographe dans un éminent journal ou il ne serait pas. Cela était une parfaite certitude venue se loger dans un coin de sa tête il y a fort longtemps de cela elle n'en avait plus bougé.
Oui Mesdames, Messieurs, Colin Crivey serait le photographe le plus célèbre de son siècle ! Rien que ça, qui s'annonçait grandiose par-ailleurs.
Quant à réaliser ce rêve de toujours dans quel monde ? La question valait la peine d'être posée. Il ne savait pas y répondre pour le moment, encore tout tremblant de la découverte récente de cet autre univers, jailli de l'ombre si soudainement. Et comment aurait-il pu seulement l'imaginer ? Fils d'un humble laitier divorcé de quarante-deux ans, Georges Crivey de son nom, la Magie était restée pour Colin une tentatrice porte de secours sur le rêve comme pour n'importe quel autre enfant. Ni plus, ni moins, bien que quelques événements étranges avaient bien eu lieu auparavant. Autant dire que la réception du hibou officiel de Poudlard avait été un événement qui resterait dans les annales familiales à jamais –son père y avait perdu des cheveux. Pour Colin, c'était la chance de sa vie.
Même en cette splendide soirée de fin Novembre, alors qu'il passait davantage son temps à courir d'un bout à l'autre du château, remplissant ses pellicules à tours de doigts pressés d'innombrables témoignages, il ne pouvait s'empêcher…d'admirer avec une absolue vénération, de ses yeux naïfs grands ouverts comme de son objectif. Chaque tableau animé valait une longue attention, chaque vieille armure aux genoux grinçants méritait son instant de gloire, chaque apparition d'un élève sorcier, d'un fantôme égaré s'accompagnait d'une étude… Du plus discret aux évidentes preuves de cette muette puissance curieuse et insondable qu'il ne pouvait que percevoir en ces murs centenaires.
Se sentant comme un étranger posant impunément les pieds là où ceux-ci n'étaient point autorisés.
Jeune condamné à mort.
« Hé Colin ! Alors, qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? »
Le jeune Griffondor chassa sa torpeur d'un mouvement maladroit. Se donnant contenance, il leva les yeux sur les visages impatients de ses camarades de premières années, suspendus à ses lèvres en cet instant comme d'appliqués lecteurs. Le public n'était pas bien grand ce soir, mais cela saurait évoluer avec le temps : Colin était encore jeune débutant et animé par la bonne volonté, comme à chaque fois.
« Alors Harry a fait une figure absolument extraordinaire pour lui échapper ! Reprit-il avec une véritable emphase, l'enjouement s'éveillant naturellement à la mention de son idole. Un renversé sensationnel ! Vous auriez vu à quel point il est adroit ! »
Des exclamations ravies accueillirent les détails, suivies par les nécessaires chuchotements entre comparses admiratifs.
« C'est bien Potter.
_Quel mec ! »
Oh la partie n'était pas gagnée, non.
La concurrence était rude dans le milieu, intraitable. Et personne ne lui ferait de cadeaux malgré son jeune âge. Bien au contraire. Toujours aussi surprenant de constater à quel point l'on ignorait plus jeune que soit avec une telle aisance. Après tout, il n'était qu'un gosse oui, le mieux placé pour le savoir aussi ce que d'autres avaient tendance à oublier dans leur naturel mépris. Un petit être naïf et bruyant qu'il était doux de se débarrasser. Jetable à l'infini.
Colin eut un sourire glacé. Il s'était déjà frotté notamment à Lavande, sa collègue Parvati un peu plus tôt, en pâles échos d'un journalisme mutilé, éventré à coups de talons pointus indéniablement féminins. Davantage des colporteuses de ragots –fumées de couloirs pour les intimes- que de véritables futures professionnelles, même s'il les conservait en catégorie ennemie par pur souci de précaution. Malefoy aussi dans son genre valait son taux d'attention. Le décoloré ne s'en donnait pas l'air sous son masque d'aristocrate coincé, il était pourtant plus actualisé qu'une commère.
« Potter est bien trop fort pour se faire rattraper par un minable cognard ! »
Concert d'approbations répondit à cette voix de la raison perdue dans la masse.
« C'est pourtant à cause de ce même cognard que Potter est à l'infirmerie ce soir… »
La remarque de Sean jeta un froid en écho. Aussitôt une pluie de regards noirs outrés s'abattit sur le dégingandé garçon qui ne leur accorda aucune considération, fièrement campé dans un fauteuil proche, penché sur le dernier devoir de Métamorphose. Un roc d'impassibilité au milieu de la masse pour lequel Colin eut un sourire désabusé. Ah, celui-là et Harry… Son camarade de dortoir ne cultivait absolument pas la même admiration qu'eux pour Celui-qui-a-survécu. Cette histoire extraordinaire d'un enfant exterminant le Mage Noir le plus puissant de son siècle, ne tirait que des soupirs agacés au réfractaire.
Ce n'était pas non plus comme s'il la découvrait : Sean était issu d'une famille de sorciers. On lui avait rabâché les oreilles dès ses plus jeunes jours avec l'héroïsme du Survivant, du moins c'était ce qu'il avait expliqué à un Colin buté. Et finalement, après d'indénombrables altercations, il avait compris. Enfin il essayait du moins. Forcément à ses yeux de fils de parents sans pouvoir, tout lui apparaissait différemment, déposé dans un délicat velours ourlé. Il ne se plaignait jamais comme d'autres des cours trop ennuyants par-exemple, des devoirs à rendre… Il était notamment le seul de sa classe à garder les yeux grands ouverts en Histoire de la Magie, absolument émerveillé par ses récits de guerres, de réunions entre ces êtres qui avaient peuplé auparavant ses lectures et ses rêves.
Harry était un véritable héros pour lui. L'incarnation vivante d'une légende et il osait encore à peine croire qu'ils appartenaient à la même Maison, qu'ils se croisaient quotidiennement. Colin avait même discuté avec lui, bon sang ! Ils se connaissaient, combien d'admirateurs pouvaient en dire de même avec leurs idoles ? Le Survivant avait retenu son nom, celui qui avait défait la plus grande menace qui soit et Colin ne pouvait réfréner cette terrible curiosité qui l'habitait. Comment vivait-on en sauveur du monde ? Que pouvait bien ressentir ce garçon moins large que lui sous la pression des attentes d'un peuple entier ? Pour un triomphe dont il ne gardait aucun souvenir que le vide.
Seul, face à la mort.
« T'es un crétin Sean ! Potter a gagné le match malgré tout !
_Ouais, absolument.
_Inutile de se disputer à ce sujet. Le plus important est qu'Harry se rétablisse le plus vite possible. » Coupa Colin, pressentant une inutile altercation.
Cette remarque mit heureusement tout le monde d'accord. Chacun allant bientôt de son petit commentaire sur la santé du héros si précieuse et son amélioration dans les jours à venir. Peu désireux de demeurer plus longtemps le point d'attention alors que son récit épique n'avait plus lieu d'être, le jeune photographe s'éloigna des premières années en plein conciliabule pour rejoindre son réfractaire ami.
« Ce n'est qu'un bras cassé, il s'en remettra Potter. Grommela Sean pour seul accueil, le nez plongé dans son parchemin.
_A vrai dire je vois mal comment quelque chose qui n'existe pas pourrait rester brisé. »
Le garçon maussade haussa un sourcil, son regard se posant dès lors sur lui.
« Toi, tu es encore au courant d'un fait que j'ignore, Flashman.
_Si tu prenais la peine de creuser un peu plus… Se permit de répliquer Colin dans un sourire moqueur avant de reprendre plus doucement, peu désireux de trop ébruiter l'information. En voulant le soigner, Lockart a fait disparaître les os de son bras.
_Oh… Là je compatis. Il aurait peut-être mieux valu un second sortilège de mort finalement. »
Le photographe ne put retenir un rire à cette dernière remarque. Même fervent admirateur d'Harry, il ne pouvait résister à l'humour caustique de celui qui était clairement son premier et véritable ami. Une chance qu'il se soit installé par hasard à ses côtés en cours de Sortilèges. Colin n'imaginait même pas s'il avait fait cela avec Jordan… Non. Il ne voulait pas imaginer. Dans une autre vie miséreuse sans doute.
« Je pensais lui apporter quelque chose à manger pour ce soir. L'infirmerie n'est pas le lieu le plus divertissant qui soit. »
Un soupir résigné répondit à son ton songeur alors que Sean replongeait sa plume dans l'encrier le plus proche et son esprit dans son devoir.
« Aller, le retour de la demoiselle énamourée… Ça m'avait manqué. Ou pas.
_Sean.
_Quel courage d'aller braver le couvre-feu pour ton chevalier manchot…
_Ce ne sera pas la première fois. » Contra Colin, habitué à se jouer de la surveillance pour des visites nocturnes.
Un court silence lui répondit. Patient, il se laissa aller plus confortablement dans son fauteuil, surveillant négligemment la course de la pointe fragile sur toute la largeur de parchemin, apercevant presque les mots se former dans les yeux de son appliqué voisin de dortoir.
« Fais comme ta conscience te le réclame, jeune fille. Se décida finalement celui-ci, sans lever pour autant les yeux de son travail.
_Absolument mon ami, absolument.
_Va sauver ton beau alors, mais fais attention à ne pas te faire pincer par l'affreuse vilaine sorcière. »
Colin, qui venait tout juste de se décider à quitter la moelleuse assise, se figea dans son action, une moue songeuse s'installant sur son visage tandis qu'il demandait :
« Qui ça ? McGonagall ?
_Mais non voyons… Rusard. » Le corrigea Sean dans un clin d'œil.
Le rire seul du photographe se fit entendre alors que la petite silhouette trapue s'éloignait déjà vers l'entrée de la salle commune, se faufilant habilement entre les autres occupants qui s'étaient réunis en nombre ce soir-là pour fêter l'amère victoire. Vite disparue.
Tuer… Déchiqueté… Du sang ! Le sang frais enfin… Mordre…
Colin tétanisé et impuissant fixait deux gros yeux jaunes à travers son objectif.
Dites : "Cheeese !"
-REJETÉE-
Propriété artistique : J.K. Rowling.
'Jour,
On retourne sur du plus classique pour cette fois-ci. Pas de tentative de concept, pas de tortueuses créations narratives. Juste quelques minutes prises pour un personnage qui est demeuré au cours de cette série, très secondaire. Un de ceux qu'on apprécierait de pouvoir faire taire en refermant le livre.
Pour autant, nous moldus lecteurs, sommes très proches de Colin. J'ai mis l'accent sur l'admiration qu'il ressent à découvrir un nouveau monde justement pour cela. A quel point cela est finalement aisé de s'imaginer courir partout pour se remplir les yeux de Poudlard et de l'univers de la Magie. Au risque de faire de mauvaises rencontres ?
Le prochain sera davantage musclé en quantité et contenu. Et je n'entends pas forcément émotionnel. Bon courage d'avance, et merci, merci oui d'être parvenu jusque là. ^^
Victimes conciliantes suivantes : Scorpius Malefoy & Albus Potter (Tome Bonus).
