J'ai effectué quelques modifications dans ce quatrième chapitre depuis la première publication. ;)

J'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture ! R&R


L'atmosphère était tendue alors qu'ils étaient assis dans la salle d'attente de l'hôpital. Cal tourna brièvement la tête pour étudier le profil de Gillian qui lisait un magazine... enfin feuilletait les pages. Il n'était pas sûr qu'elle fût vraiment concentrée sur sa lecture. En tout cas, une chose était sûre, il ne pouvait pas se concentrer. Alors à la place, il observait les personnes qui l'entouraient, cherchant à décrypter les mensonges et les micro-expressions. Il jeta à nouveau un regard furtif vers la jeune femme.

"Tu veux me demander quelque chose ?", grommela-t-elle, la gorge asséchée de ne pas avoir parlé depuis quelque temps.

"Je ne sais pas", confessa-t-il, pris de court par sa question.

Elle roula des yeux. "Bien sûr que tu sais. Tu ne sais juste pas comment demander".

Cal sentit ses joues rougir face à son regard perçant. "Comment te sens-tu ?"

Elle plongea aussitôt son regard en direction de ses chaussures. "Nerveuse. Anxieuse. Et peut-être un peu contente".

"Contente ? Vraiment ?", s'exclama Cal, interloqué.

"Oui. Au moins, tu es là avec moi. Je veux dire... Je peux prendre soin de toi, je peux être là pour toi quand tu en as besoin, je peux faire un million de choses pour toi, je peux sauver ta peau à de nombreuses reprises, mais j'ai l'impression de n'obtenir pleinement ton attention que lorsque tu penses que tu risques de me perdre". Elle s'arrêta, étudiant ses expressions non verbales. Sa mâchoire était tout aussi serrée que ses poings. "Mon besoin de toi ne disparaît pas quand je n'ai plus de problème", murmura-t-elle, ses yeux scannant rapidement la salle.

"Peut-être, mais si tu vas bien, je n'ai pas d'excuse pour prendre soin de toi", confessa Cal, penaud.

"Tu n'as pas besoin d'excuse", lui assura-t-elle.

"Si. Je…", commença-t-il.

"Gillian Foster ?" appela un médecin, interrompant ainsi l'explication de Cal. Gillian acquiesça, posa ses mains sur ses genoux et se leva.

Alors qu'elle se rapprochait du médecin, Cal lui attrapa le poignet. "Tu veux que je t'accompagne ?", demanda-t-il doucement.

"Cal, ils vont… tu sais…", dit-elle en désignant sa poitrine. Elle ne voulait pas discuter de ça avec lui.

"Je sais", sourit-il. "Non mais… je voulais dire… heu… veux-tu que je te tienne la main ou quelque chose comme ça ?… au cas où ça fait mal", ajouta-t-il rapidement.

"Non, ça va aller", répondit-elle avant de suivre le médecin vers la salle d'examen.


Un peu plus tard, dans la salle d'attente…

Cal bouillait d'impatience. Il sentait ses jambes fourmiller à force de se retenir de faire les cent pas. Il n'était pas un homme d'inaction. Il détestait l'inaction et l'attente. Dans ses comportements, il ressemblait souvent à un gamin hyperactif, toujours à gigoter, à tortiller son corps dans tous les sens, ne pouvant jamais vraiment rester en place, ne serait-ce que quelques instants.

L'annonce de ses sentiments à Gillian ayant été largement mise entre parenthèses depuis la révélation de la jeune femme, il réfléchissait à la manière de lui avouer, disons… cet après-midi au retour de ce rendez-vous médical. Mais comment lui dire sans que Gillian ne l'interprète comme de la pitié ? Connaissant Gillian comme il la connaissait, elle était une femme indépendante qui détestait montrer ses faiblesses. Alors, comment allait-elle réagir si finalement les résultats se révélaient positifs ? Le laisserait-elle s'occuper d'elle, l'aider à traverser les traitements et les effets secondaires associés ? Comment réagirait-elle quand elle commencerait à perdre ses cheveux ? Ou si elle devait subir une mastectomie ? Evidemment à ses yeux à lui, elle resterait toujours la plus belle femme au monde – la plus désirable même si la maladie devait la fragiliser. Mais elle, le laisserait-elle l'aimer ? Gillian n'était pas une femme narcissique ou prétentieuse mais la perte de ses atouts féminins ne pourrait pas être sans conséquence ! Toutes ces questions tournoyaient dans la tête de Cal, ne lui laissant aucun répit.

Gillian, sa Gillian, sa belle et merveilleuse Gillian ! Elle lui avait dit quelque chose qui le perturbait : "Je n'ai pas envie de ta pitié. Je ne veux pas que tu me traites différemment en pensant que j'ai un cancer pour finalement me rejeter une nouvelle fois s'il s'avère que je n'ai rien". Comment pouvait-elle penser ça après toutes ces années d'amitié ? Sept ans déjà qu'ils se connaissaient. Cinq ans qu'ils avaient fondé la société et étaient devenus partenaires. Il devait avouer qu'il pouvait se montrer méchant quelquefois ou qu'il lui arrivait de « se la jouer solo » mais à chaque fois, la seule pensée qui le faisait réagir de la sorte était la sécurité de Gillian et sa soif de justice. Protéger Gillian en priorité puis protéger les innocents, les victimes, les personnes sans défense. A quel prix ? A tous les prix ! Au prix même de sa propre vie ! Ne pas avoir pu déchiffrer la détresse de sa mère, ne pas avoir pu l'aider, la protéger, la sauver, l'avait fragilisé et traumatisé à tout jamais. Pour lui, c'était et ça restera toujours de SA faute ! Alors il essayait par tous les moyens de se racheter, de se débarrasser de ce sentiment de culpabilité qui le rongeait. Et pour y parvenir, il s'était fixé la mission de protéger ceux qu'il aimait ainsi que les personnes en situation en détresse. Même s'il s'y prenait mal et d'autant plus en raison de « la limite », il avait toujours voulu protéger Gillian. Elle comptait plus que tout pour lui : son soutien, son écoute, son opinion, sa gentillesse, sa capacité à voir le meilleur en chacun, son côté petite fille qu'elle pouvait dévoiler par moments, sa passion pour les romans à l'eau de rose, son « innocence », sa fraîcheur. Il avait essayé à de multiples reprises de lui montrer combien elle était importante pour lui mais elle avait toujours eu cette tendance à se réfugier derrière « la limite ».

Quelquefois, il pouvait se montrer froid, sans cœur, indifférent envers elle, envers ses sentiments, mais ce n'était qu'une façade, un masque derrière lequel il se cachait et cachait ses émotions les plus profondes. Mais c'était décidé ! A partir d'aujourd'hui, il laisserait définitivement tomber le masque et lui laisserait lire toutes ses pensées et tous ses sentiments. Après tout, elle était la femme de sa vie, celle avec qui il voulait passer le restant de ses jours, alors autant être honnête, franc et ouvert. Car de toute façon, il refusait l'idée qu'elle puisse être malade. Non, non et non ! Elle n'était pas malade ! Les médecins allaient évidemment lui dire que la grosseur est bénigne, qu'elle ne comporte aucune cellule cancéreuse. Voilà c'est sûr ! Ce n'était qu'une fausse alerte, une frayeur pour le pousser à lui avouer ses sentiments ! C'est ça ! La vie s'arrangeait pour aider Cal à avouer ses sentiments à Gillian ! Evidemment, elle aurait pu choisir une méthode moins drastique mais telle avait été son expression ! Alors maintenant, c'est bon, il avait compris. Il avait COMPRIS ! Le sort pouvait aller s'acharner sur d'autres personnes, pouvait aller inquiéter d'autres familles, et lui rendre SA Gillian saine et sauve !


Gillian sortit de la salle d'examen, marchant avec précaution. Sa poitrine lui faisait mal à cause de l'aiguille qu'ils avaient plantée dans le tissu mou autour de son sein.

Cal se leva, anxieux quand il vit Gillian approcher. "Ça va ?", demanda-t-il, les sourcils relevés.

Gillian réussit à esquisser un sourire. "Ça va. J'ai juste mal à cause de l'aiguille. Les effets devraient durer un jour ou deux. Grâce à la mammographie et à l'échographie, les médecins ont décelé une anomalie – un nodule. Ils pensent que c'est une mammite fibrokystique, mais ils ont quand même fait une biopsie au cas où. Je dois revenir dans une semaine pour avoir mes résultats. Durant les deux prochains jours, je dois juste vérifier qu'aucune autre petite boule dure n'apparaisse, ce qui correspondrait à un hématome." Gillian révéla dans un souffle.

"C'est rassurant, non ? La tumeur ne semble pas cancéreuse". Cal répondit, la voix remplie d'espoir.

"Ce n'est pas encore sûr à 100% mais ça en a plutôt l'air", avoua Gillian, un petit sourire hésitant naissant sur ses lèvres.

"Super ! Allez, viens, je te ramène chez toi", lui proposa Cal, en glissant son bras sous celui de Gillian. Ensemble, ils sortirent de l'hôpital, marchant lentement vers la voiture du détecteur de mensonges humain.


Bien que Gillian ait la langue qui lui brûlait de questions, elle s'en abstint. Elle regardait Cal s'installer sur le canapé. "Puis-je te servir à boire ?" lui demanda-t-elle.

"Une tasse de thé, peut-être ? Euh… pourrais-tu m'apporter ton ordinateur en même temps, s'il te plaît, chérie ?"

"Pourquoi as-tu besoin de mon ordinateur ?" demanda la jeune femme, surprise par sa requête.

"Fais-moi plaisir, s'il te plaît !" supplia Cal, un large sourire aux lèvres, essayant de la faire céder.

"Très bien", murmura-t-elle alors qu'elle se dirigeait vers la cuisine.

Okay. C'est maintenant ou jamais. Je dois lui avouer mes sentiments; c'est le moment ! Allez Cal, calme toi ! Respire ! Tout va bien se passer ! Tu dois juste être honnête avec elle.

Un petit moment après, Gillian revint de la cuisine, son ordinateur sous le bras et un plateau avec deux tasses de thé dans les mains.

La voilà ! Dieu, qu'elle est belle ! Comment peut-elle être aussi belle ? Je ne la mérite vraiment pas !

Doucement, Gillian vint prendre place à côté de lui, s'asseyant au bord du canapé. "Bon, alors voilà l'ordi. Pourquoi en as-tu besoin, Cal ?"

Cal haussa les épaules, savourant le liquide fumant. "Nous savons tous les deux que j'ai attendu longtemps… peut-être trop longtemps. En raison de la « limite ». Et ce que tu m'as dit – ainsi qu'Emily et Heidi en fait - m'a fait réaliser certaines vérités… sur moi-même... que je ne voulais pas accepter jusqu'à présent".

Gillian scrutait le visage de Cal. Les yeux de ce dernier étaient baissés et fuyaient le regard de Gillian. Ses lèvres étaient pincées. "Comme quoi ?" demanda Gillian, intriguée.

"Et bien... La façon dont j'ai pu te traiter ces derniers temps – non pas comme mon égale et ma partenaire mais comme mon employée et subordonnée. Le fait que j'ai été plutôt distant avec toi et imprudent. Le fait que j'ai risqué à plusieurs reprises l'avenir financier de notre entreprise sans me soucier des conséquences. Je suis tellement désolé, Gillian... Et... euh... Je voulais aussi te dire quelque chose d'autre, quelque chose de très important... mais je ne sais pas... euh..."

"Cal, ça va", dit Gillian, essayant de le rassurer. "Tu sais que tu peux tout me dire". Elle posa délicatement sa main sur celle de Cal, la serrant gentiment.

Cal soupira avant de sortir une clé USB de la poche de son jean et de la connecter à l'ordinateur. "Très bien. Attends un peu". Après quelques clics, un cliché de scanner apparut sur l'écran. "Tu vois ces zones en couleurs, tu sais que ce sont celles qui s'activent quand tu vois une personne que tu aimes." Gillian hocha la tête pour confirmer ce point scientifique. Cal appuya sur la touche « entrée » du clavier et une photo de Gillian apparut. La jeune femme examina attentivement les zones qui s'animaient sur la coupe du cerveau lorsque brutalement elle releva la tête et plongea son regard dans celui de Cal. Une longue minute de silence passa sans qu'aucun d'eux n'ose prendre la parole. Ils étaient visiblement anxieux et mal à l'aise.

Ne pouvant supporter ce silence plus longtemps, Cal commença à bégayer : "Je sais que... que je ne suis pas l'homme le plus séduisant, fiable, attentif et stable de la planète, je sais aussi que tu mérites quelqu'un de vraiment mieux que moi. Mais j'ai toujours eu tellement peur de te perdre. Te rejeter a toujours été plus facile pour moi que de t'aimer et de risquer de te perdre. Mais, Gill, je ne peux plus, je ne veux plus attendre. Je t'ai... " Il fut brutalement interrompu par les lèvres de Gillian. Son visage se fixa, les yeux grand-ouverts, stupéfait par la réaction de la jeune femme. Puis lentement, il la rapprocha de lui pour approfondir le baiser, glissant sa main dans sa chevelure soyeuse. S'écartant légèrement de Cal après quelques secondes, Gillian étouffa un rire : "Pourquoi es-tu si dramatique ? et si peu sûr de toi ? Si défaitiste ?"

"Parce que je ne suis pas assez bien pour toi", répondit-il machinalement.

"Je pense être la personne la mieux placée pour faire cette évaluation. Et je pense que tu es très bien pour moi".

Ils échangèrent un regard empli d'espoir, d'amour et de crainte. Doucement, Cal posa ses mains sur les hanches de Gillian et l'attira un peu plus à lui, avant de déposer fougueusement ses lèvres contre les siennes. Il demanda l'accès à la bouche de la jeune femme en pressant gentiment sa langue contre ses lèvres. Elle l'accueillit immédiatement et leurs langues se touchèrent enfin. Chacun savourait le goût de l'autre. Puis la passion s'empara d'eux. A ce moment précis, arrêter n'était plus une option envisageable. Cal passa lentement ses mains le long de son dos, avec une pointe d'hésitation. Il ne voulait surtout pas précipiter les choses ou tout gâcher. Il voulait être sûr et certain que c'était bien ce qu'elle désirait. A bout de souffle, Cal se détacha de Gillian et plongea son regard dans l'océan bleu de ses yeux.

"Mes sentiments sont si... inappropriés, à cet instant précis », soupira Cal, un large sourire aux lèvres.

"Vraiment ? Comment ça ?", le taquina Gillian.

"Si tu veux en savoir plus, tu vas devoir m'en dire plus sur les tiens", rigola Cal.

"Bon très bien", rougit-elle. "Tu veux savoir de quelle manière mes sentiments sont inappropriés ? Je n'arrête pas de rêver de toi et moi sous la douche, tous les deux, en train de nous savonner mutuellement avec ce gel douche à la vanille… Maintenant, à chaque fois que je sens l'odeur de vanille…", elle gémit, laissant sa phrase en suspens.

Cal avala difficilement sa salive, sentant ses battements cardiaques augmenter à une vitesse fulgurante. "Je nous imagine souvent en train de faire l'amour sur mon canapé au Lightman Group ou sur les marches menant à la mezzanine dans mon bureau privé", avoua-t-il. "Je ne peux pas vraiment te dire ce qui se passe, mais je peux t'assurer que c'est très, très inapproprié".

"Vraiment ?"

"J'ai envie de te faire l'amour, Gillian. Je t'aime tellement. Tu représentes tellement pour moi", murmura Cal, la gorge serrée par l'émotion.

"Je t'aime aussi, Cal. Tellement. Quelquefois, je suis même effrayée de me sentir si attachée, si attirée, si dépendante de toi. J'ai, moi aussi, tellement besoin de toi dans ma vie", avoua Gillian, tout en lui caressant affectueusement la joue.