Edgeworth franchit la dizaine de kilomètres nécessaires jusqu'au 54 rue des Vaillants situé dans un des quartiers cossus en banlieue. La somptueuse demeure en pierre pâle et au toit bleu ciel était envahie par des policiers et des enquêteurs, ce qui créait une agitation à laquelle le voisinage était peu habitué. En se frayant un chemin, Edgeworth remarqua que la fenêtre du côté droit de la maison, soit celle ayant vue sur un petit chemin menant vers la cour arrière, avait été fracassée.

« Non content de tuer des gens, voilà qu'il effectue des invasions de domicile maintenant », pensa-t-il.

Edgeworth rejoignit la docteure Angels qui l'attendait sur le pas de la porte de la résidence. Ils pénétrèrent à-l'intérieur en conversant.

« Eh bien dis donc, il n'a pas perdu une minute avant de refaire parler de lui, cet assassin, commença Angels.

- Est-on bien sûr qu'il s'agisse de Mask*DeMasque? Pour ce que l'on sait, il pourrait s'agir d'un autre meurtre isolé comme il y en a beaucoup dans cette ville.

- J'en doute. Le Commissaire Adams entre deux hurlements m'a précisé qu'il y avait un témoin à-l'intérieur de la maison qui affirme avoir vu « un individu en espèce de costume de sauterelle » attaquer la victime.

- Ha! Il y a donc un témoin qui a vu le crime! On aura finalement un diagnostic plus fiable que celui de la mort par la frayeur. Du moins je l'espère! »

Ils arrivèrent au salon où se trouvait le cadavre de la victime recroquevillé sur lui-même. Le commissaire Adams meuglait des ordres aux divers policiers sur place pendant que le détective Gumshoe, en retrait, réconfortait une jeune femme d'une vingtaine d'années qui pleurait abondamment. Elle possédait une longue chevelure rousse et des yeux verts rougis par les larmes. Elle était habillée d'un élégant tailleur noir et d'une longue jupe, comme en portent les directrices de grandes entreprises.

« Ha vous voilà enfin! aboya Adams. L'assassin nous a refait le même coup, mais cette fois-ci, avec un plus gros morceau. C'est un collègue à vous, Edgeworth.

- Ha vraiment? » répondit le procureur en tournoyant autour du cadavre.

Il se pencha un peu pour regarder le visage de la victime et leva les sourcils.

« Vous avez bien raison, Commissaire. Je vous présente Vaklav Hycule, un jeune procureur qui n'avait que quelques années d'expérience. Assez médiocre dans son travail de ce que j'ai pu entendre dire. »

Érika Angels lui lança un regard courroucé. Était-ce vraiment le moment de critiquer les morts? Edgeworth n'y porta pas attention.

« Il n'avait pas une très grande carrière devant lui, mais de là à le tuer… reprit le procureur en hochant la tête.

- Enfin peu importe! interrompit Adams. Le pauvre type nous prouve que l'on a bel et bien affaire à un tueur en série. Il y a tout d'abord la demoiselle qui prétend avoir vu un énergumène vert tuer la victime et il y a ceci. »

Il leur montra un bout de papier sur lequel on avait griffonné : « Et un deuxième, les justiciers! Vous chômez ou quoi? »

« Décidemment, notre assassin n'a jamais appris les bonnes manières », conclut Edgeworth en fronçant les sourcils.

Il observa plus attentivement le visage de la victime et sourit légèrement lorsque Angels lui susurra que dans le cas des bonnes manières, Adams devrait être considéré comme un suspect majeur.

« Nous avons donc affaire à un tueur en série qui ne semble pas porter dans son cœur les gens travaillant dans le domaine de la justice : un greffier et un procureur jusqu'à présent. Comment deviner qui sera le prochain? » résuma Angels, énigmatique.

Elle agrippa le menton de la victime et lui tourna la tête légèrement. S'ensuivit un sourire satisfait de la docteure.

« Et on a en plus ceci qui pour prouver qu'on a affaire au même assassin! »

Edgeworth regarda attentivement l'endroit qu'Angels lui indiquait. Le procureur décédé possédait quelques contusions au niveau de la bouche. Les mêmes que l'on avait retrouvées chez Mr. Demère.

« Pas très original, ce Mask*Demasque, clama Adams.

- Peut-être, mais il est habile. Même si c'est la deuxième fois qu'on retrouve ce genre de blessures, on ne sait toujours pas le pourquoi et le comment de tout ceci », rappela Angels.

Edgeworth croisa les bras et réfléchit un moment. Il se tourna vers la jeune compagne du procureur Hykule qui commençait à peine à se calmer. Le détective Gumshoe implorait le procureur du regard de lui porter secours.

« Je crois qu'elle serait en mesure de nous aider. . . du moins si elle réussit à s'apaiser, indiqua Edgeworth en se tapotant le menton avec l'index.

- Ne vous en faites, je vais la rassurer avec quelques bonnes paroles », tonna brutalement le Commissaire Adams.

Il marcha en direction de la jeune femme, mais Edgeworth le stoppa, la main levée au niveau de l'abdomen.

« Sans vouloir vous offenser, Commissaire. Je ne crois pas que vous soyez l'homme tout indiqué pour cette tâche. »

Adams émit un grognement et tourna les talons avec mauvaise humeur. Il se dirigea vers ses enquêteurs qui, visiblement, allaient payer le prix de sa furie. Edgeworth et Angels s'avancèrent avec prudence vers la compagne du défunt qui continuait de sangloter.

« Mademoiselle. . . sachez que nous compatissons avec vous. Mais quand vous vous sentirez prête, nous aimerions vous poser quelques questions », se risqua Edgeworth avec un sourire bienveillant.

La jeune femme observa Edgeworth quelques instants et haussa les sourcils. Elle s'éclaircit la gorge par deux fois.

« Merci. . . mais une question? Est-ce que nous nous sommes déjà croisés? Vous m'êtes légèrement familier.

- C'est bien possible, j'exerçais la même profession que votre. . . ex-petit ami. »

La femme aux cheveux roux déglutit avec difficulté.

« C'était mon fiancé… sanglota-t-elle, la voix brisée.

- Ha. . . pardonnez-moi… »

La jeune femme émit un sanglot et s'enfouit le visage dans les mains. Angels arborait un air de reproche en regardant le procureur, qui lui répondit d'un regard agacé. Comment diable aurait-il pu savoir cette information?

Il reprit :

« Toujours est-il que je suis également procureur. Je m'appelle Miles Edgeworth. »

La jeune femme eut un tic de surprise qui n'échappa pas au procureur. Elle répondit avec un malaise facilement détectable.

« Heu. . . enchantée. Je m'appelle Hillya Santent. J'ai entendu parler de vous, Mr. Edgeworth. Mon fiancé m'a raconté certaines. . . choses à votre sujet. »

Edgeworth se renfrogna sous le regard amusé d'Angels, mais il parvint sans problème à garder son calme.

« Bon et bien, mademoiselle Santent, je vais laisser la Docteure Angels vous poser quelques questions à propos de ce que vous avez vu. Je vous rejoindrai une fois que j'aurai terminé ma propre petite enquête. Détective, suivez-moi! Vous m'expliquerez ce que l'on sait de ce nouveau crime, intima Edgeworth d'un ton autoritaire.

- Tout de suite, monsieur! tonna Gumshoe en se mettant au garde à vous. Ne vous inquiétez pas, mademoiselle Santent, la Docteure Angels ne mord pas! Ho! Ho! Ho! »

La jeune femme parut déçue de voir le détective quitter son rôle de consolateur et le gratifia d'un regard reconnaissant lorsqu'il rejoignit Edgeworth.

Les deux hommes s'éloignèrent de Mlle Santent, alors qu'Érika Angels débutait ses questions.

« Alors Détective? Où en sommes-nous dans cette affaire? demanda Edgeworth.

- Hé bien, monsieur, rien de bien particulier. L'assassin déguisé aurait cassé une fenêtre et serait entré dans la maison. Il aurait profité de la surprise du procureur pour le tuer d'une manière qui nous est inconnue. Mlle Santent a vu l'assassin prendre la fuite et elle a contacté la police.

- Et au final, vous a-t-elle dit comment elle avait vu son fiancé être assassiné, détective?

- Hemmm non, monsieur, rumina le détective. Je n'ai pas trouvé le temps de lui demander malheureusement. . .

- Autrement dit, pendant ces quinze minutes de consolation et de réconfort, vous n'avez pas trouvé cinq secondes pour lui poser cette simple question?

- Désolé, monsieur, je croyais que c'était mieux pour son état de. . .

- Cela suffira, détective. Croyez-moi, je vais prendre ces cinq secondes pour ajouter cela à mon rapport. Des indices trouvés sur la scène du crime?

- Une seule chose et c'est ceci! » déclara le détective Gumshoe en pointant un petit objet enveloppé dans un sac de plastique situé près de la fenêtre.

Edgeworth s'approcha et agrippa le dit sac. L'objet en question ressemblait à une pompe comme en utilise les asthmatiques.

« Bien évidemment, on l'a retrouvée vide et sans empreinte. Ce Mask*Demasque n'a pris aucun risque, ajouta le détective.

- Et est-on bien sûr que c'est Mask*Demasque qui a laissé cette pompe ici et non pas la victime, elle-même, qui pourrait être asthmatique? »

Le détective eut un regard étonné suivi d'un sourire niais.

« Non, on n'y a pas pensé monsieur. Je suppose que c'est une possibilité, si vous voulez, je peux. . . »

- Non, ça ira! coupa Edgeworth, excédé. On ne peut compter que sur soi-même ici! Préparez votre rapport si ce n'est pas trop difficile pour vous! »

Gumshoe s'éloigna la tête basse, alors que le procureur se dirigeait vers la fenêtre désormais cassée. Quelques morceaux de verre jonchaient le sol.

« Rien de bien intéressant ici. Peut-être que… »

Il scruta attentivement le cadre en bois de la fenêtre et découvrit une trace infime de sang sur l'un des rares morceaux de verre encore accrochés à la fenêtre.

« Hé bien voilà! Il n'est pas si parfait, notre assassin! Il y aura tout de même quelque chose l'incriminant! » s'exclama Edgeworth triomphalement.

Toutefois, son sourire se figea, alors qu'il réfléchit à un élément. Le jeune homme plissa légèrement les yeux et s'approcha du corps en espérant que l'hypothèse à laquelle il venait de penser s'avèrerait fausse.

« Dites-moi, commissaire. Vous avez pris toutes les photos nécessaires de la victime? demanda-t-il à haute voix.

- Ouais, mes hommes viennent tout juste de terminer leur boulot. On peut l'emmener à la morgue sans problème désormais!

- Un instant, voulez-vous? » clama Edgeworth en s'agenouillant devant le cadavre.

Il déplaça le corps afin que ce dernier soit à plat ventre. Le jeune procureur durcit son regard lorsqu'il distingua une légère plaie sur l'arrière du biceps droit de la victime.

« Malédiction… »

Le procureur se redressa, les dents serrées. De toute évidence, le sang sur le morceau de verre concorderait avec celui de la victime, encore une piste qui s'écroulait.

Notre héros se tapota la tempe et ferma les yeux. Les images de la scène du crime et les détails de l'enquête défilèrent dans sa tête, mais la fusion ne s'effectua pas. Selon les informations qu'il possédait, des contradictions grossières apparurent au grand jour. Il sourit malicieusement

Le procureur continua d'observer la scène du crime en se frottant le menton. Quelque chose n'allait pas, mais pas du tout.

Il alla rejoindre Angels qui terminait l'interrogatoire de Mlle Santent.

« Alors Érika? Du nouveau? Et possiblement quelque chose d'encourageant? supplia Edgeworth sans trop y croire.

- Hum et bien… rien qui sorte de l'ordinaire. Selon le témoignage, l'assassin aurait cassé la fenêtre, se serait introduit dans la maison et, après une courte lutte avec Mr. Hykule, il l'aurait tué en lui insérant quelque chose dans la bouche.

- Je vois, je vois. »

Le procureur eut un dernier rictus et avec un malin plaisir, il s'adressa à la fiancée de la victime.

« Maintenant, Mademoiselle, nous allons voir si je suis à la hauteur de la réputation que votre fiancé m'a faite. Je ne vais vous demander qu'une seule petite chose pour le moment.

- De quoi s'agit-il? répondit la jeune femme avec une pointe d'inquiétude.

- Vous allez me raconter la même histoire que vous avez racontée à la Docteure Angels. »

Hyllia Santent parut inquiète face à la nouvelle attitude du procureur. C'est sur ses gardes qu'elle répondit.

« Heu bon d'accord. . . si ça peut vous faire plaisir. J'étais dans la cuisine tranquillement et Vaklav s'occupait dans le salon. C'est à ce moment que j'ai entendu le bruit de verre de la fenêtre que l'on cassait et. . .

- Je crois que je me suis mal exprimé, trancha le procureur. Vous allez me raconter la même histoire, mais cette fois sans mentir. »

Angels se tourna vers le jeune procureur, étonnée par tant de sous-entendus cruels. Hyllia Santent écrasa ses larmes et son terrible chagrin se mua en colère sourde.

« Je ne sais pas quelles insinuations odieuses vous avez en tête, Mr. Edgeworth, mais je ne vais pas me laisser insulter!

- C'est cela oui, reprit Edgeworth avec un rire mauvais. Et si vous commenciez par me dire comment cette fenêtre a été cassée.

- Mais je l'ai déjà dit! C'est cet. . . individu qui l'a cassée pour entrer dans la maison et il. . .

- Un instant! Vous et moi savons très bien que c'est un mensonge! La fenêtre a été cassée de l'intérieur!

- Qu'est-ce que tu racontes, Miles? s'insurgea Érika Angels.

- La vérité tout simplement! Il n'y a que quelques morceaux de verre à-l 'intérieur, tout le reste est dehors! Plutôt curieux pour une entrée par effraction, non? » expliqua Edgeworth en désignant la fenêtre de l'index.

Mlle Santent déglutit difficilement.

« Alors, cette fenêtre? Votre fiancé était mauvais bricoleur ou bien vous avez préféré détruire votre fenêtre plutôt que de la laver? » demanda Edgeworth en se croisant les bras.

Son regard sarcastique et défiant mit rapidement Angels mal à l'aise. Toutefois, la docteure comprit très vite que le procureur avait décelé une faille et elle ne s'interposa pas.

Edgeworth vit que des larmes commençaient à monter aux yeux de Hyllia Santent. C'était le signal qu'il attendait.

« Mademoiselle, si vous voulez que nous vous aidions, il faut que vous fassiez votre part. Peu importe ce qui s'est passé, vous ne devez pas nous le cacher, sinon nous ne pourrons jamais arrêter le meurtrier », indiqua Edgeworth d'une voix doucereuse.

Mlle Santent tenta de retenir ses émotions, mais peine perdue, elle recommença à pleurer à chaudes larmes. Angels regarda Edgeworth avec un air de reproche évident. Ce dernier n'y fit pas attention. Le mensonge ne méritait aucune retenue.

« Que s'est-il passé, mademoiselle? Vous vous êtes disputés, c'est cela? » demanda Edgeworth d'un ton qui se voulait compatissant.

La jeune femme hocha la tête verticalement pour signifier qu'Edgeworth avait visé juste.

« Mademoiselle, si vous vous sentez prête à nous dire ce qui s'est passé… nous pourrons boucler ce souvenir pénible et poursuivre notre enquête », ajouta Angels.

Après quelques minutes, Mlle Santent parut se calmer. Elle respira profondément et se résigna.

« Vous avez raison, cela ne sert à rien de le cacher. Voyez-vous, Vaklav n'a jamais été le compagnon de vie le plus dévoué… ni le plus attentionné. Il aimait beaucoup. . . fréquenter d'autres personnes. »

Edgworth regarda Angels avec un profond malaise. La suite n'augurait rien de bon.

« Or, hier, cela faisait 2 ans que nous étions fiancés et puis. . . cet imbécile n'a rien trouvé de mieux que de me dire que ce soir, il sortait au restaurant avec une autre femme. J'étais folle furieuse. ... Comment a-t-il osé me faire ça le jour de notre anniversaire de fiançailles…

- Je comprends, mademoiselle, mais ensuite? pressa Angels qui ne souhaitait pas entendre d'aussi embarrassants détails.

- J'ai agrippé la statuette là-bas et je lui ai lancée! Mais j'ai très mal visé et elle a fracassé la fenêtre. Vaklav était furieux, il m'a traité de folle et je suis partie pleurer dans la cuisine. Je ne l'ai pas tué!

- Calmez-vous mademoiselle. Personne ne vous soupçonne ici », indiqua Angels.

Edgeworth lui fit un regard peu convaincu comme s'il avait voulu signifier « cela reste à voir ».

« Je pleurais toujours quand j'ai entendu un cri étouffé dans le salon. J'ai couru vers le salon et mon fiancé était agenouillé par terre, dos à la fenêtre. Un individu habillé de vert avec un grand chapeau et un masque se trouvait de l'autre côté de la fenêtre et lui faisait une prise de tête avec son bras. »

Edgeworth se tourna vers Angels et lui glissa quelques mots.

« Mask*Demasque serait donc resté dehors durant toute l'opération. Il aurait fait tomber Mr. Hykule alors qu'il était de dos et l'aurait immobilisé une fois qu'il était par terre.

- Et ensuite, mademoiselle? demanda Angels.

- Après, l'assassin a sorti quelque chose et l'a inséré violemment dans la bouche de Vaklav. Et. . . Vaklav est tombé par terre. C'est là que j'ai pu voir clairement l'assassin en costume folklorique. Je. . . ça m'a fait un choc et j'ai hurlé. L'assassin a pris la fuite et j'ai appelé la police! J'en ai profité pour remettre la statuette à son endroit original.

- Tiens tiens! Est-ce que l'objet inséré en question ressemblait à ceci? » demanda Edgeworth en sortant la pompe trouvée au préalable.

Angels écarquilla les yeux.

« Qu'est-ce que c'est? Un bronchodilatateur? Tu fais de l'asthme maintenant? questionna Angels, intriguée.

- Pardon. . . un quoi? bredouilla Edgeworth.

- Et bien une pompe pour l'asthme. Ce n'est pourtant pas sorcier!

- Je suis certaine que c'était cela! clama la fiancée de la victime. Mais comment… il n'a pas pu mourir aussi facilement. »

Angels enleva ses lunettes et entreprit d'exposer sa thèse.

« Très simple! Nous allons utiliser un réactif dans la pompe pour en vérifier le contenu! Mais pour le moment, j'ai ma petite idée concernant la méthode de Mask*Demasque : Il utilise un poison gazeux qu'il vaporise directement dans la bouche de la victime, ce qui se rend directement dans les bronches, expliqua-t-elle en notant tous les détails dans un carnet.

- Mais pourquoi obligatoirement vaporiser dans la bouche, alors que la mort pourrait être simplement causée par inhalation? demanda Edgeworth, toujours incrédule.

- Très simple également! Probablement que le gaz en question est si toxique et si volatil que le vaporiser à l'air libre pourrait être dangereux pour l'assassin lui-même. »

Le procureur réfléchit quelques instants et parut satisfait de la réponse de son amie.

« Logique, logique. . . énonça Edgeworth, les bras croisés. Merci beaucoup de votre temps, mademoiselle Santent! Vous nous avez été d'une aide précieuse.

- Merci à vous! Je vous fais confiance. . . Vaklav n'était pas parfait, mais il ne méritait pas de mourir. . . » conclut Mlle Santent en séchant ses larmes.

Les deux acolytes eurent un dernier regard de sympathie avant de finalement tourner les talons. Les policiers en faction commençaient déjà à clore la scène de crime et à quitter la demeure du défunt.

Après avoir indiqué ce qu'ils savaient au Commissaire Adams, Angels et Edgeworth se dirigèrent hors de la maison en ressassant tous les éléments de l'enquête. Arrivés à leurs voitures, ils restèrent figés quelques instants dans un silence étrange.

« Érika, maintenant il faudrait. . . commença Edgeworth.

- Ah non! Maintenant ça suffit! Je ne vais pas me tuer au travail! Débrouillez-vous sans moi, je vais manger avant de mourir d'inanition! » coupa Érika, agacée.

Edgeworth se tapota la tempe avec un sourire étrange.

« Et bien justement, je t'invite à dîner ce soir », proposa-t-il.

Angels écarquilla les yeux, complètement prise au dépourvu, mais elle se reprit assez rapidement.

« C'est plutôt inattendu et j'avais dit à Vicky que je passerais la soirée avec elle et ses spaghettis, mais. . . »

Elle fit un sourire radieux à Edgeworth et reprit.

« Mais je suis certaine qu'elle va comprendre! Je dois simplement lui passer un coup de fil! »

Angels saisit son portable et composa un numéro. Edgeworth attendait patiemment contre sa voiture.

« Allô Vicky? C'est Érika! Écoute, j'ai beaucoup de travail ce soir, alors je vais rester au bureau une bonne partie de la soirée. Ne m'attends pas pour les spaghettis! Ciaoooo! »

Érika ferma son portable et évita le regard nettement amusé d'Edgeworth.

« Bon, le restaurant n'est pas loin, à peine à 5 minutes d'ici. Suis-moi et tu ne peux pas te tromper », indiqua Edgeworth avec un sourire malin.

Ils embarquèrent dans leurs autos respectives et arrivèrent sans histoire au restaurant français habituel d'Edgeworth. Érika sortit de sa voiture, les joues un peu rougies, et ils marchèrent vers l'entrée du restaurant. Edgeworth s'amusait particulièrement de la situation et avant d'entrer dans l'établissement, il murmura à Angels :

« Tu sais, Érika, ils font certaines ristournes pour les couples ici. Alors c'est peut-être une bonne idée de. . . »

Avant même qu'il n'ait fini son propos, il enroula son bras droit autour du bras gauche d'Angels. Ils entrèrent dans le restaurant dans l'un des silences les plus inconfortables qui n'ait jamais existé.