Rosalie

J'avais une femme, j'avais un fils, et en une fraction de seconde j'ai décidé d'avoir une fille.

Pour dire la vérité, Rosalie Hale était d'une telle splendeur déjà humaine, même couchée dans cette ruelle,mourante, ensanglantée, rouée de coups, violée, attendant la mort…que j'ai voulu donner à cette jeune fille une seconde chance.

Rosalie a été, je crois, la seule à m'en avoir vraiment voulu de l'avoir transformée.

Mais moi je ne le regrette pas, encore moins que pour Edward et Esmée, parce que je sais qu'elle est un pilier indispensable de notre famille.

Elle ne le sait pas, ne s'en rend pas compte, mais Rosalie est mon enfant préférée.

Sans doute parce que je me sens responsable de son amertume, mais aussi et surtout parce que je sais qu'elle est bien autre chose que la jeune fille d'une beauté renversante, agressive et entêtée qu'elle parait au premier abord.

Rose est celle qui a conservé la plus grande partie de son humanité.

Elle n'a pas oublié ses idéaux, ses désirs et ses rêves.

Elle est capricieuse mais clairvoyante, râleuse mais sensible, vindicative mais passionnée.

Rosalie est presque mon exact opposé.

C'est si facile de l'aimer, de lui pardonner, si simple pour moi de me mettre à sa place, de me souvenir un instant de ce qu'on lui a fait subir dans les derniers moments de son existence, de ne pas pouvoir faire autrement que d'ouvrir mes bras et la serrer fort, comme si jamais rien ne pourrait réparer sa souffrance, ses désillusions…

Esmée me dit souvent en riant qu'il n'y a qu'avec Rosalie que je me comporte réellement en père, et que cela vaut mieux, vu la manière dont je lui cède tout, vu la manière dont je la gâte.

Elle a sans doute raison.

Je sais à quel point cela agace Edward, mais un sourire de ma Rose allège un peu le poids des remords que sa souffrance fait peser sur mes épaules.