Chapitre 3 : Iridescent
.When you were standing in the wake of devastation
When you were waiting on the edge of the unknown
And with the cataclysm raining down
Insides crying, "Save me now!"
You were there; impossibly alone
Do you feel cold and lost in desperation?
You build up hope, but failure's all you've known
Remember all the sadness and frustration
And let it go. Let it go
- Linkin Park -
..
Merci encore pour toute vos reviews! Merci aux guest, mariMagda, Elena, Koul et Blue dark!
J'ai adoré tous vos messages en reviews ou en Pm…Beaucoup se sont interrogé à propos de la déclaration de Castiel à Dean selon laquelle certains policiers auraient '' abusé'' de ses services…Je dois avouer que je n'ai pas vraiment élaboré sur le sujet dans ma fic parce que plusieurs choses prendront priorités mais j'aurais peut-être dû…Sachez tout de même que je n'ai pas prévu que des policiers de l'escouade de Dean soient vraiment coupable de ces abus…Je pensais plutôt aux patrouilleurs, ceux qui sont plus en contact avec les prostitués et qui ont souvent côtoyé Castiel. La brigade des homicides ne s'occupent pas de ce genre de délit mineur et Dean n'a rencontré ce milieu que parce que le tueur fait des victimes parmi les prostitués…
Je trouve vos commentaires vraiment stimulants et c'est toujours un plaisirs de lire vos suppositions…Quelqu'un veut tenter de deviner qui est le tueur?
Encore un gros merci à ma beta, Mariancléa!
Ce présent chapitre nous ouvre un peu plus les pensée de Dean et de sa nouvelle obsession qu'est devenue Castiel…
Bonne lecture!
Le corps de Pamela Barne fut retrouvé avec les mêmes mutilations que les deux autres.
Même cause de la mort… Une lettre informatisée dans la bouche disant ''Bientôt… Bientôt ma récompense… Bientôt à moi, mon amour…''
- Mais quel con tout de même! Soupira Charlie en s'asseyant sur le bureau de Dean qui regardait une copie de la lettre, encore et encore.
- Un fou ! Oui ! Approuva Dean mais Charlie continua à faire la moue.
- On sait tous qu'il vise quelqu'un en particulier… Pourquoi tout ce mal ? Pourquoi tuer toutes ces autres personnes ?
- Pour s'amuser… Dit Dean, toujours pensif.
- Ok mais il joue avec sa chance non ? Continua Charlie. Je veux dire, plus il joue avec nous et plus sa proie peut lui échapper… À moins bien sûr que…
- Que ? S'intéressa Dean en levant les yeux sur la rouquine.
- Bah qu'il soit certain que sa victime demeure à sa portée…
- Hum… C'est bien ce qu'il me semble oui… Il n'a pas l'air particulièrement pressé… Et ses indices sont plutôt merdiques…
- Parce que tu crois que c'est des indices qu'il nous destine ? S'étonna Charlie.
- Nous avons 3 lettres de l'alphabet jusqu'ici... Benny croit à un code…
Charlie soupira de dépit.
- Ouais… Il m'a fait bosser là-dessus comme une dingue… Selon lui chaque lettre signifie un nombre… Il m'a même sorti la suite de Fibonacci…
- Je ne savais pas que Benny connaissait la suite de Fibonacci… Rigola Dean et Charlie sourit.
- Je crois qu'il visionne trop de série policière… Bref… Rien ne concorde… Je ne crois pas que les nombres 3-1-1-9- veuillent dire quoi que ce soit…
- Pas plus que les lettres… dit pensivement Dean. C'est pas comme s'il jouait au scrabble avec nous…
- Je sais ! Insista Charlie. Mais supposons qu'on fasse fausse route Dean… Supposons que ces lettres ne nous soient pas destinées…
- Et il les grave sur ses victimes comme cela… Juste pour s'amuser ?
- Oui.
Le ton de Charlie était sérieux et aiguisa la curiosité de Dean.
- Oui ?
- Peut-être qu'il ne peut pas s'en empêcher… Il est de toute évidence obsédé par cette personne qu'il vise… Assez obsédé pour tuer d'autres personnes avant elle… Juste pour se faire un appétit… Pour faire durer le plaisir… Les mots qu'il nous écrit nous sont peut-être destinés… Après tout il les met littéralement dans la bouche de ses victimes… Il ne nous parle pas Dean… Il FAIT parler ses victimes mais ces lettres gravées c'est lui… C'est comme si… Comme s'il ne pouvait pas s'en empêcher…
Dean réfléchit à la question un moment.
- Et qu'est-ce que ça signifie pour lui ?
Charlie haussa les épaules.
- J'ai l'air du dépeceur de Pittsburgh ?
- Je déteste ce surnom…
- Surnom… dit pensivement Charlie. Tu sais… C'est peut-être cela… Les lettres désignent peut-être sa victime visée…
Trois lettres maintenant. Un A, Un C, Un S…
Dean se figea soudainement d'horreur. Son sang se glaça et son souffle se coupa. Trois lettres oui, mais dans un tout autre ordre : C.A.S.
- Dean ? Dean ? Ça va ? Dean ! T'es tout vert qu'est-ce qui t'arrive !
La voix de Charlie était paniquée…
Il l'ignora et se dirigea à grands pas vers le bureau de Rufus. Il entra sans frapper et le sergent demeura figé en le voyant, une main tenant toujours un stylo. Puis son visage s'emplit de colère.
- Winchester ! Tu te crois au lycée ou quoi ?
- Je veux obtenir un ordre de protection civile… Dit rapidement Dean.
- Un quoi ? Non mais tu te fous de ma gueule ? Hurla Rufus en se levant avec rage.
- Sergent ! Les lettres gravées veulent probablement désigner la prochaine victime…
Son supérieur le regarda un instant avant d'éclater d'un rire sonnant faux.
- Ouais ! Ça ou une centaine d'autre chose !
- C.A.S Sergent ! Cria Dean à bout de patience.
- Ouais C.A.S ! Et puis ?
- Comme dans Castiel !
Rufus le regarda avec de grands yeux, interloqué…
- Caspiel ? Mais c'est quoi ça ?
- Castiel !... Comme le premier témoin que j'ai interrogé ! S'impatienta Dean.
- Oh lui ? Impossible. Il était en cellule lors du premier meurtre…
- Mais je sais ! Le coupa Dean. Et je l'ai vu dans la rue quelques minutes avant le troisième… Je ne parlais pas de lui comme étant le meurtrier mais comme la victime visée !
- Lui ? Tu veux vraiment me faire perdre mon temps Winchester ?
- Il connaissait les deux premières victimes et si je l'interroge je suis certain qu'il me confirmera connaître la troisième…
- C'est une pute ! Toutes les putes se connaissent ! S'impatienta le sergent mais Dean ne se laissa pas démonter.
- Mais ces trois lettres…
- Ça suffit ! Lui cria Rufus d'une voix autoritaire. Ces trois putains de lettres sont tout ce que tu as Dean !
- Mais c'est une piste ! Je veux seulement qu'on lui assure une protection !
- Tu veux que je poste un de mes gars pour surveiller cette petite ordure ? Et tout cela parce que son satané prénom, si c'est son vrai nom, commence par les trois premières lettres que notre meurtrier a gravé sur ses victimes ?
Que répondre à cela. Même si son supérieur lui jetait cette phrase avec dérision, elle sonnait de plus en plus plausible aux oreilles de Dean.
- Oui, répondit-il après un instant.
- Va te faire foutre Dean ! Dégage de mon bureau…
- J'en parlerai à Bobby….
Cette fois, il était certain que les yeux de Rufus allaient lui sortir de la tête.
- Va pas pleurer à papinou ok ! De toute manière il n'est pas là de la semaine…
- Où est-il ?
- En enquête à New York ! Tu veux savoir autre chose ?
- Oui… Si Castiel est retrouvé mort… Je me demande comment tu feras pour dormir la nuit…
Rufus le fusilla du regard avant de lui pointer la porte du doigt.
- Hors de mon bureau !
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Dean en était à tenter de se calmer à son bureau lorsqu'une main se posa sur son épaule.
- Roadhouse ce soir Vieux… Ma tournée…
Dean soupira.
- Ouais… J'en ai peut-être besoin…
- Tu en as grandement besoin oui ! Rectifia Benny en rigolant et le son de son rire calma Dean.
- Je crois que je deviens fou… Dit-il doucement et la main sur son épaule le serra affectueusement.
- C'est ton petit aux yeux bleus qui te trouble comme ça ?
Dean vint pour répliquer mais Benny le coupa.
- J'ai bien vu Dean ! La façon de lui mettre les menottes comme ça… C'était… Héroïque… C'est le seul moyen que tu avais trouvé pour le protéger ce soir-là ?
Dean grogna dans sa barbe ce qui fit encore plus rigoler son vieil ami.
- Il t'est tombé dans l'œil non ?
- Arrête Benny ! C'est pas du tout ce que tu penses ! S'indigna Dean.
- T'es obsédé mon vieux !
- Je crois qu'il est en danger ! Se fâcha Dean et cette fois, Benny se tut et le regarda avec sérieux.
- Ouais… J'ai… Disons entendu ta petite conversation avec Rufus.
Dean leva les yeux au ciel… Cette fois ça y était… Benny allait réellement penser que Castiel l'obsédait. Pourtant, lorsque son ami parla, il fut surpris.
- Tu n'as peut-être pas tort…
- C'est vrai ? S'étonna Dean en regardant Benny curieusement. Benny se passa une main sur la nuque d'un geste nerveux.
- Bah… Ça se tient… Je crois qu'on ne devrait pas courir de risque… Mais tu sais très bien que Rufus ne va jamais dépenser le moindre cent pour protéger un prostitué Dean…
- Je sais… C'est injuste…
- Je crois aussi, mon frère… And justice for all… C'est pas dans la constitution ça ?
Dean lui tapa amicalement sur l'épaule.
- Pas du tout ! C'est seulement le meilleur album de Metallica, vieux…
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Benny, étant le meilleur ami qui soit, s'assura de faire passer le mot à quelques patrouilleurs. Un petit prostitué aux cheveux noirs et aux yeux bleus devait être surveillé de près… Et arrêté et amené en sécurité en cellule si possible.
Maintenant dans la certitude qu'une certaine surveillance serait faite sur Castiel, Dean put profiter d'une petite soirée calme au Roadhouse avec Benny. Il y avait si longtemps qu'il ne quittait pas le travail qu'il en avait oublié à quel point ce pouvait être agréable de seulement être Dean, pour une fois.
- Tu as vu ton frère ou ton père dernièrement ? Lui demanda nonchalamment Benny en attaquant sa deuxième bière.
- Non… J'ai tout de même eu Sam au téléphone hier soir… Il va bien, il travaille sur une grosse affaire… On n'a pas trop le temps de se voir tu sais… Sans compter qu'il y a deux États nous séparant…
- Sans compter que tu es policier et lui avocat…
Dean rigola en prenant une gorgée de sa bière.
- Ouais… Je lui ai finalement pardonné d'être du côté obscur de la force…
- Mais pas John…
- Pas John non… Tu as déjà vu John pardonner quelque chose toi ? demanda amèrement Dean.
- Non… Il t'a formé comme on forme un petit soldat Dean… Tu as toujours été d'une dévotion pour ton père… Sammy a toujours été le rebelle…
- Il ne m'a pas élevé comme un soldat ! Protesta mollement Dean.
- Il t'a façonné comme il le voulait Dean ! Il a profité de ton adoration de petit garçon pour te faire obéir comme il le voulait !
- C'est de mon père que tu parles !
- Ton père qui ne te parle presque plus depuis que tu as osé quitter la brigade de la crim' pour celle des homicides… Les homicides a toujours été ton rêve à toi ! Non pas le sien ! C'est la première fois que tu faisais quelque chose pour toi et j'ai jamais été aussi fier de toi, frère.
Dean fit signe au serveur de lui apporter un autre verre.
- John m'appelle souvent…
- Son dernier appel remonte à quand ? Et sa dernière visite ? Vous vivez dans la même ville !
- Je sais très bien ce que tu penses de mon père Benny ! Sache qu'il m'a élevé comme il le pouvait !
- On n'élève pas un enfant… On l'aime tout simplement…
- Alors il m'a aimé à sa manière…
- Il était où alors quand j'ai organisé cette fête en l'honneur de ta nomination ? Merde Dean ! Même Sam s'était déplacé de l'Ohio ! Et quand tout a éclaté avec Lisa…
Dean l'interrompit.
- J'ai vraiment pas envie de parler de Lisa….
- Je m'en doute…
Benny le regarda presque avec tristesse.
- Ça va ? Je veux dire… Tu as avalé la pilule à propos de Lisa ?
- Oui…
Benny le regarda avec soupçon et Dean dut insister.
- Vraiment Benny… Oui la maison me semble atrocement vide et je suis content de me jeter tête première dans le travail mais vraiment… C'est pas elle personnellement qui me manque… C'était pas si rose entre elle et moi et bien avant l'histoire du bébé… On était vraiment pas sur la même longueur d'onde elle et moi… La présence de quelqu'un dans ma vie me manque mais ce n'est pas sa présence qui me manque.
- Elle savait ?
- Savait ?
- Bien… Pour ta bisexualité…
Il y avait longtemps que ce sujet n'était plus tabou entre les deux amis et Dean n'en ressentit aucun malaise.
- Ouais… Je le lui avais dit… Vers la fin…
- Il date de quand, ton dernier mec ?
- Je t'emmerde vieux ! Rigola Dean. J'ai pas envie de parler de cela avec toi !
- Quoi ? Avoue que tu as un béguin pour moi.
Cette fois les deux amis rigolèrent franchement.
- T'es pas mon style…
- C'est quoi ton style ?
- Pour la millième fois Benny je te rappelle que je suis à peine bi !
- Tu me fais rigoler lorsque tu dis cela !
- Je suis à 25% bi ! continua Dean.
- Arrête Dean ! On est soit bi ou on ne l'est pas !
- Je fréquente des femmes… Les hommes ne sont que pour le lit… Je serais incapable de m'investir émotivement avec un homme et je crois bien que ça ne fait pas de moi un bi à 100%.
- Tu n'as seulement pas encore rencontré un homme avec lequel tu pourrais t'investir ! De toute manière tu t'es investi émotionnellement avec combien de femmes dans ta vie Dean ? Une ? Deux ?
- Deux… En comptant Lisa…
- Tu vois ? Ça ne veut rien dire !
Dean le laissa avoir le dernier mot juste pour avoir la paix et savoura sa bière un long moment.
- Et si on arrêtait de tourner autour du pot et qu'on parlait de ton petit aux yeux bleus…
Le ton de voix de Benny avait été si calculé qu'il prit Dean au dépourvu.
- Quoi ? Mais tu me fais quoi, là ?
- Tu veux quoi de lui Dean ? Tu le veux dans ton lit ?
- Je veux le protéger ! C'est interdit ? Se fâcha Dean.
- Non… Je peux comprendre mais… J'ai peur pour toi Dean…
- Pour moi ?
- Ouais… Parce que je te connais mon frère… Et que j'aurais préféré que tu ne le veuilles que dans ton lit…
- Et si c'était le cas ? Lui demanda bêtement Dean pour le faire taire.
Benny prit une gorgée de sa bière sans répondre et Dean crut bien avoir eu le dernier mot. Jusqu'à ce que Benny ouvre une dernière fois la bouche.
- C'est pas le cas….
.
Dean aurait voulu se convaincre que ce n'était pas Castiel qu'il cherchait… Soir après soir… Il enquêtait… Ses recherches sur les lieux des crimes ne lui apprirent pas beaucoup de choses. Aucune trace de pneus suspecte, de sang, d'empreinte de pas…
Il prit l'habitude de passer par le centre ville chaque soir… Juste pour vérifier si Castiel ne serait pas dans le coin… Il avait besoin de lui parler… Besoin de le prévenir du danger…
Rufus ne voulait toujours rien entendre à propos de cette piste possible et Dean attendait avec impatience le retour de Bobby… Et si le vieil homme ne croyait pas lui non plus que Castiel puisse être la victime désignée du tueur eh bien Dean était prêt à admettre qu'il avait eu tort… Que Castiel lui était monté à la tête et qu'il s'était forgé toute cette histoire dans le seul but de trouver une raison de se rapprocher de lui.
Ses contacts patrouilleurs le mettaient au courant chaque soir de leur observations. Castiel avait été vu ça et là, montant ou descendant de voitures inconnues ou marchant dans la rue mais Dean arrivait toujours trop tard sur les lieux. Au moins le savait-il en vie et les patrouilleurs l'avaient à l'œil. C'est par pur hasard, cette fois, qu'il fit sa rencontre pour la troisième fois.
Il se dirigeait vers une boutique de chasse et pêche. Il avait rendez-vous avec un vendeur qui se souvint avoir vendu un poignard spécialisé dans le dépeçage de gros gibier et le client lui avait semblé louche. Dean doutait que cette piste ne le mène où que ce soit mais il ne se découragea pas pour autant.
Il était dans les environs de 20h00 et le vent de fin novembre était cinglant. Dean grelottait de froid et marchait d'un pas rapide lorsqu'il le vit. Il était adossé à une benne à ordures dans la ruelle perpendiculaire à la rue. Il était recroquevillé contre lui-même, les mains repliées sous ses aisselles pour tenter de conserver un tant soit peu sa chaleur. Le jeune homme avait les yeux fermés et ses lèvres bougeaient doucement comme s'il récitait silencieusement quelque chose. Il se dirigea immédiatement vers lui et se posta devant le jeune prostitué. Castiel ouvrit les yeux brusquement. Son regard se fit vague un instant avant de se fixer sur le visage du policier.
- Dean ? demanda-t-il surpris et jamais Dean ne l'avait vu si désorienté, si démuni et confus.
- Tu as consommé Cass ?
Castiel le regarda curieusement un long moment. Il semblait avoir de la difficulté à centrer son attention.
- Non.
- Tu es en train de geler sur place… Tu n'as pas un appartement toi ?
- Besoin d'argent… répondit simplement Castiel en fuyant son regard.
- Il y a des clients qui sont vraiment intéressés à baiser un bloc de glace humain ? Demanda ironiquement Dean.
Castiel ne fit que regarder le sol.
- Tu n'as pas idée… dit-il doucement puis il regarda Dean avec des yeux suppliants.
- Toi ? Tu ne serais pas intéressé ?
Dean ne savait plus s'il devait être triste ou insulté. Il ne fit qu'agripper Castiel par le bras.
- Allez… Suis-moi…
Castiel tenta de se débattre.
- Non ! Ne m'arrête pas !
Dean renforça sa prise sur le bras mais Castiel ne fit que se débattre encore plus désespérément.
- Ne m'arrête pas ! S'il te plaît! Dean !
Dean en resta abasourdi un moment. Le Castiel qu'il connaissait ne suppliait jamais comme cela. Et il l'avait toujours vouvoyé auparavant. Il se tourna vers le jeune homme et vit au-delà des signes d'hypothermie. Castiel n'était pas seulement glacé… Il semblait au bord de l'épuisement. Ses yeux étaient rouges et bouffis et sa joue droite était marquée d'un énorme hématome, ses lèvres gercées et fendues.
- Qui t'a frappé Castiel ?
- Laisse-moi Dean ! S'il te plaît ! Le supplia Castiel en le regardant fermement dans les yeux cette fois-ci.
- Je veux t'amener au chaud… Et tu sembles avoir besoin d'un bon repas…
À ces mots, les yeux fiévreux s'ouvrirent d'intérêt mais Castiel tourna la tête.
- J'ai besoin d'argent.
- Mais pourquoi merde ! S'impatienta Dean en sentant la colère l'envahir.
Castiel refusa de le regarder et Dean s'impatienta. Il fouilla dans sa poche, sortit son porte-monnaie et attrapa un billet de 100 dollars qu'il fourra dans la main du prostitué.
- Tiens !
- Je ne peux pas accepter… Répondit doucement Castiel, le visage honteux, la tête basse.
- Si je te baisais tu accepterais mon argent ?
Castiel refusa de le regarder.
- Alors faisons comme si ! Lui cria Dean. Faisons comme si je venais de te baiser et prends mon putain d'argent !
Il vit Castiel serrer son poing sur le billet, son visage crispé de honte et de colère et il regretta ses paroles… Il les regretta plus que tout au monde. Il resta silencieux un moment, ne sachant trop quoi dire devant cet être si souvent bafoué qui tentait de préserver un semblant de fierté.
- Je suis désolé Castiel…
Castiel demeura les yeux fixés au sol, la mâchoire serrée. Lorsqu'il parla sa voix était enrouée, brisée.
- Si je le pouvais, je vous lancerais votre argent au visage…
Dean ne répondit rien.
Castiel leva enfin les yeux sur lui, bleus et étincelants de colère.
- Les autres ne me donnent peut-être que de l'argent en échange de mes faveurs sexuelles mais avec eux, je sais au moins ce qu'ils me veulent !
Dean encaissa le coup sans rien dire.
- Je me dégoûte d'accepter votre argent !
Cette fois, il le sentait, cette phrase visait à le provoquer et il serra les dents.
- Je suppose que d'accepter l'argent de celui qui t'a fait ce joli bleu au visage te dégoûtait moins ?
Les yeux du prostitué se remplirent soudainement de larmes mais il ne les laissa pas s'écouler. Il ne fit que secouer la tête.
- Je t'ai payé pour que tu acceptes de venir manger avec moi d'accord ? Tu n'as plus de raison de refuser maintenant non ?
Castiel hocha la tête sans le regarder et Dean put enfin crier victoire. Il posa une main derrière l'épaule de Castiel pour le guider vers la rue. Castiel se laissa amener, la tête basse mais sans aucun signe de résistance.
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Dean le guida vers le restaurant le plus proche qui ne se trouvait qu'à deux coins de rue de là. Il trouva une banquette isolée et guida Castiel vers celle-ci. Le jeune homme s'assit immédiatement et demeura silencieux. Dean prit le menu et le parcourut un moment. Il remarqua que Castiel tremblait à ses côtés et en le regardant, remarqua sa pâleur extrême.
- Tu as encore froid ? Lui demanda-t-il inquiet. Castiel releva les yeux vers lui et lorsqu'il parla ce fut d'une petite voix faible et honteuse.
- J'ai très faim Dean…
Immédiatement il baissa les yeux comme si cet aveu lui avait arraché toute énergie. Dean fit immédiatement signe à la serveuse qui arriva vers eux, papier et stylo tous prêts.
- Deux cheeseburgers et frites… Et un verre de lait… Le plus rapidement possible s'il vous plaît.
Un seul coup d'œil à Castiel sembla convaincre la serveuse de l'urgence de la situation et elle se rendit précipitamment vers la cuisine. Lorsque le verre de lait se retrouva devant Castiel celui-ci le porta immédiatement à ses lèvres.
- Doucement… lui ordonna Dean et Castiel tenta de prendre de grandes inspirations entre chaque gorgée. Il termina tout de même le verre en moins de deux. Dean ne put s'empêcher de sourire tendrement en voyant la moustache de lait demeurée sur la lèvre supérieure du jeune prostitué et ne put s'empêcher de passer doucement son pouce sur celle-ci pour l'effacer. Castiel le laissa faire sans rien dire, le regardant avec curiosité. Il ne tenta pas de parler et laissa un silence confortable entre eux, il sentait que Castiel attendait la nourriture avec impatience et le laissa donc tranquille.
Castiel se jeta sur le cheeseburger comme un petit animal et Dean dut le menacer de le lui enlever s'il ne ralentissait pas la cadence. Après avoir avalé une bouchée de travers et s'être presque étouffé, Castiel suivit alors son conseil et mâcha tranquillement son repas. Il ne mangea pas beaucoup d'ailleurs, son appétit fut rapidement satisfait. Dean continua à manger calmement sans amorcer la discussion, préférant laisser le jeune homme parler le premier.
Castiel finit par ouvrit la bouche.
- Pour l'argent… Je…
- Tu n'as pas à m'expliquer… le coupa Dean.
- Si… Parce que ce n'est pas pour de la drogue…
- Pourquoi c'est si important pour toi que je te crois là-dessus Castiel ? Lui demanda curieusement Dean et les joues du jeune homme s'empourprèrent.
- Je… Je ne le sais pas… Ça me semble important… Parce que… Parce que je ne veux pas vous décevoir… Bafouilla Castiel et Dean sourit.
- Tu es revenu au vouvoiement ?
- Oui… Je sais plus…
- Tu es plus articulé que cela habituellement…
Castiel fit la moue et fronça les sourcils.
- Mon vocabulaire laisse à désirer ce soir… Effectivement… Mais je tenais à vous… À te remercier…
- C'est avec plaisir…
- J'allais perdre mon loyer sans cet argent… Mon propriétaire me menace depuis un mois de me ficher à la porte et demain matin était l'échéance… Je me suis fait voler tout mon argent il y a une semaine et…
Il pointa son visage brièvement.
- Et le client de hier n'a pas voulu payer… J'ai tenté de répliquer et voilà… Voilà ce que j'en ai récolté…
- Salopard… jura Dean.
-…Ça et j'ai du m'occuper de ses trois copains en échange de ma vie… Je trouve tout de même que 4 clients gratuits c'est beaucoup payé pour ma simple petite vie…
Dean sentit son cœur s'arrêter dans sa poitrine. Castiel avait été violé sauvagement et il se trouvait tout de même devant lui, à dénigrer sa vie comme si elle ne comptait pas.
- Pourquoi t'es pas venu te plaindre au poste Castiel ? Lui demanda-t-il avec colère.
Castiel le regarda avec surprise.
- Pour me plaindre de quoi ? D'avoir été violé ? Tu crois vraiment que quelqu'un aurait pris ma déposition ? Qu'on ne m'aurait pas seulement foutu à la porte en me disant que je l'avais cherché ?
Dean dut serrer les dents parce qu'il savait que Castiel avait raison… Il le savait et il avait envie de vomir ! Il détourna les yeux un moment pour reprendre le contrôle de ses émotions. Castiel en profita pour boire tranquillement son verre d'eau.
- Qu'est-ce que tu fiches dans la rue, Castiel ? Lui demanda-t-il calmement.
Castiel joua avec sa fourchette sans répondre et Dean posa sa main sur la sienne pour avoir son attention.
-S'il te plaît… Je veux savoir… Tu te drogues pas… Tu es intelligent… Tu fiches quoi dans la rue ?
Castiel le regarda calmement, ses yeux magnifiques emplis de tristesse mais aussi d'une vivacité hors du commun.
- Je suis intelligent oui…. Mais l'intelligence ne paie pas le collège… Je suis un enfant de l'État… J'ai eu plus d'une douzaine de parents nourriciers… Et j'ai pas eu beaucoup de chance avec eux… La prostitution est probablement la seule chose que j'ai apprise d'eux… À 18 ans je suis devenu majeur et on m'a jeté hors du nid… J'avais beau avoir de très bons résultats scolaires reste que ce pays n'accorde de bourse qu'à ceux qui excellent dans les sports… Ce qui n'était vraiment pas mon cas… Pas de collège pour moi… Restait les petits travaux au salaire minimum… Et ne va pas croire que j'ai préféré vendre mon corps au fait de laver de la vaisselle sale ! J'ai eu des boulots, j'ai travaillé à m'en arracher le cœur, des heures à faire le travail que personne ne voulait faire… Des heures supplémentaires sur des heures supplémentaires… Tout cela pour réussir à m'offrir une chiotte d'appartement…. Mais je l'ai fait ! Parce que j'avais un rêve… Je mettais tout l'argent de côté que je pouvais… Parce que j'allais étudier un jour… Un petit diplôme peut-être mais j'allais le faire…
Castiel se tut un instant. Lorsqu'il reprit son histoire, ce fut d'une voix enrouée.
- Le salaire minimum d'un américain moyen est à peine suffisant à combler les besoins de base d'une seule personne Dean… C'est une lutte constante… J'ai dû prendre deux travails, je dormais à peine, mangeais les produits les moins dispendieux… Puis là-dessus je suis tombé malade…
Castiel soupira profondément.
- Très malade…Je toussais comme un damné, j'avais une fièvre carabinée mais je continuais à travailler parce je n'avais pas droit aux congés maladie… Je me suis effondré en pleine rue en allant travailler et quelqu'un a appelé l'ambulance. On m'a diagnostiqué une double pneumonie et je suis demeuré à l'hôpital durant 3 semaines…. Inutile de préciser que j'avais perdu mes deux emplois à ma sortie de l'hôpital sans compter les frais médicaux faramineux qui me collaient à la peau. J'ai dû y mettre toutes mes économies, l'argent de mon loyer compris… Mon propriétaire a voulu me foutre à la rue et j'étais désespéré, j'étais encore malade et affaibli et j'avais si peur de me retrouver à la rue ! Mon appartement était insalubre et dégoûtant mais c'est tout ce que j'avais. Je savais que je ne survivrais pas à la rue… On allait me bouffer tout rond…
Dean savait ce qui allait suivre mais sentit tout de même son cœur se serrer en voyant les yeux du prostitué se baisser sous le poids de la honte.
- Alors lorsque mon propriétaire m'a offert de le payer d'une autre manière… J'ai accepté… Parce que j'avais peur et que de toute manière ce qu'il me demandait n'avait rien d'inconnu pour moi… Ensuite c'est devenu une solution facile… La rue est quelque chose qui nous engloutit assez rapidement… J'ai continué à tenter de me trouver un travail tout de même mais on dirait que le statut de prostitué est quelque chose qui nous colle au visage… J'ai finalement abandonné… La rue a gagné.
Dean ne trouva rien à dire pendant un long moment et pourtant… Pourtant jamais il ne s'était senti aussi proche de quelqu'un. Castiel lui avait ouvert son cœur, lui avait raconté sa vie, lui avait accordé une confiance qui valait beaucoup plus que ces 100 dollars que Dean lui avait glissé dans la main… Depuis combien de mois, d'années n'avait-il eu quelqu'un à qui parler comme il venait de le faire ? Avait-il seulement déjà eu quelqu'un ou avait-il toujours été ce petit prostitué sans visage englouti dans l'ombre de la rue ? Il aurait tant voulu faire pour Castiel… Mais que dire ? Que faire ? Castiel méritait mieux que ce que la vie lui offrait présentement… Mais à quoi bon le lui dire si lui-même ne le croyait pas ? À quoi bon lui dire que tout allait s'arranger alors qu'il savait très bien que ce n'était pas le cas ? Et surtout… Comment lui expliquer que sa vie était encore plus en danger que ce qu'il croyait ?
Castiel demeura silencieux tandis qu'une foule de pensées défilait dans la tête du policier. Lorsque Castiel fit mine de se lever de sa chaise Dean le retint par le poignet.
- Où vas-tu ?
- J'ai assez abusé de votre temps, inspecteur…
Dean ne put s'empêcher de secouer la tête, amusé.
- Mais tu vas cesser de jouer à la girouette comme ça ? Soit tu me vouvoies soit tu me tutoies mais fais ton choix !
- Qu'est-ce que vous préférez ? demanda Castiel avec sérieux.
- Je t'ai déjà donné mon prénom ! Ce n'était pas sans raison…
Castiel le gratifia de son joli sourire.
- D'accord… Dean…
Il fit mine d'attacher son manteau et Dean se sentit désespéré. Il ne voulait pas que Castiel quitte ce restaurant. Ni maintenant ni jamais.
- Où vas-tu ? S'inquiéta-t-il.
- Là ? Chez moi… Avec l'argent que vo… Que tu m'as donné je vais aller payer mon propriétaire et j'en aurai même assez pour m'acheter un bon chocolat chaud…
- Alors tu restes chez toi… Plus de client pour ce soir ? Voulut s'assurer Dean et Castiel lui sourit une nouvelle fois.
- Promis…
- Et demain ?
Cette fois, le sourire se fana.
- Demain j'aurai probablement faim… Pourquoi est-ce que ça te préoccupe autant Dean ?
Dean ne répondit pas mais Castiel insista.
- Vraiment… Je voudrais savoir… Pourquoi moi ?
- Parce que…
- Pourquoi ? Insista-t-il et Dean sut que le jeune homme n'allait pas lâcher prise.
- Parce que j'ai peur pour toi Cass…
- Cass ?
Cette fois-ci, le policier rougit jusqu'à la racine des cheveux.
- Castiel…
Castiel sourit largement.
- J'aime… J'aime bien Cass… Ça fait viril… Ça me change des Cassie… J'aime beaucoup !
- Parfait alors… Parce que ton nom est vraiment difficile à prononcer… Tu connais son histoire ?
- C'est le nom de l'ange du jeudi… Je ne sais rien d'autre…
- Tu ne sais rien de tes parents ?
Le visage de Castiel se referma soudainement.
- Non… J'ai souvent demandé à mes parents nourriciers mais la plupart n'ont jamais voulu me répondre… Un seul m'a un jour dit que j'avais été abandonné… J'ai plus cherché par la suite.
- Je peux faire des recherches tu sais… Proposa Dean mais Castiel secoua la tête.
- Non Dean… J'ai pas envie de savoir… Tu sais… Ma mère arpentait probablement ces mêmes trottoirs… Je suis probablement le fruit d'un de ses clients… Peut-être même l'ai-je déjà croisé…
Dean ne put s'empêcher de poser délicatement sa main sur celle de Castiel.
- Et puis ? Est-ce que ça ferait d'elle quelqu'un de mauvais pour autant Cass ? Les gens chez qui on t'a confié par la suite ne dépendent pas d'elle… Peut-être qu'elle croyait t'offrir une meilleure vie en t'abandonnant…
Castiel fuya son regard et Dean en profita pour contre-attaquer.
- Et peut-être aussi que ces gens t'ont menti… Peut-être que tu n'as pas été abandonné…
Une terreur vive et soudaine passa rapidement dans le regard de Castiel mais avant que Dean n'ait pu le lui faire remarquer tout avait disparu et les yeux bleus étaient calmement posés sur lui. Castiel retira doucement sa main de sous celle de Dean.
- Tu ne devrais pas faire cela… Les gens regardent…
- Je m'en fiche…
- Tu es policier et tu pourrais avoir des problèmes…
- Je suis un grand garçon, je sais me défendre.
Castiel se leva et attacha doucement son manteau. Dean fouilla dans les poches de son propre manteau et en sortit deux objets qu'il déposa sur la table. Castiel les regarda un long moment.
- Dean ? Qu'est-ce que ça signifie ?
Dean prit le cellulaire et le tendit au jeune homme.
- Mon cellulaire…
- Je ne peux…
- Oui tu le peux et tu le feras ! Lui ordonna Dean d'un ton sans réplique. J'ai un autre téléphone avec moi et le numéro est mémorisé dans celui que je te donne… Et ça…
Il prit la bombe lacrymogène et la tendit à Castiel vivement. Ça c'est pour te défendre… Hésite pas et vise les yeux…
Castiel ne sembla pas convaincu et Dean soupira en se levant. Il agrippa doucement Castiel par les épaules pour le forcer à le regarder.
- Cass… J'ai de bonnes raisons de croire que tu es personnellement en danger… J'ai réussi à poster quelques patrouilleurs ici et là qui te surveillent…
Castiel ouvrit la bouche pour répliquer mais Dean ne le laissa pas parler.
- Et ce n'est rien comparé à ce que je voudrais faire ! Si je le pouvais je te foutrais en cellule jusqu'à ce que toute cette histoire se termine mais en attendant tout ce que je peux faire est de te supplier ! Te supplier de faire attention à toi.
Il n'avait pas réalisé qu'il avait légèrement secoué Castiel tout en le regardant fermement. Castiel le regardait avec de grands yeux emplis de frayeur mais il finit par hocher la tête.
- Appelle-moi si tu as le moindre pépin d'acc ?
Castiel hocha la tête une seconde fois et Dean put enfin respirer…Légèrement rassuré.
