Cela fait maintenant un an que je suis ici. Un an que j'ai envoyé cette lettre à Lucy pour lui dire qu'elle pourrait me contacter plus facilement ici qu'en Amazonie. Mais comme d'habitudes mes lettres restent lettres mortes.
Mes parents me parlent maintenant plus facilement. Ils sont fiers de moi à ce qu'il parait. Je me demande si ma mère n'est pas plutôt contente de se vanter d'avoir un fils qui travaille avec les plus grands archéologue de ce siècle.

J'aime vivre ici, dans ces grands espaces où je peux contempler le ciel à loisir. Par contre, je crois bien que jamais je me ferai à cette sécheresse. J'ai toujours eu l'habitude de la pluie alors voir ces paysages secs me donnent le doxy.
Et quand je regarde les paysages aux alentours où la végétation se mêle aux rochers oranges stérile je sens encore plus ce manque de verdure. Mesa Verde, l'oasis de verdure j'ai beau le cherché je ne le trouve pas. Tout parait sec ici, où peut-être que c'est juste mon regard désabusé qui colore en ocre tout le paysage.
Alors que je continus mon périple sur la route menant à la ville de Durango je continue à avoir le mal du pays et ce n'est pas cette route qui s'enfonce de plus en plus dans l'aridité des lieux qui vont m'aider. Amusée Ella et Astoria rient à chacun de mes ronchonnements. Vivement qu'on arrive, je n'en peux plus de ce trajet interminable. La route en mauvais état fait sans cesse balloter notre chargement à l'arrière et je dois slalomer entre les trous dans la route en évitant de faire tomber les caisses qu'on amène au musée.

Enfin voilà le musée des Indiens Pueblos. Archibald nous attends devant le hall de déchargement. Il scrute le listing des artefacts pour répartir entre les deux départements du musée. Aidé d'autres acolytes tous cracmols ou moldu ayant de la famille sorcière ils entreprennent de décharger le pick-up pendant qu'accompagné d'Astoria je me rend au département sorcier du musée. Ella nous rejoindra plus tard une fois qu'elle aura vu son fils à la crèche des employés.
Je suis Astoria qui me guide dans les couloirs du département moldu remplis d'objets du quotidien, armes, vêtements et autres artefacts. Pénétrant dans une réplique d'une chambre de Cliff Palace elle insère un jeton dans une fente ce qui fait apparaitre une ouverture opposée à la première. Je la suis et tombe sur un guide qui est là pour nous accueillir et vérifier qu'aucun moldus ne passe par hasard à travers la fente. Une fois les contrôles de nos badges fait on s'engage dans la partie sorcière de l'exposition.

Au loin j'aperçois Albus en train d'expliquer les différents peuples Pueblos. Ainsi malgré l'appellation d'Indiens Pueblos il s'agit de tribus distinctes parlant chacune leur langue et ayant chacune leurs spécificités culturelles. Le nom Pueblos vient du fait que toutes ces tribus habitent dans des maisons juxtaposées en pierre ou en torchis.
Quant aux Indiens Anasazis ce sont les premiers Indiens Pueblos, du huitième au treizième siècle leur culture a rayonnée avant de s'éteindre sans explications. Par la suite la culture Pueblos c'est divisée en plusieurs tribus dont les plus importantes sont les Hopis et les Zunis.
Le terme Anasazis vient des guides Navajos. Cette tribu Indienne venant du Canada s'est par la suite installée sur les mêmes terres que les Pueblos et a qualifié les ancêtres de ceux-ci d' « Anciens Ennemis », Anasazis. De nos jours les Hopis préfèrent parler de Hisatsinom, « anciens habitants ».

Marchant d'un pas vif Astoria m'entraîne vers la partie dédié aux cultes de chaque peuple des Indiens Pueblos. Sans s'arrêter elle passe devant les masques de chamans Towa qui s'agitent sur leur clou, tourne à l'angle de la partie dédié à l'oiseau-tonnerre, continue sans s'arrêter devant de minuscules répliques de Kachinas qui dansent avant de stopper devant un bâton de prière dans la section des Anasazis. Essoufflé j'arrive afin à ses côtés et attend qu'elle m'explique son empressement en m'amener devant ce bout en bois.
Alors que j'attends qu'elle prenne sa voix professorale pour m'expliquer je sais quel caractéristique de ce bâton offert aux esprits quand sans que je m'y attende elle me saute dans les bras. Surpris je referme mes bras autour de sa taille alors qu'elle continue à trépigner.
- On a l'autorisation Louis. On l'a !
Euphorique j'entame moi aussi ma petite danse de joie.
- Par contre, attention à ne pas faire pousser toutes les mandragores dans la même serre. On a l'autorisation, mais on a encore du pain sur la planche.
Malgré l'avertissement d'Astoria je ne peux m'empêcher de voir enfin le bout de nos efforts et le sourire qu'elle me rend en retour me confirme qu'elle aussi est soulagée et heureuse d'avoir enfin obtenu la fameuse autorisation.

C'est une aubaine pour nous d'en apprendre plus sur les cultes des anciens habitants des pueblos. Un an qu'on n'avance pas, un an qu'on cherche à différencier les pratiques moldus de sorcière dans les rites des anciens. La tâche n'est pas aisée, car avant l'arrivée des Européens sur le continent sorciers et moldus vivaient en harmonie. Et il était rare, pour ne pas dire inexistant, de voir des communautés exclusivement sorcières.
Alors, comment démêler la magie dans tout ça ?
Ce chaman à-t-il vraiment vu un oiseau-tonnerre où les graines de datura qu'il a mangées pour communiquer avec les dieux ne lui ont-elles pas fait voir l'emblème de sa tribu lors d'une hallucination ? Et ce bâton des esprits qui lançaient des éclairs et que tous voyaient comme une émanation des esprits n'était-ce pas plutôt un sorcier qui l'avait ensorcelé ?
Bref dans ces conditions, difficile de savoir ce qui est réellement sorcier de ce qui n'est l'est pas.

Chaco Canyon avait permis de commencer à démêler l'écheveau, mais l'accident qui avait lieu il y a de cela cinquante-ans avait sonné le glas des fouilles. Depuis le site n'est plus accessible que ça soit pour les touristes, archéologues et pour la population locale.
Rien ne pouvait expliquer la soudaine explosion d'un endroit du site et l'amnésie totale de l'ensemble de l'équipe de fouille.
Une équipe spéciale d'investigation magique avait été envoyé sur le site elle n'avait rien trouvé si ce n'est une vieille poterie gorgée de magie dans une cavité. Il en avait été déduit que la poterie était la source du problème. Ce n'était pas le premier accident du à la réaction des artefacts gorgées de magie à un sortilège. C'était cependant la première fois qu'un cas d'amnésie combiné à une hallucination collective avait été observé sur un chantier de fouille. Tous se souvenaient d'une seule chose après l'explosion, un être anthropomorphe bossu semblable au dessin du vase.
La poterie avait été précautionneusement observée, mais à part des traces graines de datura rien n'avait été trouvé. L'hypothèse d'un effet combiné de la magie au pouvoir psychotrope des graines semblait être la plus probable.

Cet accident avait conduit à la coopération entre le gouvernement Americain moldu et le MACUSA afin de protéger et étudier conjointement les sites Amérindiens. C'est à cette occasion que le musée de Durango était né afin de ne pas séparer les deux pans d'une même culture. Une culture où sorciers et No-Maj vivaient ensemble sans soucis.
Et on avait plus reparlé de cette histoire qui avait été camouflée pour protéger le secret magique. Le site de Chaco Canyon avait été fermé que ça soit aux touristes, archéologues ou à la population locale.
Mais maintenant, après cinquante ans d'abandon le site de Chaco Canyon allait être ré-ouvert à condition que personne ne s'approche du cratère de l'explosion. Alors que je regardais Astoria rayonner après temps d'années de lutte pour obtenir cette autorisation je me mis à réaliser l'aventure qui m'attendait.
J'allais pouvoir découvrir Chaco Canyon. Le plus grand centre de pèlerinage des Indiens Pueblos allait être ré-ouvert.