Hello tout le monde !
Me voici de retour pour ce quatrième et dernier chapitre de cette fiction, j'espère qu'il vous plaira autant que les autres !
Dernier ? Peut-être pas finalement... :) Pour ceux pourlesquels je ne peux pas répondre aux reviews je vous le dis : cette fiction aura une suite. J'ai déjà commencé à l'écrire (honte à moi) mais mes partiels me forcent à ralentir le rythme donc il faudra attendre encore quelques semaines (si ce n'est quelques mois...) Donc, patience !
Je tenais à remercier toutes les personnes qui m'ont réviewsée depuis le début : Petite fanaise, Shanyaya, The Deadly Nadder, Remus J. Poterr-Lupin, Dj-bxl, Neila-Louve (bon retour de vacances !), AstridH, Zia Robtd, le Guest Anonyme, Renard bleu, et Ulane ! Merci à tous.
Et merci aussi à ceux qui m'ont mis en favorite et follow évidemment :)
Bref, trêve de bavardages, enjoy !
Et moi je vais me mettre au boulot...
Harold le Banni
Chapitre 4
Mes mains agrippent avec force le manche de ma si chère hache que le village a récupéré pour moi le jour où ils se sont rendu compte de mon enlèvement. Elle est restée abandonnée sur le sable jusqu'à ce que Gueulfor ne tombe dessus avec sa jambe en bois et ne la ramène au bateau en hurlant que ce n'était pas normal.
Il avait raison, jamais je n'aurais laissé mon arme de la sorte.
Une main sur mon épaule me ramène sur terre et je dois lever les yeux pour observer ces yeux si verts que je connais pourtant par cœur maintenant. Mais ce n'est pas chez cet homme que j'ai pu les observer. Et même lui ne le sait pas.
« Tout va bien Astrid ?
- Oui Chef, réponds-je doucement.
- Tu n'as pas à y aller tu le sais. Nous comprendrons que tu veuilles rester sur le bateau…
- Je suis la seule qui connaisse ces couloirs, vous n'y arrivez pas sans mes indications. Et je veux participer. Je veux ma vengeance.
- … Très bien, je comprends »
Stoick Haddock se détourne de moi pour donner ses ordres à la flotte qui nous suit de près. Pas loin d'une quinzaine de bateaux près à en découdre avec les hommes qui ont osés s'en prendre à l'une des leurs.
Ces mots me donnent envie de vomir. Des leurs. Comme si le village comprenait vraiment ce que ça signifiait.
Jamais je ne leur ai parlé d'Harold. Jamais, ils ne l'auraient pas compris. Ce n'est ni par vengeance – ou si peu – ni pour ramener ces hommes et ces femmes, ni pour en finir une bonne fois pour toute avec ce fléau que représente Alvin.
Je suis juste venu le récupérer. Harold.
Celui qui m'a sauvée.
J'ai mis du temps avant de pouvoir faire le point et rassembler mes esprits. Mais j'ai enfin fini par comprendre ce garçon si étrange et si changeant auquel j'ai du faire face durant mon séjour.
Il ne m'a jamais faite qu'une seule chose : me faire peur. Il m'a tout juste assez effrayée – même si j'ai du mal à l'avouer encore aujourd'hui – pour me méfier de lui au maximum et me rendre aveugle à ce qui était pourtant flagrant et que Titus avait beau me répéter à longueur de jour.
Il me protégeait.
Harold me protégeait à ses risques et périls de ce que les esclaves ordinaires subissaient et je ne le voyais pas. Je n'ai rien vu. Rien du tout.
« Île en vue… »
Le murmure se propage parmi les drakkars et les lames s'élèvent en réponse, les corps se baissent et je sens l'excitation de la bataille à venir grimper chez les hommes de Beurk. Les Vikings n'ont jamais été connu pour leur grande finesse et la tout de suite, seul le sang les intéresse.
Je sens une main sur mon épaule et je me fais violence pour ne pas lever les yeux au ciel.
« Astrid ? Tu sais que tu peux compter sur moi hein ? Je ne te lâcherai pas d'une semelle, tu peux me faire confiance. »
Rustik. Encore et toujours. Depuis que je l'ai trouvé sur la plage la dernière fois, il s'est autoproclamé sauveur et je dois me coltiner sa présence toutes les heures. Il n'est pas mon sauveur.
Je n'ai qu'un sauveur et c'est l'homme que je suis venu récupérer. Mais si je dois avoir l'autre abruti aux fesses, je vais au devant de quelques complications.
Comme si ça allait changer mon quotidien.
Je plisse les yeux lorsque les feux s'embrasent sur la côte des Bannis. Nous sommes repérés.
Le village hurle comme un seul homme, mais rien ne vient des côtes. Pas un rocher, rien. Les catapultes que j'ai prédites ne viennent pas.
Les catapultes que les esclaves d'Harold créaient.
Etrangement, je ne pense pas que ce soit une coïncidence.
oOo
Je hurle alors que ma hache fracasse avec force le crâne d'un opposant. J'ai arrêté de compter mes victimes mais celui là était plutôt féroce. Je pense qu'il m'a reconnue et n'était pas très heureux de me revoir, déplaisir partager lorsque j'ai compris qu'il faisait parti des hommes qui m'avaient attrapée sur cette plage le premier jour.
Cela fait déjà un moment que je me bats mais pas la moindre trace d'Harold. Encore moins d'Alvin ou Savage, son second. J'ai lancé Stoick dans la direction du grand chef de ces lieux mais depuis plus de nouvelles.
« Astrid ! Où est-ce qu'on court comme ça bon sang ?! »
Quant à moi, j'ai toute la petite troupe de mon âge qui ne me lâche pas et que je trimballe à travers les couloirs que je fréquentais avec Harold. Et l'Atelier est enfin en vu.
« On va tenter de prendre le contrôle du stock d'armes ! » Hurlé-je.
On va tenter de retrouver Harold, pensé-je.
Lorsque nous arrivons sur les lieux, la pagaille est plus grande que je ne l'imaginais. Sur le sol gisent un certain nombre de rats déjà et avec eux, des esclaves que je reconnais comme étant ceux d'Harold. L'un deux tient encore debout, ses menottes aux poignets, une épée à la main et fait face seul à deux traîtres d'Alvin. Avant que je n'arrive, l'un deux plante un poignard dans son ventre et le pauvre homme s'étale au sol dans une marre de sang.
Les deux rats le suivent de très près, fauchés par ma hache.
« Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? »
La voix de Rustik me vrille le tympan mais je lui fais grâce de ma mauvaise humeur. Moi-même j'ai du mal à comprendre.
« Ils se sont butés entre eux ? Demande Kognedur.
- Pas sympa, ils auraient pu nous en laisse quand même… » Marmonne son frère.
Je leur lance un regard noir et tous ravalent leurs mots. Je retourne à la contemplation de la forge si facilement acquise et fronce les sourcils devant les corps des esclaves qui portent tous à la main une arme auxquels ils n'avaient normalement pas le droit.
Auraient-ils cherché à se libérer par eux même en nous entendant ? Leur action nous a permis d'accéder à l'Atelier bien plus facilement que je ne l'espérais mais c'était une opération suicide. Pourquoi ?
« C'est bien vrai… Tu as fière allure comme ça Astrid… »
Je fais volte-face ma hache à la main, les autres font de même dans mon dos mais je me fige face au spectacle.
Les stigmates d'un profond coup de lance dans l'abdomen, le sang s'y écoulant abondamment, Titus est avachi contre un mur, sa dague à la main. Sans réfléchir, je me précipite sur lui, son visage entre mes mains.
« Par les dieux Titus… Soufflé-je.
- Pas très joli hein ? Parvient-il à articuler avec un sourire.
- Tout va bien, on va s'occuper de toi…
- Astrid, j'ai vu les gladiateurs revenir avec moins que ça de l'Arène et en mourir, je ne me fais pas d'illusions…
- … Titus… Qu'est-ce qui s'est passé ici ?
- On a juste fait comme il a dit… Dès que votre venue a été annoncée, j'ai libéré nos esclaves et on a tous pris les armes… Il fallait attaquer de l'intérieur pour que vous arriviez jusqu'ici. »
Ce qui explique la facilité avec laquelle nous sommes entrés dans cette forteresse.
« Vous avez fait tout ça juste…
- Parce qu'il nous l'a demandé, sourit Titus. Tu n'imagines même pas ce qu'on aurait été jusqu'à faire pour lui…
- Pourquoi ? Pourquoi lui ?
- J'en sais rien… Peut-être parce… il est… ça. Tout simplement lui.
- Titus…
- Je comprends maintenant pourquoi… pourquoi il a tant fait pour toi… »
Ses yeux se voilent lentement alors que je rapproche mon visage du sien. Il est en train de partir et je ne peux rien faire.
« Titus ? Fais-je plus fort en serrant les dents.
- Tu es vraiment belle Astrid… Vraiment… Forte… Et intelligente à la fois… Je comprends pourquoi… Il voulait te sortir de là…
- Où est-il ? Où est Harold ? Ne murmuré-je rien que pour lui.
- … Alvin a compris très vite… Il s'en est pris à lui… Il l'a envoyé dans les geôles les plus profondes… Celles encore après les marchandises…
- Très bien…
- Ses armes… Elles sont… planquées… dans le coffre, sous son bureau… là…
- D'accord, d'accord…
- … Il en a de la chance… Tu es venu… Rien que pour lui… Hein… ?
- Oui. Pour lui.
- La… la chance… »
Je sens son souffle s'arrêter sur mon visage et ses yeux arrêtent de me regarder. Titus n'est plus.
Lentement, je me redresse tout en le regardant, les dents serrées. Je suis venu pour Harold et je n'ai rien fait pour lui. Je n'ai même pas pensé un seul instant à le ramener lui aussi. L'emmener.
Il n'avait nulle part où aller. Il est venu jusque dans le Nord pour suivre Harold, il n'avait que lui.
Je suis égoïste.
D'autant plus qu'alors que mes compagnons d'armes me demandent des comptes derrière moi, je ne réponds pas, délaisse mon ancien camarade de galère et parcours la salle jusqu'au coffre que Titus m'a indiquée. J'en sors en silence sous les interrogations de ma suite personnelle, l'épée et le poignard d'Harold qui viennent orner ma taille à la manière de leur propriétaire. Enfin, je cours pour retrouver celui à qui je dois ma liberté.
« Astrid ! Mais bordel c'était qui ce type ? Me hurle Rustik, toujours collé à mes semelles.
- Celui qui nous a permis de venir jusqu'ici. » Craché-je en grimaçant.
Des hommes apparaissent à l'angle du couloir et je brandis ma hache, jambes fléchies.
« Sale garce ! »
Il n'a pas le temps de continuer que mon arme lui tranche net le bras et Varek en profite pour lui asséner un coup de massue dans le visage. Compte tenu de sa force, aucune chance d'y réchapper. Les jumeaux se sont presque battus entre eux tout en éliminant l'un de nos ennemis. Je ne comprendrais jamais leur façon de combattre, totalement désordonnée et pourtant si mortellement efficace. Le brun aussi est efficace lorsqu'il est question de botter le cul à quelques bandits.
« Astrid, tu va enfin nous dire ce que tu cherches ? »
Varek a perdu sa patience légendaire on dirait, mon bras en fait les frais quand il l'agrippe et me force à le regarder en face. Dans son dos, mon garde du corps autoproclamé s'insurge. Je fronce les sourcils plus que je ne le faisais déjà auparavant.
« Ça ne te regarde pas Varek, sifflé-je à son intention.
- Si tu mets la vie des membres de notre village en danger, si ça me regarde !
- Je n'ai jamais demandé à ce que vous me suiviez. »
Ma voix claque comme une sentence alors que les visages de la bande se ferment. Les jumeaux se regardent du coin de l'œil, Rustik prend cet air de chien battu que je ne supporte plus depuis quelques années et le grand blond lui, lâche mon bras lentement.
« Mais qu'est-ce qui a bien pu t'arriver ici… ? Murmure-t-il.
- … Rien. Il ne m'est rien arrivé de ce qui aurait dû m'arriver… Et c'est ça qui est le pire. »
Je les abandonne. Je ne sais pas s'ils me suivent mais mes pas les ont au moins distancés un peu et les geôles ne sont plus très loin.
Je m'en veux un peu je l'admets. Mais je ne peux pas leur expliquer. Ils ont toujours suivi la tradition, comme moi, et ne comprendraient jamais que je risque ma vie pour lui. Un Banni.
Mais je n'ai pas le choix. Je ne peux pas contrôler mes jambes qui se meuvent à toute allure pour le retrouver. Je ne sais pas vraiment pourquoi je tiens tant à effacer ma dette.
Enfin, j'ai comme un doute mais je ne l'avouerai pas. Jamais.
Les hurlements des femmes me parviennent, mes foulées s'allongent en réponse. Ils sont déjà là-bas, il faut que je me dépêche.
J'arrive en hurlant dans la pièce et mets à peu près cinq secondes de coups de hache à répétition pour comprendre que je suis dans la panade la plus épaisse.
Il n'y a déjà plus de femme, leurs cris s'épuisent dans une autre galerie dont j'ignore la fin, mais bon nombre de rats sont encore là et je suis la seule à être arrivée sur les lieux.
Effectivement, je n'ai pas été très maligne.
J'entends de cris dans mon dos mais avant que je n'aie eu le temps de me retourner, une masse fracasse le crâne de l'un de mes opposants et je reconnais avec un certain soulagement la signature de Varek qui hurle à plein poumon.
« Et bien chérie ! T'as presque fait pleurer Rustik, je te tire mon chapeau ! Il va falloir que je la lui ressorte un jour…
- C'est moi qui vais le faire pleurer !
- Même pas en rêve crétin ! »
Et s'en suit un interminable dialogue de sourds comme savent si bien le faire les frères et sœurs Thornston dans un effroyable ballet de sang.
Un cerveau pour deux corps. Une moitié dans chaque malheureusement.
« Astrid ? »
Ne pas lever les yeux au ciel… De bonne grâce, je me retourne, gardant néanmoins un œil sur la bataille qui se joue à quelques centimètres de nous seulement. Le jeune Jorgenson aussi, son visage de gamin prit en faute en plus.
« Si tu veux en parler… Si tu veux une oreille attentive… !
- La seule oreille que je souhaite à l'heure actuelle et celle que tu vas me découper presto sur les corps de ces types, compris ? Fais-je avec un sourire.
- Okay ! »
Pas très difficile de faire plaisir à un benêt, tant qu'il ne prend pas au pied de la lettre ce que je lui dis, tout va bien.
Mais je m'avance un peu dans le « tout va bien ». Il doit il y avoir pas moins d'une vingtaine de rats dans cette pièce et seuls cinq Hooligans pour les contrer. Malgré notre force évidente, le sous-nombre se fait rapidement sentir et nous sommes de plus en plus submerger mais surtout, isolés les uns des autres. Je ne m'en fais pas trop pour les jumeaux mais le plus grand de la bande est une cible facile pour le nombre.
Merde. Il avait raison. Je les ai tous mis en danger par mon égoïsme. C'est pas vrai…
« Astrid attention ! »
Le hurlement de mon soupirant me fait faire volte-face. Là, la hache de l'un des rats et beaucoup trop près de mon visage, je n'ai pas le temps de lever la mienne pour parer le coup.
Je ne l'avais pas vu venir celle là.
Je sens presque la lame sur mon visage avant que la portée de la hache ne s'estompe à quelques millimètres de mon nez. Je vois l'homme s'étrangler dans une grimace et en comprend rapidement la cause en remarquant dans la seconde la chaine qui entrave sa respiration en travers de sa gorge. Le rat est rabattu en arrière et j'entends un craquement sec lorsque l'homme dans son dos resserre au maximum sa prise. Et lorsque je comprends qui vient de me sauver la vie, tout disparait dans mon esprit.
Sauf son visage.
Harold.
Les menottes aux poignets, accroupi près du cadavre de sa victime, l'ingénieur d'Alvin me lance un regard froid impitoyable.
« Je peux savoir ce que tu fous ici ?! » Me hurle-t-il.
Il s'est redressé d'un bond et a agrippé ma nuque de sa chaine pour rapprocher nos deux visages. Je sens dans mon dos mes compagnons se tendre mais ma passivité doit les garder en retrait. Harold en fait de tout façon fis et menace de me hurler à nouveau dessus avant que je ne le coupe.
« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Je sais ma voix blême et mon ton fait un peu écarquiller le seul œil que je vois avec la masse de cheveux collée à son visage. Son visage et son corps sont lacérées de toutes parts dans de profondes entailles rougeoyantes qui laissent échapper des perles pourpres pour la plupart. Il se reprend rapidement et rapproche encore un peu plus nos têtes.
« T'occupe ! Je t'ai posé une question Hofferson ! Après tout ce que j'ai fais pour te renvoyer chez toi, je peux savoir pourquoi t'es revenu ici, espèce d'idiote ! Apparemment c'aurait été plus simple de te renvoyer directement dans la galère- ! »
La suite de sa tirade meurt contre ma bouche que j'ai violement posée sur la sienne. J'entends sa respiration avoir un accros et les autres s'étrangler dans mon dos mais je m'en moque. J'ai enfin retrouvé ce que je suis venu chercher ici.
Je délaisse enfin ses lèvres après quelques secondes et plonge dans ces yeux qui me regardent sans rien comprendre.
Chacun son tour.
« Ça suffit, murmuré-je pour nous deux. J'ai compris. Je sais Harold, je sais. »
Je le vois pincer ses lèvres en papillonnant des yeux avant qu'il n'abaisse enfin ses défenses.
Son seul œil visible se plisse doucement, sa moue se fait triste et épuisée, ses mains se font plus douces alors qu'il les glisse dans les cheveux.
Le vrai Harold est là. Devant moi. Comme il aurait dû l'être depuis toujours.
« Tu n'aurais pas du revenir, murmure-t-il en posant son front contre le mien.
- Qui les auraient conduis jusqu'ici ? Ne mens pas, tu m'attendais. »
Il esquisse un sourire et rit doucement entre ses lèvres. Nos regards se croisent une nouvelle fois et je ne sais pas qui de nous deux initie le nouveau baiser que nous partageons. Je sais simplement que ses lèvres sur les miennes est la plus merveilleuse des expériences.
Mais je dois me résoudre à l'évidence, nous ne sommes pas vraiment à ce que nous devrions être.
Je casse le baiser bien malgré moi et mets un peu de distance entre nous pour éviter de replonger sur ses lèvres. Et par Freyja, qu'est-ce que j'en rêve…
« Comment es-tu sorti ? Réussis-je à articuler.
- C'est moi qui ai créé ces chaines, quel genre d'ingénieur je serais si je n'avais pas la parade ? »
Je ne peux qu'imiter son sourire mais une pensée me coupe nette.
« Titus… Commence-je. Il est…
- … Il n'avait jamais cru pouvoir y réchapper de toute façon, soupire-t-il en baissant les yeux. Il ne croyait plus à sa propre liberté.
- Toi tu y croyais.
- … Je l'espérais.
- Dites, c'est pas tout ça mais il faudrait peut-être penser à retrouver le chef là ! »
La voix agacée de Rustik nous tire de notre transe et je me retourne en sursaut en me rappelant notre position actuelle. Visiblement – et par chance – ils se sont chargés de tous les hommes restant avec de nouveaux Vikings qui se sont chargés du nettoyage durant notre absence. Rustik n'a pas l'air très heureux et je m'en moque.
Je reprends enfin mon masque de guerrière et me tourne vers Harold qui fait de même en ceinturant ses armes qu'il a subtilisée à ma taille.
« Où est Alvin ? Demandé-je en remontant ma hache.
- Il a dû comprendre qu'il ne s'en sortirait pas cette fois, me répond-il. Je crois savoir par quelles galeries il doit passer pour s'enfuir.
- Parce que tu crois vraiment qu'on va te suivre bien gentiment vers le grand mécha nt alors que t'as tous les traits d'un Banni ? »
La voix dédaigneuse et sarcastique de Rustik n'a pas l'air de l'affecter plus que ça. Plus ennuyé qu'autre chose, il lève les yeux au ciel alors que je fais face à l'abruti numéro deux de Beurk, les jumeaux se partageant la première place.
« Oui c'est un Banni mais c'est lui qui nous a permis d'arriver jusqu'ici. Alors, non ce n'est pas lui qui le demande, mais bien moi qui vous ordonne de le suivre, c'est plus clair ? »
J'ai largement haussé le ton et tous les Vikings présents se sont tournés vers nous. Rustik ravale visiblement sa réplique devant mon regard, les autres font profil bas.
Sauf Varek qui lui, regarde d'un œil curieux Harold. Ce dernier détourne les yeux.
Mieux vaut pour tout le monde que personne ne sache qui est le Banni qui vient les sauver pour le moment, c'est pourquoi d'un toussotement je ramène l'attention du plus bedonnant de la bande sur moi et fronce les sourcils. Il déglutit.
Message reçu apparemment.
« Il faut y aller. »
La voix d'Harold me sort de mes pensées et je pivote sur moi-même pour courir à la suite du Banni. Il est mal en point, son dos empeste le sang mais sa démarche n'en laisse rien présager.
Il a toujours su préserver les apparences. Cet idiot.
Nous débarquons dans l'un des plus gros carrefours que j'ai déjà eu l'occasion de traverser quelque fois durant ma détention mais celui-ci s'est transformé en véritable champ de bataille dans lequel nous joignons nos forces aux Vikings déjà sur place.
Quelques rats voient la mort arriver avec de grands yeux ahuris lorsqu'Harold les tranche sans ménagement. D'autres plus vifs, comprennent qu'il n'est plus avec eux depuis longtemps et se mette à sa poursuite mais nos forces jointes nous en débarrassent aisément. Le véritable problème arrive lorsque l'un des chefs de troupe présent prend en viseur l'ancien Hooligan alors qu'il s'est éloigné de nous.
Je le vois parer le coup de hache mortel avec ses deux lames tout en esquivant la jambe de bois du dit Viking.
Je prends la mesure de l'ironie de la situation et ne peux m'empêcher de grimacer.
Gueulfor le forgeron, l'ancien maître d'Harold. Le seul qui s'est opposé à son bannissement.
Les dieux ont un sens de l'humour qui m'échappe parfois.
L'ancien apprenti n'ose visiblement pas attaquer son ancien mentor et ne fait plus qu'esquiver les coups tout en essayant de pourparler mais le meilleur ami du Chef ne l'écoute pas d'une oreille. J'essaye par tous les moyens de les rejoindre mais rien n'y fait il y a trop d'ennemis pour que je puisse passer.
Mon cœur rate un battement lorsque le dos d'Harold percute le mur, lui arrachant une plainte sourde de par ses blessures et que le forgeron en profite pour lever sa hache.
Je me permets de respirer que lorsque la hache ne s'arrête à une dizaine de centimètre de sa poitrine, stoppée dans sa course par l'épaisseur de pas moins de deux boucliers de sa propre manufacture.
« Doucement Papy ! Rit Kranedure.
- Celui-là il est avec nous alors on y va mollo ! » Fait sa sœur sur le même ton.
Les jumeaux ont protégé Harold, si un jour on m'avait dit ça…
Gueulfor a l'air passablement décontenancé mais la venue à leur côté de Varek qui affirme les propos des deux idiots achève de le convaincre de la véracité de la chose. J'arrive enfin à leur côté et aide Harold à se redresser dans une grimace.
« Ça va ? Fais-je dans un murmure.
- On fait avec… Me répond-il sur le même ton. Je ne suis pas au meilleur de ma forme aujourd'hui.
- Je m'en doute. Gueulfor, tu es sensé être avec le chef ! Où est-il ?
- J'lai perdu ! Panique-t-il. On a vu c'te salaud d'Alvin dans un couloir, on l'a passé pis pouf ! A pus Alvin ! J'ai tourné la tête et pis pouf ! A pus Stoick !
- Il n'est pas tout seul j'espère ? S'inquiète Varek.
- Y'a qu'lui qu'a pouf…
- Super ! S'exclame Rusitk. T'as perdu le chef qui est accessoirement ton meilleur ami dans le repère de plus grand ennemi de Beurk, bien joué Gueulfor !
- J'aime pas trop l'ton qu'tu prends avec moi jeune homme ! C'pas ma faute si l'Chef est plus têtu qu'un cochon sauvage !
- Gueulfor ! Le remets-je à l'ordre. Est-ce qu'on a pris le contrôle de l'armurerie ?
- Si j'étais toi, j'm'en f'rai pas trop à ce sujet Astrid.
- Pourquoi ? Fait Kranedur. Les armes c'est important non ? Je crois…
- Me regarde pas comme ça j'en sais rien ! Se défend sa sœur.
- Déjà qu'les lames sont d'mauvaises qualités, je vous raconte pas les catapultes et gros calibres ! De vrais châteaux de cartes ! J'sais pas qui est leur ingénieur mais il est mauvais ! »
Surprise, je tourne la tête vers le dit ingénieur qui a baissé les yeux. Je retiens mon souffle lorsque je le vois esquisser un sourire et soudain je comprends.
Harold a biaisé toutes les armes d'Alvin depuis qu'il est ici. C'est la raison pour laquelle tout tombait en morceau quand les autres s'en servaient et qu'aucune catapulte ne s'en est prise à nous à notre arrivée.
Il avait tout prévu. Absolument tout.
Depuis combien de temps préparais-tu ton coup Harold ?
« Oye le Banni ! Hèle Rustik avec toute la politesse du monde. Il faut aller par où maintenant ?
- J'ai ma petite idée sur la question mais si votre abruti de chef est parti à sa recherche seul, il va falloir commencer à courir, vite.
- Comment a-t-il… ! »
Le dos de ma main sur son torse, j'intime à Gueulfor de sa calmer et lance un regard noir à Harold qui hausse les épaules avant de courir dans une galerie, suivit par pas moins d'une vingtaine de Vikings que nous avons retrouvé ici et là éparpillés.
L'allure d'Harold me rend nerveuse. Ses bras ne bougent plus le long de son corps, on dirait qu'il n'ose plus bouger le dos et vu les tâches pourpres qui s'écoulent sous son gilet, son dos doit être dans un sale état. Très sale état.
Mais tel père tel fils : aussi buté qu'un cochon sauvage.
Ils ont plus en commun qu'ils ne l'avoueront jamais.
« Attention ! »
Le cri du Banni surprend tout le monde et une horde de rats en furie nous prend en tenaille au tournant d'un couloir. Les premiers n'ont pas l'air de prendre pour cible Harold – pas au courant des dernières nouvelles apparemment – et se précipite sur nous.
Aveuglée par le nombre dans cette mince galerie de pierre, je perds de vue le garçon pour qui je suis venue. La bataille me le fait oublier le temps que nous vainquions difficilement, la fatigue commençant à prendre le pas sur la férocité. Exténuée, je prends appui sur le manche de ma hache, bientôt suivit de Varek et des autres Vikings.
« Y'en a d'autres ? Demandé-je dans un souffle.
- Crois… pas… Halète Kranedur.
- Y'en a marre, grimace Rustik. Il en arrive des tas et des tas, à chaque fois qu'on traverse un foutu couloir !
- C'est la taille des galeries, réplique Gueulfor. Y'en a pas tellement en fait…
- J'en ai rien à foutre de la taille des couloirs, quand est-ce qu'on s'attaque au gros des méchants ?!
- Il est où l'autre ? »
Je me raidis aux paroles de Kognedur et me redresse d'un bond, toute fatigue envolée, pour regarder autour de moi mais rien, aucune trace de notre guide.
Il n'est plus là.
« … Et pouf… » Murmure Gueulfor.
… A pus Harold.
oOo
« Je l'aurais parié ! C'était évident que ce Banni nous roulerait dans la farine un moment où à un autre !
- Tous les bannis ne semblaient pas l'apprécier beaucoup Rustik.
- Je ne t'apprécie pas Varek et pourtant on est dans le même camp.
- Tu irais jusqu'à me tuer ?
- Moi oui !
- Moi aussi !
- On vous a pas sonnés. »
Les voix communes de Varek et Rustik achèvent ma patience qui s'effiloche depuis la disparition plus que douteuse – je dois bien leur admettre ça – d'Harold.
Je sais qu'il ne nous trahira pas, pas après tout ce qu'il a fait pour le village malgré sa rancœur flagrante.
Alors où est-il passé ? Pourquoi nous avoir laissés derrière ?
Pourquoi m'avoir laissée derrière ?
Maintenant on court à l'aveuglette dans les couloirs de ce labyrinthe sans trouver la moindre trace d'où pourrait se trouver les trois absents.
« Tout ça c'est de la faute d'Astrid ! Entends-je de la douce voix de Rustik. Maintenant il doit savoir où est le chef et il va s'en prendre à cœur joie pour aider Alvin !
- Ferme-là Rustik, ou je te jure que tu vas sentir le gout de la botte jusque dans ta bouche lorsque je te botterai le- !
- Stop ! Hurle Gueulfor dans mon dos. C'est pas le moment de s'énerver, si jamais ce gosse est parti retrouver Alvin…
- Alors on n'a pas de soucis à se faire, achevé-je
- … Astrid, t'as compris dans quelle situation on est où t'es complètement aveuglée par ce type ?! S'énerve le brun.
- Il déteste peut-être le village mais il exècre Alvin bien plus encore. Si jamais ils se croisent, ça va être un bain de sang !
- … Pourquoi… Pourquoi il déteste le village ? »
Je clos ma bouche à la question de Gueulfor et me contente d'accélérer l'allure mais l'unique main du forgeron sur mon poignet me force à m'arrêter net. Je n'ose pas affronter son regard.
Merde. J'en ai trop dit.
« Astrid… Ce gamin… Ce n'est quand même pas…
- On a retrouvé le Chef ! »
Le hurlement qui trouve écho dans les galeries nous fait tous sursauter. Je sens la main de Gueulfor quitter mon bras alors que résonne les réponses du cri dans les galeries.
« Dehors ! Il est dehors !
- Astrid la sortie ! »
L'ordre me fait bondir et je pivote sur moi-même dans l'espoir de me retrouver dans cette foutue forteresse de pierre. Par chance, je retrouve une portion de couloir que j'ai déjà empruntée.
Celui grâce auquel Titus et moi avons retrouvés Harold le jour de sa petite baignade glacée.
Le mince filet d'air que je sens lorsque je l'emprunte me conforte dans cette idée. Titus me conduit une nouvelle fois vers lui. Merci blondinet.
Un attroupement important nous attend là-bas. Tous regardent en haut, les haches tremblantes dans les mains et les pieds – ou tout autre appendice en bois s'y référant – tapant nerveusement sur le sol. Je lève les yeux au ciel et ne manque pas de m'étouffer lorsque j'aperçois l'objet de l'attention de tous.
Stoick la Brute en plein affrontement singulier avec Alvin le Traitre.
Tous les deux sont sur un rocher en hauteur, circulaire – ou ce qui s'en rapproche – d'une petite dizaine de mètre. Une véritable arène de pierre, élevée de plusieurs mètres.
Et impossible à atteindre.
« Comment ils ont fait pour arriver là-haut ?! »
J'ignore la réponse qu'attend ce Viking qui se tire la barbe. Certains tentent de grimper à même la roche mais aucun ne fait deux mètres sans que leurs mains ne demandent grâce, rougies par le sang. On ne peut que se contenter d'admirer le spectacle sans rien pouvoir y faire.
Les spectateurs de l'Arène.
Avec effroi, j'entends la foule qui commence à hurler le nom de notre Chef. Ils réclament la tête du Traitre, quémande le sang et appelle la mort. Je revois le combat d'Harold contre le chauve dont il a fait jaillir le sang sous les hurlements approbateurs des rats.
Il n'y a aucune différence.
Comment le village peut tomber jusque là ? Comment ces nobles Vikings peuvent donc vouloir à ce point la mort de quelqu'un ?
Comment peut-on sourire à la perspective de la mort ?
Et puis je comprends. Je comprends les paroles d'Harold sur les habitants du village. Sur moi Sur nous. Nous sommes pareils que les rats. Nous réclamons nous aussi le sang et la mort.
Nous tuons des dragons. Ça en devient un sport, un jeu, une façon d'être reconnu.
Peut-être qu'aucun de ces dragons n'ira au Walhalla mais ils étaient vivants.
Et je réclamais tout autant que les autres la mort des dragons.
En quoi suis-je différente de ceux dont j'ai voulu la mort maintenant ?
Absolument rien.
Je coupe court à toute auto-flagellation lorsqu'apparait brusquement, dans l'une des embouchures d'un couloir invisible dans la roche, un Banni qui s'envole d'un bond vers l'Arène de pierre.
Harold.
Espèce de crétin décérébré, le même niveau que les jumeaux et Rustik un soir de cuite après un concours de cassage de table par coup de front et…
Humpf. Abruti.
Il nous a faussé compagnie parce qu'il savait pertinemment où il devait aller. On devait le ralentir sans doute. Crétin. Et maintenant il se trouve entre les deux montagnes de muscle les plus dangereux au monde, pour lui personnellement.
Si jamais son père venait à savoir qui il était, je n'ose même pas imaginer ce qui pourrait se passer.
Il a roulé sur le côté dans sa réception et se trouve maintenant à seulement quelques mètres des deux hommes qui semblent tous les deux surpris, figés dans leurs hélant meurtrier par l'arrivé du nouveau venu. Si Stoick reste surpris, Alvin lui, rit jaune et fixe d'un air mauvais le garçon qui se redresse d'un bond, ses deux lames dans les mains.
« Et bien et bien… Le traître parmi les traîtres… Tu m'as bien eu salopard…
- Pas très difficile de berner une bande d'analphabètes sous développés, réplique Harold avec un sourire.
- Dois-je ne conclure que tout ce qui vient de détruire une vie de travail est entièrement ton ŒUVRE ?!
- Ça dépend tu préfères quelle version ? Celle où je détruis à moi seul toute ton installation sur l'île ou celle où je détruis aussi ton empire commerciale avec le Sud ? »
Harold esquisse un sourire satisfait lorsqu'Alvin blêmit à vu d'œil pour rougir de colère ensuite.
« … Qu'est-ce que tu as fait… ?
- Disons juste que toutes les îles que tu as dépouillées vont bientôt retrouver les leurs et leurs biens.
- … C'est impossible, tu ne peux pas. Ce n'est pas POSSIBLE !
- … Pas tous, concède Harold d'une voix blanche. Je peux pas tous les sauver. Mais au moins, ceux depuis mon arrivé ici. Ceux dont je préparai moi-même l'envoi en enfer.
- Tu mens. Tu ne peux pas les avoir retrouvés et quant bien même ! Comme si tu pouvais les faire échapper au marché aux esclaves !
- Tu tiens vraiment à ce que je t'explique comment ces mêmes esclaves sont ceux qui construisaient tes armes ? Tu sais, celles qui ne marchent pas.
- … Quoi ?
- Et oui, tout ce matériel dont tu es si fier… N'est rien d'autre que mes inventions, dont les esclaves suivaient mes plans erronés. Tu t'en doutais pas une seconde hein ?
- … Comment as-tu fait pour les racheter ?
- J'ai été champion d'Arène pendant deux ans Alvin… Soupire Harold en souriant. J'ai un peu d'argent que j'ai fait travailler par des amis ici et là.
- Et comment tu donnais tes ordres ?!
- Négociations et connaissances. »
Le silence retombe. Alvin tente apparemment d'avaler les révélations de son ancien subordonné mais il peine à le faire sans grimacer de temps à autre, le visage toujours aussi blême et furieux.
Moi aussi. Moi aussi j'ai du mal à avaler.
Harold avait tout prévu. Tout. Tout était minutieusement calculé depuis sa remonté dans le Nord avec Titus. Je doute qu'il m'ait tout avoué sur son périple vers l'Île des Bannis maintenant. Il doit me manquer quelques mois durant lesquels les deux garçons ont certainement créé un important réseau, dans le seul but de détrôner Alvin.
C'est trop gros. Trop compliqué. Un plan à l'inverse de ce que les Vikings peuvent appréhender, en soient témoins les jumeaux qui à quelques mètres de moi, se sont effondrés suite à la tentative désespérée de compréhension du dit plan.
Je ne crois pas qu'ils soient les seuls à ne rien n'y comprendre, le premier étant le père même du jeune homme, surpris et visiblement en colère que son combat ne soit interrompu de la sorte.
« ESPECE DE- ! »
La voix d'Alvin coupe court à toute réflexion lorsqu'il se rut sur Harold qui ne doit sa survie qu'à la force de ses jambes qui le propulsent sur le côté dans une roulade. Mais le Traître de Beurk est déjà sur lui et les deux hommes échangent des coups à la violence phénoménale devant un Stoick désemparé par le déroulement de la bataille.
Harold n'est pas en reste de férocité et c'est bientôt Alvin qui doit reculer devant la rapidité des coups de son vis-à-vis qui malgré ses blessures, restent toujours aussi mortels. Mais la douleur prend le pas un instant sur l'entêtement sur le visage d'Harold et il n'en faut pas plus à Alvin pour reprendre son assaut. Stoick vient en aide à son fils sans le savoir et reprend un peu le fil du combat en se postant entre les deux Bannis en hurlant.
« C'est mon combat jeune homme ! Reste en dehors de ça ! »
Je le connais assez pour dire que cette simple phrase ne rend pas heureux Harold. Pas du tout.
Je peux presque suivre la montée de fureur du fils Haddock dont le visage s'assombrit de plus en plus et dont les phalanges blanchissent sur ses armes.
« Tu es cinq ans trop tard pour me dire ce que je dois faire… »
Son sifflement est à peine audible de là où je suis mais je peux parfaitement deviner sur ses lèvres de quoi il retourne.
Il a raison. Il est cinq ans trop tard pour essayer de le protéger. Cinq ans trop tard pour essayer d'être un père. Même s'il l'ignore.
Son poignard dans la bouche, Harold attrape la tunique du Chef de Beurk devant lui pour grimper le long du dos de son père avec une aisance effroyable qui démontre une habitude sans doute sanglante dans l'arène. Un pied sur l'épaule d'un Stoick surpris au possible, il s'envole sur son ennemi, les deux mains sur le pommeau de l'épée qu'il abat avec force sur un Alvin tout aussi surpris. D'un mouvement que je peine à voir, Harold glisse sa lame contre la hache du Chef des Bannis, attrape de sa main de libre l'immense poignet de ce dernier avant d'envoyer son pied dans la figure d'Alvin qui recule d'un pas sous la violence du coup.
Harold n'a même pas posé un pied à terre.
Enfin de retour sur le plancher des yacks, il ne laisse pas le temps à son opposant de se reprendre qu'il est déjà sur lui, épée en avant. Mais Alvin esquive le coup en s'entaillant méchamment la joue pour ensuite percuter du pied Harold qui percute violement l'un des rochers qui délimite la fin de l'Arène.
Je grimace lorsque je le vois cracher et tousser à la fois, un râle sourd s'échappant d'entre ses lèvres.
Il n'est pas en état de battre Alvin. Pas après ce qu'il a subit dans les cachots.
En même temps, je me doute qu'il y a une bonne raison pour qu'Harold n'ai jamais tenté de tuer le Traître en temps normal.
Il est déjà bien trop fort.
Stoick prend la relève de son fils dans un excès de rage que je ne peux m'empêcher de trouver déplacé. Il ne l'a même pas reconnu. Le chef ne fait qu'aider un allié dans le besoin.
Et le père qu'il est ne reconnait même pas son propre fils.
Je peux comprendre le silence ou sa rancune lorsqu'il est question de Beurk. Je commence à le comprendre.
« Stoick ! »
Le cri de Gueulfor résonne parmi les Vikings quand Alvin parvient à faire reculer notre Chef bien plus loin qu'il ne l'aurait du. La Brute est prise par surprise par un coup de hache vicieuse sur le côté qui ripe sur sa propre lame et qui la dévie pour qu'une seule main ne puisse rester sur le manche. Il n'a pas le temps de le reprendre correctement qu'Alvin est déjà sur lui et en quelques coups, le déséquilibre et le Chef des Hooligans s'écroule au sol dans un râle.
Le Traître est tout sourire, nous blêmes. Les cris restent en suspend dans nos gorges et j'entends – trop – nettement certain haleter dans l'incompréhension.
Stoick est tombé.
Stoick la Brute est tombé.
Alvin, dans un sourire édenté, abaisse sa hache sur lui de toutes ses forces.
« STOICK ! »
Et la lame s'abat. Un flot effroyable de sang jaillit comme une fontaine du corps qu'elle traverse.
Un mince corps déjà décharné.
Non.
Non.
Non.
Non.
Non.
Ce n'est pas possible.
Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas…
« Pourquoi avoir fait ça ? Murmure Alvin, las.
- … Parce que… malgré tout… ça devait rester mon village…
- C'est cet homme qui t'a banni, n'est ce pas ?
- Oui… mais… Malgré tout… ça devait rester mon père… »
Je n'ai pas besoin de savoir lire sur les lèvres pour comprendre ce que murmurent Stoick et Gueulfor à ce moment.
A vrai dire, je n'en ai rien à faire. Parce que la personne qui hurle leurs murmures au même moment, c'est moi.
« HAROOOOOOOLD ! »
oOo
Les larmes n'ont pas coulé sur mes joues, j'en suis à peu près certaine. Mais je ne le jurerai pas.
Mes mains par contre, pleurent des larmes de sang alors que le froid les agresse et que les échardes les assiègent. Le simple contact du bois me fait mal mais je continue mon travail sans un gémissement, une seule plainte, dans le silence le plus total.
Mon regarde se porte comme à chaque fois en arrière, sur le corps solitaire allongé à même le sol.
Harold.
Je veux lui offrir un véritable départ de Viking. Je me fiche que nous l'ayons banni, il est et restera pour moi, un Viking, un vrai.
Beaucoup de Beurk n'ont pas apprécié, perchés sur leurs traditions – on n'offre pas de rituel à un Banni – mais le chef lui, n'a rien dit. Pas un mot alors que je tenais le corps de mon ancien tortionnaire entre mes bras, comme si ma vie en dépendait. Rustik a tenté de me l'enlever. Tout ce qu'il a récolté, c'est une méchante balafre de ma propre lame. On m'a laissé seule avec lui. Gueulfor a tenté de m'aider. Je l'ai menacé de lui couper un nouveau bras.
Personne n'a le droit de le faire. Encore moins moi mais je le dois. Je n'ai pas le choix. Après tout ce qu'il a fait pour moi, je lui dois bien au moins ça.
La barque est enfin en place, les rondins de bois aussi. Il ne manque plus qu'Harold.
Doucement, je me dirige vers le corps sans vie et sanguinolent. Mes pas ne sont plus aussi assurés qu'ils ne l'étaient mais je me force à continuer. Il l'aurait fait pour moi.
A la force de mes bras entraînés, je parviens à le hisser sur mon dos. Mes genoux fléchissent sous le coup de la bataille qui s'est jouée il y a quelques heures maintenant mais je ne dois pas le laissé tombé. Jamais.
Comme lui n'a jamais abandonné ce qu'il était.
A bout de souffle, je parviens à le déposer dans la barque en bois. Je le dispose élégamment – enfin je l'espère – parmi le bois, les brindilles et les herbes séchées que j'ai pues trouver sur cette île désertique.
Il est là. Ses yeux clos sur ses iris émeraude. Ses bras tatoués d'encre noire sur tout leurs longs. Son visage endormi. Son torse lacéré de part en part.
Mes yeux se ferment. Je ne peux plus le regarder. Ça signifierait tant de choses. Choses que je ne peux toujours pas m'avouer.
Je bataille de longues et agaçantes minutes avec deux pierres pour allumer une petite flammèche. Elles me détruisent ce qu'il me reste de main mais je n'abandonne pas et enfin, une étincelle fait s'embraser un mince brin d'herbe. La flamme commence à doucement s'étendre et je souris.
J'ai réussi.
Le tout commence à s'embraser. L'herbe. Les brindilles. Les rondins.
Avec mes dernières forces, je force la barque à prendre le large, poussant avec tout ce que j'ai, les genoux dans l'eau. Enfin, après de longues minutes de batailles, la petite embarcation s'éloigne dans les flots glacés tandis que je reste là, à observer comme une idiote Harold disparaître dans la nuit.
Un immense coup de vent froid fait s'envoler mes cheveux poisseux et plisser les yeux.
Il me faut quelques secondes pour comprendre. Un moment d'inattention, pour que mes yeux autrefois secs, s'emplissent de larmes chaudes et salées.
Le feu n'a pas pris.
« Non. Non. Non… NON ! CE N'EST PAS JUSTE ! »
Je hurle toutes les insanités que je peux. Je ne sais pas si quelqu'un peu m'entendre ici bas, mais je sais qu'au royaume d'Asgard, peut-être entendra-t-on mes pleurs.
« Ce n'est pas juste ! Il en a le droit ! Il en a le droit ! Il ne doit pas avoir souffert autant pour rien ! CE N'EST PAS JUSTE ! »
La barque n'éloigne de trop. Je ne peux pas la rattraper. J'ai échoué. Je n'ai pas réussi à lui donner un départ décent.
J'ai échoué. Comme toujours.
Je n'arrive pas à tarir mes larmes, mes sanglots sont de plus en plus forts. Mes cris et insultes aussi.
Ils n'avaient pas le droit de faire ça. Il a le droit à sa place à la table d'Odin. Il en plus que le droit. Plus que moi. Plus que son père. Plus que tous ceux de sa lignée.
Une respiration dans mon dos, mes pleurs cessent aussitôt. Je tente de reprendre contenance.
Même dans cette situation je tente de préserver les apparences. Je suis misérable.
Ma tête pivote sur le côté pour voir qui s'est permis de venir mais rapidement, mon souffle se bloque dans ma gorge.
Dans mon dos, se trouve un dragon.
Un petit dragon noir comme la nuit, ses deux grands yeux d'un vert époustouflant.
Comme ceux d'Harold.
Exactement comme ceux d'Harold.
Il me regarde, moi, puis la barque, puis de nouveau moi. Ses pupilles sont dilatées et sa tête se penche vers moi.
Je ne sais pas pourquoi, mais je m'énerve. J'ai l'impression qu'il me juge. Et qu'un dragon que je ne connais pas me fasse leçon est la dernière chose que je souhaite aujourd'hui.
« QUOI ?! »
Mon hurlement le fait brusquement redresser la tête. Furieuse, je lui fais face. Je ne sais pas ce que je fais, je n'en ai pas la moindre idée.
Je parle à un dragon.
Je me dispute toute seule avec un putain de dragon.
« T'as quelque chose à redire c'est ça ?! Et ben ouais ! Je ne sais pas faire un feu correct ! Je peux même pas faire un rite funéraire correct à la seule personne qui- !... Qui n'ait jamais… »
Jamais quoi ? Pourquoi est-ce que je fais ça ? Parce qu'il m'a protégée malgré les apparences ? Parce qu'il s'est sacrifié toutes ces années pour sauver Beurk ? Ce même village qui l'a banni et envoyé en enfer…
Je l'ai banni et envoyé en enfer. Comme les autres.
Mais qu'est-ce que je fais ? Pourquoi est-ce que je fais ça ?
« J'en sais rien… Je ne sais même pas pourquoi j'ai tenu à le faire… J'en n'ai pas le droit non plus. »
Mes pleurs ont repris le dessus. Je suis face à un dragon, sans armes et pourtant je flanche, les deux genoux dans l'eau glacée.
« Je n'ai même pas réussi à faire ça pour Harold… »
Mes yeux bordés de larmes fixent le dragon qui n'a pas bougé et qui continue à me regarder, moi, puis la barque d'un œil curieux.
Je vais me faire tuer et la seule chose qui me préoccupe est cette stupide barque qui n'a pas pris feu. Je suis lamentable.
Je vois le dragon commencer à piétiner et je sors de ma transe pour le regarder faire. Il se remue un peu, sa bouche flamboie d'une étrange lumière bleutée avant que dans un cri suraigüe, il ne lance un feu indigo sur l'embarcation solitaire qui fait office de dernière demeure à l'homme qui m'a sauvé. La barque s'enflamme.
Un feu immense, qui s'élève haut dans le ciel. Un feu comme j'en ai rarement vu.
Ce dragon vient d'offrir ce que j'ai échoué à faire à Harold.
La bouche entre-ouverte par la stupéfaction, mon regard revient sur le dragon qui m'observe maintenant. Il encline la tête, comme pour vérifier qu'il a bien fait et je ne peux m'empêcher de sourire.
« … Merci… »
Ma voix est blême mais je crois qu'il comprend car sa tête se redresse. Soudain, le dragon noir ouvre d'immenses ailes. Il s'envole d'une seule poussée, faisant s'envoler mes cheveux et mes larmes.
Captivée, je le regarde monter au ciel, puis redescendre dans mon dos. Je me tourne.
Il est de nouveau là. Près de la barque cette fois. Il tourne autour de son œuvre, dansant avec la fumée qui s'en échappe. Il fait ça encore quelques secondes avant un dernier coup d'œil dans ma direction. Puis il s'envole.
Loin dans le ciel. Au-delà des nuages. Je ne peux que supposer sa destination et celle-ci me fait arquer un sourire désabusé.
Décidemment, ce garçon n'aura rien fait comme tout le monde.
Oui, maintenant je sais. Il aura sa place à la table d'Odin.
Et il sera le premier Viking dans l'histoire à monter au palais des dieux sur le dos d'un dragon.
*du plus profond de la forteresse qu'elle s'est construite pendant la lecture des lecteurs, s'entend la voix de Geek-naval* ... Hello ? Vous êtes toujours là ? Vous, pas taper moi hein ? S'il vous plait ? 0:)
J'avais pas le choix ! Je le jure ! Il le fallait ! Il fallait cette fin je vous jure !
Ah ? J'entends au loin ceux qui se sont remis le plus vite de la mort d'Harold : "Et comment tu comptes faire une suite maintenant ?!" Je m'explique : la suite sera en réalité le Happy End de cette fiction. Une alternative où Harold ne succombe pas à ses blessures et où on le ramène au village. Mais la cohabitation va être plus difficile que ce que l'espérait Astrid.
Cette suite sera très différent de la fiction d'origine : le discours sera à la troisième personne (on pourra donc voir d'autres personnages qu'Astrid) et au passé. Le style d'écriture de base. Très différent en somme. De plus, tous les mystères que j'ai pus faire apparaître dans cette fiction (que tous n'ont pas forcément vu) vont être expliqués, c'est la raison de certaines zones d'ombres.
D'ailleurs, dois-je publier cette suite en tant que chapitres supplémentaires de cette fiction ou en publier une nouvelle en signalant que c'est une suite ? Donnez votre avis ça me permettra de faire au mieux.
Bon ! Et bien ma tentative de vous faire oublier la fin de cette fiction étant finie, je retourne me planquer et vous souhaite une très bonne journée/soirée/nuit ! (et n'oublier pas le petit bouton bleu avec marqué review dessus :))
Et Enjoy pour How to train your dragon 2 !
Edit du 20/08/2014 : chapitre corrigé sous la beta de mon cher Naemos, merci à lui.
La suite est publiée, vous pouvez la trouver sur le site sous le nom de Beurk la Honteuse.
