CHAPITRE TROIS

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Au fil des jours, la nouvelle de la disparition d'un jeune adulte nommé Arthur Kirkland fit le tour de la ville après qu'un facteur eut trouvé la maison vide avec la porte ouverte. Alfred venait régulièrement te voir et vérifier l'état du chat, qui s'accoutumait difficilement à sa nouvelle vie. Par ailleurs, il soufflait toujours Alfred et il était impossible pour ton ami américain de l'approcher ne serait-ce que de moins d'un mètre.

Pourtant, avec toi, il n'était jamais aussi agressif. Il te fuyait parfois, ce qui avait tendance à t'attrister et à t'amuser en même temps, mais jamais il n'avait levé la patte sur toi, jamais il ne t'avait soufflée, jamais il n'avait hérissé le poil, rien. Même cette fois où, allongée sur le canapé, tu l'avais soulevé dans les airs et serré contre toi comme une bonne grosse peluche, il ne t'avait fait aucun mal et tu t'étais assoupie en le serrant dans tes bras.

Une chose t'émouvait toujours avec lui : à chaque fois que quelqu'un ouvrait ou fermait la porte d'entrée, Iggy faisait son possible pour essayer de sortir, mais à chaque fois, il était intercepté. Probablement qu'il voulait rentrer à la maison et retrouver son maître. Un jour, il avait failli t'échapper et tu l'avais replacé dans le salon, gratifiée par des miaulements semblables à des protestations.

- Excuse-moi, Iggy... Mais je ne veux pas te perdre. (Le chat se tut, ouvrant grand les yeux, ce qui te surprit.) Hum... Arthur Kirkland doit être un bon maître pour que tu l'adores à ce point.

Le chat te dévisagea. Sa queue duveteuse balaya nerveusement le sol tandis qu'il reportait son regard sur le sol.

- C'est drôle... murmuras-tu. On dirait que tu comprends ce que je dis...

Iggy miaula comme pour te répondre. Un instant, tu te perdis dans ses yeux d'un vert intense, cherchant une réponse là où tes doutes n'arrivaient pas à prendre forme. Il y avait quelque chose de bizarre avec ce chat...

- J'ai l'impression que tu m'écoutes... (Tu souris.) Et ça tombe bien, j'adore discuter ! Par contre, comme je suis seule dans l'appartement, je risque de beaucoup te parler. J'ai besoin d'un confident, tu vois...

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PDV Arthur

« Je serais ravi de discuter avec vous, miss ... (nom), mais ne me dites pas quelque chose que vous pourriez regretter... Je vous assure que ça restera entre nous, mais quand même... je ne suis pas un chat... S'il vous plait, comprenez-le vite. »

Fin PDV Arthur

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Quelques semaines passèrent. Ta vie avait repris son cours normal, sauf qu'Iggy était désormais là pour la rendre plus intéressante encore. Il venait voir qui était là à chaque fois que tu rentrais, s'asseyait en silence près de la porte quand tu partais, s'enfuyait quand tu sortais de la douche, arrivait en trottinant quand il entendait un bruit inhabituel... Il avait tout d'un petit chien de garde.

- Tu es tellement chou, gloussas-tu, mais pas avec Alfred... Tu le détestes ou quoi ?

Tu avais acheté une petite pelote de laine au chat – ainsi que des écuelles, un griffoir et un panier – après avoir eu une certaine réticence, il avait désormais l'air de prendre plaisir à s'amuser avec.

- Petit sauvage, souris-tu en tendant la main droite vers lui.

Jouant avec sa pelote, il ne fit pas attention et sa patte, qui battait l'air, te griffa.

- Aïe ! gémis-tu en retirant ta main.

Le chat se retourna brusquement sur ses pattes, alarmé. Deux fines mais longues lignes de sang apparurent à la surface de ta peau, sur l'éminence sensible à la base de ton pouce. Même si c'était douloureux, tu ne blâmas pas le chat, parce que tu savais qu'il n'avait pas voulu te faire du mal intentionnellement. D'ailleurs, le comportement d'Iggy changea et il s'approcha timidement de ta main, que tu retiras par sécurité. Iggy... avait l'air triste. Tu le devinais facilement à l'éclat terne de ses yeux et à sa tête baissée. Tu fronças les sourcils.

- Est-ce que par hasard... tu te sentirais mal pour moi ? demandas-tu devant sa petite bouille abattue.

Tu pouvais le concevoir, pour un chat. Iggy approcha à nouveau son museau de la plaie, et cette fois, tu le laissas faire. Le bout de sa petite langue râpeuse sortit et passa doucement sur la blessure, faisant disparaître le sang. Tu le regardas en silence, surprise et sincèrement touchée.

- Oh... Merci, Iggy !

Il miaula en guise de réponse en s'asseyant. De plus en plus bizarre... Tu tendis la main vers lui. Il ne recula par la tête, comme il avait l'habitude de le faire, mais il resta en place et, pour la première fois depuis que tu l'avais recueilli, il te laissa le caresser. C'était une preuve de confiance qui te toucha beaucoup et qui te rendit plutôt fière. Tu grattouillas doucement l'arrière de ses oreilles, puis ses joues, ce qui le fit bientôt ronronner de bien-être. En voulant caresser son dos, il se redressa maladroitement et s'éloigna. Tu pouffas de rire.

« Qu'est-ce qu'il est pudique, ce chat... »

XXX

Au fil du temps, vous appreniez à mieux vous connaître et vous comprendre. Tu anticipais désormais les petits mécanismes du chat, considérant qu'il était très réservé mais plein d'une attention qui ne semblait demander aucun retour. Surveillant désormais tes allées et venues, se postant souvent aux mêmes endroits pour te regarder de loin, il semblait de plus en plus t'avoir adoptée. Tu adorais lui parler, lui raconter toutes tes petites aventures et mésaventures, lui confier certaines choses, lui poser des questions comme s'il était ton colocataire... Sa présence te faisait vraiment du bien. Tu étais heureuse qu'il s'accommode peu à peu à la vie commune que tu lui proposais. Apparemment, sa pâtée lui convenait – du moins un peu plus que le premier jour – et la litière... aussi, car c'était la seule option. Un soir, tu t'étais affalée sur ton lit et discutais au téléphone avec Alfred.

- Ce serait super que tu viennes nous voir demain !

- T'es sûre ? demanda ton meilleur ami à l'autre bout du fil. T'as l'air super fatiguée, c'est le chat qui t'épuise ?

- Entre autres, avouas-tu alors que ton petit compagnon à quatre pattes entrait dans la chambre. Mais j'aimerais bien te voir. Alors à demain, dors bien !

- Okay, g'night !

Tu raccrochas et soupiras. Iggy te regardait intensément, assis bien droit.

- Alfred est invité ici, ce serait bien que tu sois plus aimable avec lui.

Le chat poussa un long miaulement en guise se réponse et s'approcha de ton lit. Vous vous observâtes, les yeux dans les yeux. Soudain, sans avoir pensé à rien de spécial, une image s'imposa à ton esprit. Furtive. Marquante. Une silhouette humaine, des cheveux d'un blond pur assortis à d'épais sourcils clairs, des yeux couleur pomme... Tu aurais juré avoir vu un visage humain à la place du félin. Tu secouas la tête. La fatigue devait te faire délirer.

- Qu'est-ce que tu veux ? demandas-tu au chat, qui resta silencieux. Tu veux rentrer, c'est ça ?

Le chat miaula encore, sans détacher son regard du tien. Tu t'assis en tailleur sur le large lit et tapotas la couverture. Après quelques instants, Iggy sauta dessus et s'assit également. Tu lui grattas gentiment le cou.

- Je me demande comment il va, cet Arthur, murmuras-tu. On est sans nouvelles de lui... J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave... (Le chat ne réagissait pas, mais l'orientation de ses oreilles prouvait qu'il t'écoutait.) Tu ne mérites pas d'être laissé tout seul... On va résoudre ce mystère et tu vas pouvoir rentrer chez toi.

Iggy pressa doucement sa joue contre tes doigts. Tu souris tristement.

- C'est peut-être un peu égoïste de dire ça, mais tu vas me manquer. (Iggy réorienta ses oreilles.) Tu sais, tu es un peu bizarre des fois... Mais je t'aime bien, ma petite boule de poils.

Le Scottish Fold semblait à nouveau un peu nerveux, mais il se releva et s'approcha de toi pour poser ses deux pattes avant sur ta jambe pliée et se redresser, pointant le bout de son museau vers toi.

- Quoi ? ris-tu. Tu m'aimes bien aussi ?

Il miaula, toujours en te fixant. Tu te surpris à rougir devant l'insistance de son regard, qui semblait vouloir dire un millier de choses. Tu trouvais ça très bizarre.

- Iggy ?... Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ?

Le chat détourna la tête et alla s'installer au bout du lit. Tu souris nerveusement et te glissas sous la couverture, exténuée par la journée.

- Tu sais, Iggy, depuis que j'ai quitté mes parents pour vivre ma vie d'adulte, je n'ai jamais réussi à trouver de colocataire. Je trouve que ta présence est vraiment rassurante. Arthur a de la chance de t'avoir pour compagnon.

Tu regardas le plafond obscur, profitant du calme du moment.

- Peut-être qu'Arthur se sentait tout aussi seul ?... Sa maison était grande, il vit sûrement avec sa famille. Mais je n'y ai vu personne, et personne n'a lancé d'avis de recherche pour lui...

Tu soupiras. Le chat ne bougeait pas.

- J'espère qu'il va bien... (Soudain, tu réalisas quelque chose.) Non mais regarde-moi, à parler autant de quelqu'un que je n'ai jamais rencontré... Heureusement que je ne peux pas t'ennuyer avec mes paroles.

Tu fermas les paupières. Alors que tu cherchais le sommeil, tu sentis un léger déplacement venant du bout du lit et se rapprochant de toi. En ouvrant les yeux, tu vis le petit Scottish Fold roulé en boule juste devant toi, proche et en même temps te laissant une certaine distance. Il semblait paisible. Tu souris tendrement.

- Bonne nuit, Iggy.

XXX

Tu ouvris la porte en entendant la sonnette être harcelée. Alfred s'engouffra à l'intérieur.

- Hello …... (nom) ! lança-t-il avec bonne humeur. Je nous ai apporté des snacks et de la nourriture pour Iggy !

- Alfie, je suis tellement contente de te voir !

Tu enlaças ton meilleur ami, sans remarquer Iggy qui vous observait depuis le couloir principal, assis bien droit, les oreilles plaquées contre le crâne en signe d'agacement.

- Le petit monstre a pas l'air très heureux de me voir, fit tristement remarquer Alfred en s'approchant de lui.

Le chat recula. En soupirant, tu te dirigeas vers le chat et d'un coup, tu le soulevas pour le serrer dans tes bras. Iggy se mit à miauler nerveusement, cherchant à s'échapper.

- Les rares fois où je l'ai enlacé, il a vraiment détesté ça, t'attristas-tu en approchant le chat de celui qu'il semblait mal supporter. Allez Iggy, Alfred est gentil ! Il m'a aidée à te trouver !

Iggy ne te grifferait pas, c'est pourquoi tu prenais le risque. Crispé comme jamais dans tes bras, les pupilles rétractées au maximum, il fixait Alfred et le souffla lorsque ce dernier commença à lui gratter le cou. Le jeune Américain fronça les sourcils en regardant pour la première fois l'animal droit dans les yeux.

- Oh c'mon, dit doucement ton meilleur ami. T'es plus docile parce que tu sais que je t'ai acheté de la pâtée, c'est ça ? Tous les mêmes, ces chats !

Alfred s'éloigna avec un sourire triomphant tandis que tu raffermissais ta prise et embrassais la tête du petit animal.

- C'est bien, mon Iggy !

Le chat se débattit si fort que tu le laissas courir se réfugier dans ta chambre. Avec une petite moue, tu t'installas à côté d'Alfred au salon et vous passâtes un bon moment ensemble. Iggy ne vous honora pas tout de suite de sa présence, mais lorsqu'il entendit qu'on parlait de lui, il pointa le bout de son nez.

- Arthur Kirkland n'est toujours pas rentré chez lui ? interrogeas-tu finalement.

- Aucune idée, comment je pourrais le savoir ? avoua Alfred. Je vais quand même pas aller chez lui tous les jours pour vérifier...

Tu réfléchis quelques instants, notant la soudaine présence du félin.

- Mais ça fait trois mois que c'est arrivé, cette histoire...

Tu ramenas tes genoux contre toi dans une position confortable, peinant à dissimuler ton inquiétude.

- … Tu t'occupes vraiment trop de lui.

Tu relevas la tête vers ton ami, surprise. Le chat tiqua également.

- Quoi ?

- …... (nom)... Sérieusement, tu l'as jamais rencontré, ce type ! Enfin, je sais que tu te sens concernée par cette histoire bizarre, mais maintenant, c'est la police qui va se charger de retrouver Arthur. Toi, tu as juste à t'occuper d'Iggy !

- Je ne m'occupe pas tant que ça d'Arthur, je ne le connais même pas, te défendis-tu.

- C'est un naze de toute façon, continua Alfred. Toujours à se croire au-dessus des autres et à me mener la vie dure... Je sais même plus à quand ça remonte, mais il m'a toujours provoqué. Je suis sûr que c'est une ordure en tous points, et avec les filles aussi...

- Qu'est-ce qui t'arrive, Alfred ? t'étonnas-tu. Je ne prends pas sa défense ni la tienne, mais je te trouve agressif... Je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter pour Arthur, c'est tout.

- Mais pourquoi ?!

Tu haussas les épaules, prise de court. Iggy était entré dans le salon et vous regardait à tour de rôle, très attentif.

- Je ne comprends pas pourquoi tu t'énerves autant, c'est juste que ça a piqué ma curiosité. Et puis... (Tu jetas un coup d'oeil au félin, pour remarquer qu'il te fixait.) Je suis responsable de son chat, maintenant. Je voudrais qu'il rentre vite pour que le petit soit rassuré.

- Qu'est-ce que tu en as à faire ?

Alfred te saisit par les épaules. Iggy fléchit les pattes, la queue battant l'air, prêt à bondir comme s'il t'avait sentie menacée.

- …... (nom), ta voix est faible, tes yeux sont cernés, tu marches plus lentement, tu t'endors à moitié pendant les cours... (Sa voix s'adoucit.) Tu es épuisée par tout ça. Je peux le voir genre des kilomètres à la ronde.

La sincérité avec laquelle il te parlait brillait dans ses yeux, et tu ne pouvais pas nier qu'entre la disparition d'Arthur, l'adoption du chat, les cours, l'entretien de l'appartement et ton job, tu commençais vraiment à fatiguer.

- Je suis ton meilleur ami, tu peux pas me cacher ça... S'il te plait dudette, tu as déjà beaucoup de choses à faire, t'inquiète pas en plus pour quelqu'un qui en vaut pas la peine. Je déteste te voir aussi mal.

Tu soutins son regard bleuté, te résignant en comprenant pourquoi il agissait avec agressivité depuis que vous aviez abordé le sujet épineux. Tu le serras dans tes bras.

- Pardon, Alfred, dis-tu doucement. Je te promets de faire attention. Iggy veille sur moi, maintenant, alors tu n'as plus à t'inquiéter.

Alfred glissa un regard en coin au chat qui n'avait pas perdu une miette de la scène.

- Lui ?

- Il est très attentionné et adorable, tu sais ! Et puis, tu n'as pas à trop t'en faire, je n'ai besoin ni d'un petit ami ni d'un chat pour me débrouiller toute seule.

- D'ailleurs, quand t'auras trouvé un petit ami, il faudra que tu me le présentes.

- Mes relations amoureuses ne te concernent pas !

- Of course they do !

Vous continuâtes de vous disputer gentiment tandis qu'Iggy quittait la pièce la tête basse.

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PDV Arthur

«Miss …... (nom)... Est-ce que vous... tu me détestes ? »

Fin PDV Arthur