Merci à toutes et à tous pour vos messages encourageant.

Artemis : Promis la suite est en cours et merci pour ton enthousiasme, c'est très motivant. ^^


-Hello Will, me répondit-il de sa voix suave avant de détourner un instant le regard pour saluer sa fille d'une voix douce, Abigail.

Cette dernière faillit l'appeler Père en réponse mais se ravisa et inclina juste la tête doucement. Sa maîtrise de soi était assez impressionnante pour une adolescente. Depuis longtemps, Abigail s'adaptait pour survivre dans un monde de chasse et de pêche et était à l'aise dans son rôle.

Retournant mon attention sur Hannibal, je n'avais pas envisagé qu'un espace vitré se dresserait entre nous, empêchant tous contacts. Son visage portait quelques égratignures, traces de sa lutte avec Jack. Dans l'ensemble pourtant, il semblait bien portant dans son horrible combinaison blanche, immaculée. Hannibal en ange, paré de la couleur de la pureté, c'était assez ironique. Il serait plutôt un ange vengeur et sanglant. Un Lucifer.

Par l'enfer, était-il possible d'enlever cette barrière ? Je pensais qu'il serait derrière de simples barreaux en fer. Qu'éventuellement, je pourrais le toucher malgré les interdictions et les risques. Si ces quelques jours m'avaient semblé insupportables, cet instant me laissait mourir à petit feu derrière une vitre. Feu qui s'embraserait immédiatement lorsque l'oxygène envahirait la pièce au moment où la barrière serait brisée. Hélas, rien ne se passerait aujourd'hui.

A aucun moment, mon imagination ne m'avait averti que son absence créerait un tel manque avant qu'il ne me soit enlevé dans la réalité. Depuis plusieurs semaines, je le fréquentais quotidiennement. Sa présence semblait être devenue aussi indispensable que l'air ou l'eau.

-De quelle promesse parlait le docteur Chilton ? demandais-je alors que j'avais mille autres questions en tête.

-J'ai demandé à recevoir votre visite au plus vite, avoua Hannibal d'une voix où « demander » sonnait comme « exiger ».

Comment pouvait-on exiger quoique ce soit dans sa position ? Ses conditions de détention étaient de loin supérieures à celles que j'avais connues. La pièce dans laquelle il était retenu, ressemblait à un des salons de sa maison, propre et chaleureuse, avec toujours cette blancheur omniprésente. Par quel miracle réussissait-il à plier le monde à sa volonté ? A son demi-sourire, je voyais qu'il suivait le chemin de mes questionnements et que cela l'amusait grandement. Etait-ce pour cela que Chilton s'était également retrouvé dans ma chambre d'hôpital ? A la demande d'Hannibal et non du FBI, peut-être ménageait-il les deux parties le connaissant. L'idée qu'Hannibal puisse continuer à jouer alors qu'il était enfermé, m'inquiéta autant qu'elle me réchauffa le cœur.

-J'ai promis de ne pas le manger, confia le cannibale comme un secret amusant en se rapprochant de la vitre.

Comme en réponse miroir, je fis un pas de plus vers lui, forçant Abigail à suivre. Très lentement, je le vis inspirer pour capter notre odeur. Cette étrange pratique me fascinait. Que pouvait-il déduire, hormis bien sûr que je portais toujours mon détestable aftershave ? Abigail rigola doucement en réponse à la promesse d'Hannibal. Tournant mon regard vers elle, je compris que j'étais le seul à ne pas prendre sérieusement en compte sa possibilité d'évasion. Même Chilton avait négocié un sauf-conduit pour se préserver d'éventuelles représailles. L'incarcération du docteur Lecter ne saurait être définitive. J'avais compté cinq portes entre sa cellule et la sortie, je connaissais les routines de l'établissement et les points faibles de la sécurité, nul doute, que le bon docteur saurait résoudre l'équation.

-Vous n'aviez pourtant pas l'intention de me revoir la dernière fois. Enfin, c'est ce que j'ai compris lorsque votre lame a caressé mon ventre.

Malgré mes efforts, ma voix résonnait sensuellement dans l'espace de la cellule en évoquant cette tentative de meurtre. La chaleur montait à mes joues. Comment même cela pouvait me faire ce genre d'effet ? Pouvez-vous ne pas me regarder si narquoisement comme si vous saviez précisément ce qui se passait dans ma tête ? Avais-je envie de vous crier pour masquer mes attentes. Depuis quand précisément, les tentatives de meurtre faisaient parties de mon référentiel de séduction ?

-Oh ! Cher Will, vous étiez entre moi et la sortie. Par ailleurs, votre attitude m'avait fortement désappointée, répliqua-t-il ironique. Vous semblez en outre en pleine forme. Comment se porte Abigail ? interrogea-t-il. Et vos admirables compagnons poilus ?

Mon corps se raidit à la mention de mes chiens. La jeune fille à côté de moi envoyait des signaux d'alarme et Hannibal sembla comprendre qu'il y avait un problème sans parvenir à mettre le doigt dessus. Evidemment, dans sa position, il ne pouvait accéder aux informations comme avant. La conversation ne tournait pas comme je l'espérais et le jeu entre nous se tendit brusquement au point de pratiquement se briser. L'évocation de mes chiens ferma immédiatement mon visage avant que je ne lâche quelques mots d'une voix blanche.

-Abigail est allergique. Mais vous le saviez. N'est-ce pas ?

Inlassablement, je me répétais cette raison pour ne pas que la douleur m'envahisse. Un imperceptible froncement de sourcil apparut sur son visage lui laissant un air perplexe. Une chose échappait à sa compréhension et rien ne semblait passer ma façade de marbre. Il interrogea sa fille du regard mais celle-ci ne pouvait rien dire.

Mentalement, je le vis ranger la question pour plus tard. Aucun doute qu'il tenterait d'avoir les informations ultérieurement. Abigail serra ma main un peu plus fort dans la sienne et la caressa de son pouce dans un geste apaisant. Son soutien silencieux me toucha étrangement, nous partagions ce secret douloureux. Je ne voulais pas qu'Hannibal ait à gérer cela en plus. Pas qu'il se sentirait coupable ou autre, non, il n'avait pas ce genre de considération. Il voudrait certainement réparer le préjudice à sa façon. Ce qui était arrivé, était en partie ma faute. Si je n'avais pas voulu jouer plus avec Jack, j'aurais pu les sauver et leur trouver un foyer acceptable à chacun avant de partir. Ils méritaient mieux. C'était un tel gâchis, je ressentais comme un puissant sentiment d'échec cuisant comme premier pas dans ma nouvelle vie et la peur irraisonnée que cela n'était peut-être pas un bon présage pour notre avenir.

-Chilton s'inquiète pour votre ligne de défense, déclarais-je pour changer de sujet.

-Oh ! Vraiment ? s'étonna-t-il faussement sans cacher son air amusé de retour sur son visage.

-Vous ne pouvez pas réfuter tous les arguments que votre avocat avance, l'accusais-je.

-Pourquoi donc ? Cette ligne de défense vous a servi par ailleurs.

-Les circonstances n'étaient pas les mêmes ! me défendis-je sous son regard malicieux. Vous risquez votre vie en allant au procès.

Ma voix se cassant imperceptiblement trahissait ma peur profonde que cette situation engendrait malgré mes efforts pour paraître solide. Hannibal ne pouvait pas rater cette émotion, lui qui avait passé tant de temps à m'étudier. Autant j'avais pu me contrôler depuis mon réveil lors des différents interrogatoires, autant ce cadre et sa présence me ramenait à l'homme nerveux et instable que j'avais toujours été. Sans mes chiens, sans Hannibal, je me sentais comme abandonné, à la dérive malgré l'attache réelle qu'Abigail représentait.

-Etes-vous inquiet Will ? s'enquit-il calmement me transperçant du regard derrière sa vitre.

En aucun cas mes dénégations n'auraient pu passer pour autre chose que des lamentations hystériques, aussi préférais-je me taire. Respirant profondément pour restaurer mon calme et la sérénité que j'avais touché du doigt en acceptant mon devenir, je me remémorais également que j'avais une fille, une famille à protéger. En vain.

-A propos de quoi exactement devrais-je m'inquiéter ? De ma blessure ? De l'enquête ? De l'éducation d'une adolescente traumatisée ? De … de … de vous ?, demandais-je sans parvenir à contrôler parfaitement ma voix.

Soupirant, il acquiesça sans pour autant répondre immédiatement.

-Vous devriez prendre garde aux ennemis qui rôdent tels des fantômes dans la nuit, lâcha-t-il finalement.

Voulait-il m'avertir d'un réel danger ou m'aider à me concentrer pour rester alerte ? Quels ennemis ? Jack ? Le FBI ? ou pire ? Etait-ce un des buts de toute cette mascarade ? Encore plus de question sans réponse. Abigail secoua mon bras m'ancrant à nouveau dans la réalité.

Mes mains brûlaient de l'étreindre et je désespérais de me sentir sur cette ligne instable, à deux doigts de me briser s'il ne me tenait pas.

-Etes-vous prêt à courir Will ? m'interrogea Hannibal sérieusement en voyant mes tremblements de désespoir et la sueur prête à couler hors de mon corps.

Abigail lâcha ma main et se fut comme si le monde s'effondrait pour un instant. Seule la voix d'Hannibal m'exhortant à le regarder dans les yeux me maintint debout le temps que notre fille pousse une chaise derrière moi. Je me laissais tomber mal à l'aise par le spectacle involontaire que je donnais.

-Je vais bien, murmurais-je devant l'expression inquiète qui perçait derrière le regard du docteur Lecter.

Pour la première fois, je perçus une lueur de doute chez lui. Cette dernière, au lieu de m'angoisser d'avantage, me donna la force de m'affirmer. Serrant les accoudoirs entre mes doigts moites, je ne pouvais pas me laisser dominer par mes doutes et les propager à mon entourage. Hannibal comptait sur moi et je ne pouvais pas le décevoir, pas maintenant. Je n'étais pas une tasse de thé en porcelaine fragile, mais une mangouste.

-Je suis prêt à courir. Nous sommes prêts, dis-je en me tournant vers Abigail.

Cette dernière me sourit doucement avec confiance.

A notre sortie de l'asile, un clic d'appareil photo suivi d'un éclair roux, nous accueillie.

-Freddie Lounds, grondais-je en guise de salut menaçant.

-Les visites conjugales sont déjà autorisées ? questionna la journaliste avidement en brandissant son magnétophone sous mon nez.

Mes yeux se remplirent de fureur et je fus à deux doigts de lui sauter dessus pour lui régler définitivement son compte. Sa seule vue me laissait un goût d'inachevé, surtout depuis que je l'avais surprise dans ma grange et qu'elle avait réussi à atteindre Jack avant que je ne la fasse définitivement taire. Le plaisir que j'avais décrit à Hannibal en détaillant sa mort, n'était pas feint. Ce fantasme me hantait chaque fois que je voyais ses boucles rousses rebondir. J'avais eu le temps de le peaufiner depuis au cours de mes longs mois de solitude au fond de ma cellule et lorsqu'il avait été si près d'être réalisé, il m'avait échappé.

Soupirant, je laissais l'air de mes poumons évacuer ma frustration. Un jour, il serait temps de mettre fin à sa piètre carrière.

-Abigail, j'espère que vous êtes toujours disposées pour notre livre ? se tourna-t-elle vers la brunette à mes côtés. Où étiez-vous tout ce temps ? Séquestrée ? Torturée ?

-Ne lui adressez pas la parole, grognais-je en m'interposant, plaçant mon corps comme une barrière protectrice.

-Will ?

-C'est monsieur Graham ! Ne nous approchez plus, craquais-je serrant convulsivement les doigts d'Abigail pour ne pas mettre mes mains autour du cou de cette putain de journaliste.

Je ne permettrais pas qu'elle salisse ma fille avec ses questions et ses insinuations odieuses. Avançant vers le parking, je tentais de l'ignorer du mieux possible, de toutes les façons, elle écrirait ce qu'elle voulait. Ce qui l'intéressait, n'était pas la vérité mais des récits vendeurs. Sur ce point, notre histoire ferait certainement vendre mais je n'avais pas l'intention d'étaler ma vie au public. Les fictions de Freddie n'étaient étayées d'aucune preuve et personne ne prendrait jamais ses racontars pour du vrai journalisme d'investigation mais, je me devais d'être prudent et de maintenir mes distances. Elle avait déjà été trop près.

-Un peu de sang-froid monsieur le profiler, à moins que vous ne souhaitiez rejoindre votre cher et tendre ? Il vous manque déjà ? minauda-t-elle. Voulez-vous prouver au reste du monde que vous êtes également le tueur que je ne cesse de dénoncer ? Vous savez que votre place est ici.

Abigail me tira vers la voiture mais la journaliste nous suivait, jouant la provocation. Elle savait au fond d'elle-même que j'étais dangereux. Hors de question de la laisser gagner son scoop.

-Hannibal Lecter n'a été ni mon amant ni mon mentor et encore moins mon partenaire de crimes, et vous le savez pertinemment, déclarais-je en lui faisant brusquement face à nouveau. Ni même mon psychiatre ! J'ai été mortellement blessé alors que je tentais de l'arrêter. Abigail est une jeune fille qui mérite désormais une vie normale. S'il vous plaît Freddie, ce n'est pas un jeu, il s'agit de son avenir. Pas de photo, pas elle, tentais-je de la manipuler en adoucissant ma voix. Pourquoi essayez-vous à tout prix de voir une relation entre nous ? Alana était la personne la plus proche du docteur Lecter. Il a été son Pygmalion.

Touchée, elle recula de quelques pas et nous laissa monter dans la voiture.

-Vous auriez voulu que ce soit vous, interrogea-t-elle malgré tout avant que je ne ferme la porte.

Ne mordant pas à son hameçon, je donnais ma réponse en me concentrant sur mon rôle, je ne lui devais rien. Elle n'avait pas à savoir ce qui me liait ou me lierait à Hannibal.

-J'aimais Alana, répondis-je.

-Je pensais que vous souhaitiez être à sa place, clarifia la rousse pour être sûre que je comprenais ce qu'elle sous-entendait.

-Elle est morte Freddie, rappelais-je.

Ma portière claqua et Abigail démarra laissant la journaliste sur place. Qui voudrait être à la place du mort ?

Cette journée avait été un enfer d'émotions qui me laissèrent épuiser. Je n'avais qu'une envie pencher la tête sur le côté de la vitre passager et somnoler. Ma fille était étrangement silencieuse. Elle avait échangé quelques mots avec Hannibal avant d'être obligés de quitter ce lieu maudit en le laissant dans cette boite. Puis, la rencontre imprévue avec Freddie Lounds, durant laquelle elle m'avait laissé gérer la situation. Je me souvenais que l'insistance de la journaliste envers Abigail avait en quelque sorte participé à la prise de décision pour mon internement et à la disparition d'Abigail de la scène publique, l'obligeant à une sorte de clandestinité.

Je savais maintenant que le temps qu'elle avait passé avec Hannibal était plutôt bon. Même si elle devait se cacher et supporter la présence régulière d'Alana. Hannibal avait tout fait pour organiser son emploi du temps de manière à passer du temps avec la jeune fille. Ils avaient beaucoup plus partagé ensemble que ce que j'avais fait avec elle et Hannibal devait lui manquer autant qu'à moi.

-Tu vas bien ? demandai-je à Abigail soucieux de savoir si elle passait mieux que moi cette épreuve.

Sa tête fit un balayage rapide sur moi avec un petit sourire troublé.

-Mieux que toi. Tu as l'air et bien …. Tu … sembles avoir été drainé de toutes tes forces et peut-être que nous aurions dû attendre avant de le voir, hésita-t-elle.

-Non, je vais bien. Je sais que je ne suis pas comme lui mais tu dois me faire confiance. Je ferais ce qu'il faut. Je serais … bien.

Abigail se tourna vers moi et me sourit avant de reporter son attention sur la route. L'angoisse de ne pas être à la hauteur des attentes d'Hannibal et de la jeune fille me saisit brutalement, liquéfiant mes entrailles.

-Je ne m'attends pas à ce que tu sois comme lui. Je te fais confiance aussi bien, insista-t-elle. Je suis inquiète pour toi, pas pour ce que tu dois ou pourrais faire.

Je lui lançais un regard perplexe, la peur s'évaporant lentement alors que je comprenais ce qu'elle voulait me dire. Mon empathie saisit quelques bribes de ses émotions alors qu'elle serrait le volant entre ses doigts blancs.

-Tu comptes pour moi. Nous sommes une petite famille maintenant. Tu comptes plus que mes parents biologiques n'ont jamais fait. Comme Père, tu es plus que … Moi aussi, il me manque et je voudrais que tout soit déjà fini. Je n'aime pas que tu sois si mal.

-Je suis désolé, murmurais-je un peu sonné.

-Tu n'as pas à l'être, sourit-elle le regard au loin sur la route. Pas avec moi. Pas après m'avoir donné tout ça. Tu m'as libéré.

J'acquiesçai malgré la persistance du sentiment d'être le maillon faible en ce moment. Totalement épuisé, je m'assoupis légèrement pour le reste du trajet. A mon réveil, j'étais seul dans la voiture sur le parking d'un centre commercial.