Bonjour tout le monde !

Est-ce que je suis en retard de plusieurs mois ? Oui. Est-ce qu'on peut dire que j'abuse ? Complètement. Pour ma défense, je m'en remets à Garou, Patrick Fiori et Daniel Lavoie :

« Et celui quiiiii lui jetteraaaa la première pierre !

Celui là ne mérite paaaas d'être sur Terre ! »

Sur ces mots plein de sagesse, je vous laisse à votre lecture.

Chapitre 4 : le pas de trop

« Vous... Vous plaisantez n'est-ce pas ? Demande l'un en pâlissant.

-Ca n'a pas l'air d'être son genre à cette... Grince l'autre.

-Cette quoi ? Le coupe Jo de son ton auritaire de membre de la police.

-..., Ajoute le troisième. »

Derrière le miroir sans tain, j'observe la scène qui se déroule dans la salle d'interrogatoire en passant ma main dans les cheveux. Pendant un instant, lorsque nous étions dans la voiture, j'ai cru que nous pourrions peut-être oublier nos différends, faire comme si je n'avais jamais eu l'idée stupide de tout révéler à Jo. Mais comme à chaque fois que je me suis surpris à espérer une amélioration dans ma vie, j'ai fait le pas de trop.

Tout le monde le connaît. On nous apprend à nous en méfier dès l'enfance, lorsque nous jouons à « Un, deux, trois, soleil ». Un pas de trop, et vous voilà pris sur le fait. Il faut alors tout recommencer à zéro. Mais ce n'est que lorsque vous grandissez que vous comprenez le sens de ce jeu aux allures insignifiantes. Lorsque le pas de trop consiste à franchir la barrière, réelle ou imaginée, qu'on ne vous avait pas autorisée à passer. On entend toujours dire par ces pseudo-chanteurs diffusés à la radio dire qu'il ne faut jamais laisser rien ni personne nous arrêter. Quelle bande d'abrutis. Je ne sais pas dans quel monde ils vivent. Mais dans le mien, lorsqu'on dépasse cette barrière, c'est se la jouer au quite ou double. Et derrnièrement, c'est bien plus souvent quite que double.

« Enfin, Madame, croyez bien que je tiens la Police en très grand respect, mais tout de même, vous devez bien reconnaître que, enfin, que c'est insensé !

-Laisse tomber Lloyd. Elle se fiche éperdument de savoir qui est le coupable. C'est nos têtes qui lui reviennent pas, voilà tout.

-Mais pas du tout, se défend la détective. J'essaie de comprendre ce qui s'est passé. Et puisque visiblement vous n'étiez pas décidés à répondre à mes questions au cirque, il a fallut que je trouve une autre solution.

-Vous n'aviez qu'à interroger quelqu'un qu'ça intéresse.

-Gérard ! S'offusque son frère. Ce n'est pas une façon de s'adresser à un agent de police !

-..., approuve le troisième ».

Ce dernier n'a pas prononcé le moindre mot depuis qu'on lui a confisqué son instrument de musique. Mais il sait se faire comprendre à grand renfort de gestes et de regards éloquents.

« Oh, ça va, ne la ramène pas toi non plus ! Râle Gérard en fusillant son jeune frère du regard.

-Mais il n'a rien dit ! Défend l'aîné.

-Il pense fort, réplique l'autre.

-Je n'en peux de toi et de tes sautes d'humeur ! Si tu n'étais pas si caractériel nous n'en serions pas là !

-Caractériel ?! Répète-t-il, rouge de colère. »

Jo laisse tomber sa tête entre ses mains. Elle a l'air complètement dépassée, ce qui ne lui arrive pas souvent. Je frappe avec force contre la vitre, les faisant tous sursauter au passage. En deux secondes, les disputes des trois frères ont repris et Jo se retrouve de mon côté du miroir.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Je grimace. Ce que j'ai à lui dire ne va vraiment pas lui plaire.

« Ca ne mènera à rien, je fais en désignant les suspects de la détective.

-Je sais, soupire-t-elle. Apparemment, savoir se tenir en société n'est pas leur fort. Je vais les séparer et les interroger un à un, avant qu'ils ne me rendent folles. »

Elle va pour retourner dans la salle d'interrogatoire mais je l'arrête.

« Non, je veux dire que les interroger est inutile. Ce ne sont pas les coupables.

-Leurs tailles correspondent, objecte-elle en croisant les bras.

-Oui, mais ça ne suffit pas. Les personnes souffrant de nanisme suivent un traitement constitué notamment de toute une batterie d'hormones de croissance et de développement musculaire. Ce traitement modifie considérablement leurs organismes. Aussi, même s'ils ont la même taille que le tueur ils sont très probablement bien plus fort que lui.

-Mais... C'est juste... Enfin, Henry, ce n'est pas possible ! Ca ne peut pas vraiment être un enfant. Les enfants meurtriers, c'est bon pour les légendes urbaines ou les films d'horreur ! Dans la vraie vie ça ne...

-Ce n'est pas impossible. Environ 5% des homicides de ces dix dernières années ont été commis par des mineurs.

-Ce sont des accidents, continue-t-elle de protester. Des enfants qui tombent sur les armes mal dissimulées de leurs parents. Pas des meurtres de sang froid !

-Pour la plupart oui. Ecoutez Jo, je fais en prenant un ton plus calme, je ne dis pas que tout ceci est évident à admettre, loin de là. Evidemment que tout ceci est dingue, et j'aimerai, croyez-moi, j'aimerai tellement avoir une autre alternative. Sauf que je n'en vois aucune. Je vous assure que celui qu'on cherche n'a pas plus de dix ans. Faites-moi confiance. »

J'ai regretté cette phrase au moment même où je l'ai prononcé. Après le pas de trop, il fallait évidemment que je dise le mot de trop. Celui-là n'est pas mal non plus dans sa catégorie.

Le regard que Jo me lance à ce moment là laisse pressentir tous les mots qui viendront ensuite. Je la vois déjà me reprocher ce fameux mensonge, je me vois tenter de lui expliquer encore qu'au contraire, pour la première fois depuis qu'on s'est rencontré, je ne lui cache vraiment plus rien. Je la vois partir, encore, me tourner le dos, encore et, qui sait, cette fois peut-être pour de bon. Plus de retour en arrière possible.

« Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce que c'est que ce cirque ? »

L'Inspecteur Reese vient d'entrer, et les reproches de Jo meurent avant d'être sortis de sa bouche. Note à moi-même : lui payer un café pour la remercier de m'avoir sauvé, même si c'était involontaire. A l'Inspecteur, pas à Jo bien sûr. Si j'en offre un à Jo maintenant, il finira très probablement dans l'évier.

« Ce sont des suspects pour le meurtre de Bradley Jenson, explique la détective en grimaçant, consciente d'avoir peu de chance d'être prise au sérieux.

-Vous êtes sérieuse ? Fait d'ailleurs l'Inspecteur en fronçant les sourcils.

-Si je me base sur les analyses du Docteur Morgan, oui. »

Reese fronce les sourcils, mais c'est difficile de savoir si c'est parce que Jo m'a appelé « Docteur Morgan » ou parce que la théorie du mini-tueur la laisse perplexe. Finalement elle secoue la tête et déclare :

« Très bien, si ça peut vous mener sur une piste ! Par contre, Martinez, faites moi plaisir et obligez les à se calmer. Tout ce boucan me tape sur les nerfs.

-Bien sûr Inspecteur. »

Reece s'apprête à quitter la pièce, lorsque son regard est attiré par un point dans le fond de la pièce. Elle ajoute alors :

« Docteur Morgan, je crois que vous devriez emmener Monsieur Wahl à l'extérieur. Il n'a pas l'air de se sentir bien. »

Elle et Jo quitte la pièce alors que je me retourne vers Lucas. Celui-ci est prostré dans le coin de la pièce, les yeux grands ouverts et semble au bord de la crise d'appoplexie. Il supporte mal la tension, c'est comme ça.

« Lucas, vous êtes là depuis longtemps ? je lui demande.

-Euh, et bien... Je suis là depuis le début Docteur. Je suis entré dans la pièce avec vous, vous vous rappelez ? »

Pas le moins du monde.

« Puisque tu es là, tu vas m'aider. Toi et moi, nous allons mener l'enquête. »

La lueur d'inquiétude dans ses yeux répond à la perfection au sourire calculateur que je lui adresse.

Voilà, ce chapitre reprend un peu ce qui a déjà était dit dans les précédents mais je me voyais mal poursuivre sans en passer par là. Par la suite, l'enquête va vraiment pouvoir progresser.

A la prochaine pour la suite de ces aventures !