Merci à PouleauPotter pour ta review, je suis contente que le chapitre deux te plaise malgré l'ambiance sombre. :)

CHAPITRE TROIS.

cette fille aux joues de pluie.

Sa main remontait dangereusement sur sa jambe, caressant l'intérieur de sa cuisse du bout de ses ongles crasseux, posant sa paume rugueuse sur son intimité, parfois, quand il voulait la voir tressaillir, ce qui ne manquait jamais de se produire. Elle se mit à hurler. L'homme releva un regard noir vers elle, avant de se dissiper dans une fumée toute aussi sombre. Elle se redressa vivement et regarda autour d'elle. Elle était de retour dans sa cellule, collée contre le mur du fond, les yeux rivés sur la porte, derrière laquelle une démarche claudicante se fit bientôt entendre. Un sifflement joyeux l'accompagna rapidement et elle se mit à trembler de tout son corps, ses orbes chocolats plissés sur la poignée qui tremblait violemment, menaçant de s'ouvrir à tout moment sur ce qui ne manquerait pas d'être Macnair. Encore... bientôt... un mince filet de sueur coula de son front. Puis soudain, une grosse main s'abattit sur son épaule, la tirant en arrière, la faisant s'enfoncer dans le mur, alors qu'un éclat de rire perçait ses tympans et qu'elle s'étouffait peu à peu au contact des briques oppressantes qui empêchaient l'air d'entrer dans ses poumons...

Hermione ouvrit les yeux, le souffle court.

Aussitôt, la douleur reprit son droit, la transperçant de toutes parts, les courbatures étirant ses muscles affaiblis, les brûlures l'élançant. Elle gémit et se tourna dans le lit, se mettant sur le dos, ne réussissant que trop peu à profiter du confort d'un matelas et de draps propres. Que... Attendez une minute. Pourquoi était-elle dans un lit ? N'aurait-elle pas dû s'éveiller dans sa minuscule cellule de pierres ? Elle se redressa avec rapidité sur son séant, le regrettant ensuite amèrement. Une perceuse semblait vouloir faire des trous dans son crâne. Elle eut une nausée et tenta de se reprendre, cillant plusieurs fois sans bouger. Quand elle se sentit un peu mieux, elle balaya la pièce du regard pour chercher où elle pourrait se trouver.

Une pièce modeste aux murs constitués de rondins de bois, un sol lambrissé, une étroite fenêtre aux volets entrouverts sur un soleil chaud, une commode surmontée de plusieurs cadres aux couleurs chatoyantes, un bureau avec une chaise et, elle, au milieu d'un large lit à baldaquins vaporeux. Et un petit guéridon à côté d'elle, où diverses potions étaient disposées, ainsi que plusieurs bandes de gaze blanche. Bon sang, elle ne reconnaissait rien !

Elle repoussa les draps, prête à sortir, mais se figea. Elle était en sous-vêtements, couvertes de baumes odorants, de pommades blanchâtres, mais des traces de sang subsistaient. Tout lui revint en mémoire. Son enlèvement, sa semaine de sévices et Malefoy qui l'avait sortie du trou où elle était tombée, qui l'avait enlacée étroitement jusqu'à ce qu'elle perde connaissance. Son cœur manqua un battement et elle passa une main tremblante dans ses cheveux, alors qu'elle jetait ses jambes hors du lit. Ses douleurs se réveillèrent, plus violentes, mais elle les ignora. Incertaine, elle se leva, le corps entier trémulant. Posant ses bras contre les murs, s'aidant avec cet appui qui lui semblait bien précaire, elle tituba jusqu'à la porte. Elle dut s'y reprendre à deux fois avant de réussir à l'ouvrir, mais déboucha finalement sur un couloir plongé dans une semi-obscurité apaisante.

Le traverser lui parut cependant interminable. Ses muscles étaient encore ankylosés et chaque pas était une nouvelle torture. Elle passa devant deux portes, qu'elle n'ouvrit pas pour se diriger vers la lumière. Elle finit par arriver au bout et tourna à droite où un grand salon s'offrit à son regard. Épais tapis beige sur un parquet bien ciré, longs canapés en cuir devant une cheminée en marbre clair aux flammes crépitantes, une longue table en bois travaillée avec des chaises sagement rangées.

Seule l'une d'entre elle était occupée.

Malefoy releva la tête de la lettre qu'il était en train de rédiger. Hermione s'appuya contre le chambranle de la porte, éreintée, et plongea dans son regard ombrageux. Il l'avait sauvée. Elle ne savait pas pourquoi, mais le fait était qu'il l'avait fait. Il l'avait sortie de cet Enfer, puis l'avait soignée. Il devait avoir une raison, il y avait toujours une raison avec les Malefoy. Mais pour l'instant, peu importait, elle était débordante de soulagement et de reconnaissance.

L'échange visuel perdura, jusqu'à ce que ses genoux la lâchent. Elle se laissa glisser le long du mur et baissa finalement la tête. Une chaise racla sur le sol, accompagné d'un juron et elle sentit bientôt des mains chaudes se poser sur ses bras pour la relever.

- Toujours obligée de jouer les curieuses, c'est plus fort que toi, Granger.

Elle ne répondit pas et posa des doigts tremblants sur son épaule pour essayer de se stabiliser.

- C'est bon, je vais bien, tu peux me lâcher..., murmura-t-elle faiblement.

Il hocha la tête et retira son appui. Aussitôt, ses jambes ployèrent. Il intervint à temps, la soulevant alors du sol comme si elle n'avait pas pesé plus lourd qu'une plume. Elle enroula un bras machinalement autour de son cou, mais protesta tout de même :

- Non, ça va, repose-moi...

Il ne l'écouta pas, cette fois, et l'emmena jusqu'à l'un des canapés, où il la déposa ensuite. Elle le remercia du bout des lèvres, avant d'essayer de se relever. Il soupira lourdement, déjà agacé de son comportement.

- Granger...

- Je vais salir ton cuir, expliqua-t-elle vaguement d'une voix enrouée qu'elle ne se reconnut pas.

Il eut un petit rire moqueur. Elle lui jeta un regard noir, puisant sur ses maigres forces pour se remettre debout, tout en grommelant :

- Contente de te faire rire.

Un léger sourire narquois grimpa le long de ses lèvres et il la repoussa doucement sur le canapé, en posant ses lourdes mains sur ses épaules. La chaleur qu'il dégageait était troublante et cela lui rappela qu'elle était presque nue. Elle se sentit soudainement offerte et démunie, et un frisson courut le long de son épiderme, alors qu'elle ramenait ses jambes contre sa poitrine, se moquant soudainement du sort de ce pauvre canapé. Elle se sentait affreusement gênée et elle perçut nettement ses joues devenir brûlantes. Elle posa son visage sur ses genoux pour cacher sa honte et demanda d'une voix étouffée :

- Où est-ce que je suis ?

- Dans le chalet de vacances de ma famille, en France.

Elle releva brusquement la tête.

- En France ?

Elle vit Malefoy adossé à la cheminée passer une main dans ses cheveux, alors qu'il répondait prudemment :

- Et bien, je t'ai retrouvée en France, dans l'ancien manoir des Lestrange et tu étais dans un état assez pitoyable je ne pouvais pas nous faire transplaner trop loin, au risque que tes blessures ne s'aggravent.

Le nom prononcé lui fit fermer les yeux. L'évocation de son séjour chez les mangemorts lui tordit l'estomac et lui donna des nausées. De nouveau, cette impression d'être sale, que jamais elle n'effacerait les marques physiques ou morales laissées sur elle. Ses mains se mirent à trembler et elle les lia ensemble pour ne pas qu'il le voie.

- Est-ce que... est-ce que je peux emprunter ta salle de bain ?

Il hocha la tête et s'avança vers elle. Il enroula un bras autour de sa taille et l'aida à se remettre sur pieds, puis à marcher dans le couloir. Quand elle protesta, il la lâcha et la vit presque s'effondrer, avec un rire narquois.

- Ne joue pas les fières, Granger, et laisse-moi t'aider.

Elle lui jeta un regard sans équivoque, murmurant :

- La fierté, j'ai cru que jamais plus je n'en aurais, alors tu permets.

Ils arrivèrent finalement à la salle de bain et elle se laissa glisser le long d'un mur, fatiguée, alors qu'il se dirigeait vers la baignoire. Elle l'arrêta aussitôt.

- C'est bon, je m'en occupe, merci.

Il la regarda, la mâchoire serrée, puis finit par sortir à pas vif, en claquant la porte derrière lui.

Elle n'en attendit pas plus pour fondre en larmes.

.

Elle était à la fois présente, mais également absente. Il n'avait pu s'empêcher de la dévorer du regard quand elle s'était présentée à lui, suivant ses blessures, ses coupures, notant les bleus qui s'étalaient sur sa joue droite, mais aussi sur ses bras, son cou et ses jambes. En voyant les désastres laissés sur sa silhouette si délicieusement féminine, en écoutant sa petite voix se montrer si farouche, en touchant sa peau abîmée, il avait été ravagé de l'intérieur. Sa fureur avait animé la chose en lui, il avait senti la chaleur de sa peau augmenter, comme s'il avait voulu lui réchauffer le cœur par ce moyen. Ce qui était stupide. Drago Malefoy ne réchauffait rien ni personne, et surtout pas les cœurs. Encore moins celui de cette petite Miss-je-sais-tout horripilante, gryffondor stupide et inconsciente.

Il était un bloc de pierre, avec un cœur de glace.

Il releva la tête des papiers dans lesquels il était plongé et se mit à tapoter la table de son index, soudainement songeur quant à son procès. Jusqu'à ce qu'une gêne lui fasse relever les yeux. Quelque chose clochait. Il n'arrivait plus à se concentrer. Un détail lui échappait. Papiers. Procès. Rangée VIP. Potty. Weasmoche. Place manquante. Granger. Granger. Putain, Granger ! Il regarda sa montre, cela faisait plus d'une heure et demie qu'elle était à la salle de bain. Elle n'avait pas fait un bruit et lorsqu'il tendit l'oreille, il entendit l'eau couler. En continu.

Aussitôt, il bondit. Sa chaise tomba au sol dans un bruit mat, mais il n'y fit pas attention, se jetant dans le couloir. Arrivé devant la porte, il s'arrêtât un instant et demanda :

The ressurection stone – Harry Potter

- Tu t'es endormie, Granger, ou quoi ?

Pas de réponse. Prenant ça pour un feu vert, il déverrouilla la pièce à l'aide de sa baguette, et entra sans cérémonie. Le spectacle qu'il vit le gela. Sa baignoire à pieds reposait dans le fond et le rideau de douche en plastique blanc était tiré. La silhouette de la brune se découpait nettement dessus. Elle semblait avoir ramassé ses jambes contre sa poitrine, elle était courbée, le menton sur les genoux. L'eau coulait sur elle, mais elle ne bougeait pas. Il l'appela prudemment, en s'avançant. Rien, pas un bruit, pas un mouvement. Son ombre resta la même et il sentit l'angoisse monter en lui. Putain, il n'aurait pas dû attendre qu'elle aille mieux, il aurait dû la faire transplaner, il n'aurait pas eu tous ces problèmes ! Enfin, d'un côté, il avait besoin qu'elle reste ici, jusqu'à ce qu'il ait le courage… ou plutôt la lâcheté… d'achever le travail.

- C'est quoi ton jeu, Granger ? Grogna-t-il, sans même vraiment espérer de réponse.

Pourtant, une voix parla doucement, lui répondant avec une fêlure évidente :

- Tu n'as pas compris, ce n'est pas mon jeu, je n'ai pas mon mot à dire...

Il posa ses doigts sur le rideau et ils se crispèrent sur le plastique mou. Il ne voulait pas la voir. Il ne voulait pas la découvrir enveloppée de faiblesse. Granger était un modèle de force, elle représentait la passion des idées, la vie. Il prit une profonde inspiration et tira d'un coup sec.

- Moi, je suis juste le jouet...

Il voyait ses cheveux trempés coller à ses épaules et à sa nuque, sinuer sur le haut de son dos pâle, strié de zébrures rouges. Sa poitrine était collée contre ses cuisses et son menton tremblait sur ses genoux. L'eau battante devait fouetter sa peau douloureusement et quand il s'approcha, il remarqua qu'elle était glacée. Il jura et se pencha au-dessus d'elle pour tourner le robinet, avant de revenir en arrière pour fouiller dans une haute armoire en quête de longues serviettes. Il revint vite auprès d'elle et lui en passa une première sur les épaules. Elle frissonna quand le coton effleura ses blessures et il pinça les lèvres, agacé.

Il vint se placer derrière elle et glissa ses mains sur ses bras pour l'encercler et la relever, la sortant finalement de la baignoire. Elle se laissa faire docilement et elle finit debout sur le carrelage, son dos plaqué contre son torse. Il se pencha pour prendre une autre serviette et ébouriffa ses cheveux avec pour les lui sécher, avant de venir se placer devant elle, la dominant d'une bonne tête de plus, pour lui essuyer calmement le visage.

- Tu m'exaspère, tu deviens une loque, soupira-t-il.

- Je fais ce que je peux, répondit-elle brusquement agacée à son tour, en s'écartant de son toucher.

Il eut envie de sourire, mais se retint. Il voulait la faire réagir, la piquer au vif, voir la Granger chiante qu'il connaissait et qu'il aimait emmerder revenir. Aussi, lui asséna-t-il sèchement

- Tu n'y arrives pas.

- Tu voudrais qu'après une bonne nuit de sommeil, je sois déjà remise ? Que j'ai oub...

- Ce n'est pas ça que je te demande. Disons juste que je t'ai connue en tant que battante et que ce n'est pas le spectacle que tu m'offres.

Elle s'écarta de lui, son visage prenant soudainement vie en s'empourprant.

- Comment oses-tu ? Tu ne sais pas ce que j'ai vécu, tu ne sais rien !

- J'ai grandi dans une éducation gangrenée par la magie noire, les doloris et autres sorts de ce genre font partie de moi, je ne compte plus le nombre de fois où j'en ai reçus.

- C'est...

- J'ai échoué. Je n'ai pas tué Dumbledore, j'ai éprouvé de la compassion. Est-ce que tu sais ce que ça signifie pour Voldemort, Granger ? Ça signifie l'horreur la plus complète.

Elle cilla, sans quitter son regard soudainement assombri. Il s'avança vers elle, elle recula.

- Tous les os de mon corps ont été brisés, puis ressoudés, j'ai été tabassé un nombre incalculable de fois, brûlé à vif, je...

- Arrête !

Son ton était sans appel, mais il ne savait pas si elle parlait de ses pas qui le rapprochaient inexorablement d'elle, ou de ses phrases traînantes qui lui illustraient les tortures subies. Peut-être des deux. Il s'arrêtât, lorsqu'il vit son dos taper contre le mur et qu'elle détourna les yeux. Pas pour l'épargner, parce qu'il n'en avait pas fini avec elle, mais pour lui ordonner avec une certaine rudesse :

- Regarde-moi.

Elle ne répondit rien, ne bougea pas.

- Regarde-moi, Granger !

Elle sursauta sous son ton bourru, et braqua à nouveau ses yeux sur lui. Ils étaient brillants et il faillit flancher, mais il se redressa, carrant ses épaules, puis posant ses doigts à la commissure de son t-shirt noir, le releva ensuite. Il passa le vêtement par-dessus sa tête blonde, ébouriffant ses cheveux, et le jeta par terre, dévoilant aux yeux écarquillés de Granger son torse musclé, d'une pâleur qui trancha avec la semi-obscurité de la pièce.

Elle ne parvenait plus à détacher son regard, elle semblait hypnotisée, les sourcils froncés, le regard fiévreux posé avec entêtement sur les blanches cicatrices qui barraient son abdomen, ses pectoraux, ses épaules puissantes, la naissance de son cou... Seuls ses bras et son visage semblaient avoir été épargnés, sans doute pour ne pas alerter les autres à Poudlard, pour préserver l'honneur d'une famille aristocratique.

Hermione sentit son ventre se tordre sous la pression d'une main vicieuse et elle s'avança doucement, concentrée sur les entailles plus ou moins longues, toutes rugueuses.

Drago serra les poings à s'en blanchir les jointures, mais se contenta de relever fièrement le menton, sans bouger, ravalant ce sentiment de n'être qu'une bête de foire. Sa chose remua soudainement en lui, avec une véhémence nouvelle qui le secoua et lui laissa le souffle court. Il s'interrogea brièvement, mais il trouva la source de son emportement quelques secondes plus tard, quand il sentit finalement les doigts de la brune glisser sur sa peau abîmée. Sa nature hybride voulut rugir sous le toucher délicat, alors que l'odeur grisante de son essence de guerrière le frappait de plein fouet. Il huma longuement, avant de se reprendre, attrapant son poignet pour l'éloigner. Elle quitta du regard ses balafres pour revenir sur son visage.

- Je n'étais plus qu'un animal... ça n'a duré qu'une semaine et j'ai eu l'impression de devenir folle. Comment...

Son murmure lui plomba le crâne. Un animal, c'est ce qu'il avait toujours été, sans même le savoir. Mais il comprenait ce qu'elle voulait dire. Les geôliers ne les appelaient que par des surnoms dégradants, ils détruisaient leurs identités, ils les traitaient comme des chiens, les mettant en cage, les privant de tous les droits fondamentaux des hommes, les torturant en leur inculquant l'idée qu'ils le méritaient.

- Si je tombais, le Seigneur des Ténèbres aurait été plus que satisfait. Je ne pouvais pas lui donner ça. Il m'avait déjà tout prix, que ce soit ma vie, ma liberté ou mon nom, il n'avait pas à choisir ma mort.

Et puis, s'il craquait et se rebellait, ou s'il perdait la tête, sa mère en pâtirait. Elle prendrait à sa place, elle serait la dernière des Malefoy et il la détruirait pour ce simple fait. Il n'avait pas voulu ça, c'était ce qui l'avait fait tenir.

- Tu as toujours eu un orgueil déplacé, répondit Granger en secouant lentement la tête, atterrée, sa main toujours prisonnière de la poigne de maître du jeune homme.

Le silence lui répondit, tendu. Le regard de la brune glissa sur son poignet comprimé, puis sur les doigts pâles qui l'enserrait et ses yeux tombèrent finalement sur l'avant-bras du blond. Sur ses muscles crispés, se mêlant à d'apparentes veines bleues, les volutes sombres du corps longiligne d'un serpent enroulé autour d'un crâne décharné. Elle frissonna et cilla, comme s'échappant d'un mauvais rêve, avant de retirer lentement sa main, qu'il ne tenta pas de garder. Bien au contraire, il se retourna sans un mot de plus. Il ne s'arrêtât que dans l'embrasure de la porte, mais resta de dos. Dos aux muscles soulignés, marqués de nombreux coups. Elle retint son souffle.

- Tu devras reprendre des potions ce soir et passer de la pommade. Sinon, il doit rester quelques vêtements à ma mère dans la commode de la chambre où tu étais, va te servir.

Il allait reprendre son chemin, quand elle l'arrêtât à nouveau.

- Malefoy !

Il ne répondit pas, mais se figea. Elle prit une longue inspiration et finit par dire, trop intimidée :

- Non, rien.

Il haussa les épaules et reprit son chemin, disparaissant à ses yeux.

.

Plus le temps passait, plus les neurones d'Hermione semblaient reprendre le contrôle, comme si elle s'éveillait d'un horrible cauchemar, où elle avait été coincée dans un corps dépourvu de logique, prisonnière de ses terreurs. Elle n'allait pas mieux, non, la majorité de ses pensées étaient toujours braquées sur son séjour et son corps la faisait affreusement souffrir, mais les questions émergeaient de nouveau dans son esprit. Les idées fusaient, les hypothèses plus ou moins fumeuses aussi.

Elle s'était réveillée un peu plus de trois heures plus tôt et elle n'avait vu que Malefoy, avec qui elle avait échangé étrangement, mais sinon personne d'autre. Harry n'aurait-il pas dû être là ? Quoi qu'elle ne se sentait pas la force de l'affronter. Elle n'avait pas envie de parler à qui que ce soit. Et qui disait Harry disait le ministère, qui ne manquerait pas de l'assaillir de questions auxquelles elle réagirait forcément négativement. Il lui manquait terriblement, bien sûr, mais elle n'était pas prête à rentamer des dialogues.

Elle voulait se faire oublier, échapper à l'atmosphère étouffante de Londres, de cet après-guerre qui lui brisait ses rêves, de cette image trop clean qui lui collait à la peau et qu'on attendait qu'elle suive – qu'elle ne pourrait plus jamais suivre, parce qu'elle avait été salie, brisée. Une semaine et elle avait l'impression qu'on l'avait remodelée durant des années. La nouvelle Hermione ne manquerait pas de les décevoir et elle n'était pas encore assez forte pour affronter les regards emplis de regrets et d'accusations muettes…

Dans la chambre, elle avait trouvé des sous-vêtements propres, par chance, pas tellement serrés par rapport à ce qu'elle s'était attendue, puisque Narcissa Malefoy était grande et élancée. Elle avait enfilé par-dessus un legging noir et un large pull à grosses mailles beige, vêtements dans lesquels elle pouvait se sentir à l'aise. Ses muscles l'avaient fait souffrir quand elle s'était habillée, mais au moins, elle pouvait marcher toute seule, maintenant. Elle avait attaché ses cheveux en natte sur le côté, très lâche, juste pour ne pas les avoir devant les yeux, puis s'était assise sur le lit. Elle se sentait faible, terriblement faible. Elle n'avait plus sommeil, elle était même parfaitement réveillée à présent, mais elle n'avait plus aucune force. En fait, elle avait faim.

Elle se releva prudemment et sortit de la pièce avec discrétion. Elle rejoint Malefoy au salon, alors enfoncé dans le canapé, un verre de whisky entre ses doigts, un nouveau t-shirt sur le dos, Merlin soit loué. Elle n'eut pas même besoin de parler, puisqu'à son arrivée, son estomac émit une série de gargouillements sonores. Elle mit une main sur son ventre et il leva la tête, un sourire moqueur sur les lèvres. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, elle intervint :

- Ne dis rien. Je ne me rappelle même pas quand est-ce que j'ai mangé pour la dernière fois, alors je n'ai pas besoin de sarcasmes.

- Tout doux, Granger.

Il se leva du canapé dans un couinement de cuir et vida son verre d'un trait avant de se diriger vers une autre porte, l'invitant silencieusement à le suivre. La nouvelle porte déboucha sur une petite cuisine relativement moderne, avec un plan de travail en marbre et quelques équipements moldus qui l'étonnèrent. Il dut noter sa surprise, car il haussa les épaules, expliquant vaguement :

- Quand on venait ici, on ne voulait être dérangé par personne, pas même par des elfes de maison.

Elle hocha la tête et s'avança au milieu de la pièce, étudiant le lieu de son regard inquisiteur. Un raclement de gorge la ramena à Malefoy. Ce dernier la regardait avec un petit air agacé.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Il y a quelques trucs à manger, mais je ne sais pas comment me servir de tout ça, avoua-t-il après un bref silence.

Ils se regardèrent quelques secondes sans rien dire, lui, la défiant du regard de dire quelque chose. La tension qui s'empara de l'atmosphère fut ridicule et Hermione céda, laissant lui échapper un rire proche de l'hystérie, comme si elle se déchargeait de tous ces rires qu'elle n'avait pas pu émettre durant sa captivité. Il la dévisagea un moment sans rien dire et elle crut qu'il était vexé, mais il finit par esquisser un mince sourire.

Quand elle retrouva son sérieux, Hermione s'activa, s'accrochant à cette activité banale pour revenir sur Terre et s'échapper de ses souvenirs cruels. Il la regarda s'animer, adossé contre un mur, cuire des pâtes, puis mélanger de la crème avec des lardons de saumon légèrement grillé, se baladant entre les divers outils de cuisine pour préparer le tout. Ses vêtements cachaient ses cicatrices habilement, mais il pouvait toujours voir plusieurs coupures à la naissance de son cou et sa joue droite était encore masquée sous un bleu impressionnant. Et lorsqu'elle releva ses manches pour s'aider, il vit l'état de sa peau. Cela lui fit penser qu'il faudrait songer aux pommades pour que tout cela cicatrise correctement. Après-manger, décida-t-il en constatant son entrain, sans avoir le courage de l'arrêter. Même si, c'est ce qu'il aurait dû faire l'arrêter, définitivement.

Elle finit bientôt ses pâtes au saumon et sépara le plat dans deux assiettes. Il les lui prit des mains et les emmena au salon, sur la longue table en bois. Elle le laissa faire tout en pestant qu'elle n'était pas une handicapée, mais prit tout de même les couverts, avant de le rejoindre. Ils s'assirent et mangèrent leurs assiettes dans un silence reposant, tout du moins presque tout le temps. Lorsqu'elle eut terminé, elle reposa sa fourchette et leva la tête, demandant brusquement :

- Pourquoi tu n'as pas fait venir Harry et Ron ?

- J'ai pensé que tu n'étais peut-être pas prête à les voir.

Elle hocha la tête. Oui, il était passé par là, lui aussi. Il devait comprendre les sentiments qui l'avaient envahie depuis son réveil, même si leurs histoires n'étaient pas exactement similaires. C'était peut-être pour cette raison aussi qu'elle n'éprouvait pas de crainte réelle envers lui. Plus depuis qu'il avait dévoilé ses cicatrices.

- Tu les as quand même prévenus pour moi ?

- Ouais, et j'ai cru que Potter allait me faire une crise quand je lui ais dis que tu allais bien, mais qu'il ne pouvait pas te voir. J'ai transplané avant qu'il ne tente de m'égorger.

Elle eut un sourire triste.

- Je n'en doute pas, mais c'est mieux comme ça.

Nouveau silence. Seuls les raclements des couverts contre la porcelaine. Hermione inspira et reprit, plus gênée :

- Et je... combien de temps est-ce que je peux rester ici ?

Il lui lança une brève œillade.

- Si tu fais à manger tous les jours, le temps que tu voudras.

Elle eut un petit rire et se leva pour aller débarrasser son assiette.

De dos, elle ne le vit pas serrer les poings sur la table, tout comme elle ne remarqua pas son visage se décomposer, alors qu'il songeait que le moment était venu de saisir sa véritable opportunité.