Cela fait quatre jours que nous attendons un meurtre. Non pas que cela nous plaise de voir des cadavres, mais aujourd'hui, 25 octobre, l'ennui est omniprésent au Q.G. Renee passe des coups de fil à tout le monde pour oublier l'ennui, mon père bosse sur de la paperasse dans son bureau et Richard et Ethan discutent dans la petite salle. Moi ? Eh bien je suis actuellement en train de siroter mon troisième Coca de la journée - il est 11h16. Soudain le téléphone sonne. Ma main, avec lenteur et lourdeur, soulève faiblement l'appareil et le porte à mon oreille.

- Police Criminelle de Gotham City, que puis-je pour vous ? demandais-je en baillant.

- Je... je suis... répondit une voix féminine en balbutiant.

- Oui...?

- Je suis... témoin d'un meurtre...

Le gaz du Coca me remonta jusque dans les narines et me fît tousser assez fort. J'attrapais rapidement un carnet et un crayon et me préparais à noter.

- Votre position actuelle ?

- 22... Debbie Street...

- Nom et prénom ?

- Je... je...

- Oui ?

- Je ne sais plus...

Sa réponse me fît hausser les sourcils. J'arrachais la feuille où j'avais noté l'adresse.

- On va arriver, restez là où vous êtes. lui dis-je avec douceur.

Je raccrochais aussitôt avant de prévenir mes collègues qui se préparèrent à partir en un temps record. Tout le monde monta dans la voiture de mon père qui fonça vers Debbie Street. Enfin nous arrivions. Personne. La rue était vide.

- Alors ? me demanda Renee. Un canular...

- On ferait mieux de vérifier. dit mon père.

Nous sortîmes dans un même élan. Le 22 Debbie Street était un tas de morceaux de bois grisâtres qui se rejoignaient de différentes façons pour former une petite maisonette sombre. Renee m'invita à la suivre à l'intérieur tandis que les garçons observaient l'extérieur. Elle alluma sa lampe torche et la tendit devant elle. Le bruit du sol qui craquelait à chacun de nos pas et celui du vent qui soufflait entre les planches de bois s'alternaient sans aucune trêve. Je remarquais une porte juste à ma droite. Renee me fît un signe de tête. Je posais ma main avec lenteur et méfiance sur la poignée poussiéreuse. La porte s'ouvrit tout doucement dans un grincement plutôt effrayant - bonjour l'ambiance ! Rien dans la nouvelle pièce. Juste des fauteuils, meubles, vases recouverts de poussière, une cheminée éteinte et... un corps ! Dans un sursaut je reculais et bousculais ma collègue. Elle observa le corps avant de s'en approcher. Je m'avançais lentement et commençais à observer différentes parties du corps. Une femme, environ ma taille, des cheveux noirs et la peau très pâle. Lorsque je posais ma main sur son poignet, je ne sentis aucun battement. Détail peu rassurant : ses yeux étaient encore ouverts et portaient en eux toute la terreur qu'un être humain puisse ressentir. J'inspectais quelques objets pendant que Renee en regardait d'autres - faut bien se changer les idées ! Elle n'avait plus parlé depuis notre entrée dans la maison et sa respiration en disait long sur son état émotionnel à ce moment-là. Le silence régnait toujours dans la salle obscure. Je remarquais une boîte rectangulaire métallique. Renee et moi nous approchions du coffre puis en défaisions le premier cadenas. Un léger grésillement. Soudain un coup de feu assourdissant me fît pencher la tête en avant. Je me retournais et aperçus ma collègue, flingue à la main, pointé vers un coin de la maison qui fumait légèrement. Un petit objet avait explosé sous le choc de la balle, je m'en approchais lentement avant de me retourner vers Renee et de la dévisager.

- Le but ?

- Détruire cette caméra. me répondit-elle simplement.

- Une caméra ? lui demandais-je, ironique. Peut-être qu'il y a... des lasers aussi ! As-tu vérifié que nous ne sommes pas poursuivies par des robots ou des...

- Chérie. me coupa-t-elle.

Elle atteignit le coin du mur et en décrocha l'objet défoncé. Puis elle tira une seconde fois sur la caisse métallique qui s'avérait être vide. Elle m'apporta la caméra détruite avant de continuer son raisonnement.

- Tu vois. continua-t-elle. Ceci est une caméra de surveillance. Nous étions filmées. J'espère que t'as affiché ton plus beau sourire.

Elle sortit - après ce vent monumental - et m'indiqua de la suivre. Alors, je vais être carrément honnête : j'ai pas osé en caser une. Mon père et les deux garçons arrivèrent au devant de la porte d'entrée, Renee leur tendit la caméra et leur dit qu'il y avait un corps. Ils nous expliquèrent qu'il n'y avait rien autour de la maison et probablement rien dans le voisinage et mon père nous dit qu'il passerait un coup de fil pour récupérer le cadavre. Tout le monde remonta dans la voiture qui démarra aussitôt en direction du poste.

Richard arriva à côté de Renee et moi. Il tenait un dossier dans la main et me le tendit.

- Le dossier "Canular". me dit-il en souriant.

- C'était peut-être pas un canular. rétorqua Renee.

Ethan et mon père arrivèrent à leur tour. Mon père tenait une photo qu'il me donna aussi - c'est Noël ou quoi ?

- Qu'est ce que c'est ? demandais-je.

- La caméra qui vous a enregistrées tout à l'heure. répondit Ethan. C'est un modèle qui existe en milliards d'exemplaires.

- REC 0...2. dis-je en lisant les nombres inscrits sur l'écran. Ça nous aide en quelque chose ?

- Non. dit Ethan. Si ce n'est qu'il s'agit du second enregistrement de cette caméra. Mais le truc qui va nous aider, c'est de savoir qui contrôlait cette caméra.

- Bien. déclara mon père. Renee et moi, nous retournons dans la maison des horreurs. Vous trois, allez au sous-sol. Un scientifique et une informaticienne devraient vous y attendre.

Ils s'en allèrent tous les deux et les deux potes m'emmenèrent avec eux au sous-sol. Le sous-sol était divisé en deux parties. Environ les trois quarts étaient destinés à la science - autopsies, analyses et tout ça - et la part restante à l'informatique. Deux individus attendaient patiemment dans le couloir menant à la salle informatique. Une femme d'abord. Petite - un mètre cinquante, tout au plus - et blonde, de grosses lunettes qui lui grossissaient les yeux et des crayons en guise de pinces à cheveux. Et un homme, de taille moyenne, cheveux bruns et sombres, le teint pâle, l'air sérieux - tout l'inverse de sa collègue.

- Enchantée, je suis Vera Dirk. lança la petite dame en me serrant la main avec énergie. Je suis au pôle informatique...

- Trevor Samuel. dit l'homme avec un ton sec et en la coupant. Sciences de laboratoire.

- Veuillez me suivre dans notre antre de la technologie... reprit la petite dame.

Le jour et la nuit. Nous suivîmes la dénommée Vera jusqu'aux ordinateurs. Elle attrapa des chaises pour nous y asseoir avant de sauter sur la sienne. Mes deux collègues échangeaient des regards de détresse. Le scientifique s'assit rapidement sans aucune forme de pitrerie. Elle appuya sur plein de touches et imitait des bruits d'ordinateur en même temps. Une carte en forme de cercle s'afficha sur l'écran.

- Ceci, mesdames et messieurs, est une carte. dit-elle. Elle va nous permettre de...

- Vera. coupa le scientifique. Trêve d'effusions.

- Mais, je...

- Laissez donc. dit-il. Je m'en occupe. Voici donc une carte circulaire ayant un rayon de un kilomètre et dont le centre est le 22 Debbie Street.

- Pourquoi un kilomètre ? demanda Richard.

- La caméra ne fonctionne pas si l'ordinateur qui la contrôle est situé à plus de un kilomètre. répondit Trevor.

- En théorie, il est possible que cela fonctionne au-delà de un kilomètre à l'aide de matériel sophistiqué uniquement...

- Vera. reprit le scientifique. Il se trouve par ailleurs que nos collègues du pôle informatique ont réussi à trouver une correspondance à 468,7 mètres de la maison. C'est-à-dire dans l'immeuble Wallace, au 67 Halley Avenue.

- On va faire une visite en ville, alors. déclara Ethan en se levant.

Nous devions monter en haut de l'immeuble Wallace. Une chance pour nous, cet immeuble n'est pas à l'abandon - pas la peine d'avoir peur. Ethan entra par la grande porte, suivi par Richard. Moi ? Oui, bon. Quand je dis "nous devons monter" je veux dire "ils montent et je les regarde faire". Ils m'ont enfermé dans la voiture pour que je n'en sorte pas - ils m'ont pas séquestrée, rassurez-vous !

- Barbara ?

- Je vous reçois cinq sur cinq. répondis-je. Veuillez transmettre vos coordonnées.

- Pas le temps. me dit Ethan à travers le talkie-walkie. On est dans l'immeuble et on a été autorisés à aller en haut.

- Ok. Tenez moi au courant. Stop.

Le talkie-walkie s'arrêta et j'étais encore seule - ambiance. Après quelques minutes, je finis enfin mon Coca. J'avais allumé la radio et je dévorais de délicieuses chips au poulet rôti très grasses et trop salées. Le talkie-walkie se ralluma violemment et me fît sursauter. Mince !

- Barbara ? Tu nous reçois ? demanda Ethan.

- C'est une catastrophe ! hurlais-je dans le boitier. Le paquet de chips est à moitié vide ! Les chips sont tombées au sol et y'a de la saleté partout dessus !

- On s'occupera plus tard de ton problème de chips. On est sur le toit, et y'a une grosse antenne...

- Autre chose ?

- Un boîtier... et...

- Et...?

Pas de réponse. Mais qu'est-ce-qu'il se passe là-haut ? J'ouvrais la fenêtre de la voiture et observais le haut de l'immeuble en essayant de distinguer des formes ou des objets. Une ombre apparut. C'était un homme qui reculait vers le bord de l'immeuble ! Et un deuxième. Et un troisième ! Le troisième est armé d'un pistolet et il semble menacer les deux autres qui sont... mes collègues ! Ils ont les mains en l'air et sont à présent au bord du précipice. Que faire ? Je respirais rapidement. Le stress montait en moi. Dans un élan de panique je me précipitais sur le volant et martelais le klaxon sans m'arrêter. Ça faisait de l'effet ! Le curieux agresseur tourna la tête vers la rue où était garée la voiture. Mais il recommença à menacer mes collègues. Une autre idée ! J'allumais la radio. "Hooked on a feeling !" - ta, ta, la taaaaa... Je mis immédiatement le son au maximum et observais le résultat. Quelque chose heurta la carrosserie rapidement. L'agresseur tenait fermement son flingue et visait la voiture. Un second choc me fît me cacher entre les sièges. Il me tirait dessus - à croire que la chanson ne lui plaisait pas ! Je redressais lentement la tête et regardais le toit. Plus rien. Je ramassais une chips et la croquais lentement. Le silence fût rompu par ce craquement doux et subtil. La porte de l'immeuble s'ouvrit soudainement. En sortit un homme menotté, escorté par mes collègues. Je rangeais rapidement la banquette et frottais les sièges pour faire tomber les miettes. L'homme fût installé à l'arrière. Richard pris la place du conducteur et Ethan l'autre. La voiture démarra après que j'ai baissé le volume de la radio.

Ethan quittait mon bureau après avoir déposé les impressions des photos qu'il avait prises sur le toit. Une antenne relais, une seconde caméra et un gros boîtier métallique. L'intérieur était quelque peu compliqué : des fils électriques dans tous les sens et de toutes les couleurs, des tas d'inscriptions codées et des...

- Bonjour !

- Ha ! criais-je en sursautant.

- Désolée, je fais tout l'temps ça... me répondit Vera.

- Vera, que se passe-t-il ?

- J'ai analysé les photos que vous tenez et j'ai découvert qu'il y avait sept ordinateurs ou autres boîtiers électroniques connectés en chaîne au boîtier trouvé sur le toit.

- Ce qui signifie ?

- Ça veut dire que si quelqu'un contrôlait cette caméra il pouvait... voyons... un plus sept font huit, donc...

- Il pouvait être à maximum huit kilomètres autour du lieu où nous avons trouvé la caméra ! lançais-je.

- Oui, c'est exactement ça ! La seule exception est le fait que la maisonnette est située à deux kilomètres de l'eau donc impossible que le pilote soit dans l'eau, sauf si en vérité il...

On toqua au mur à côté de mon bureau. Vera se retourna puis se tourna de nouveau vers moi, sourit et partit aussitôt. Trevor apparut, toujours aussi calme.

- Barbara. me dit-il. Aucune trace de blessure quelconque n'a été trouvée lors de l'autopsie mais les analyses de sang révèlent qu'il y a environ trois grammes d'une substance inconnue dans un litre de sang prélevé.

- Des injections ? demandais-je.

- Probable. Mais si c'est le cas, cela peut signifier que nous faisons face à des professionnels.

- Que voulez-vous dire ?

- Comme je vous le disais, il n'y a aucune trace de blessure, pas même une trace de seringue.

- D'autres infos ?

- Non, aucune. Si ce n'est que le nom de cette femme était Nadia Baick et qu'elle n'avait visiblement personne dans son entourage.

Le téléphone sonna après que le scientifique soit parti.

- Renee ?

- Ouaip ! J'ai des news. me dit-elle à travers le téléphone. On a trouvé un objet qui pourrait être l'arme du crime.

- Qu'est ce que c'est ?

- Une seringue, vide...

- Revenez avec, on va faire des tests ! lançais-je. Attends... tu...?

- ...Barbara ! lança Renee.

Ça se fait pas de raccrocher au nez des gens ! Enfin bref. Le plus important c'est ce qu'il se passe là-bas. Je sautais hors de mon siège et interpellait Trevor qui s'apprêtait à retourner aux labos. Je lui expliquais que mes collègues étaient - sûrement - en danger et nous partîmes vers la sortie sans que je prévienne Ethan et Richard. Le scientifique pris le volant de la voiture et démarra en trombe après qu'une autre voiture de police ait démarré.

- Ne serait-il pas préférable de prévenir d'autres policiers et de les envoyer à cette adresse, le 22 Debbie Street ? me demanda-t-il tout en accélérant de plus en plus.

- Je... Je sais pas... Vous pensez que je...

- Il n'en est plus temps. Nous sommes arrivés à destination.

Je sortis de la voiture aussitôt, le scientifique me suivit. Aucun d'entre nous ne portait d'armes. J'ouvris rapidement la porte de la maison et indiquais à mon compagnon de me suivre. J'entrais dans une pièce et observais lentement tous les coins et recoins. Où sont mon père et Renee ? Cette pièce était vide. Il y avait des grincements qui semblaient venir du plafond. Le scientifique me tapota l'épaule et pointa le plafond du doigt sans prononcer un mot. Je le suivis dans la pièce suivante. Une petite pièce au milieu de laquelle il y avait un escalier. Les grincements étaient de plus en plus présents. Le scientifique monta les escaliers lentement et je le suivis en prenant garde à ne pas faire de bruit. Une nouvelle porte et une voix.

- Cette seringue ne vous fera pas mal... ou presque...

Le scientifique se tourna vers moi et me fît un léger signe de tête. Il poussa violemment la porte et découvrit une salle remplie de matériel étrange au coeur de laquelle mon père et Renee étaient attachés et bâillonnés. Cette salle n'était approvisionnée en lumière que grâce à une épaisse fenêtre devant laquelle se tenait un homme qui observait Trevor. Je reculais lentement et me cachais dans les escaliers. L'homme dégaina un flingue qu'il pointa sur le scientifique. J'assistais à cette scène, impuissante. Je sortis mon téléphone de ma poche et contactais immédiatement Ethan qui ne répondit pas. Puis Richard, en vain. Mon téléphone tomba en rade avant même que j'ai pu appeler quelqu'un d'autre. L'homme se rapprochait de plus en plus de mon pote scientifique. Je reculais encore dans les escaliers quand une des marches grinça sous mon - pourtant petit - poids.

- Qu'est ce que c'est ? demanda l'étrange agresseur.

Mais oui ! Faire du bruit ! Il fallait faire diversion - ou du moins essayer de leur sauver quelques secondes de vie... Je montais les escaliers rapidement avant de tirer le scientifique et de me mettre à sa place, face à l'homme au pistolet. Je me mis à claquer des doigts et à bouger mes jambes et peu à peu tout mon corps bougeait.

- T'es qui ? me demanda-t-il. Qu'est c'tu fous ?

- Je danse ! lui lançais-je. Et je peux chanter aussi !

Je tournais sur moi-même avant de prendre la pose et de chanter et danser en même temps.

- ... Come and get your love... Chante avec moi ! lui dis-je en chantant. Come and get your looooove !

Soudain, et dans un timing parfait, la grande fenêtre à l'arrière du grenier explosa. Deux coups de feu firent reculer l'homme qui s'approcha aussitôt de la fenêtre. Je tirais Trevor vers les escaliers. L'homme hurla et nous tira dessus "à l'aveugle". Trevor se cacha sous les escaliers en attendant l'arrivée de la cavalerie. Je traversais les pièces, sautais par dessus les meubles et évitais les plus gros qui encombraient le passage. J'ouvris la porte et aperçus Richard et Ethan, flingues en main.

- Préviens-nous, la prochaine fois. dit Richard.

Je lui répondis par un sourire et Ethan me balança un flingue. Ils entrèrent dans la maison en vitesse et foncèrent jusqu'aux escaliers. Je les suivais avec difficulté - trop d'émotions d'un coup - et atteins finalement le grenier. L'homme était menotté et tenu fermement par Ethan pendant que Richard enlevait les liens qui retenaient les collègues et que Trevor commençait à collecter certains des objets appartenant à l'agresseur. Tous se tournèrent vers moi.

- Quoi ? leur demandais-je. J'vous ai manqué ? Non... La chanson ?

- On parlera de tes talents de chanteuse plus tard. me dit Renee. Au poste. Il faut qu'on fasse le point.

Et notre joyeuse petite troupe sortit - encore - de la jolie maison et repartit vers le poste.

L'équipe était réunie devant la salle d'interrogatoire - il est d'ailleurs 21:54 - dont Renee et Ethan venaient de sortir et Vera nous rejoignaient à ce moment-là.

- Bon, tout le monde est là. déclara mon père. Commençons.

- Nous avons interrogé Denis Filod, l'homme qui nous a menacé moi et Richard sur le toit de l'immeuble. dit Ethan.

- Exact. continua Richard. Cet homme ne nous a rien apporté au niveau de l'enquête si ce n'est qu'il a avoué travailler pour quelqu'un...

- Et il a aussi indiqué que son but n'était pas de nous tuer. reprit Ethan.

- Bien. dit mon père. Renee, le deuxième ?

- Benedict Parrt. rétorqua-t-elle. Il tenait à nous injecter des seringues d'un produit étrange dont monsieur Samuel pourra vous parler. Il a aussi avoué travailler pour quelqu'un mais ce "quelqu'un" nous est toujours inconnu.

- D'accord. reprit mon père. Trevor, ce produit ?

- Il s'agit d'un mélange de substances interdites par la loi. dit ce dernier en présentant une fiole de ce mélange. Le plus important, c'est la substance en plus grande quantité dans le mélange : un liquide strictement interdit appelé "J24N" et dont les propriétés ont été modifiées. Le but de ce liquide est, à l'origine, de booster les émotions chez une personne. Ainsi, il permet à n'importe qui qui en utilise d'être plus émotif en certaines situations. Si Nadia Baick a été tuée à cause d'une injection, c'était probablement une trop forte dose de ce mélange.

- D'accord, merci pour ces informations. dit mon père. Vera, du nouveau ?

- Oui ! lança-t-elle. Il semblerait que "l'ordinateur pilote" soit situé à 6,310 mètres de nous, en plein coeur de l'océan !

- Euh...

- Plus précisément, sur l'île Arkham. reprit-elle.

- Donc. continua mon père. Notre criminel se cacherait sur l'île Arkham ?

Elle aquiesca d'un signe de tête.

- Bien. reprit-il. Il nous est inutile de nous rendre sur l'île Arkham pour le moment, nous continuerons les recherches demain.

Il demanda à clore la petite réunion. Il était tard, mais impossible pour qui que ce soit d'aller dormir dans de telles conditions. Mon père m'ordonna quand même de rentrer avec lui à la maison.

Renee venait de me dire que les deux hommes étaient toujours en salle d'interrogatoire - si je veux leur faire un petit coucou - et partait à présent pour la salle de repos où Richard l'attendait avec un café. Il est 8:38 et ces petites aventures me reviennent à l'esprit les unes après les autres. Je repense à la feinte de la musique dans la voiture, à la prise d'otages dans la maisonnette et à la première visite dans cette même maison. Ces souvenirs effrayants me reviennent tous mais celui de la voiture est tout de même moins effrayant ! C'est surtout Ethan et Richard qui ont dû avoir peur... comme mon père et Renee quand ils étaient attachés... et que nous visitions la maison pour la première fois ! Et si le but de ces hommes n'était pas de nous tuer, mais de nous faire peur ? Je sautais de ma chaise et allais vers la salle d'interrogatoire. Je rentrais, saluais rapidement les deux hommes avant de m'asseoir devant eux.

- Écoutez, je sais que vous ne désiriez pas nous tuer. leur déclarais-je. Si vous m'avouez pour qui vous travaillez, nous pourrons réduire votre peine ! Qui vous a demandé de nous faire peur, et pourquoi ?

Après quelques minutes, je sortis triomphante de la salle. Mes collègues sortaient de la leur et se rendaient vers leurs bureaux respectifs. Je tapotais l'épaule de Renee, Ethan arriva à ce moment-là. Je leur expliquais la situation, ils me posèrent quelques questions puis je fonçais vers le bureau de mon père qui nous autorisa à nous rendre sur l'île Arkham tous les quatre. Un passage par le labo pour attraper deux flacons de l'étrange solution et je sortis enfin dans la rue où les collègues m'attendaient.

L'île d'Arkham était une île d'un peu plus de 4 kilomètres au coeur de laquelle était située le plus grand et le plus effrayant asile du monde : l'Asile d'Arkham - pas très original, ce nom. Description rapide : une cour rectangulaire autour de laquelle s'étend le bâtiment. Imaginez un couloir en forme de rectangle avec des petites salles et cellules. L'extérieur porte surtout l'aspect effrayant : les murs sont noirs, les vitres des fenêtres sont rouges et il y a quatre grandes tours à chaque coin du rectangle - plus d'autres tours au milieu de la cour. La voiture s'arrêta devant l'entrée, tout le monde descendit dans un même élan. Richard poussa la porte, nous avançions vers l'accueil où nous présentions simplement nos badges avant de repartir aussitôt. Le bureau que nous cherchions était situé à l'exact opposé de l'entrée de l'asile. Notre vitesse de marche grandissait au fur et à mesure de nos pas. Quelques infirmières passaient sans prêter attention et ne nous remarquèrent pas. Nous avions franchi la moitié du premier couloir... plus que deux ! J'arrêtais mes collègues.

- On va y passer la journée ! leur lançais-je.

- T'as une autre solution ? demanda Ethan.

Je regardais à droite puis à gauche et vis un détenu se rendre vers une porte par laquelle il sortit. Je tournais la tête vers Renee. La même idée nous avait traversé l'esprit.

- En avant ! déclara-t-elle en nous indiquant de la suivre vers la porte.

Elle la poussa et nous découvrîmes ensemble l'immensité de la cour des détenus. Nous reprîmes notre marche rapide. Les internés nous dévisageaient quand nous passions devant eux. Nous arrivions finalement de l'autre côté sans avoir eu de problème. Le bureau n'était plus qu'à quelques mètres. Enfin ! Je toquais vivement à la porte et une voix nous invita à rentrer. L'homme nous observa tous un à un.

- Docteur Jonathan Crane ? lui demandais-je.

- En chair et en os. répondit-il.

- Nous venons vous parler du meurtre de Nadia Baick.

- Navré, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. reprit-il.

- Si, vous savez. dit Renee. Denis Filod et Benedict Parrt travaillaient pour vous, n'est-ce pas ?

- Je ne connais pas ces personnes. rétorqua-t-il.

- Monsieur Crane ? questionna Ethan. Vous connaissez un peu le J24N ?

- C'est un produit interdit...

- Oui. dit Richard en le coupant. Je suppose que vos cobayes sont consentants aux tests que vous leur faites subir ?

- De... reprit-il. De quoi parlez-vous ?

- Une liste de... continua Renee. Trente-six cobayes !

- La peur... dit Ethan à son tour. Vous vous êtes toujours intéressé aux effets de la peur sur des sujets différents... avez vous peur, Jonathan ?

- En tant que scientifique, je me dois de...

- Excusez-moi. dis-je en le coupant. Nous aurions une question pour vous.

- Je... dit-il en reprenant son calme. Je vous écoute.

- Parfait. déclarais-je. Je suis une jeune scientifique au service d'un grand scientifique. Je sais que mon supérieur exerce depuis plusieurs années une activité illégale sur des patients choisis au hasard. Un jour, je décide d'avouer à la justice que mon supérieur fait des choses illégales. Que me conseillez vous de faire ?

- Écoutez bien, bande de petits flics. répondit-il fermement et avec violence. Si vous pensez pouvoir m'arrêter grâce à trois preuves aussi ridicules, laissez-moi vous dire que vous êtes en bien mauvaise posture !

- Dans ce cas... dit Richard. Trouvons des preuves tangibles.

- Si vous pensez que ça va suffir. continua-t-il avec hargne. Cette fille est morte pour mes tests, ces tests, bien que illégaux, je les fais depuis des dizaines d'années alors même si vous m'arrêtez, vous devrez passer par la case tribunal.

- Et nous dans tout ça ? demanda Ethan avec un faux air innocent. Pourquoi nous avoir inclus dans cette affaire ?

- Mes tests ! lança-t-il encore. Vous n'étiez qu'une partie de mes tests. Votre peur a été comparée à celle des autres dans le but d'enrichir mon liquide de terreur.

- Et, pourquoi tout nous avouer maintenant ? questionnais-je.

- Jamais vous n'arriverez à me mettre en prison. Cet asile est mien, vous ne pourrez pas m'y enfermer. Et, dans le cas où vous y arriveriez, ce sera ma voix contre la vôtre, devant les juges.

- Bien. déclara Renee en se levant. Rien ne sert de batailler pendant des heures. Jonathan Crane, nous vous arrêtons pour avoir tué Nadia Baick et pour avoir procédé à des tests à l'encontre de la loi.

- Quoi ! lança-t-il. Je...

- Vous voulez des preuves tangibles ? lui demandais-je ironiquement.

Je sortis mon téléphone de ma poche et appuyait sur une touche qui enclencha le début d'un enregistrement.

"Cette fille est morte pour mes tests, ces tests, bien que illégaux, je les fais depuis des dizaines d'années..."

Je stoppais le téléphone, le rangeais et observais le docteur.

- Ça vous va ? lui demandais-je. C'est votre parole contre la vôtre. Effrayant, n'est-ce pas ?

- Vous avez le droit de garder le silence. lui glissa Ethan.

- Vous ne pouvez pas ! lança-t-il. Vous ne pouvez pas !

- Vous avez raison. déclara Richard. Nous ne pouvons pas vous enfermer ici.

- ...Vous allez adorer le poste de police et ses cellules. lui dis-je.

Le docteur Crane fût emmené par camion jusqu'au poste où il fût enfermé. C'est vrai, on aurait pu l'enfermer à Arkham mais mon père a refusé. Tous les cobayes ont eu le droit aux petits soins pendant près d'une semaine et Arkham redevint... euh... Arkham. Le mystère fût donc résolu en deux petites journées. Clancy nous autorisa même à rentrer à nos maisons respectives pour - je cite : "Nous remettre de nos frayeurs et autres émotions".