Disclaimer : Je ne possède rien de cette histoire, hormis l'intrigue, tout appartient à George RR. Martin

Pairing : JaimexSansa

Raiting : M, pour violence et scène sexuelles

Attention, scène assez dure avec cruauté malsaine et tentative de viol inclus. Game of Thrones, en autres.


Ton coeur qui crie vengeance

Chapitre 4


"Les excès de la liberté mènent au despotisme, mais les excès de la tyrannie ne mènent qu'à la tyrannie."

De François René de Chateaubriand


Sansa

Une crainte glacée me tordait les entrailles lorsque Tyrion a enveloppé ma main dans la sienne et que nous nous sommes avancés au pied du Trône de Fer, sous les yeux étonnés de toute la cour. Cela donnait l'impression que je tirais un enfant haut comme trois pommes derrière moi, mais je m'en moquais. J'avais besoin de lui. Mon cœur battait à tout rompre, et j'ai croisé le regard ennuyé de Joffrey.

A ses côtés, Cersei, resplendissante de santé et de beauté, qui dominait toute la cour de sa prestance royale, et qui ne m'a pas adressé un regard, et Margaery, de moins en moins énergique à cause de son ventre énorme et de l'accouchement qui approchait à grands pas. Un héritier pour la couronne. Peut-être qu'un fils rendrait le roi sentimental. Quant à Jaime, je le regardais du coin de l'œil rôder dans l'ombre, le poing refermé autour de son épée – comme s'il allait dégainer sa lame en pleine conférence royale.

_ Mon oncle, a sifflé Joffrey. Que vous amène-t-il ?

Que les anciens dieux comme les nouveaux me viennent en aide, il était de mauvaise humeur ce matin.

Tyrion a exécuté une courbette presque moqueuse à son intention, et un doux mélange de provocation et de défi luisait dans ses yeux lorsqu'il a dit ces mots :

_ Votre Grâce, mon épouse lady Sansa et moi-même avons la joie de vous apprendre que nous attendons un enfant à venir. Puissent les Sept lui apporter miséricorde et santé.

_ Comme ils vous l'ont certainement apporté à votre propre naissance mon oncle, l'a raillé Joffrey du haut du trône de fer, et la cour toute entière a vibré d'un rire nerveux.

Ses sourcils blonds étaient froncés, et il semblait agacé de la nouvelle. Il avait bien conscience que je n'avais jamais couché avec Tyrion, qui bien qu'étant mon ami le plus cher dans ce trou à rats, ne m'avait jamais suffisamment attirée pour que je parvienne à le désirer, et pourtant il semblait se ficher d'être à nouveau père. Ce garçon – non, cet homme – me rendait nauséeuse.

J'ai respiré l'air, et me suis contenue de justesse avant que le dégoût ne torde pas mon visage. Chaque fois que Joffrey s'en prenait à Tyrion, je craignais davantage qu'il ne réagisse violemment et ne monte les marches pour rejoindre le garçon et le cogner de toute la force de sa paume. Il demeurait inexpressif, mais ses yeux, eux, hurlaient de fureur, et il dardait un regard terrifiant sur son neveu. Mon pouce est venu caresser des cercles de tendresse sur sa main afin de le réconforter. Pour lui montrer qu'il n'était pas seul.

Mon menton s'est dressé, et j'ai adressé un regard placide au roi. Articulé d'une voix douce :

_ Pouvons-nous maintenant nous retirer, Votre Grâce ?

Joffrey a agité la main, comme pour chasser une mouche particulièrement agaçante, et j'ai battu en retraite en entraînant Tyrion avec moi. Lorsque nous sommes retournés dans l'ombre de la salle, Tommen paraissait nous y attendre.

Du haut de ses douze ans, il était plus grand que moi, avait perdu ses quelques rondeurs d'enfance, et était devenu aussi beau à s'en damner que son frère. Il avait cependant su garder cette douceur sans arrière pensée que j'appréciais chez lui. Je lui ai pressé mes lèvres sur le front, tandis qu'il s'abaissait vers Tyrion, qui lui a pincé affectueusement la joue.

Il m'a souri, puis passé avec tendresse ses doigts contre mon ventre.

_ Alors comme ça, je vais avoir un cousin. Mon tout premier.

Ton demi-frère, en fait. J'ai pincé les lèvres.

_ Entre Tyrion et Jaime, c'est vrai que tu n'as pas dû en avoir beaucoup le bénifice, ai-je souri. Tu pourras t'en occuper quand tu voudras, c'est promis.

Lorsque Joffrey m'ordonnera de venir dans ses appartements pour une partie de la nuit, et que je reviendrais harassée, avec le bébé qui aura faim et qui hurlera.

_ Et comment comptez-vous l'appeler ?

Oh, cela dépendra de ta mère. On me l'arrachera de mes bras dès qu'il sera tiré hors de mon ventre, et il me reviendra prénommé comme un Lannister, sans que j'y ai eu mon mot à dire.

_ Gerion si c'est un garçon, a répondu Tyrion à ma place, l'expression nostalgique. Et Tysha si c'est une fille. Quiconque d'autre que Sansa qui y trouvera à redire aura ma botte dans le cul.

Et, sur ce, il a jeté un regard plein de défi à Cersei, qui se levait de son siège alors que le roi quittait la pièce, l'audience du jour étant maintenant terminée. Tommen nous a salué, aussi insouciant que d'ordinaire et ignorant tout de mes véritables pensées alors que je lui souriais gentiment, et a rejoint Margaery pour l'aider à descendre les marches avec son gros ventre. Il avait toujours été très épris d'elle, et j'espérais de tout cœur que ce soit récriproque. Tommen et Margaery méritaient d'être heureux.

J'ai regardé Tyrion, qui s'était adossé au mur et paraissait songeur. Ce Gerion et cette Tysha semblaient avoir éveillé en lui des souvenirs pleins de souffrance. Je me suis tenue à ses côtés plusieurs minutes, à contempler la salle du trône se vider de ses lords et ladies, et je me suis rappelée avec émotion cet après-midi où moi-même et septa Mordane nous étions trouvées seules dans l'immensité silencieuse de cette pièce. Elle m'avait dit que mon époux siégerait un jour ce trône, et que je me tiendrais à ses côtés, que je serais sa reine.

Les Sept étaient décidément dotés d'un humour difficilement appréciable.

_ Pourquoi Gerion, et pourquoi Tysha ?

Il a hésité un instant puis soupiré.

_ Gerion était mon oncle préféré, le plus jeune des frères de mon père, tout juste trente-cinq ans lorsqu'il a disparu en mer. Il avait tendance à se comporter comme Jaime de son temps, à rire de tout et de rien et séduire bien malgré lui toutes les jouvencelles des Sept Couronnes lorsqu'il descendait de cheval et éclatait de son rire merveilleux. C'était, avec Tygett, le seul de mes oncles à me traiter avec bonté, et c'est bien entendu lui qui est mort le premier.

Il rit d'un rire amer, et je demeurais pendue à ses lèvres.

_ N'est-ce pas sa fille, la jeune femme blonde qui se jette si souvent dans les bras de Jaime ?

_ Oh que si. Felicité Hill, sa bâtarde. Elle a quinze ans, et a été mariée à un bâtard Frey l'année passée. Mais bref, Gerion était mon oncle favori, et c'est ainsi que je désire lui rendre hommage, en appelant mon fils ainsi et en l'éduquant afin qu'il devienne aussi généreux et bon qu'il l'était.

Sa voix vibrait d'émotion.

_ Et Tysha ? ai-je demandé dans un murmure doux.

Je me suis détachée du mur pour lui faire face, soulevant son menton entre mes doigts afin de mieux bloquer mes yeux dans les siens, parce que je soupçonnais que ce qu'y allait suivre lui serait difficile à exprimer.

_ Tysha est l'amour.

Puis, sur ces mots, Tyrion s'est dégagé un peu vivement de mon contact et s'en est allé sans un regard en arrière.

Et l'amour meurt avec la fin de l'enfance.

Lui et moi nous ressemblions tellement. Et ça me terrorisait de ressembler à une Lannister. Ça me terrorisait d'un jour cesser d'être une Stark de Winterfell, d'un jour oublier ma vengeance.

Les mouvements fluides de la brosse de Shae me berçaient. J'ai senti ma nuque qui s'arque-boutait et mes paupières papillonner dangereusement, alors je me suis pinçé très fort la main.

_ Fatiguée, milady ? a demandé ma servante, un sourire dans la voix.

Comme j'avais envie de me plaindre et que personne ne m'avait vraiment demandé comme j'allais aujourd'hui, j'ai saisi l'occasion et ne me suis pas retenue, à la façon d'une fillette capricieuse.

_ Epuisée, oui. Je ne suis qu'à mon tout premier mois de grossesse, et déjà j'ai comme l'impression de mourir à chaque pas. Je demeure si nauséeuse, et si fatiguée de tout, qu'importe combien d'heures je dors et me repose au calme tout simplement… ! Un rien m'énerve. C'est agaçant. Et puis je ne te parle pas de mes seins constamment tendus, et de mon urine plus fréqu… Oh ! Je te demande pardon, Shae ! Je me laisse tant aller, décidemment…

Alors que mes joues brûlaient de honte et que je me cachais le visage entre mes mains avec un gloussement nerveux, mes confidences ne parurent en rien déranger Shae, qui a tressé mes cheveux, puis, à force de s'en retenir, a éclaté d'un rire absolument hilare.

Je me suis retournée sur ma chaise pour lui adresser un regard pointu, mais son humeur communicative m'a donné envie de rire à mon tour, et nous nous sommes retrouvés toutes deux à ricaner comme deux bécasses, mains sur les hanches, en dépit de nos différences sociales. Mais qu'importait ? J'étais considérée comme une moins que rien dans ce château, et elle-même me voyait comme une petite sœur. J'aimais Shae.

_ Il n'y a rien à pardonner, milady, a-t-elle assuré une fois que nous avons retrouvés notre sérieux. Maintenant, je vais préparer votre lit pour ce soir.

Je l'ai observée plisser soigneusement les draps et ai songé qu'un des rares avantages de la grossesse était que je ne saignais plus durant mes périodes. Et au moins qu'au cours des huit prochains mois, ce serait le cas.

_ Sais-tu quand Tyrion sera de retour ?

_ Les réunions du conseil restreint peuvent s'étendre bien tard, a répondu Shae sans lever la tête. Mais je suis certain que lord Tyrion ne fera pas le moindre bruit qui vous réveillera.

_ Je ne crains pas qu'il me réveille, l'ai-je coupée, agacée malgré moi d'être traitée de façon si délicate – j'étais une louve de Winterfell, et non une futile poupée de porcelaine au sommeil fragile –, mais c'était là l'image que je cherchais à donner afin de survivre, et il fallait bien en assumer les conséquences. Je crains que son père, Cersei ou bien Joffrey ne l'assomment une fois de trop de reproches, et qu'il n'explose de rage, et que –

_ Si fragile, a soufflé ma servante, une lueur embrasée au fond de ses yeux sombres.

Je n'étais pas stupide, et l'idylle entre mon époux et Shae ne m'avait en rien échappée. Il existait entre eux une passion très intense, à la fois brutale mais véritable, quelque chose que je n'aurais jamais pu comprendre étant jeune, quelque chose qui aurait poussé Shae à tuer en son nom et vice-versa, cela sans la moindre hésitation.

_ Il l'est, ai-je reconnu avec amertume. Du moins à sa manière. Il n'est en rien aussi faible que je le suis, lui ne ployera jamais le genou devant un roi qu'il ne respecte pas, ne prétendra jamais ce qu'il ne pense pas pour rester en vie, et le cognera sans une arrière pensée s'il en a envie. Il est courageux, et si contradictoire.

Je me suis approchée d'elle, et l'ai enlacée par derrière, la prenant par surprise. Elle s'est d'abord gentiment débattue avant de se laisser faire, et j'ai pu poser mon menton dans ses boucles noires, savourer pour la première fois depuis trop longtemps une étreinte innocente.

_ Que ferais-je sans toi, Shae ? ai-je soupiré.

La porte s'est ouverte en fracas, nous faisant toutes deux tressaillir. Nous nous sommes précipitamment écartées l'une de l'autre alors que Joffrey faisait une apparition détonnante, ser Meryn et ser Boros sur ses talons, et j'en ai haleté de peur. Si le roi se présentait à ma porte, les yeux ainsi enragés, draîné de ses deux singes, cela ne signifiait rien de bon pour moi. Et moins encore pour Shae.

_ Que me vaut cet honneur, Votre Grâce ? ai-je dit en m'inclinant respectueusement.

_ Assez de bavardage, Sansa ! J'ai attendu votre visite comme tous les autres soirs, alors pourquoi dérogez-vous soudainement à la règle ? Seriez-vous en train de désobéir à votre roi ?

_ J-Je vous conjure que ce n'est en rien le cas ! Simplement, le mestre Creylen m'a assuré que, pour le bien de ma propre santé et celle de mon enfant à venir, je devais, disons, cesser ces visites tout le temps que je serais enceinte et autrement –

Le bras de Joffrey a jailli comme un fouet et envoyé à terre une carafe pleine de vin rouge – et l'alcool s'est répandu à mes pieds comme une mare de sang, son sang. Une terreur sans nom m'a à nouveau glacée toute entière. Ce garçon était fou, fou. Comment avais-je pu un jour m'en éprendre, comment avais-je pu un jour souhaiter me marier avec lui et porter ses enfants ?

_ Je me moque du mestre Creylen ! a-t-il glapi. Comme je me moque de votre bébé, comme je me moque de vous ! Je ne crois pas qu'il vous faille un effort surhumain pour ouvrir grand les cuisses et me laisser vous baiser comme la salope que vous êtes !

_ Mon enfant…

Il a ri de ma peur.

_ Si votre enfant vous dérange tant, Sansa, alors je ferais en sorte qu'il meure dans les jours suivant sa naissance. Ainsi, rien n'aura jamais plus à expliquer vos désobéissances vis-à-vis de la Couronne.

Vis-à-vis de la queue du roi, plutôt.

J'ai grimacé de dégoût. S'il survivait à l'accouchement, Joffrey ferait tuer mon bébé, et ça je ne pourrais le tolérer.

_ Nous pourrions même nous arranger pour que votre enfant disparaisse dès maintenant, a-t-il poursuivi, ses yeux s'emplissant d'une folie démoniaque qui m'a donné la chair de poule. J'ai entendu que si l'on frappe une femme enceinte suffisamment fort et en continu, il se peut que le fœtus n'y survive pas. Ser Boros, vous savez ce que vous avez à faire.

Il s'est affalé confortablement dans un fauteuil, a croisé ses jambes et frappé dans ses mains. J'ai alors vu Blount s'avancer, et ai compris en un éclair ce qui allait se produire.

Il allait me battre encore et encore.

Il allait tuer mon bébé.

Non.

Non.

J'ai reculé autant qu'il approchait. Mais il y avait un mur, et lorsque je m'y suis cognée, terrifiée comme jamais, j'ai saisi au vol un chandelier entre mes mains moites et l'ai brandi vers son visage rougeaud. Des larmes ont débordé de mes yeux.

_ N'avancez pas davantage, l'ai-je averti en pleurant. N'avancez pas !

_ On dirait que la petite louve reprend du poil de la bête, a commenté Joffrey d'une voix traînante. Eh bien, nous allons jouer à un jeu très amusant. Ser Merryn, autant de fois que lady Sansa résistera aux coups de ser Boros, vous pourrez battre d'autant plus fort sa servante – et même la violer, si vous le désirez.

_ NON ! ai-je sangloté en regardant ser Merryn abattre son poing en métal sur la mâchoire tendre de Shae, qui n'a pas émi un son. Non, laissez-la tranquille !

_ Alors vous voilà offert ce terrible choix : entre votre précieuse servante et votre bébé, qui préférez-vous laisser vivre ?

La paume de Blount a claqué contre mon visage, et j'en ai pleuré d'autant plus fort lorsque ses coups ont volé contre mon estomac, contre l'endroit où mon enfant vivait. J'ai claqué des dents, me débattant toujours. Du coin de l'œil, j'ai vu Trant déchirer la robe légère de ma servante, et tripoter avec un sourire effrayant ses seins nus.

Mais à l'instant où il allait s'infiltrer sauvagement entre ses cuisses, à l'instant où Boros a fait mine de me soulever par les hanches pour m'envoyer voler contre un mur, Jaime a fait son apparition.

_ Que signifie tout ceci ?

Et le chaos a aussitôt cessé.

_ Lord Commandant…

Une colère noire brûlait dans ses prunelles lorsqu'il a désigné la porte de sa seule main.

_ Sortez. Tous les deux. Et qu'aucun vous ne s'avise à repointer son nez dans cette chambre, auquel cas je me ferais une joie de vous botter le cul.

Il n'a pas eu à se répéter, puisque l'un et l'autre chevaliers de la Garde Royale se sont docilement exécutés devant la fureur de leur supérieur. Et Joffrey est demeuré coit, ses lèvres entrouvertes de stupeur lorsque son oncle lui a saisi dangereusement le col et approché son visage du sien.

J'ai essuyé avec rage mes larmes, et me suis précipitée au chevet de Shae. Elle demeurait immobile, sa nudité offerte aux regards, et je me suis hâtée de la vêtir d'une chemise de nuit à portée de main.

_ Je suis désolée, je suis tellement désolée.

Mais elle m'a saisi brutalement le poignet, si brutalement que j'en ai émis une plainte.

_ Ne sois pas désolée, petite louve, m'a-t-elle chuchotée de façon à ce que ni le roi ni son oncle ne puissent nous entendre. Plus jamais, parce que tu n'as pas à l'être. Contente-toi d'agir. Contente-toi de tuer ce monstre à ma place.

Et, en reniflant, je lui ai répondu, du bout des lèvres :

_ Je le promets.

Son poing serrée autour du col de Joffrey, Jaime ressemblait plus à un fauve que jamais, avec ses cheveux d'or ébouriffés, le vert de ses yeux qui luisait de rage, ses paroles qui ressemblaient plus à un grognement animal qu'à une simple voix humaine.

_ Ce n'est pas ainsi qu'un souverain se doit d'être. Ce n'est pas ainsi qu'un être humain se doit d'être. Tu as beau être mon roi, mon neveu, et de mon sang, je n'hésiterais pas à marteler ta jolie mâchoire, avec ma main, cette main, tu la vois ? d'or lourd, et qui peut sans doute te briser sans difficulté quelques os, la prochaine fois que je te trouverais à faire battre une femme enceinte. Qu'elle soit la fille de Ned Stark et la sœur du Jeune Loup, peu importe, Sansa Stark est la femme de mon frère et porte son enfant, mon neveu, comprends-tu ? Alors que je ne te revois plus lui tourner autour durant sa grossesse, ni même autour de sa servante.

Et il a laissé partir Joffrey, qui a fiché le camp avec le peu de dignité qui lui restait.

_ Je retourne dans ma propre chambre, milady, m'a dit froidement Shae, et je l'ai embrassée sur la joue avant de la laisser partir.

Me suis retrouvée seule avec Jaime.

_ Je suis désolé d'être intervenu si tard, m'a-t-il dit.

Mais j'étais bien trop soulagée de sa présence assez inattendue pour m'agacer sur son retard.

_ Vous êtes venu. Je ne vous en remercierai jamais assez.

Je me suis détournée de lui pour m'abaisser à genoux et ramasser les morceaux cassés de la carafe. Le verre m'a coupé les doigts, mais j'ai ignoré la douleur, parce qu'elle me faisait dans un sens du bien et me permettait d'oublier plus facilement les terribles évènements de ce soir.

_ Arrête ça, Sansa.

Et il s'est mis à ma hauteur pour arrêter mes mouvements brusques, prendre entre les siennes – de chair et d'or – mes mains blessées. J'ai frissonné quand je l'ai regardé.

_ Je vais vous tirer un matelas pour la nuit, ai-je murmuré en me relevant, un peu mal à l'aise.

Il a haussé un sourcil surpris.

_ Tu souhaites que je reste ?

_ Je ne pourrais jamais trouver le sommeil autrement, ai-je chuchoté en haussant les épaules. Joffrey veut la mort de mon bébé, et il n'y a que vous pour l'en empêcher, seulement vous.

J'avais peur. Je me sentais seule et vulnérable. Alors il m'a souri, et détaché son manteau blanc de ses épaules.

_ Il ne reviendra pas, Sansa.

_ Vous n'en savez rien.

J'ai senti sa main tâter maladroitement ma peau, alors qu'il m'enveloppait de ce même manteau et refermait la chaîne d'or autour de ma gorge, froide. Je lui ai souri, en sécurité.

L'homme qui se tenait devant moi était le seul à même de me protéger.

Pas Tyrion, ni Littlefinger, ni ser Loras, et encore moins le Régicide.

Juste Jaime Lannister et sa main manquante.

Lorsqu'il s'est détourné de moi pour aller prendre un matelas sous mon lit, j'ai ramené l'étoffe contre mes narines et inspiré profondément. Ça sentait un peu la sueur, le feu de cheminée, et le parfum d'une femme – je me suis demandée qui pouvait-elle être, une simple putain ou bien une courtisane que je n'aurais jamais suspecté de coucher avec lui.

Je me suis endormie comme une petite fille dans ce manteau.


Review ? ça ne vous coûte rien, mais ça tellement, tellement plaisir.