Disclaimer : Tout à JKRowling
Rating : PG-13
Thème : fontaine
Pairing :… Snape/Rusard. Non, non, c'est pas une blague.
OOO
Fantasme
Le son de la fontaine qui coulait juste à côté emplissait ses oreilles. Le bruit était à la fois doux et rêveur, correspondant tout à fait à son humeur... Il faisait chaud, on devait être en juillet. Argus était nonchalament couché sur le tendre vert de l'herbe, qui bruissait sous la caresse du vent... Une main, pas la sienne, lui caressait discrètement le mollet. La caresse, d'abord distraite, se faisait plus insistante, remontant doucement... La paume était rugueuse, les doigts fins. Tout était fait en finesse, en lenteur, en délicatesse. Comme Argus aimait.
La main atteignit le genou, Argus se tortillait doucement, comme un jeune chien sous les attentions de son maître. Ses cheveux gras lui retombaient devant les yeux mais il s'en fichait. Ne comptait que cette main, que les cercles et les lignes qu'elle traçait sur sa peau nue... Il ne fallait jamais, jamais qu'elle ne s'arrête...
Une porte qui s'ouvrit à la volée réveilla brusquement le concierge de Poudlard. Ses yeux s'ouvrirent directement sur l'homme qui venait d'entrer : grand, pâle, les yeux furieux. Severus Snape. Un des rares professeurs pour qui il concevait du respect ; respect qui se teintait d'une sorte d'affection, parce que, après tout, Snape avait réussi à se faire détester des élèves encore plus que lui-même.
Mais respect ou pas, il aurait pu attendre un peu, avant d'interrompre ce merveilleux rêve! Attendre que la main ait atteint des recoins plus secrets et intimes... Attendre aussi d'avoir pu mettre un visage, une voix sur son doux tortionnaire, son maître, son amant... Imaginaire, soit, mais doué!
Parce qu'en effet, Rusard le connaissait bien. Toutes les nuits, dans ses rêves, il était là. Une présence, toujours la même, exigente et dominatrice, imprégnant les songes du concierge d'un parfum d'infini... Mais il n'avait jamais, jamais pu le nommer, le voir. Existait-il seulement dans la réalité?
Snape parlait. Rusard se secoua ; il devait répondre, agir, et arrêter de penser à son délicieux fantasme. C'est alors que Snape fit une chose incroyable : il souleva sa robe! Doucement, l'agrippant entre deux de ses doigts incroyablement fins, et qu'on sentait pourtant fort et agile...
Dans un éclair, Rusard comprit : c'était lui! Lui qui, chaque nuit, le poursuivait de son arrogante séduction...
Il resta là, éberlué, contemplant Snape qui, semblait-il, lui exhibait ses jambes.
Il réalisa soudainement que la jambe exhibée en question était sérieusement amochée... Une large coupure la traversait, et au vu de la couleur peu naturelle, elle devait être plutôt grave. C'est là qu'il réussit à se concentrer assez pour saisir les paroles que prononçait le maître de potions :
-Vous comprenez bien que je ne peux me faire soigner par Pomfresh, elle ne sait pas, pour la pierre philosophale...
Argus acquiesça, au hasard. Pierre philosophale? Et soudain, tout lui revint : la pierre, gardée par le terrible cerbère, chien à trois têtes... Mais que donc faisait Snape là-bas? Essayait il de voler la pierre? Absurde! Il avait la confiance de Dumbledore...
-Pourriez-vous juste me mettre cette bande autour de la jambe? Je l'ai imprégné d'un désinfectant de ma confection...
Tout ce que vous voulez. Une bande autour de la jambe, et le reste. Rusard se sentit rougir. Il se camoufla derrière ses cheveux, et hocha vaguement la tête, prenant la bande de tissu que Snape lui tendait...
Tremblant, il commença son travail d'infirmier, tout en se remémorant un à un ses rêves plus que troublants. Severus - oui, pour lui ce serait Severus désormais! - continuait à pester contre ce chien à trois têtes, et lui remerciait Merlin d'avoir créé les robes de sorciers si larges.
Toc toc toc. Trois coups frappés à la porte. Snape fit un geste agacé, signifiant qu'il ne fallait pas répondre et que la personne s'en irait.
Il était en train de finir une phrase quand la porte s'entrouvrit tout de même...
Sur Harry Potter.
Stupeur et fureur de Snape, rougeur exquise sur son visage trop pâle, bredouillis inintelligibles de Potter, puis disparition de celui-ci. Le tout en quelques secondes. Assez pour Rusard... Il rassembla tout son courage, et comme un nageur qui se prépare à une longue apnée, plongea sur Severus Snape. Ses mains de vieillard précoce agrippèrent le tissu de la robe du professeur, dont les épaules s'étaient raidies. La bouche du concierge se posa alors brusquement sur celle du maître de potion... Les lèvres n'avaient servi pendant longtemps, très longtemps, uniquement à se plaindre, à maudire et à détester. Et voilà aujourd'hui qu'elles voulaient donner, tout ce qu'elles avaient elles le donnaient à cet homme... Rusard était rouge, et comme fou. Il ne lâcherait pas, jamais. Snape le repoussait, pourtant, les lèvres soigneusement closes, comme pour éviter toute contagion. Pourquoi? Il le connaissait ; il savait à quel point sa langue pouvait être experte, et pas seulement pour manier le sarcasme. Alors, qu'était-ce ce refus?
La scène dura de longues et interminables secondes, avant que le concierge, pantelant, ne s'avoue vaincu et lâche sa pauvre victime.
Severus était trop abasourdi pour avoir même pensé à sortir sa baguette et lui envoyer un petit sort à sa façon. Argus n'osait le regarder ; il avait échoué, il le savait. Son fantasme en resterait un, à jamais.
Il marmonna de vagues excuses avant de s'enfuir, de regagner son petit bureau.
A travers ses larmes, néanmoins, perçait un espoir : le sommeil lui ramènerait celui qu'il aimait. Et tout en sanglotant doucement, il croyait entendre, au loin, une fontaine qui coulait...
