Hey !
Et ouais, j'ai battu mon record de rapidité là, moins d'une semaine ! Et je suis heureuse de vous dire que je pense pouvoir publier environ une fois toutes les deux semaines, ou deux fois par mois. En tout cas, j'espère pas mettre plus de deux ans comme avec "Leave it behind", c'est trop long vu toute la saga qui suit derrière...
Un grand merci à tous les revieweurs : Caramelise, Zachitoya, Fraize (Sirius pourra s'entraîner avec Nymphadora pour être un super parrain pour Harry ! Deux filleuls, ça en fait beaucoup pour Sirius finalement ^^), likyboy's, LaSilvana et Stef(bienvenue dans l'univers des "Liens éternels" ^^ (non je ne suis pas super arrogante :P), ça me fait super plaisir de voir une nouvelle, et bien sûr que tu aimes mon histoire). Merci pour ceux qui m'ont mis en alert et favoris, et tous les autres silencieux qui me lisent.
Disclaimer : Le monde d'Harry Potter appartient à JK Rowling. La chanson de ce chapitre est "Still Loving You" du groupe Scorpions.
Sur ce, Bonne lecture !
The Gentlest Feeling
1. Is there really no chance to start once again
Lyra se sentait incapable d'entrer dans cette pièce. Elle fusillait la porte du regard. Cette simple planche de bois affublée d'une poignée représentait un obstacle à franchir beaucoup plus important que ne l'avait pensé la Gryffondor. Elle n'aurait jamais imaginé redouter autant d'assister à un cours de Défense Contre les Forces du Mal avec un autre prof.
Elle l'avait souvent pensé ; Lyra était un amant à garçons. En tant qu'amis, voulait-elle dire. Si elle n'avait pas été obligée de partager son dortoir avec cinq filles - dont deux qui étaient devenues comme ses soeurs, ne l'oublions pas - elle était persuadée que ses seuls amis auraient été des garçons. En Russie, Piotr avait été son meilleur ami pendant les neuf ans où elle y avait vécu avant Poudlard. Quant à Jim, un barman a Pré-Au-Lard cinq ans plus vieux qu'elle, il était comme un grand frère pour elle.
Et pendant sa cinquième année, Lyra avait développé une amitié avec son professeur de Défense, Lyndon Lovitz, chose peu commune pour la plupart des étudiants. Il n'y avait pas eu que ça, loin de là. C'était d'abord découvrir le secret du jeune prof, puis choisir de l'aider à retrouver son frère perdu. Galérer ensemble pendant plusieurs mois pour mener cette tâche à bien avait créé des liens, forcément. Lyndon était son ami et elle l'aimait bien, c'était un fait.
Il lui avait écrit de temps en temps, cet été. Il ne lui manquait pas tellement, elle était assez douée pour les amitiés longue distance. Mais à présent, elle faisait un blocage, immobile devant la porte qui ouvrait sur sa salle de cours. Quelqu'un d'autre allait lui apprendre à se défendre contre ce qu'il y avait de maléfique dans le monde magique. Plus de piques acérées - qu'elle appréciait beaucoup - échangées en pleine leçon, finies les réjouissances quand elle décrochait une retenue, oubliés, les coups d'oeil complices, et caetera et caetera...
Lyra Carlson passa une main dans ses cheveux et tenta de se ressaisir. Arrêtes, tu deviens complètement folle. C'est juste une nouvelle prof. C'est pas comme si tu n'allais plus jamais voir Lyndon de ta vie. Tu es une Gryffondor, oui ou merde ?
Finalement, elle poussa la porte. Elle était une des dernières arrivées. Au moins était-elle présente avant Simon Mareskin - un Serdaigle qui arrive systématiquement en retard, plus en retard que les Maraudeurs, c'était un comble. Elle prit place à côté de Lily et l'ignora quand elle lui demanda où elle était passée.
La nouvelle prof se tenait debout devant son bureau et évaluait ses étudiants du regard. Ses iris étaient très noirs, sa chevelure rousse flamboyante était plus d'une couleur carotte qu'auburn comme Lily, et son visage était stricte, tout sauf chaleureux et bienveillant. Elle avait environ une quarantaine d'année et les rumeurs disaient qu'elle était une ancienne Serpentard.
À Poudlard, il y en avait beaucoup qui se demandaient pourquoi Dumbledore s'acharnait à leur réfiler des anciens verts argents comme prof de Défense depuis deux ou trois ans. Ça avait entraîné un grand débat chez les Gryffondors, et la première dispute de l'année entre James Potter et Lily Evans avait eu lieu. Le premier disait que les Serpentards baignaient tellement dans la magie noire qu'ils étaient les plus à même de leur apprendre à se défendre contre elle ; elle avait répliqué que c'était pour montrer que les anciens de cette maison n'étaient pas tous des pourris et que certains oeuvraient pour le bien de l'avenir sorcier. Lorsque le nom de Severus Rogue fut abordé dans la discussion quelque peu virulente, Lily avait tout bonnement quitté la Grande Salle avant la fin du banquet.
Elle se nommait Isée Moroz - et avait l'air aussi morose que son nom de famille. Une blague tout simplement pathétique que lui avait glissée James à l'heure du déjeuner, mais tout compte fait, ça s'avérait vrai. Cette femme n'avait vraiment pas l'air sympathique. Elle avait l'air plutôt nerveuse, mais elle tentait manifestement de cacher à tout prix son malaise pour ne pas que ses élèves puissent voir une seule faiblesse dans son masque impassible. Lyra remarqua que sa main tremblait de manière alarmante juste avant que l'enseignante ne la cache dans sa poche.
Moroz commença son discours de la rentrée d'une voix tout ce qu'il y avait de plus... morose - foutu James Potter - mais malgré l'ennui qui se peignait sur les visages de tous les étudiants, Lyra n'arrivait pas à lâcher le professeur du regard. Elle ne comprenait pas son propre comportement, mais il était évident qu'elle avait franchement du mal à encaisser le départ de Lovitz.
Un coude dans ses côtes la ramena à l'instant présent « Hey » C'était Lily « Ta cousine, elle s'appelle pas Isée aussi ? » Lyra haussa les épaules.
- Si.
- Eh ben, ça serait pas elle par hasard ?
Lyra jeta un regard agacé à sa meilleure amie « Isée a deux ans de moins que nous, donc non Lil's, ce n'est pas elle »
Elle pensait avoir la paix jusqu'à la fin du cours quand Lily revint à la charge. La rouquine lui demanda si elle comptait accomplir son petit rituel du premier cours de DCFM.
- Rooh, mais lâche-moi à la fin ! maugréa Lyra.
Lily fronça les sourcils mais obéit. Tant qu'elle n'expliquait pas ce qu'elle avait, il valait mieux laisser tranquille une Lyra de mauvaise humeur. Sauf qu'un certain Maraudeur ne vit pas les choses de cette manière. Un morceau de parchemin roulé en boule attérit sur le bureau de Lyra. Même question.
Tu mets du temps parce que tu réfléchis à quelle meilleure manière de faire flipper la nouvelle ? J.
Bien sûr - une autre chose qui l'énerva - Lyra et James n'étaient pas encore assez intimes pour qu'elle sache ce que « J. » signifiait. Elle dut accrocher le regard de James qui lui faisait des petits signes pour comprendre qu'il était l'auteur du message.
- Vous faites chier, râla-t-elle à mi-voix en levant immédiatement la main.
Je vais faire ça à l'arrache, pensa-t-elle, vu qu'elle n'avait rien préparé. Elle entendit autour d'elle ses camarades se réveiller progressivement, uniquement parce que sa main était levée. Elle leva les yeux au ciel. N'en avaient-ils pas marre, au bout de la quatrième fois ?
Isée Moroz lui fit un signe de tête pour l'autoriser à parler « Vous avez oublié quelque chose dans votre présentation » Moroz fronça les sourcils, incertaine de ce que son élève voulait dire par là. C'est toujours comme ça que ça se passe ; ils sont beaucoup trop prévisibles.
- Je vous écoute, Miss...
Mais Lyra en avait assez d'être chaque année la première élève dont son nouveau prof de Défense connaissait le nom.
- La malédiction de votre poste.
- Que-
- Voyez vous » coupa Lyra d'une voix qui perdait peu à peu sa monotonie, elle retrouvait son élèment en quelque sorte « Nous changeons de profs de Défense Contre les Forces du Mal chaque année, et pas pour n'importe quelles raisons. Que ce soit pour traffic de drogues, perte d'un proche, crise cardiaque ou autre, ils ne reviennent jamais »
Elle fut surprise de constater que Moroz la laissait tranquillement finir son speech avant de la remettre à sa place « Tous les ans, ils quittent leur poste pour des raisons de plus en plus sérieuses. Peut-être qu'un jour, quelque chose de très grave arrivera » Elle se sentait poussée des ailes, jamais elle n'était allée aussi loin que ce qu'elle était sur le point d'ajouter.
- Si vous ne prenez pas au sérieux cette malédiction, professeur, peut-être qu'elle vous tuera, termina-t-elle avec une voix tout ce qu'il y avait de plus innocente.
Les étudiants murmuraient autour d'elle, surpris voire mals à l'aise pour certains, parce que ce qu'elle venait de dire ressemblait de loin à une menace de mort. Heureusement que cette prof était moins impressionnable qu'une bande d'ado de seize ans. Les lèvres de cette dernière formèrent un rictus sarcastique et ses yeux étincelaient.
- Et pour votre professeur de l'année dernière ?
Lyra tressaillit. Le sourire de l'adulte s'agrandit « Ah oui, des soucis fraternels, n'est-ce pas ? » Choquée, l'adolescente se demanda si Dumbledore avait raconté cette histoire à tout le monde. Ça avait déjà été suffisamment désagréable pour elle de devoir tout expliquer au directeur sur le sujet, juste après la fin de ses BUSEs...
Le sourire de Moroz mit la puce à l'oreille de la Gryffondor. Elle avait le sentiment que l'enseignante savait peut-être exactement à qui elle avait affaire, quel rôle elle avait tenu aux côtés de Lovitz, et qui était devenu Lovitz pour elle...
- Je suis désolée de vous décevoir, reprit Isée sur un ton plus sérieux, mais je n'ai pas l'intention de me laisser avoir par votre baratin. J'ai bien vécu avant d'être professeur ici, j'ai eu un passé et des problèmes, comme n'importe quel adulte. S'il m'arrivait quelque chose de grave, comme vous dites, je pense être assez mature pour ne pas mettre ça sur le compte d'une malédiction ridicule. Contrairement, à ce que je peux constater, à vos autres professeurs.
À présent, Lyra était sûre que Moroz s'adressait directement à elle. Sournoise Serpentard. Alors comme ça, la grande adulte qui avait bien vécu n'était pas impressionnée ? Et bien Lyra non plus n'était pas impressionée par son discours à elle. Pas du tout. Elle prit son sac encore fermé et, sous les yeux ébahis de toute la classe, quitta le cours.
Sa réaction déstabilisa fortement Moroz « Miss, veuillez vous rassoir immédiatement ! Miss ! » Lyra claqua la porte en partant. Elle s'aperçut que ses mains tremblaient et que sa respiration était sifflante. Elle n'était pas d'habitude du genre à manquer de respect à ses professeurs. Elle séchait parfois les cours, oubliait de rendre un devoir ou deux et était loin d'être une excellente élève, mais elle respectait le corps enseignant.
Carlson attendit quelque secondes derrière la porte pour voir si Moroz allait la rattraper et lui dire de reprendre sa place, qu'elle aurait une retenue, mais personne ne vint la chercher. Elle retint son souffle pour entendre ce qu'il se disait dans la pièce. Isée cherchait à découvrir son identité, mais personne ne voulait lui dire le nom de Lyra. Peut-être qu'elle savait qu'elle était l'étudiante qui avait participé au manège de Lovitz, l'an passé, mais ignorait tout de même son nom et son prénom.
La prof menaça de coller toute la classe si aucun, Serdaigles ou Gryffondors, ne la renseignait sur l'identité de l'élève qui venait de quitter son cours. À la grande surprise de Lyra, personne ne voulut la trahir. Ce n'était pas non plus une affaire d'état, pourtant. Mais ce simple élan de solidarité Poudlardienne lui réchauffa le coeur. Elle se mit sur le chemin de sa Salle Commune, sa mauvaise humeur du matin envolée.
- On a plus rien à se dire. Qu'est-ce que tu comprends pas dans cette phrase ? s'exclamant Lily en tournant les talons.
L'expression blessée de Severus Rogue ne la fit pas flancher une seule seconde « Enfin Lily, ça ne peut pas s'arrêter comme ça ! Ça fait combien de temps qu'on est amis, six ans ?
- Etait, grinça-t-elle entre ses dents.
- Ce n'est pas parce que jai-
Elle ne lui laissa pas le temps de continuer et fit brusquement volte face, le faisaint sursauter. Il était sur ses talons et ils se trouvaient à quelques centimètres du visage de l'autre « Si justement, Severus, c'est parce que tu m'as traitée de Sang-de-Bourbe que c'est fini entre nous. Je me suis rendue compte que je n'avais plus rien à faire avec toi »
Ils se dévisagèrent quelques instants, et le Serpentard fut ébranlé par la détermination qu'il lisait sur ses traits. Il allait dire quelque chose, quand le regard de Lily se déplaça vers la droite et qu'elle élèva la voix.
- James !
Rogue avait suivie Lily jusque dans le parc, sur le chemin exact entre l'école et le stade de Quidditch. Potter, son balai sur l'épaule, revenait certainement des sélections pour les nouveaux joueurs de Gryffondor. Elle avait cru comprendre qu'il avait été nommé Capitaine de l'équipe cette année. Lily grimaça intérieurement en voyant qui était son dernier recours pour se débarasser de Severus. Elle ne savait même pas pourquoi elle l'avait appelé par son prénom.
Il s'était figé en l'entendant l'appeler et hésitait à se diriger vers eux. Lily fit le premier pas. Alors qu'elle s'approchait de Potter, Rogue toujours sur ses talons, James finit par la rejoindre.
Elle le prit par le bras et continua son chemin vers le château sans se soucier du Serpentard « Désolée Severus, Potter et moi avons un devoir en Méta à faire ensemble » Rogue courut et leur barra la route.
- Tu mens » dit-il sur un ton suspicieux. Elle évita de le regarder dans les yeux, légèrement honteuse « On a commencé les cours y'a une semaine, on nous a pas encore donné de travail en groupe. J'arrive pas à croire que tu puisses me mentir, Lily. À moi ! »
Elle le refroidit d'un regard empli de colère contenue et de reproches « Parfois » Sa voix était glaciale « On a l'impression de ne plus reconnaître ceux qui sont supposés être nos amis. Au revoir, Severus »
Sa réflexion le cloua sur place et il laissa les deux Gryffondors s'échapper. Lily, plongée dans un mutisme plein de ressentiments, tenait toujours le bras de James et le serrait si fort que ses ongles, pourtant très courts, s'enfonçaient douloureusement dans sa peau.
- Evans ? l'appela-t-il.
Elle cligna des yeux et le lâcha avec un timide « Désolée » Ils marchèrent côte à côte en silence.
- Il pensait vraiment que ça allait s'arranger entre nous, chuchota-t-elle assez fort pour qu'il l'entende.
- Tu étais sa meilleure amie, et il t'a crue assez stupide pour passer l'éponge, renchérit James. Rogue ne connaît pas les vraies valeurs comme l'amitié, le respect, tout ça.
Elle lui jeta un regard en biais, prêt à argumenter et à défendre son ancien ami comme elle l'avait toujours fait, mais se ressaisit rapidement. James Potter avait raison. À croire qu'il connaissait mieux Severus qu'elle depuis le début.
- J'espère qu'au moins il a compris que certaines choses ne peuvent pas être oubliées, rajouta-t-elle froidement.
Ce fut au tour de James de réfléchir aux paroles de la Gryffondor « Tu penses vraiment que y'a des trucs qu'on ne peut pas pardonner ? » C'était une question qu'il s'était souvent posé cet été. Lily haussa un sourcil étonné.
- Bien sûr. Quand tu prends tes amis pour de la merde, il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils reviennent ensuite. Que ce soit les traiter de « Sang-de-Bourbe », même si ça t'a échappé, ironisa-t-elle, ou bien les dépuceler en leur faisant croire que l'amour qu'ils éprouvent pour toi est réciproque.
James tressaillit. Quelque chose lui restait en travers de la gorge depuis plus d'un an « Ou bien en les abandonnant purement et simplement ? » Il avait cessé de marcher et son balai reposait contre sa taille.
Elle lui fit face avec surprise « Tu parles de qui ? » Il eut un ricanement sarcastique.
- À ton avis ? De celle qui sait mieux et agit mieux que tout le monde. Miss Parfaite, hein ?
- Qu'est-ce que tu me reproches ? attaqua-t-elle directement.
- Je parle de cette fille, la meilleure amie qu'on puisse avoir au monde, à qui j'ai écrit tout l'été dernier et que je croyais être devenue mon amie. Qui a subitement arrêter de me répondre et qui m'a ignoré pendant tout le premier semestre de l'année dernière sans même m'expliquer pourquoi !
Elle écarquilla les yeux et resta bouche bée. Après lui avoir dit ça comme ça, sans qu'elle s'y attende, alors qu'un an s'était écoulé depuis et que leur relation avait changé du tout au tout, elle ne savait vraiment pas comment réagir.
- Mais je sais très bien pourquoi, maintenant, continua James qui profitait de son manque de réaction. Lyra m'a dit que Rogue t'avait forcé à arrêter d'être pote avec moi. Tu t'es laissée manipulée par un Serpentard » Pour lui, ça voulait tout dire « tout ça pour que ce soit lui qui te trahisse à la fin. Tu choisis merveilleusement bien tes amis, c'est moi qui te le dis »
Elle s'apprêta à répliquer avec colère, à demander des explications quant à sa discussion avec Lyra, mais il ne lui en laissa pas le temps, trop envieux de dire tout ce qu'il avait sur le coeur « Alors Lily, avant de reprocher aux autres tout ce qui ne va pas dans le monde, et de te croire meilleure que tous, tu ferais mieux de te regarder dans un miroir. Personne n'est parfait, et surtout pas toi »
Sur cette répartie dont il était particulièrement fier, James se dépêcha de retourner vers le château pendant que sa camarade était trop ébahie pour lui faire regretter ses paroles.
Liana actionna son briquet moldu et accueillit avec satisfaction sa première bouffée de la journée, sous l'oeil bienveillant de Lily.
- Ça te change par rapport à avant ?
La blonde examina l'extrêmité incandescante de sa cigarette « Avant, je détestais la clope. Maintenant j'aime bien » répondit-elle simplement. Sa meilleure amie hocha la tête et alluma une cigarette à son tour.
Liana Harper n'avait pas retouché au cannabis depuis la nuit où elle avait dormi chez James. Elle n'avait pas repris de coke, de nitocine, ou d'autres drogues depuis sa désintox. Tout ça lui manquait, mais cela faisait déjà plusieurs semaines qu'elle était clean. Elle se sentait fière d'elle, ses amies et sa famille étaient fiers d'elle, alors elle ne comptait pas replonger de si tôt.
Ce qui lui manquait le plus, c'était ce avec quoi tout avait commencé, deux ans plus tôt. Deux ans... Le cannabis, son petit join quotidien. C'était un moment de détente pendant lequel elle ne pensait à rien, et elle en ressortait de meilleure humeur qu'elle ne l'avait été de toute la journée. À présent, elle avait compris que ce n'était qu'un paradis artificiel, que ce n'était pas sain de laisser son bonheur entre les mains d'une herbe nocive pour ses neurones. C'était à elle de prendre sa vie en mains et de chercher le bonheur par ses propres moyens.
Pour pallier à son manque, elle avait commencé le tabac, plus ou moins encouragée par une Lily contente de ne plus être la seule fumeuse du groupe. Liana retrouvait ce moment de pause, la sensation d'avoir quelque chose entre les lèvres et la petite décharge de nicotine qu'elle appréciait beaucoup.
Ça n'avait rien à voir avec la marijuana, ce n'était pas planant, mais ce n'était pas plus mal. Au moins, elle ne perdait pas son appétit, n'était plus aussi lunatique ni aussi fatiguée, ne faisait plus de crises de paranoïa, et ne ressemblait plus à un zombie.
Lily s'éclaircit la gorge et fit un léger signe de tête en direction de deux garçons. Ils marchaient à quelques mètres d'elles et les fixaient tout en parlant.
- C'est Paul ! sourit Liana en reposant son regard sur Lily. Il a dû prendre au moins dix centimètres pendant l'été ! Ça lui va bien, tu trouves pas ?
- C'est pas lui que je te montrais, c'est son pote.
- C'est pas un ex de Nicole ? » La blonde jeta de nouveau un coup d'oeil au Serdaigle qui accompagnait son ex-petit-ami.
- Maintenant que tu le dis, je crois que oui. Mais dis-toi qu'il m'a pas lâchée des yeux pendant tout le cours de Sortilèges d'hier.
- Sérieux ?
Lily hocha la tête en souriant « Ouais, en plus, il est plutôt pas mal... Attention, il vient vers nous ! » Liana retint un éclat de rire.
- Ma vieille, t'as besoin de lunettes, c'est mon ex qui se ramène, se moqua-t-elle en souriant à Paul Hawson qui marchait vers elle.
- Salut Liana » Il leur fit la bise à toutes les deux « Tu vas bien ?
- Ouais et toi ?
- Très bien, très bien. T'as passé de bonnes vacances ?
Le sourire de la Gryffondor se crispa un tantinet « Pas trop mal. Et les tiennes ?
- Plutôt cool, j'ai vu mes grands-parents en Irlande.
Lily finissait sa cigarette, un peu en retrait, en s'amusant du silence gêné qui devait forcément s'installer à un moment ou un autre entre les deux anciens amoureux. Paul posa son regard sur elle, puis sur son ami qui attendait, plus loin, avant de sourire de nouveau à son ex « Bon, je vais te laisser. Bonne fin de journée ! »
Liana, qu'on pouvait deviner soulagée de ne pas avoir à faire la conversation, lui adressa un signe de sa main qui tenait sa clope à moitié entamée « A toute ! » Elle soupira en se rapprochant de Lily.
- C'était super gênant, non ?
- Hyper gênant, approuva Lily.
- Hé, je parlais pas de toi, mais de lui et moi !
Son amie l'a regarda d'un air franchement agacé « Mais je sais très bien, c'est ce que j'ai dit ! Arrêtez de croire que je pense qu'à mon petit nombril, ça devient agaçant à la fin ! » Elle jeta sa clope et l'écrasa avec son pied.
- D'ailleurs, pour te prouver que je suis tout sauf égocentrique, je vais tout de suite aller demander à Nicole si ça la gêne que je sorte avec son ex.
- Il a même pas commencé à te draguer, pouffa Liana.
- Patience est mère de sûreté.
La blonde secoua la tête d'un air rieur « Tu sais comment il s'appelle au moins ? Parce que la liste des exs de Nicole est assez longue » Lily haussa les épaules et allait répondre quand un autre garçon accapara son attention.
- Black vient de sortir.
- Merde » jura Liana. Elle aspira une dernière bouffée de sa cigarette avant de la faire disparaître, puis se précipita dans la direction opposée d'où se tenait Sirius.
La porte du dortoir des Maraudeurs s'ouvrit à la volée et Sirius Black se jeta sur son lit. James, un magazine Quidditch Plus à la main, et Remus, ses notes de Métamorphose de la journée sur les genoux, se demandèrent réciproquement et par télépathie la raison de l'état de leur vieil ami.
- Patmol ? tenta le brun à lunettes.
Un « grmblzgn » très convaincant lui répondit. De l'autre côté de la pièce, Peter, qui planchait difficilement sur un devoir d'Astronomie, répondit d'une voix étouffée « Bien dit, mon pote ! »
Remus poussa un faux-long soupir, se leva de son lit et s'agenouilla à côté de celui de Sirius. Il tapota gentiment son épaule « Allez, raconte à tonton Corny et tonton Lunard.
- Et pourquoi est-ce que moi, enchérit James alors que Sirius relevait la tête pour répondre, on écorche toujours de façon très ridicule mon surnom et pas les vôtres, hein ? C'est pas juste !
- Mais de quoi tu-
- Corn', Corny, bientôt ça va être Coco et je vais vous réveiller à cinq heures du mat' en criant moi, si c'est ça, râla James. Et pourquoi pas tonton Lunou ?
- James, dit Remus d'une voix doucereusement menaçante, si tu vas vers ce chemin, tu vas rien voir venir.
- Tu vois ce que ça fait, maintenant ?
- Tu te rends compte que t'es extraordinairement égocentrique, là ou pas ? remarqua le lycanthrope en désignant Sirius d'un signe de tête.
Ce dernier dégagea son visage de ses bras et jeta un regard exaspéré à son meilleur ami « Ouais c'est vrai, t'as tes règles ou quoi ? » s'écria-t-il. James et Sirius se dévisagèrent jusqu'à ce que le masque du Black se craquelle et laisse place à un petit sourire en coin. Ils éclatèrent de rire en choeur, ce qui eut le but de détendre considérablement le premier Maraudeur de mauvaise humeur.
- Liana m'évite toujours, voilà ce qu'il se passe, finit par répondre Sirius avant que les deux autres ne posent d'autres questions.
- Elle t'ignore ? demanda James, un pli soucieux ridant légèrement son front.
- J'arrive même pas à la trouver ! Je pensais pas qu'elle connaissait ce stupide château encore mieux que nous !
- Et t'as essayé la Carte ? » demanda Remus. Sirius se leva d'un bond, sortit ledit parchemin de ses poches et le posa théâtralement sur son lit.
- Parlons-en, de cette carte ! Je rêve où elle déconne complètement ?
- Vu que c'est toi qui l'a utilisé ces derniers jours, je sais pas si-
- Parce que parfois, coupa Sirius sans prendre compte de l'interruption, la carte dit que certaines personnes sont là alors que pas du tout, c'est quand même dingue. Regardez » Ils se penchèrent tous les trois sur le parchemin « Alors dans ce dortoir nous avons... Peter Pettigrew, Remus Lupin et... Lily Evans !
- Wow, c'est quoi ce bordel ! s'exclama James en s'emparant de la carte pour l'examiner de plus près.
- Pas de signe de James ou de moi, continua Sirius. Et à part si, Conedrue, t'as réussi à ramener Evans ici et la cacher je ne sais pas trop comment - ce que j'espère vraiment pas parce que je te promets, James, si tu recommences cette année avec cette ridicule obsess-
- Wow wow wow, s'exclama Remus en levant les mains, paumes à la verticales dirigées vers Sirius en signe de paix. On se calme. Patmol, il est dit que Liana est dans la salle commune, tu peux toujours essayer. James, Pet- » Il jeta un coup d'oeil à Peter qui à présent se cognait le front à répétition sur la table, apparemment désespéré par la difficulté de son devoir « Je disais, James et moi, on va voir pour la carte »
Sourcils haussés jusqu'à disparaître sous sa frange, il lança un regard à Sirius qui n'acceptait pas d'interjections. Sirius acquiesça tel le gentil Animagus-chien qu'il était. Remus frappa dans ses mains « Bien. Et maintenant, ouste ! »
Sirius aboya, sa voix humaine s'élèvant d'une bonne centaine de décibels, et sortit du dortoir en fermant la porte sur le fou-rire de ses amis. Il descendit lentement les escaliers et aperçut de loin son amie Liana Harper en pleine discussion avec Lyra Carlson.
Le Maraudeur se souvint de la lettre qu'il avait reçu ce matin. Des nouvelles d'Andro et Ted, des remarques extatiques sur Nymphadora et une photographie sorcière du joli petit bout de chou de presque un mois et demi. Il se rappela sa promesse de devenir « quelqu'un de bien » pour pouvoir être un bon parrain. Il s'approcha alors de la jeune fille et lui donna une tape légère sur l'épaule.
Elle se retourna vers lui, ses beaux yeux verts et bleus s'arrondirent de surprise - pourquoi de surprise alors que Sirius et elle partageaient la même salle commune, on se le demande - et elle ne sut comment réagir au sourire contrit que lui adressait son... ami. Ex-ami. Amant. Premier amant. Coup d'un soir. Bref, quelle que soit son appellation.
- Oh mon dieu, le Sinistros ! s'écria-t-elle en levant son doigt pour pointer ce qui se passait derrière l'épaule de Sirius.
La plupart des Gryffondors, dont Sirius, tournèrent immédiatement la tête vers la direction indiquée, et un première année hurla de terreur. Excepté que, bien évidemment, il n'y avait rien, pas la moindre trace du présage de mort sous la forme d'un gros chien noir. Quand Sirius se retourna, Liana avait pris ses jambes à son cou et venait de franchir le portrait de la Grosse Dame.
S'ensuivit une course poursuite dans le château d'environ une minute quarante-cinq, pendant laquelle les deux Gryffondors se maudirent pour leur propre stupidité. Pour l'un, c'était : « mais pourquoi j'ai regardé, moi ? ». Quant à l'autre, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle n'avait pas tout simplement filé dans son dortoir, là où aucun garçon n'avait le droit de venir. Et oui, on a parfois des réactions idiotes.
Liana savait très bien qu'elle ne pouvait pas éviter Sirius éternellement. Il avait souvent essayé de lui parler, avait quelque fois réussi ; ça s'était toujours soldé par Liana qui refusait d'accepter ses excuses et qui lui criait de la laisser tranquille.
Elle savait qu'elle allait devoir cesser de fuir éternellement. Sirius et elle suivaient les mêmes cours, mangeaient dans la même Grande Salle et vivaient le reste du temps dans la même Tour, sans compter le reste du château. La chose était que cette situation convenait tant bien que mal à Liana Harper. Si elle réfléchissait bien, elle avait envie de détester Sirius le plus longtemps possible.
Le détester, le voir le moins possible, parce que sinon, il y avait de fortes chances pour que son amour pour lui, toujours présent, refasse surface et efface toute rancoeur, tous reproches. Et si cela se produisait, c'était le reste de la dignité de Liana, que Sirius avait déjà piétiné avec succès, qui s'envolerait en fumée.
Leur course dans le château prit fin lorsque la jeune fille manqua de renverser Rusard dans son élan. Sirius la rattrapa pendant que l'affreux concierge lui faisait un sermon - c'est-à-dire qu'il lui avait répété déjà trois fois « On ne court pas dans les couloirs, bande de sorciers dégénérés ! ». Les deux Gryffondors durent lui promettre maintes et maintes fois qu'ils ne recommenceraient plus avant que Rusard ne retourne à ses occupations.
- Tu ne vas pas te remettre à courir, hein ? lui demanda Sirius, encore essoufflé.
Elle le fusilla du regard « Non » et tourna les talons. Il lui attrapa le bras pour la retenir, elle se dégagea avec force et tourna la première poignée de porte qui lui tomba sous la main. Elle entra dans les toilettes des filles et claqua la porte derrière elle.
- Si tu crois que ça va m'empêcher d'entrer, lui cria Sirius derrière la porte, tu te fais des idées, ma grande !
Il jeta un coup d'oeil à sa droite et à sa gauche, vérifiant que personne n'était dans les parages, et poussa la porte. Pendant ce temps, Liana s'était déjà enfermée dans une cabine. Sirius se pencha et repéra vite la seule cabine occupée lorsqu'il vit les pieds de l'adolescente sous la porte.
Il se précipita et attrapa la poignée quand Liana s'écria « Non ! N'ouvre pas » Il obéit « J'irais pas plus loin de toute manière.
- Il faut que je te parle.
- Et bien, parle moi ici !
- Liana c'est ridicule ! Je peux pas faire ça comme ça.
La jeune fille s'adossa contre la porte. Si justement, c'était parfait. Ainsi, quoi qu'il ait à lui dire, elle ne verrait pas son visage. Car autrement, elle risquerait de craquer.
- C'est ça où c'est rien, alors dis-moi ce que t'as à me dire ou tire-toi !
- Okay ! s'exclama Sirius sur le même ton exaspéré.
Il commença à faire les cent pas en cherchant ses mots « Ecoute, Liana, je suis vraiment désolé de tout ça. C'était vraiment pas juste pour toi. Je crois que je peux comprendre ce que tu ressens et c'est- » Aussitôt, la porte de la cabine s'ouvrit dans un « BANG » assourdissant et laissa apparaître une Gryffondor aux jours rouges de fureur.
- Tu crois que tu comprends ? vociféra-t-elle. Tu comprends QUE DALLE, oui ! Est-ce que tu te rends seulement compte, Sirius Black, que ce que tu m'as fait subir, c'est l'humiliation suprême ?
C'était dit. La raison principale pour laquelle elle avait fuit Sirius pendant cette première semaine de cours était la peur de faire face, de mettre des mots, de devoir assumer. Elle n'était pas exactement la fautive dans l'histoire, mais ça restait dur de formuler le tout à voix haute. Et encore, elle n'en avait énoncé qu'une moitié, la moins importante.
Avouer son amour à Sirius, être persuadée d'avoir entendu que ses sentiments étaient réciproques, s'être autant dévoilée physiquement et intimement, croire qu'au réveil tout allait bien dans le meilleur des mondes, et se prendre une bonne grosse claque en pleine figure ; ça faisait mal, aussi bien à son égo qu'à son coeur.
Et ça, elle refusait de le dire à Sirius. Il avait bien dû s'en apercevoir tout seul. Lui communiquer sa honte, c'était une chose ; lui dire à quel point il l'avait souffrir, combien de temps elle avait pleuré et s'était faite consoler par Lyra, c'était hors de question. Liana l'ignorait avant que toute cette histoire ne commence, mais elle avait sa fierté. Pas n'importe laquelle, une fierté de Gryffondor pure et dure.
- Je sais que ce qui s'est passé a dû être horrible pour toi.
- Tu ne sais rien. Tu ne comprends rien.
Elle leva la main pour l'empêcher de parler « Je vois très bien ce qui s'est passé. C'était du sexe sans rien de plus, et ça parce qu'on avait trop bu. Mais trop de choses rentrent en compte, et je vais te les dire, moi, pour être sûre que tu saches vraiment de quoi tu parles » Elle le fixa pour déterminer s'il allait l'interrompre, mais il n'en fit rien.
- Tu m'as dit que tu m'aimais. Je t'ai demandé si c'était le cas, tu m'as répondu « oui », fin de l'histoire. Maintenant, même si on avait rien éprouvé l'un pour l'autre, même si tu m'avais dit que tu étais amoureux de moi juste pour coucher avec moi, je l'aurais mal pris. Parce que c'est nul, Sirius, nul »
Elle remarqua avec horreur que sa voix comme ses mains s'étaient mises à trembler « Or, le truc, c'est que j'étais vraiment amoureuse de toi. Depuis des années. Et en plus, on était amis. Du moins, on était censés l'être. Est-ce que tu fais ça à tes amis, Sirius ? Tu les trahis tous comme ça, ou c'est juste moi ? »
Ses yeux se remplirent de larmes et quand elle cligna des paupières pour éclaircir sa vue brouillée, elles coulèrent sur ses joues. Elle les essuya d'un geste rageur, sans prêter attention au malaise de Sirius. D'une part parce qu'elle pleurait, d'autre part parce que l'incident avec Remus était encore trop proche pour qu'il ne soit pas touché par ses deux dernières phrases.
- J'étais bourré, se défendit-il mollement.
- Je m'en fiche ! s'écria-t-elle d'une voix cassée.
Elle s'accroupit brusquement en maugréant « Oh, putain » et en écrasant ses poings sur ses yeux pour faire cesser ses larmes. Elle se sentait mal, si mal, aussi mal que le lendemain matin. Tout lui revenait en pleine face. Sirius n'avait jamais été amoureux d'elle. Jamais. Il s'était joué d'elle. Elle était amoureuse d'un salopard.
Au plus profond d'elle, une petite voix objecta. Sirius est quelqu'un de bien et tu l'as toujours su. Pourquoi elle alors ? Tu n'as pas mérité d'être traitée comme ça non plus, parce que toi aussi, tu es une bonne personne. Certaines choses arrivent sans raisons. C'est la vie. Mais pourquoi ça fait si mal ? C'est la vie. La petite voix était pleine de sagesse, sagesse qu'une jeune fille de seize ans avait encore du mal à comprendre.
Elle resta ainsi perchée sur ses talons, Sirius la contemplait et mesurait l'étendue de ce qu'il avait provoqué. Il n'avait pas besoin de penser à Nymphadora pour espérer avec force que tout puisse s'arranger un jour. Il s'approcha d'elle, se mit à sa hauteur, mais ne la toucha pas.
- Est-ce qu'on aurait une chance de tout recommencer ? lui demanda-t-il dans un murmure.
- Non, répondit Liana sans réfléchir à la question. Parce que je t'aime toujours, connard, ajouta-t-elle dans un souffle en espérant qu'il n'ait rien entendu.
À peine avait-elle articulé sa dernière syllabe qu'une violente nausée s'empara d'elle. N'avait-elle donc aucun respect pour elle-même ? Tu es humaine, tu as tes faiblesses, c'est normal, continua la petite voix, que Liana envoya sèchement bouler au fond de son esprit pour la faire taire.
Soudain, elle se précipita dans une des cabines et vomit l'intégralité de son dernier repas. Entre sanglots et toussotements, Liana eut l'impression que sa gorge allait exploser. La bile qui lui restait dans l'oesophage se mélangea à ses larmes sur son visage. Elle ressentait un profond dégoût d'elle-même, comme elle n'en avait jamais éprouvé auparavant, qui se reflétait parfaitement sur son apparence.
Sans lancer un seul coup d'oeil à Sirius, elle se leva et partit se rincer le visage et la bouche dans un lavabo. Elle appuya ensuite ses deux mains sur le bord en marbre blanc et releva le visage. Le regard gris qu'elle croisa dans le miroir était songeur.
- Quoi ? » demanda-t-elle sur un ton agressif. Elle lui fit face.
- Je me demandais juste si on s'était protégés cette nuit-là, dit Sirius d'une voix trop calme pour être détendue.
Elle se retourna aussitôt, certaine qu'elle devait bien avoir un ou deux aliments à extraire de son organisme, mais rien ne vint. Elle se remit alors à pleurer, pour une toute autre raison cette fois, la fatigue morale y jouant pour beaucoup. Elle commença à dire des phrases qui n'avaient aucun sens, sans queue ni tête.
Liana sursauta en sentant une main sur son épaule « Faut que je t'emmène chez Pomfresh » Seul l'anéantissement de la jeune fille lui permettait de ne pas craquer à son tour.
- Non, non, je veux pas, non, c'est pas possible, bordel de merde...
- Tu veux que j'aille chercher Lyra ? proposa-t-il en essayant d'adoucir sa voix. Ou même Evans ?
Cela eut au moins le mérite de faire rire Liana. Elle gloussait en essuyant ses larmes et en se mouchant, puis jeta un regard goguenard au Maraudeur.
- C'est ça, va donc voir Lily et dis-lui que tu as peut-être mis sa meilleure amie enceinte » Ses lèvres s'étirèrent en un sourire que Sirius trouva particulièrement vicieux « Mais n'espère pas revenir vivant »
Cette perspective semblait la ravir au plus haut point. L'air complètement défait mais un grand sourire barrant son visage, elle laissa un Sirius abasourdi au milieu des toilettes des filles.
- Bonjour, Monsieur, désolé pour le retard, claironna James en entrant dans le cachot.
Il se figea en remarquant la nouvelle disposition de la classe. Le professeur Slughorn le regarda d'un air indifférent « Mr Potter, veuillez prendre place aux côtés de Miss Carlson » lui dit-il en désignant la dernière place libre.
James obéit et s'assit à côté de Lyra « Qu'est-ce qui lui prend ? » chuchota-t-il alors qu'Horace Slughorn reprenait son discours sur les effets d'un Antidote de Desséchement.
- Il a dit qu'il en avait assez des bavardages, c'est lui qui a choisi nos places, répondit-elle distraitement en prenant des notes.
James ricana « C'est mal nous connaître » Lyra émit un petit bruit qui devait se placer entre le rictus et l'approuvement. Au bout de quelques minutes où elle n'avait fait que gratter sur son parchemin, il se pencha vers elle.
- T'es plus causante, d'habitude.
- Pas en potion, répliqua-t-elle. Je suis vraiment une quiche, faut que je me remettes à niveau.
James soupira, persuadé que les deux heures à venir seraient loin d'être amusantes.
- Vous avez toutes les étapes de préparation au tableau, dit Slughorn en tapotant le tableau noir de sa baguette, ce qui fit apparaître les insctructions. Allez-y.
James posa son chaudron sur un feux doux, jeta un coup d'oeil au tableau, posa les ingrédients nécessaires bien en évidence sur sa table, rejeta un oeil au tableau, commença à découper finement une branche de valériane, re-regarda le tableau, regarda Lyra, sa valériane... et Lyra de nouveau.
- Mais tu fous quoi ?
La jeune fille aux longs cheveux noirs écrivait avec frénésie sur son parchemin les instructions du tableau « Il va pas les enlever, il les laisse toujours » Lyra, qui avait tout écrit en un temps record, déposa un point final et consentit à répondre à son camarade et nouvel ami.
- C'est Lily qui m'a conseillé de faire ça. Elle m'a dit que j'étais pas si nulle que ça, que j'étais efficace et rapide » Elle alluma à son tour un feu sous son chaudron « que je savais bien m'y prendre, tout ça quoi. Mais je rate une potion sur deux » Lyra se pencha sur sa feuille et sortit avec précaution les ingrédients « et c'est parce que je saute toujours des étapes. Alors elle m'a dit de tout écrire sur un parchemin avant de commencer pour tout mémoriser. Comme ça, je suis sûre de rien oublier, finit-elle sur un ton triomphant.
James haussa un sourcil, vaguement impressionné « Si tu veux » Ils recommença à s'occuper de sa potion.
- Dis, commença James au bout de quelques minutes de silence, tu comptes revenir en cours de Défense un de ces jours ?
En effet, Lyra avait été absente aux quatre derniers cours du professeur Moroz. Elle n'avait en vérité assisté à aucun cours depuis le début de l'année, sans compter la première demi-heure du premier cours. Elle s'était vaguement demandé pourquoi la nouvelle prof, McGonagall ou même Dumbledore ne venait pas l'enguirlander, mais sinon ne s'en préoccupait pas plus que ça.
- Peut-être, glissa-t-elle entre ses dents, concentrée sur le cours.
- Qu'est-ce qu'elle t'a fait, au fait ?
Elle haussa les épaules « C'est compliqué » Elle lui jeta un regard en biais et devina qu'il hésitait à lui demander plus d'explications.
- Tu vois qui c'est, Luke Donovitz ?
Il fronça les sourcils « Un Serdaigle, non ? » Elle secoua la tête.
- Poufsouffle. Il est pas revenu cette année.
- Pourquoi ? lui demanda-t-il en se demandant si Moroz avait enlevé ce Donovitz et si c'était cela qui tracassait Lyra.
- Je te le dis parce que je pense que c'est pas trop grave si ça s'ébruite, plein de gens sont déjà au courant. Mais essaye de raconter ça à personne, on sait jamais.
Il acquiesça et diminua son feu d'extrême justesse avant que tout ne lui explose à la figure. Il était plus intéressé par les révélations de Lyra que par une potion hydratante ou il ne savait quoi « Quand il était petit, les parents de Lovitz sont morts et son petit frère a disparu »
James s'étonna d'entendre le nom de son ancien professeur, mais se ressaisit vite en se souvenant de la relation ambigüe entre sa camarade et l'adulte l'année passée « Lovitz a cherché son frère pendant des années, jusqu'à ce qu'il apprenne que son frère était élève à Poudlard dans la même année que nous. C'est pour cette raison qu'il est devenu professeur ici »
Le Maraudeur hocha de nouveau la tête, lui signifiant qu'il suivait jusque là « J'ai découvert tout ça à un moment et j'ai voulu l'aider à chercher son frère. C'est comme ça qu'on est devenus amis » Lyra lâcha pour la première fois sa potion des yeux et darda sur James un regard sans équivoque « Juste amis, rien de plus » James pouffa de rire.
- Je te crois.
- Bien. On l'a finalement retrouvé » Elle rougit légèrement en se rappelant des circonstances particulières de la fin de leurs recherches « Et c'était Luke Donovitz »
- Qui ça ? demanda un James un peu perdu.
- Potter, suis un peu ! Le petit frère perdu de Lovitz, c'est Luke Donovitz, le Poufsouffle !
- Aaah, d'accord, d'accord. Et donc, Donovitz n'est pas revenu.
- Ouais, mais ça c'est du détail, je vais pas t'ennuyer avec ça. Laisse tomber, James » claqua Lyra en lui faisant les gros yeux devant sa mine suppliante et curieuse « Je ne te dirais rien, ce ne sont pas tes affaires. Enfin, le début l'était pas non plus, mais ça peut être dangereux »
C'était le sujet de la dernière lettre de Lyndon. Son frère et lui s'étaient entretenus avec les parents adoptifs, les fameux Donovitz - si tel était leur vrai nom - et ces derniers n'avaient pas du tout apprécier de voir ce grand frère revenu du passé. Un procès avait suivi, que l'ancien professeur de Défenses Contre les Forces du Mal avait gagné. Les deux frères Lovitz avaient préféré s'exiler quelque part en Amérique du Sud, craignant les représailles des parents adoptifs. Voilà pourquoi Lyra préférait ne rien dire à personne.
- Je continue. Tous les profs et Dumbledore sont au courant de l'histoire, et aussi le fait que j'en fais partie. Je suis sûre que Moroz est au courant de tout également. Alors quand j'ai fait mon petit spectacle de la rentrée, je crois, si j'ai bien décrypté ce qu'elle a dit, qu'elle a voulu me renvoyer ça en pleine face. J'ai pas apprécié, je me suis cassée, fin de l'histoire.
James fut secoué d'un rire silencieux « Hé, qu'est-ce que tu trouves drôle ? C'est tout sauf drôle, je te jure !
- Nan, nan, t'inquiètes, je te crois. Le truc c'est que t'as quand même, plus ou moins, menacé Moroz de mort, tu vois. Et puis, t'es qu'une élève, tu prends un droit, le droit de sécher, qui t'es pas vraiment dû, et ça juste parce qu'une prof t'as froissée.
Elle le regarda l'air de dire 'Où tu veux en venir ?' « C'est un peu gros, tu trouves pas ? » Elle haussa les épaules. Même si elle devait avouer qu'il n'avait pas tort. Elle n'allait quand même pas sécher toute l'année, si ?
Heureusement, le problème se régla tout seul. À la fin du cours de Potion - pendant lequel Lyra avait une fois de plus raté son Antidote et cette fois, elle ne comprenait vraiment pas pourquoi - les élèves virent Isée Moroz en personne postée près de la porte du cachot.
- Isée, très chère, la salua Slughorn avec un sourire chaleureux. Entrez, je vous prie. Voulez-vous une tasse de thé ?
- Non merci, Horace, je viens voir-
- Un chocolat, alors ? Je viens d'en recevoir des succulents de Rufus Scrimegeour lui-même !
L'ancienne Serpentard refusa poliment son invitation « Je suis vraiment confuse, Horace, mais je venais m'entretenir avec une de nos élèves. Miss Carlson » Le sourire de Slughorn se fâna légèrement mais il garda son air jovial.
- Faites, faites, je vous en prie.
Lyra s'avança timidement vers sa professeur. Moroz évitait de la regarder dans les yeux en attendant que le potionniste ferme la porte du cachot et que les derniers élèves ne s'en aillent. James eut le temps de faire un clin d'oeil à Lyra avant de rejoindre ses amis.
- Très bien, Miss, commença Isée en sachant exactement ce qu'elle allait dire. Nous avons quelque chose à régler, toutes les deux.
- Oui professeur, bredouilla Lyra en s'efforçant de ne pas baisser la tête.
L'étudiante allait lui faire ses excuses quand le professeur la devança « Nous sommes parties du mauvais pied, Lyra. C'est pourquoi je tenais à vous présenter mes excuses » Lyra referma la bouche lorsqu'elle se rendit compte qu'elle s'était ouverte sous la surprise.
- J'ai parlé à vos autres professeurs. Ils m'ont dit que vous parliez de cette prétendue malédiction » Moroz n'était toujours pas convaincue, à ce qu'il semblait « à tous vos professeurs de Défenses Contre les Forces du Mal. Ils m'ont également dit que c'était une sorte de rituel qui plaisait beaucoup à vos camarades, qui permettait d'unir les deux maisons qui y assistent et de commencer l'année dans une bonne ambiance »
Lyra était deux fois plus surprise. Par Merlin, mais quel prof avait bien pu lui raconté ça ? L'unité inter-maisons, bah voyons, bien sûr que c'était ce qu'elle visait elle, quand elle faisait son « rituel » !
- D'autre part, j'ai cru comprendre que vous teniez beaucoup à mon prédécesseur. Je n'aurais pas dû vous ennuyer avec ça, surtout pas le jour de mon premier cours.
Elle planta résolument ses yeux noirs dans les siens et, comme s'il ne s'était rien passé, elle lui dit sèchement « Demain, à 9h. Et ne soyez pas en retard, nous allons commencer la théorie des Patronus »
Et Isée Moroz disparut. Incroyable. C'était Lyra qui avait poussé le bouchon trop loin, elle l'avait finalement reconnu grâce à James, et c'était un professeur qui s'excusait ? Le monde ne tournait vraiment pas rond.
Le lendemain matin, à 9h, Lyra et ses cinq compagnes de Gryffondor étaient les premières présentes en cours de Défenses Contre les Forces du mal.
Mais avant ça, environ une heure et demie avant le début du cours de Mrs Moroz, un cri retentit dans le dortoir rouge et or des filles de sixième année. Toute échevelée, Liana remit sa culotte tachée et son pantalon de pyjama à la va vite, ouvrit la porte de la salle de bain où elle s'était enfermée et clama de l'air le plus joyeux qui soit « Je suis pas enceinte ! »
Your pride has build a wall, so strong,
Is there really no chance to start once again ?
You should give me a chance, this can't be the end
I'm still loving you.
J'ai écrit la plus grande partie de ce chapitre en plein milieu de la nuit, alors je m'excuse d'avance pour les incohérences et les fautes qui auront échappé à ma relecture. C'est aussi la fatigue qui m'a fait déliré sur toute la 3e partie, qui a fait rendre James complètement mégalo avec son surnom et qui a donné des hallucinations à Liana sur le Sinistros... Mais franchement, je me suis trop marrée. Parce que le pire, c'est que c'est tout Liana, de faire des trucs un peu fous mais surtout stupides dans le genre ^^.
Le prochain chapitre s'appelera "All that poetry, and all those songs, about something that last no time at all !". C'est une réplique du film "Une éducation" sorti y'a deux ou trois ans. J'ai déjà commencé de l'écrire, mais je ne vous promets pas qu'il arrivera dans deux semaines, ça dépendra vraiment de mon rythme et de mes cours qui commencent. Vous êtes nombreux à me comprendre et à être vraiment très patients, une autre raison pour vous remercier infiniment.
En espérant que ce chapitre vous ai plu, je vous dis "à la revoyure jeunes gens".
EDIT : je viens de me faire la peur de ma vie parce que j'ai cliqué sur "Delete Story" sans faire exprès et... et... Heureusement que le site demande confirmation quand on veut supprimer parce que woaaaah, rien que re-publier quatre chapitres ça me traumatise (ça veut dire perdre tout plein de gentils reviews quoi, c'est inacceptable !). Imaginez si j'avais supprimé "Leave it behind"... Allez malilite, on respire. J'ai vraiment senti tout mon corps se pétrifier. C'est terrible d'écrire des potterfictions, on a TOUS des expressions méga bâteaux comme "son corps se pétrifie" ou "il peut lire la peur dans son regard" (parce que moi je lis RIEN dans un regard, chais pas vous ; ça m'empêche pas d'utiliser cette phrase hein ^^) ou... Bref. Je parle je parle (ou j'écris j'écris) parce qu'il faut que mon coeur reprenne son rythme normal, j'suis cardiaque moi, après une peur pareille...
