Bonjour petits farfadets !
Veuillez excusez ce léger retard dans la publication, mais j'ai passé une semaine de vacances à aider mes parents à repeindre les murs et à réviser (et aussi à regarder des épisodes de True Detective tous les soirs au lieu d'écrire, j'avoue). Mais en contrepartie ce chapitre est plus long que les trois derniers, notamment parce que j'avais beaucoup de choses à mettre en place dans celui-là.
J'espère qu'il vous plaira et je vous souhaite une bonne lecture ! :)
Rappel : ce chapitre commence un mois après les évènements du dernier chapitre pour ceux qui ne se souviendraient plus de la date.
CHAPITRE IV :
15 mai 2004, Godric's Hollow
Harry papillonna lentement les yeux pour habituer son regard à la lumière filtrant à travers les volets avant d'attraper maladroitement ses lunettes et de regarder son réveil. Il indiquait 6H22. Le printemps s'était définitivement installé. Dès que le soleil commençait à envahir sa chambre, il lui était impossible de rester endormi ou de se replonger dans les bras de Morphée, il se leva donc pour prendre son petit-déjeuner dans le jardin. Il enfila un vieux pantalon gris et un tee-shirt par-dessus son caleçon, tout en faisant le moins de bruit possible pour ne pas réveiller Sirius qui dormait encore à poings fermés au pied du lit et il descendit à la cuisine où il se fit un bol de café.
Quand il ouvrit la baie vitrée, il vit un gros lièvre détaler vers les bosquets donnant sur le bois. Il renonça à le courser, n'ayant pas sa baguette sur lui, mais se promit de penser à lancer des sorts pour protéger son potager des rongeurs. Il lui faudrait probablement demander conseil à Mrs Weasley pour en trouver un qui soit bien efficace. Il ne s'attarda pas sur son plant de salade à moitié dévoré et s'assit au soleil sur une des chaises en fer forgé qu'il avait repeintes l'année dernière. Tout en buvant sa première gorgée de café, il songea que c'était aujourd'hui le grand jour. Il allait rencontrer Drago Malfoy et signer son contrat.
Harry avait tout préparé la veille. Il avait relu ses notes sur le mal d'ignition et recopié son curriculum vitae au propre avec sa plus belle plume. Puis il s'était appliqué à choisir une tenue adaptée, ni trop stricte, ni trop décontractée, en sélectionnant une chemise d'un bleu sombre, une cravate noire fine et un pantalon noir assorti à ses chaussures. Il avait longuement hésité sur le fait de mettre ou non une robe de sorcier, mais la journée promettait d'être plutôt chaude et de toute façon son futur employeur connaissait sa propension à ne porter quasiment que des vêtements moldus.
Il paressa encore un peu, profitant du soleil matinal, avant de se mettre à son travail. Il avait rendez-vous en fin d'après-midi, ce qui lui laissait largement le temps de se pencher sur le dernier chapitre de son mémoire. Il était à très exactement quatre semaines des examens et lui fallait encore finir le corps de son sujet, sans parler de la rédaction de la conclusion et de la bibliographie. Heureusement, George lui avait offert pour son anniversaire une plume conçue spécialement pour lui, qui recopiait automatiquement n'importe quel texte avec une écriture élégante et appliquée. Ce qui lui avait évité de se ruiner en parchemins et de perdre de nombreuses heures à tout réécrire.
Harry sortit donc ses brouillons et se mit à l'ouvrage pour venir à bout de la dernière partie de son mémoire. Il passa une bonne partie de la matinée assis à son bureau, se levant quelques rares fois pour prendre un livre ou nourrir Sirius et Philémon. Il fit une pause vers midi pour se faire quelques sandwichs qu'il emporta afin de les manger dans une petite clairière où lui et son chien avaient leurs habitudes, celui-ci ayant décidé de gémir avec la laisse dans la gueule jusqu'à ce qu'il consente à le sortir. Puis il acheva quelques paragraphes de plus quand il rentra de sa promenade, avant de se décider à passer sous la douche.
Pendant que la plume offerte par George accomplissait son office en recopiant la version définitive du chapitre, il en profita pour se détendre un long moment sous l'eau chaude. Il ne voulait pas arriver à son rendez-vous avec l'air crispé et le cou raide de celui qui a passé sa journée à travailler. Il avait vraiment besoin de se relaxer avant d'affronter Drago Malfoy en entretien. Non pas vraiment qu'il se préparait à mener bataille, mais il ne savait pas vraiment à quoi s'attendre et il espérait que leur ancienne rivalité ne refasse pas surface comme au temps de Poudlard. Strout avait été bien claire, il devait faire en sorte que ça marche.
Harry sortit délassé de sa douche et entoura ses hanches d'une serviette après s'être séché à la va-vite. Il se posta devant le miroir et entra en grande réflexion. Ou bien il se rasait afin d'avoir l'air vraiment impeccable tout en risquant d'avoir l'air tout à fait stupide avec une coupure en travers de la joue, ou bien il laissait sa barbe de trois jours qui lui allait bien mais n'était peut-être pas de circonstance. Finalement, il décida que ses cheveux en bataille apportait déjà une légère touche de négligence à son allure et qu'il n'y avait nul besoin d'en rajouter. Il pria donc pour ne pas se louper et commença à étaler une belle mousse blanche sur son visage.
Après quelques minutes passées à manier le rasoir, il observa sa peau lisse exempte de toute égratignure et soupira de soulagement. Il était impeccable et même Drago Malfoy ne pourrait pas lui faire de reproches. Harry repensa aux nombreuses fois où celui-ci s'était moqué de son apparence ou de celle de Ron. Il fallait avouer qu'ils étaient plutôt débraillés et peu attentifs à leur apparence en ce temps-là. Enfin Harry l'était, depuis il avait appris à apprécier d'apporter un peu plus de soin à ses vêtements. Ron, lui, n'avait pas su se débarrasser de ses vieilles frusques malgré le nombre de fois incalculables où il s'était plaint de sa garde-robe par le passé. Ce qui faisait d'ailleurs enrager Hermione qui tentait chaque printemps de lui faire trier ses affaires en vue de regagner un peu de place pour les siennes dans l'armoire conjugale.
Harry sourit en songeant qu'il allait les retrouver le soir-même au Chaudron Baveur après son entretien. Luna et Neville devaient venir également pour fêter leur départ vers l'Afrique de l'Est où la jeune femme allait faire des recherches en tant que magizoologiste. Il songea que ce serait sans doute sa dernière sortie entre amis avant la fin du mois de juin, après ça il devrait s'enfermer chez lui pour réviser et terminer son mémoire. Heureusement il aurait la fête de fin d'internat pour se détendre un peu avant de passer son été à travailler pour le compte de Drago. Mais pour le moment il devait surtout se dépêcher afin de ne pas se mettre en retard. Il s'habilla donc avec empressement avant fourrer tout ce dont il avait besoin dans une sacoche en cuir et il sortit sur le petit chemin menant à sa maison pour transplaner devant les grilles du manoir.
Harry atterrit en douceur sur l'allée encadrée de hautes haies menant à l'entrée principale. Il fut étonné de constater que celles-ci n'avaient pas été taillées depuis un bout de temps. Il jeta un regard au reste du jardin tout en avançant vers la grande porte en bois sombre et ne vit que de l'herbe haute et de grands arbres se balançant doucement dans le vent. Les deux fontaines encadrant le bout de l'allée étaient asséchées et couvertes de mousse. Étrangement on aurait dit que le manoir était à l'abandon. Harry s'arrêta quelques secondes devant la grande porte et inspira un bon coup avant d'empoigner le heurtoir en bronze représentant une tête de femme aux cheveux de serpents. Il donna trois coups et aussitôt un bruit de verrous tirés se fit entendre.
«Mr Potter. Poppy va vous conduire au bureau du maître.» ânonna une petite voix fluette.
Harry fut surpris de voir une elfe de maison vêtue d'une petite robe blanche, d'un tablier vert et de petits chaussons d'hôpital. Elle était également affublée d'une coiffe blanche décorée d'une croix formée de deux baguettes autour de laquelle s'enroulait un serpent. Elle semblait porter une tenue d'infirmière à en juger par son accoutrement. Pour un peu il se serait presque pincé pour voir s'il ne rêvait pas, à la vue de cet elfe de maison portant des vêtements dans le manoir Malfoy. Poppy l'entraîna à sa suite dans le long hall d'entrée et lui fit traverser le grand salon où, quelques années plus tôt, il avait été torturé avec Ron et Hermione lorsqu'il avait malencontreusement brisé le Tabou en prononçant le nom de Voldemort. Puis ils prirent un escalier en colimaçon caché derrière une tenture et montèrent trois étages jusqu'à une petite pièce circulaire juchée tout en haut d'une tour.
Poppy le fit s'asseoir dans une méridienne en cuir capitonné près de la cheminée où un bon feu crépitait et s'éclipsa dans un craquement sonore. Les murs en vieilles pierres retenaient mal la chaleur et, malgré le beau temps au dehors, Harry avait trouvé le manoir glacial durant sa traversée. Mais dans cette pièce il avait presque trop chaud, aussi roula-t-il les manches de sa chemise sur ses avant-bras et s'écarta-t-il de l'âtre. Il profita ensuite de l'absence de Drago pour détailler la pièce. Elle était relativement petite et plutôt chaleureuse comparée au souvenir qu'il avait du lieu. Un grand bureau en bois sculpté trônait au centre, jonché de livres et de parchemins recouverts de formules et de dessins en tous genres, certains étant largement raturés. Une bibliothèque courrait le long du mur lui faisant face et une petite table ronde en verre était posée juste devant lui sur un tapis persan qui avait connu des jours meilleurs.
Alors qu'il s'était levé pour admirer un portrait de Narcissa dessiné à la sanguine**, il entendit la porte du bureau s'ouvrir. Il se retourna et tomba sur le regard surpris de Drago Malfoy. Celui-ci portait une robe de travail noire et un de ses gants en peau de dragon semblait avoir partiellement fondu. Il se reprit bien vite et fit un geste de la main pour inviter Harry à s'asseoir en face du bureau tandis qu'il tâchait d'enlever ses habits de potionniste.
«Excuse-moi, j'étais parti dans la confection d'une potion, je n'ai pas fait attention à l'heure» lui dit-il en posant sa robe et ses gants sur le dossier de son fauteuil avant de s'asseoir à son tour.
Il portait une chemise blanche et un veston gris assorti à son pantalon. Harry remarqua que malgré l'apparence soignée du costume, Drago semblait moins élégant que ce à quoi il était habitué. Dans son souvenir, même lorsqu'il le croisait dans les couloirs de l'École de médicomagie et de potions, il était toujours tiré à quatre épingles, sa chevelure blonde invariablement gominée et tirée en arrière. Là il l'avait laissé libre, quelques mèches venant se mettre devant ses yeux, et il semblait même avoir pris un peu le soleil puisqu'il arborait un teint vaguement hâlé. Ses cheveux aussi semblaient être un ton plus foncé, tirant vers le blond cendré, ce qui donnait à son visage un air moins sévère.
«Ce n'est pas grave, je ne suis pas là depuis longtemps, répondit Harry.
-Bien, pour commencer je pense que ce serait mieux que l'on s'appelle par nos prénoms. Je ne vouvoie pas mes collaborateurs et je ne les appelle pas par leur nom de famille en général, autrement ça deviendrait vite... pénible, dit-il avec un petit mouvement évasif de la main.
-Ça me va, acquiesça Harry.
-Bon, alors j'imagine que tu dois avoir amené un CV ? Demanda-t-il.
-Oui. Tiens, dit-il en lui tendant le parchemin en question.»
Drago le parcourut rapidement des yeux et le posa sur une pile de papier dangereusement instable.
«Donc pour en venir aux faits, le poste d'apprenti-chercheur est pour six mois, le contrat va du 1er juillet au 15 décembre de cette année. Le salaire est celui d'un médicomage débutant. Sans gagner des mille et des cents, tu ne seras pas lésé au niveau de la rémunération. Les horaires sont 8h-15h du lundi au vendredi. Bien évidemment il y aura de la paperasse à faire en dehors des heures de travail et il se peut qu'on te demande de faire une garde de nuit périodiquement en fonction des besoins de l'étude. Garde rétribuée bien sûr.»
Drago avait parlé d'une voix calme et assurée, le regardant droit dans les yeux et sans animosité durant son explication.
«D'accord, répondit Harry pour l'encourager à continuer.
-Les patients traités par l'institut sont tous des cas rares, voire graves pour certains, et ils peuvent avoir des réactions assez... surprenantes, surtout vis à vis du personnel soignant. Est-ce que tu as déjà eu affaire à des cas de délire ou de perte de mémoire ?
-Oui, je me suis occupé plusieurs fois des patients de la salle Thickey*. Le sujet de mon mémoire porte sur les séquelles physiques et psychologiques résultant de sortilèges impardonnables, j'ai donc l'habitude de traiter ce genre de cas.
-Bien, approuva Drago en hochant la tête et en prenant des notes sur un petit carnet. J'imagine que tu t'es déjà documenté sur le mal d'ignition ?
-J'ai fait des recherches oui, mais ça reste assez vague. Les symptômes sont peu décrits, les soins envisagés ou les possibles causes de la maladie encore moins, et d'une manière générale j'ai eu du mal à recouper les sources sur de tels cas.
-Donc pour résumer tout ce que tu sais c'est que les patients atteints souffrent d'hallucinations leur donnant l'illusion de brûler vif et que c'est une maladie sans cause ni remède connus à ce jour ? Demanda son interlocuteur avec un air indéchiffrable.
-Euh... oui, avoua Harry.
-C'est normal, c'est à peu près tout ce qu'on peut trouver dans les livres, le rassura-t-il. Tout d'abord tu dois savoir que les patients qui en sont atteints ont une espérance de vie limitée qui varie entre un et cinq ans, expliqua-t-il d'une voix soudain très sérieuse.»
Harry déglutit en songeant au fait que Narcissa Malfoy était une des patientes. Drago n'avait pas encore abordé le sujet, mais la conversation viendrait forcément sur le tapis à un moment ou à un autre.
«Ils ne meurent pas de la maladie en elle-même, mais plutôt des conséquences qu'elle engendre : démence, état de stress permanent, pertes de mémoire à répétition... Dans la plupart des cas le patient finit par succomber à une énième crise cardiaque. On tente de limiter les dégâts avec des philtres de paix et des potions de sommeil sans rêves, mais on ne peut pas les droguer en permanence non plus.
-Mais si on n'a pas établi la cause de la maladie, la potion que l'on doit étudier... ce n'est pas pour en guérir n'est-ce pas ? Demanda soudain Harry.
-Non, en effet. Je vois que tu as compris, répondit Drago en approuvant d'un hochement de tête. Tout porte à croire que c'est une maladie sans cause. Aucun des patients n'a subi d'empoisonnement ou n'a été soumis à un maléfice et, contrairement aux deux autres maladies rares que nous étudions aussi ici, le mal d'ignition survient à l'âge adulte et non pas à la naissance. Peut-être qu'un jour on trouvera une explication, mais ça pourrait prendre des années, voire des siècles. Le but de la potion que vous serez chargés d'étudier est uniquement de permettre la réduction des symptômes de la maladie.
-Ce qui permettrait aux patients de vivre plus longtemps, compléta Harry.
-Exactement. Bien, maintenant que tout cela est clarifié je te propose de faire une visite de l'institut pour que tu vois un peu ton futur environnement de travail.»
Drago lui fit redescendre l'escalier pour revenir dans le grand salon, puis ils se dirigèrent vers l'aile Est. Ils arrivèrent devant une double porte blanche sur laquelle se trouvait le même motif que celui cousu sur la coiffe de Poppy. Harry regarda son hôte prendre sa baguette et tapoter doucement sur une des poignées en lançant divers sorts pour leur permettre de passer les protections.
«Ta cheminée sera reliée directement à celle qui se trouve à l'intérieur de l'institut, tu n'auras pas besoin d'emprunter la porte» lui expliqua-t-il.
Harry songea que ça permettait également d'éviter que le personnel soignant puisse se balader comme bon lui semblait dans les parties privées du manoir. Il se retint de sourire en se souvenant que Drago avait un jour failli massacrer un autre étudiant qui avait eu la mauvaise idée de débouler dans sa salle de travail alors qu'il avait clairement affiché le panneau «attention, ne déranger sous aucun prétexte» que tous les potionnistes utilisaient à l'École lorsqu'il avait une mixture sur le feu. Le pauvre inconscient s'était fait bombarder de chaudrons et trois professeurs avaient été nécessaires pour stopper le conflit.
«Nous avons trois infirmières en chef, une par département. C'est Mrs Patmore qui est en charge des patients atteints du mal d'ignition. Et la seule personne ici que tu ne dois jamais appeler par son prénom, ce serait suicidaire, le prévint Drago. Le reste du personnel est composé d'elfes de maison reconnaissables à leur tenue.»
Ils traversèrent une longue salle lumineuse dans laquelle des lits d'hôpital s'alignaient contre le mur de part et d'autre de la pièce, certains étant cachés derrière un rideau couleur crème. Harry vit en effet une myriade d'elfes de maison courir à droite à gauche, s'affairant comme s'ils préparaient un grand banquet.
«C'est là que sont les malades atteints de perturbations magiques. Ils ont un étage qui leur est réservé parce que leurs crises sont assez bruyantes. Il faut les sangler à leur lit et lancer des bulles de protection autour d'eux pour éviter qu'ils ne fassent voler la salle en éclat. C'est pourquoi il y a toujours au moins une centaine d'elfes ici, de jour comme de nuit.»
Juste au moment où il finissait son explication un cri se fit entendre derrière un des rideaux, suivi d'une détonation qui projeta une lampe de chevet dans leur direction. Drago s'écarta de sa trajectoire et attrapa Harry pour le faire reculer. L'objet les frôla et vint assommer un elfe de maison qui fut bien vite relevé par trois de ses camarades et transporté vers un lit vide. Drago leur jeta à peine un regard et aida Harry à se remettre sur ses pieds, alors qu'il était dans un équilibre instable, seulement retenu par deux grandes mains puissantes autour de ses épaules.
«Vigilance constante je présume, dit Harry en se remémorant les mots de Maugrey Fol'Œil.
-Hum, oui. Ça aurait dommage de te faire assommer avant même ton premier jour de travail. Viens, on va descendre au département des enfants.
-Tu les sépares des autres patients ?
-Non, ce ne sont pas vraiment des enfants... pas à proprement parler. Tu vas voir.»
Ils prirent un étroit couloir sur la gauche et descendirent une volée de marches qui les mena directement dans les cachots. Les grilles des anciennes prisons avaient été enlevées et remplacées par des voiles sombres laissant entrevoir des chambres. Drago entra dans l'une d'entre elles et lui tint le voile pour qu'il puisse passer. La lumière était tellement faible à l'intérieur qu'il dut attendre un moment avant de distinguer quoi que ce soit. Une femme aux longs cheveux blancs coloriait le mur avec une craie sans leur accorder la moindre attention. Harry s'étonna de voir que le dessin était celui qu'aurait fait un enfant de quatre ans. Puis il vit que ses mains pâles étaient couvertes de tâches blanches.
«Voici Anja. Comme tu peux le voir elle souffre d'une déficience qui la fait agir plus ou moins comme un enfant, lui dit Drago.
-Et pourquoi ces patients sont installés dans les cachots ? S'étonna Harry.
-Un autre de leurs symptômes est une hypersensibilité à la lumière. Il est d'ailleurs strictement interdit d'utiliser des Lumos dans ce secteur. Le seul éclairage présent se situe dans le couloir avec les petites fenêtres au plafond, mais la nuit il fait totalement noir, c'est pourquoi ce sont essentiellement les elfes de maison qui s'occupent d'eux.
-Et leur maladie a un nom ? Demanda-t-il. J'ai vaguement entendu des choses à ce propos mais je n'ai jamais pu trouver aucun livre sur le sujet.
-Leur maladie n'est pas vraiment reconnue. On les appelle aussi les anges ou les spectres à cause de leur propension à sortir la nuit pour jouer ou déambuler dans les jardins. Très peu d'entre eux survivent à leurs premiers mois et dans certains pays ils sont même tués dès la naissance. C'est pour ça que nous n'avons que cinq patients ici. On essaie surtout de leur fournir un environnement sécurisé et de réunir le plus de documentation possible sur la maladie pour pouvoir la faire connaître un jour.
-Je vois, murmura Harry.»
Ils quittèrent les cachots en silence et rebroussèrent chemin pour monter deux étages plus haut. Ils entrèrent dans une salle qui semblait faire office de salon où un vieil homme barbu semblait attendre, assis, les deux mains posées sur sa canne comme si elle l'empêchait de s'affaisser complètement. Drago le salua d'un signe de tête.
«C'est la salle d'attente pour les visiteurs. C'est aussi par là que tu arriveras en utilisant la poudre de cheminette» dit-il à Harry.
Ils passèrent ensuite une série de couloirs aux murs blancs, leurs chaussures en cuir résonnant sur le parquet, avant de s'arrêter devant une porte au vitrage opaque indiquant «Mrs Gilliane Patmore, Infirmière en chef, département de recherche du deuxième étage». Drago toqua à la porte et attendit d'entendre un «Entrez» sonore avant de tourner la poignée. Mrs Patmore était une grande femme brune à la taille forte qui devait aller sur ses quarante ans. Quelques mèches blanches éparses courraient dans sa chevelure remontée en chignon banane. La couleur violine de sa robe de sorcier rehaussait son teint et était agrémenté d'un tablier blanc duquel pendait un trousseau de clés de différentes tailles.
«Bonjour, Mrs Patmore, lança Drago en lui tendant la main.
-Mr Malfoy, répondit-elle en la lui serrant avec vigueur. Vous venez me présentez le troisième apprenti je présume ?
-En effet, voici Mr Harry Potter. Je lui fais visiter les lieux.
-Mr Potter, dit-elle d'une voix laconique en lui serrant la main avec une poigne de fer. J'espère que vous serez à la hauteur de votre réputation.
-Euh... je l'espère aussi madame, répondit-il légèrement décontenancé.
-Bien, je vais devoir vous laisser, répliqua-t-elle en ouvrant la porte pour les laisser ressortir. Je dois aller donner sa dose de philtre de paix à un patient.»
Elle ferma la porte à double tour derrière eux et les salua brièvement avant de partir d'un pas cadencé vers l'un des couloirs par lequel ils étaient arrivés.
«Comme tu as pu le remarquer, c'est une femme de caractère, lui dit Drago. C'est le cerbère de l'armoire à potions. Aucun elfe de maison n'est autorisé à rentrer dans son bureau et à moins d'une urgence mieux vaut ne pas trop la déranger.
-Je vois ça. Qu'est-ce qu'elle a voulu dire par réputation ?
-Oh tu sais... le Survivant, le Sauveur... ça fait beaucoup de titres pompeux pour un futur guérisseur, répondit Drago avec un sourire en coin.
-Je... Est-ce que tu viens de faire une blague ? S'étonna Harry.
-Peut-être, répliqua-t-il en continuant de sourire.
-Et en plus ça te fait marrer, s'exclama-il en levant les yeux au ciel sans pouvoir s'empêcher de sourire à son tour.»
Ils continuèrent leur tour des lieux et Drago lui présenta onze des vingt-trois patients qui étaient en état de recevoir de la visite. L'un d'eux était d'ailleurs en train de se remettre d'une crise dans une vaste salle d'eau aménagée comme des bains romains. Puis, ils remontèrent au bureau de Drago pour signer les contrats. Alors qu'il allait prendre congé, Harry prit son courage à deux mains et lui posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis le début.
«Hum, Drago, l'appela-t-il alors que celui-ci fourrageait dans ses documents.
-Oui, dit-il en relevant la tête.
-J'ai entendu dire que ta mère était... enfin qu'elle faisait partie des patients.
-Oh... Je vois. Tu es déjà au courant, constata-t-il l'air soudain impassible.
-Oui, à dire vrai c'est Hermione qui m'en a parlé. D'habitude je n'écoute pas trop les rumeurs, mais je la connais, elle ne dirait pas ce genre de choses en l'air.
-Hum. En effet ma mère fait partie des patients. C'est pour elle que j'ai créé cet endroit. Mais tu n'auras pas à t'en occuper de toute façon, elle ne fait pas partie du programme de test.
-Oh... pourquoi ça, demanda-t-il prudemment.
-Elle est atteinte depuis deux ans et la maladie se propage vite chez elle. Les patients ayant atteint un certain stade répondent mal au traitement. De plus le protocole mis en place exclut les malades n'ayant pas signé pour être volontaire. Maintenant si tu veux bien m'excuser je vais devoir retourner à ma potion, dit-il tout en prenant ses habits de potionniste laissés une heure plus tôt sur le fauteuil. Poppy va te raccompagner jusqu'à la sortie.»
.
Lorsque Harry fut de retour chez lui il souffla un bon coup et prit cinq minutes pour se remettre de ses émotions. Il était plutôt content de son entretien, mais il avait senti une tension vers la fin lorsqu'il avait parlé à Drago de sa mère. Manifestement ce devait être un sujet délicat. Il consulta l'heure et se rendit compte qu'il devrait déjà être au Chaudron Baveur depuis un quart d'heure. Il ôta sa cravate, servit un bol de croquettes à Sirius en vitesse et prit un pull dans sa penderie avant de transplaner dans la cour située derrière le pub.
«Harry ! On croyait que Malfoy t'avait enfermé dans un cachot, s'exclama Ron en le voyant arriver.
-On t'a commandé un Whisky Pur Feu pour te remettre de tes émotions, lui dit Neville en lui tendant un verre.
-Merci les gars, dit-il en le vidant d'un trait avec une grimace.
-Ça s'est si mal passé que ça, demanda Hermione légèrement inquiète.
-Oh non, en fait ça s'est même plutôt bien passé, répondit Harry. Mais j'ai passé la journée à bosser sur mon mémoire et pour finir j'ai discuté de cas graves avec Drago pendant plus d'une heure, alors j'avais bien besoin d'un petit remontant.
-Tu l'appelles Drago maintenant ?! S'exclama Ron.
-Hum, ah oui. On va bosser pendant six mois ensemble alors on s'est mis d'accord pour arrêter de s'appeler par nos noms de famille.
-C'est une bonne chose, je trouve, renchérit Hermione.
-Ouais. Bon on va pas parler de moi toute la soirée, on est quand même là pour fêter le départ des deux aventuriers, dit Harry en se servant un verre de Bièraubeurre au pichet pour pouvoir trinquer avec les autres.
-Enfin Luna fera l'aventurière, moi je serai dans un laboratoire en ville à étudier des plantes, précisa Neville.
-Où est-ce que vous serez déjà ? Demanda Hermione.
-On va descendre à Nairobi, la capitale du Kenya. Moi j'irai un peu partout en fonction des animaux et créatures à étudier, expliqua Luna. A priori une colonie de Nundus s'est installée dans le parc moldu de Tsavo, avec un peu de chances je pourrais les approcher.
-Qu'est-ce que c'est des Nundus ? Demanda Ron.
-Des panthères géantes qui aiment la chair humaine et se déplacent plus vite qu'un Sombral, résuma Neville.
-Ce sont des animaux très précieux pour l'éco-système, ils ont tendance à sauter sur les braconniers, répliqua Luna.
-Mais c'est pas un peu... dangereux ? Demanda Harry.
-Oh ce ne sont pas des Manticores non plus, on peut les stupéfixier facilement, expliqua-t-elle.»
La conversation se poursuivit, notamment entre Hermione et Luna à propos de créatures qui existaient ou n'existaient pas, et la nuit commença à tomber au-dehors. Hannah Abbot, qui avait repris le pub depuis un an, donna un petit coup de baguette en direction de la salle et de minuscules lampions apparurent au-dessus de leurs têtes. Harry commençait enfin à se détendre et il n'avait pas envie cette soirée se termine.
«Alors, j'espère qu'on aura bientôt à fêter le diplôme de monsieur ! S'exclama Ron en lui administrant une tape amicale dans le dos.
-Hé ! Écoutez-le avec sa formation d'auror qui n'a duré que deux ans ! Petit joueur va ! Répliqua Harry.
-Ne commencez pas à vous chamaillez vous deux, vous faites toujours ça quand vous commencez à être ivres, s'exaspéra Hermione.
-Mais on se chamaille pas, hein Harry ?
-Bah non, on plaisante c'est tout !»
Elle leva les yeux au ciel alors qu'ils se tenaient dans les bras, lui faisant un grand sourire jusqu'aux oreilles juste pour l'énerver.
«Bon sinon vous êtes tous invités à venir à la fête de fin d'internat le 29 juin, lança Harry à la ronde. Enfin, j'imagine que vous deux vous serez encore en Afrique, ajouta-t-il à l'intention de Neville et Luna.
-Tu vas vraiment y aller, demanda Hermione d'un air soucieux. J'ai entendu dire que ce genre de fêtes dégénère souvent.
-Bah justement, si vous m'accompagnez j'aurais pas à craindre pour ma sécurité, répliqua-t-il en lui faisant un clin d'œil.
-Faites gaffe quand même. C'est vrai que des fois avec l'alcool on sait pas ce qui peut arriver. J'ai croisé Dean l'autre jour, il s'était fait massacré à la sortie d'un pub, leur dit Neville.
-Attends ça à rien à voir, répliqua Ron. Il était avec un mec, pas étonnant qu'il se soit fait tabassé.
-Ron ! C'est pas parce qu'il est homosexuel que c'est normal qu'il se soit fait frappé ! S'insurgea Hermione.
-Mais non, évidemment. C'est pas ce que j'ai dis. Simplement, si j'étais à sa place je me montrerais pas avec un gars, qui plus est tard le soir à la sortie d'un bar.»
Une discussion animée s'en suivit pendant bien une demie-heure, à laquelle Harry ne prit pas part. Finalement au bout d'une heure, il prit congé de ses amis en prétextant qu'il devait se remettre à réviser dès le lendemain. Luna lui fit remarquer qu'il avait plein de Joncheruines autour de la tête, mais il haussa les épaules et sortit dans la nuit fraîche. Cette histoire l'avait mis très mal à l'aise même s'il avait essayé de ne rien en laisser paraître.
Il savait qu'il aurait très bien pu être à la place de Dean, sortant d'un bar gay moldu autour de minuit, légèrement ivre, avec un bras passé autour de la taille d'un autre homme.
*Salle Janus Thickey : salle de Sainte-Mangouste où sont réunis des patients de longue durée atteints de maladie incurables résultant de sortilèges (on y trouve entres autres Alice et Franck Londubat, les parents de Neville, et Gilderoy Lockhart).
**la sanguine est une famille de pigments dans les tons ocre/rouge souvent utilisée pour les croquis, dessins d'études etc.
Petit bestiaire : les Nundus sont des animaux magiques d'Afrique de l'Est, les Manticores des animaux extrêmement dangereux avec une tête humaine, un corps de lion et une queue de scorpion qui adorent la chair humaine, les Joncheruines sont des créatures qui entreraient par les oreilles et embrouilleraient le cerveau des gens (d'après Luna). Tout ceci provenant comme toujours du Wiki Potter.
Concernant les deux autres maladies magiques rares, il n'en sera pas trop question dans cette histoire, c'est surtout pour planter le décor. Comme vous pourrez le remarquer je me suis largement inspirée de l'épilepsie et des enfants de la lune (ou maladie appelée xeroderma pigmentosum).
Voilà j'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser une review !
Au prochain chapitre on retrouva Harry à sa fin d'examens et il y a aura un premier slash entre deux personnages héhé ;)
