Chapitre 4

Le temps reprit son cours, petit à petit, les doigts d'une lycéenne se desserrèrent doucement, autorisant une scientifique à dégager son poignet pour abaisser sa main de quelques centimètres. Un index glissa de nouveau sur la surface d'un sous-vêtement, exerçant des pressions infimes sur le voile de soie. Shiho tâtonna de longues secondes avant de mettre le doigt sur ce qu'elle recherchait. Des secondes interminables pour Ran…mais des secondes de pure délice.

Retirer sa culotte pour faciliter les recherches de son amante ? La tentation effleura la conscience d'une adolescente à plusieurs reprises, mais elle ne voulait surtout pas que cette petite torture se termine trop vite. En revanche, elle succomba sans aucun problème à la tentation de guider la métisse par des gémissements qui étaient tout sauf plaintifs….ou si peu.

De toutes manières, lever un voile pudique sur son intimité, dans un sens bien différent de ce qu'on sous-entendait habituellement par ces mots ? Cela n'aurait servi à rien, l'instant d'après, son impitoyable tortionnaire aurait agi de manière plus conforme à l'expression populaire…en faisant glisser la culotte de sa victime, mais dans l'autre sens.

Shiho était une scientifique, elle préférait expérimenter et trouver par elle-même les réponses aux mystères qui l'obsédaient. Une curiosité aussi intense que celle d'un détective mais légèrement différente. Plus subtile. Et Shinichi qui lui disait que plus un mystère était complexe, plus il éprouvait d'excitation à l'idée de s'y confronter…C'est ce qu'il lui avait murmuré ce jour là, dans ce parc d'attraction où tout avait commencé. Ran savourait la signification nouvelle que sa compagne donnait à ces mots, elle ne doutait absolument pas que Shinichi et Shiho étaient des âmes sœurs sur ce point précis.

Mais Sherry… Cette criminelle cynique qui n'hésitait pas à utiliser ses connaissances du corps humain pour infliger d'innombrables tortures à ces semblables. Elle avait très peu changé sur ce point finalement. Très peu… À présent, elle infligeait ces tortures elle-même au lieu de le faire par l'intermédiaire de ces collègues vêtus de noir, des tortures qui étaient devenu plus subtiles avec le temps. La liste de ses victimes ? Elle se réduisait à deux personnes, et Ran se réjouissait d'en faire partie.

« Sherry…S'il te plaît… »

À quoi bon supplier ? Loin d'émouvoir la métisse, cela l'encourageait à prolonger son supplice. Mais peut-être que c'était précisément ce que sa victime exigeait ?

Ce doigt, il s'éloignait doucement mais inexorablement de sa destination…pour revenir l'effleurer en un bref passage l'instant d'après. Il s'éloignait de nouveau… Non, il revenait encore… Plus que quelques millimètres et il toucherait au but. Quelques millimètres qui se rallongeaient indéfiniment pour devenir des kilomètres dans la conscience d'une jeune femme. Ca y est, il était de nouveau là, juste là…

Ces pressions infimes, leur intensité se réduisait… Ran pouvait à peine les sentir…À peine.

Mordillant ses lèvres, une lycéenne s'efforça de retenir le moindre gémissement, le moindre soupir, ou le moindre mot suppliant qui aurait pu les franchir. Autant d'encouragements que cette sadique aurait pu savourer…Sa compagne lui avait littéralement coupé le souffle.

Shiho…Non, Sherry… Elle venait d'appuyer un tout petit peu plus fort… Un tout petit peu plus, mais le contraste fût suffisant pour que Ran relâche sa respiration en même temps qu'un gémissement.

Non, ce doigt s'élevait de nouveau… De quelques millimètres seulement, et il continuait d'effleurer son corps mais… Il se rabaissait de nouveau. Son amante accentua la pression exercée par son index, petit à petit…avant de la relâcher brutalement pour la énième fois.

Sherry…Elle était si douce dans sa cruauté et si cruelle dans sa tendresse. Combien de temps ferait-elle durer le plaisir ? Autant de temps qu'il lui plairait, Ran s'en moquait, ce plaisir était aussi le sien.

De toutes manière, pourquoi se plaindre ? Sa compagne avait commencé à faire tournoyer son doigt…sur le centre du cercle, pas en suivant la circonférence. Un baiser… Elle avait déposé un baiser sur son oreille.

Les traits du visage de Ran se détendirent dans une expression sereine, tandis qu'elle sentait les lèvres d'une métisse remuer, ouvrant le passage à un doux murmure qui pénétra directement dans sa conscience, se traduisant instantanément en mots. Des mots d'amour disposés de manière poétique, des mots qui lui étaient familiers.

À présent, elle n'avait plus besoin qu'on les reformule dans sa langue natale pour qu'elle puisse en saisir la signification.

He is more than a hero

He is a god in my eyes—

Il est plus qu'un héros, c'est un dieu à mes yeux…

The man who is allowed
to sit beside you

L'homme qui est autorisé à s'asseoir derrière toi.

Ran compléta inconsciemment la traduction en rajoutant quelques mots au poème. Trois mots.

L'homme qui est autorisé à s'asseoir derrière toi .Juste derrière toi.

He

who listens intimately
to the sweet murmur of
your voice, the enticing

laughter that makes my own
heart beat fast.

Celui qui écoute le doux murmure de ta voix dans les moments les plus intimes, celui qui écoute ce rire aguicheur qui pousse mon cœur à battre un peu plus vite chaque fois que je l'entends résonner.

If I meet
you suddenly, I can't

speak— my tongue is broken;

Quand je te rencontre soudainement, je me retrouve muette…Ma langue est liée ;

a thin flame runs under
my skin; seeing nothing,

hearing only my own ears
drumming, I drip with sweat;

une flamme infime se met à courir sous ma peau, je ne vois plus rien, je n'entends plus que le bourdonnement qui agite mes propres oreilles, ma sueur s'écoule, me donnant l'impression que je me liquéfie.

trembling shakes my body

and I turn paler than
dry grass.

Des tremblements agitent mon corps et je deviens plus pâle qu'une herbe qui se serait asséchée.

At such times
death isn't far from me

Dans ces moments là, je sens la mort se rapprocher de moi.

Un soupir s'échappa pour caresser une oreille, mettant un point final au poème, et abandonnant une jeune femme à l'étrange bonheur de se sentir triste. Quel nom donner à ce bonheur dont la douceur était imprégnée d'amertume ? Mélancolie…ou nostalgie ?

Les mots d'une métisse, ils s'étaient immiscés en elle de la plus intime des façons.

Sa peau avait été léchée par cette flamme, un feu qui l'avait consumé sans lui arracher la moindre souffrance, elle avait été caressée par des frissons, aussi doux qu'une brise qui aurait fait onduler l'herbe d'une prairie, rendue moite par la sueur, c'était peut-être l'hiver en dehors des murs de cette maison, mais le plus humide des étés régnait dans cette pièce.

Sa langue avait remuée légèrement, mais aucune parole ne s'était immiscée entre le murmure de son amante et le silence.

Des mots qui ne s'étaient pas seulement traduit en japonais dans la conscience de Ran, mais aussi en sensations et en images. Le visage d'un certain détective, son propre visage aux côtés de celui d'une criminelle, la criminelle qui frottait sa joue contre la sienne.

Dans l'imagination d'une lycéenne, tandis qu'elle essayait de contempler la scène qu'elle était en train de vivre, le teint de ses joues n'avait rien à envier à celui de la chevelure de sa compagne, offrant un contraste saisissant avec le visage de cette métisse mélancolique, un visage aussi pâle qu'un linceul.

Ce n'était pas un spectre qui l'étreignait à l'instant présent, Ran pouvait sentir sa respiration contre son dos, tout contre. Ce n'était pas une femme des neiges, comme celle que lui avait décrit la mère de Shinichi, une douce chaleur irradiait de la peau qui effleurait la sienne. Le souffle qui caressait son cou, il était tout sauf glacial. Aucune larme ne s'immisçait entre leurs deux visages. Alors pourquoi ? Pourquoi cette mélancolie ? Pourquoi cette tristesse qui se reflétait dans les yeux de son amante ?

Devait-elle blâmer son imagination…ou bien sa source d'inspiration ? Les rimes de Sapho…ou la voix de Shiho lorsqu'elle les avait doucement récité ? Avait-elle accordé sa voix à la tonalité du poème…ou avait-elle murmuré ce poème parce qu'il s'accordait à ses sentiments ?

« Qu'est ce qui t'attriste autant ? »

Ran s'était retenu pour ne pas murmurer « Qui est ce qui t'attriste autant ? ».

« Tu peux me demander d'être sincère quand je te parle de ton ami d'enfance…Tu peux me demander de ne pas éprouver de rancune vis-à-vis de celui que tu aimes, celui qui nous séparera…Mais peux-tu me demander de me réjouir quand j'évoque cette séparation ? »

Shinichi… Deux personnes pensaient à lui en écoutant ce poème… Une constatation qui n'amena aucune surprise chez Ran, mais écarta ses lèvres pour libérer un soupir.

Ce que l'héroïne de ce poème contemplait avec une expression résignée, ce n'était pas le visage terrifiant de la mort, mais le visage attendri d'un amoureux, et pourtant, l'angoisse restait la même. Sans doute parce que ces deux visages avaient la même signification pour elle, ils lui annonçait tout deux une séparation. La seconde serait moins brutale et radicale que la première, mais c'était une différence infime à ses yeux.

« Shiho…C'est juste un poème…Il a été écrit plusieurs milliers d'années avant ta naissance, ce n'est pas ta vie qu'il décrit… »

« Pourtant il est si approprié, non ? C'est plus qu'un idiot, et c'est aussi plus qu'un héros à mes yeux, celui qui nous séparera…et t'apportera le bonheur. Ces rimes, Sapho les avait dédiées à une de ses étudiantes, et je te l'ai déjà expliqué… »

L'index de la métisse glissa de nouveau sur la surface d'un voile de soie, s'éloignant d'une zone particulièrement sensible du corps de son amante pour se rapprocher de son aine. Soulignant doucement la ligne qui marquait la séparation entre un sous-vêtement et la peau de sa compagne, Shiho fit frémir Ran tout en la forçant à écarter légèrement une de ses jambes au lieu de la laisser étendue sur le canapé.

Mais le tracé de cette ligne désintéressa très vite la chimiste, l'instant d'après, elle commença à décoller légèrement un voile de tissu de la peau moite qu'il recouvrait.

Si Ran frissonna lorsque de l'air s'engouffra dans la fente soulevée par la métisse, elle releva ses paupières pour écarquiller les yeux lorsque autre chose se glissa à l'intérieur de cette fente, l'élargissant au passage.

Un doigt s'était posé sur ses lèvres pour la réduire au silence… Enfin, il aurait été plus juste de dire que deux doigts s'étaient posés sur ses lèvres, deux index appartenant à deux mains différentes, et s'ils en soulignaient tout les deux les contours avec délicatesse, ce n'était certainement pas pour la rendre muette. Plutôt pour l'empêcher d'exprimer ses émotions par autre chose qu'un gémissement.

« …ce n'était pas seulement l'art de la poésie que Sapho enseignait à ses étudiantes…mais aussi les mystères d'Aphrodite. »

S'éloignant de sa bouche, une main épousa les lignes du visage de Ran, la forçant à tourner la tête. L'instant suivant, ce n'était plus un doigt qui effleurait ses lèvres, en tout cas celles de son visage. Shiho continua de faire mouvoir sa langue, les lèvres de sa compagne s'entrouvrirent un peu plus, mais le seul son qui résonna dans la pièce fût un gémissement ténu, qui fût instantanément absorbée par le silence…et un baiser qui se prolongea.

La main d'une métisse glissa le long d'une gorge avant de rencontrer un obstacle sur son chemin, le bouton d'une chemise, un obstacle qu'elle écarta, de la même manière qu'elle écarta tout les autres au fur et à mesure de son parcours sinueux.

S'abandonnant entièrement à son professeur, dont elle buvait littéralement les paroles, la lycéenne laissa son bras retomber avant de faire osciller l'extrémité de ses doigts, quelques centimètres au dessus du sol.

Un gémissement plaintif exprima les protestations de l'étudiante lorsqu'une main glissa le long de sa cuisse, franchissant de nouveau la ligne de sa culotte.

Redressant ses paupières, Ran adressa un regard suppliant à son amante, qui continuait de prolonger ce baiser encore et encore, mais le professeur fit la sourde oreille aux cris de révolte silencieux de son élève, y répliquant par une expression amusée.

Des doigts se refermèrent sur la chemise d'une jeune femme, la faisant glisser le long de ses épaules, des doigts qui écartèrent les bretelles d'un sous-vêtement, des doigts qui lui caressèrent les lèvres lorsqu'une métisse s'en écarta, la forçant à demeurer muette.

Après avoir poussé son étudiante docile à se redresser légèrement, Shiho glissa la main entre une chemise et le dos de sa propriétaire, un dos qu'elle caressa tout en séparant deux agrafes l'une de l'autre.

Même si les manches d'un vêtement continuaient d'adhérer à ses avant-bras, il n'y avait plus grand-chose pour dissimuler le buste dénudé de Ran si jamais un regard extérieur se glissait dans la pièce. Une situation qui empira lorsque les doigts de son professeur relevèrent doucement un soutien-gorge, libérant la poitrine qu'il comprimait.

« Sur le plan théorique, tu as bénéficié des paroles riches d'enseignement de ton professeur, il serait peut-être temps de franchir le cap des travaux pratique, non ? Ma petite étudiante passionnée me semble prête pour cela… »

Un bras était refermé autour de sa taille, comprimant son corps contre celui de la métisse tandis qu'un index avait déjà commencé à remonter doucement la courbe de son sein, un index qui en remua délicatement le sommet pour en mesurer la dureté…et le degré d'excitation d'une adolescente.

« Oui, mon élève me semble mûre pour sa toute première expérience…avec moi. Tu as déjà laissé des mains d'adultes caresser ce corps, n'est ce pas ? Alors qu'est qui te retient ? Est ce que tu t'estimerais déjà prête pour ta nuit de noce…au point de te passer d'une répétition avec ton professeur ? »

Ces mots…Ils pouvaient prendre une signification tellement amère si on les éclairait sous une certaine lumière. Est-ce qu'elle savait ? Est-ce qu'elle savait que sa toute première fois avec une femme…avait été précédée par sa toute première fois avec un homme ? Est-ce qu'elle savait que ce n'était pas seulement les mains d'une adolescente qui lui avaient fait bénéficier de leurs caresses, mais aussi….celles d'un adolescent ? La barrière séparant ses phantasmes de la réalité, elle l'avait déjà franchie, mais en étant guidée par la main d'un détective, pas celle d'une chimiste, la chimiste qu'elle avait abandonné de l'autre côté de la barrière…

Pouvait-elle savoir la triste vérité ? Non, elle ne pouvait pas. Soupçonnait-elle la triste vérité ? Sûrement…

Les doutes et les remords s'immiscèrent dans la conscience d'une adolescente, déployant leurs tentacules froids et acérés pour restreindre un désir brûlant…

« Je...Tu…tu n'as pas besoin de…ma permission, maintenant, non ? A…après… »

La pointe d'une langue effleura le lobe de son oreille avant de remonter doucement, la réduisant au silence.

« Qui ne dit mot, consent. Et si jamais un de tes professeurs au lycée s'était mis en tête de prendre en charge ton éducation plus en profondeur, quitte à bousculer les barrières du professionnalisme et du consentement mutuel ? Son parcours jusqu'à la prison serait passé par la case hôpital, et tu aurais conservé ta vertu sans l'aide d'un chevalier servant. »

Encore une phrase qui pouvait prendre une signification plus acérée, quitte à franchir la ligne séparant la provocation de l'accusation. Si elle n'avait pas bénéficiée de l'aide de son chevalier servant, elle aurait effectivement conservé sa vertu. Mais peut-être que c'était elle qui glissait cette signification dans les mots de la chimiste ? Après tout, la coupable transforme chaque parole qui lui est adressée en question soupçonneuse.

« Si tu voulais t'arracher à mon étreinte pour te mettre à l'abri de mes caresses, tu l'aurait fait sans aucun problème, Ran… »

Un frisson d'anticipation balaya la culpabilité d'une adolescente. Le bras refermé autour de sa taille, il venait de relâcher sa proie…et une nouvelle fente venait d'être soulevé entre sa culotte et son intimité. Shiho remua doucement son index le long de la ligne de démarcation qu'il traversait de part en part, une ligne à travers laquelle elle passa la main sans aucun problème. Après tout, c'était contre le ventre de son amante que cette main avait été appliquée, pas contre sa cuisse.

« Ton consentement, tu me l'as pleinement donné, ma belle, même si tu n'as pas eue le courage…ou la lâcheté de le formuler à voix haute. »

Fermant les yeux tandis que la paume d'une main s'interposait entre un sous-vêtement et une zone de son corps particulièrement humide, bien plus humide que la peau moite effleurée par les autres doigts de sa compagne, Ran poussa un soupir lorsque cette paume s'appliqua avec plus de netteté sur ce qu'elle dissimulait. Dissimuler… Pourquoi préserver une fausse pudeur ? Les doigts de son amante avaient déjà levé tous les interdits qui pouvaient entourer certaines parties de son corps, pourquoi lui interdire de regarder ce qu'elle touchait?

La lycéenne commença à glisser les doigts sous sa culotte de manière à la baisser, mais une petite tape autoritaire sur le dos d'une de ses mains la figea en plein milieu de son geste.

« Shiho…ce…serait plus simple si je me…si tu me déshabillais complètement….non ? »

Des dents se refermèrent doucement sur le lobe d'une oreille que des lèvres avaient embrassé l'instant d'avant, administrant une infime morsure à une élève indisciplinée. Une morsure qui avait l'air d'une remise à l'ordre, mais elle donnait à une étudiante le désir de transgresser les règles plus que de les respecter…ne serait-ce que pour bénéficier des remontrances de son professeur.

« Effeuiller complètement mon orchidée ? Très peu pour moi. C'est plus amusant pour moi si tu conserves tes vêtements… Je suis une criminelle, tu l'as oublié ? Je préfère transgresser les règles plutôt que de vivre dans un monde dénué de toute règle où je serais totalement libre de mes mouvements. »

Après avoir laissé le passage à ces mots, les dents de la chimiste refermèrent délicatement sur la chair de sa proie, arrachant un nouveau gémissement à son cobaye, un gémissement qui était tout sauf plaintif.

Comme pour illustrer ses paroles, Shiho souleva un soutien-gorge du bout des doigts, laissa la ligne du sous-vêtement effleurer les seins de son amante avant de le laisser retomber d'un geste négligeant, pour mieux malaxer cette poitrine qui était dénuée de toute protection.

« M…mais tu n'es plus…une criminelle…non ? A...alors…»

« Cela te gène tant que ça de conserver une chemise que j'ai déboutonnée, une jupe et un soutien-gorge que j'ai retroussé, et une culotte sous laquelle j'ai glissé la main ? »

Une main qui commença à se mouvoir pour caresser le sexe d'une adolescente, la poussant à refermer les yeux.

« Oh mais…peut-être que ça te poserait problème si jamais…il y avait une culotte pour s'interposer entre nos lèvres quand je t'embrasserai ? »

Ran se sentit rougir jusqu'aux oreilles tandis que sa compagne frottait ses mèches de cheveux auburn contre sa joue, elle n'avait pas pu s'empêcher d'acquiescer timidement.

« Je prendrais cette exigence en compte… pour plus tard… Mais en attendant, ma petite étudiante s'obstine à être indisciplinée face à son professeur. Si cela continue, elle va franchir la ligne de la désobéissance.»

Des paupières se relevèrent brusquement lorsqu'un pouce et un index se refermèrent doucement sur une zone particulièrement sensible de la poitrine d'une adolescente.

« Faut-il que je me montre un peu plus sévère dans mes remontrances ? »

L'étudiante s'avéra incapable de répondre à son professeur, la tentation de la transgression se faisait plus pressante, mais la peur des conséquences avait monté d'un cran.

« Eloigne tes doigts de cette culotte, Ran, ce n'est pas toi qui la retireras. »

Obtempérant à sa compagne, la lycéenne écarta les mains du sous-vêtement, plaçant la première sur sa cuisse et appuyant la seconde sur l'un des coussins du fauteuil.

« Bien, bien, bien. Tu redeviens docile. Un comportement qui mérite d'être encouragé… »

Le mouvement d'une main commença à s'intensifier, franchissant la ligne infime séparant la caresse du frottement, à la plus grande joie d'une adolescente qui frissonnait de plus belle.

« Néanmoins…pour prévenir toute désobéissance de ta part, je dois te donner un petit avant-goût de ce qui t'attends si jamais tu t'éloigner des limites de la docilité… »

Ran poussa un petit cri tandis que les traits de son visage se crispèrent, son amante venait de lui pincer le sein, avant de faire tournoyer deux de ses doigts…sans relâcher la pression qu'ils exerçaient sur la peau de sa compagne. Une vague de plaisir poussa le corps d'une adolescente à s'arquer légèrement, s'entremêlant à la souffrance que les doigts de sa tortionnaire avaient fait jaillir dans sa conscience.

Cette sensation…qui était tout sauf désagréable…mais qui s'était mélangée à la douleur…L'esprit de Ran chavirait, emporté par l'ivresse que lui procuraient les mains de la métisse. Une seule de ses mains, celle qui était sous sa culotte ? Ou les deux ? Une question insoluble pour la jeune femme…La ligne entre punition et récompense paraissait bien floue à l'instant présent. De toutes manières, le pouce de Shiho s'était écarté de son index, un index qu'elle continuait de faire tournoyer, tout en l'appliquant consciencieusement sur un point bien précis du sein de la lycéenne.

Les torsions que le doigt d'une chimiste faisait subir à sa poitrine ? Si c'était une torture, Ran aurait confessé n'importe quel crime pour subir ce châtiment.

Une seconde sensation prit naissance sous les doigts de la chimiste, parcourant le corps de son amante sous la forme d'un frisson, jaillissant dans sa conscience pour la réduire instantanément à une seule chose, le plaisir, et s'échappant de ses lèvres entrouvertes sous la forme d'un gémissement.

Venait-elle de recevoir le coup de grâce ? Non, la manière dont son propre corps se tortillait face aux caresses de sa partenaire lui indiquait clairement le contraire. Mais elle avait néanmoins frôlée l'extase de près, très près… Si bien qu'elle hésita à protester lorsqu'une main s'extirpa de sa culotte, et pas seulement par crainte des représailles. Elle voulait que sa tortionnaire rende son agonie la plus longue possible…quitte à la rendre légèrement douloureuse par moment.

Des doigts effleurèrent ses lèvres un court instant, des doigts humides… Lorsque Ran tourna légèrement la tête, ce fut pour contempler son amante…en train de lécher ses propres doigts.

« Il faut bien que je me donne un petit avant goût de ce qui m'attends…et de ce qui t'attends… »

Ran demeura muette tandis que son regard fasciné s'attardait sur cette langue qui franchissait des lèvres par intermittence pour effleurer l'extrémité d'un index. Un traitement que la chimiste appliqua consciencieusement à chacun de ses doigts durant une minute qui parut interminable à sa spectatrice.

Pour se rapprocher un peu plus de ce père qui franchissait trop souvent les limites du laisser-aller, Ran lui avait jadis demandé de lui apprendre quelques rudiments de judo. Kogoro avait tout d'abord rechigné, mais il avait fini par succomber à un regard noir (qui n'avait rien à envier à celui d'une certaine avocate), au tremblement inquiétant d'une main (sa fille unique n'avait aucune expérience en matière de judo…mais quand il s'agissait du karaté…), et à un visage colérique dont les traits s'étaient finalement détendus en une expression suppliante (identique à celle de cette petite fille qui avait déjà grandie pour devenir une adolescente).

Cela se limita à quelques semaines, des semaines de pur bonheur pour une fille qui pouvait de nouveau contempler un père dont elle pouvait être fière.

Au cours de cette initiation, Ran avait été étreinte plusieurs fois par un détective qui voulait la mettre à terre avant de la priver de toute liberté de mouvement, un détective qu'elle aimait…comme un père.

Shiho reprit le flambeau, en immobilisant son amante à l'aide d'une prise inédite, qu'on aurait pu difficilement attribuer à la moindre école d'arts martiaux.

Elle avait refermé ses deux bras autour du corps de sa proie, avant d'agripper l'un de ses poignets avec sa main droite, et l'une de ses épaules avec la main gauche. Après cela, elle avait relevé une de ses jambes.

Pour mieux l'étreindre et limiter toute tentative de fuite ? C'est ce que s'imagina naïvement Ran…jusqu'au moment où un pied entra en contact avec une culotte que l'excitation avait rendu humide. Un pied dont la métisse frotta doucement le talon contre le corps de son amante, tout en renforçant son étreinte.

« J'avoue que c'est une manière peu orthodoxe de te…masser, mais j'espère qu'elle n'est pas trop…désagréable… »

« N…non, ce n'est pas tr…du tout désagréable… »

Et cela fût d'autant moins désagréable au bout d'une minute, lorsque sa compagne relâcha son poignet, tout en faisant glisser ses doigts de son épaule jusqu'à sa poitrine.

Shiho avait placée la poitrine de son amante à l'abri de tout regard indiscret…mais elle estimait que ses mains étaient bien plus adaptées à cet usage qu'une pièce de lingerie. Une opinion que Ran ne contesta absolument pas.

Ces doigts qui malaxaient ses seins, ce talon qui remuait doucement en froissant légèrement un sous-vêtement, cette jambe qui effleurait délicatement celle qu'elle avait replié vers elle… La métisse mettait tout son corps à contribution pour lui administrer non pas le plus énergique mais le plus attentionné des massages. Un massage que l'adolescente n'aurait pas tout à fait qualifié de relaxant, loin d'apaiser la tension de son corps, il ne faisait que l'accroître.

Mais ce n'était pas dans un océan de sérénité que la lycéenne voulait être immergée…

Tournant légèrement la tête vers celle qui prenait soin de son étudiante, Ran exprima sa gratitude en déposant un baiser sur la joue de son professeur. Etant donné sa position, Shiho dût contorsionner son corps un peu plus pour partir à la rencontre des lèvres de son amante, des lèvres que l'amusement plissait en un sourire attendrie. Son professeur, en apparence si expérimenté, il remuait son visage avec une adresse digne de celle d'un garçon timide déposant timidement son tout premier baiser sur la bouche de l'élue de son cœur. De nombreuses collisions et frottements entre deux nez furent nécessaires à la métisse pour atteindre son but.

L'expression renfrognée de sa compagne tandis qu'elle perdait une partie de sa crédibilité face à son élève ? Cet après-midi aurait pu rester gravé dans le cœur d'une adolescente juste pour cette vision.

Ce baiser… Il était si différent de tout ceux qui l'avaient précédé.

Reculer légèrement la tête pour mettre les lèvres de son amante hors de portée du nectar qui l'excitait ? La scientifique frôlait déjà le torticolis…

Maintenir le visage de son élève en place ? Ses mains étaient mises à contribution ailleurs.

Sa petite Sherry n'était plus en position de force dans ce baiser, et Ran ne manquait pas d'en profiter, au grand désarroi de son professeur. Faisant reculer sa langue pour la placer à l'abri, Shiho tenta de mordiller légèrement le corps étranger qu'on cherchait à introduire de force dans sa bouche. Malheureusement pour elle, son adversaire avait un avantage indéniable, deux mains libres. La métisse en fit l'amère expérience lorsqu'une lycéenne pinça le nez qui se frottait contre le sien.

Durant un court instant, une criminelle rancunière envisagea de remettre en place sa petite amie…en lui pinçant autre chose que le nez, et elle avait ses deux mains dans la position idéale. Deux doigts relâchèrent la pression qu'ils exerçaient avant de caresser une joue avec délicatesse. Associé avec la tendresse d'un baiser, la délicatesse en question absorba toute rancune dans l'esprit d'une chimiste.

Que ce soit dans la conscience d'une métisse ou dans celle d'une lycéenne, la concentration avait de plus en plus de mal à imposer un semblant de cohérence au chaos.

Shiho devait coordonner les mouvements de chacun de ses membres avec une attention toute particulière, ce baiser était loin de lui faciliter la tâche…même s'il l'encourageait à remuer ses doigts et son pied de la manière la plus délicate possible.

Toute pensées rationnelles ou cohérentes avaient été bannies de la conscience de Ran. Une conscience qui s'était totalement fondue à son corps, une conscience qui naviguait entre sa bouche, sa poitrine, la jambe qui était redressée sur le canapé, et les lèvres largement écartées contre lesquelles une chimiste appliquait son pied à défaut de sa main.

Sensations, émotions, passions, tout cela s'entremêlaient pour se réduire à une oscillation unique, une oscillation entre le plaisir…et un plaisir encore plus intense… Entre le frisson et l'extase, il y avait une infinité de degré à parcourir. Le souvenir du bonheur qui venait de passer, l'anticipation du délice à venir, cela n'existait plus pour la jeune femme, le temps tout entier s'était contracté au seul instant présent. Un instant qui se prolongea durant une éternité.

Des lèvres se séparèrent, libérant le temps et le laissant reprendre son cours, un cours qui se mesura en soupir et en halètement tandis que chacune des jeunes femmes reprenaient son souffle.

Une étreinte se desserra petit à petit, avant que la métisse ne libère les seins de sa compagne. Continuant d'entourer les épaules de Ran d'un bras, Shiho appuya l'autre sur le dossier du canapé. Après avoir écarté son pied d'une culotte humide, la scientifique s'écroula sur les coussins du meuble

« D…déjà ? Tu ne pouvais pas continuer…un peu plus…longtemps ? »

Ran chancelait, au point de devoir de s'accrocher fermement au canapé pour ne pas s'effondrer, et écraser son amante de son poids, mais pourtant…elle savait que son propre corps n'était pas encore arrivé jusqu'au bout de ses limites.

« Cette position est peut-être…la plus adéquate pour te prodiguer un massage…poussé…mais je peux t'assurer…qu'elle n'est pas aussi confortable pour moi…qu'elle peut l'être pour toi… »

Une lycéenne inclina la tête d'un air honteux, telle une enfant gâtée réalisant l'étendue de son culot.

« Du reste…ce n'est pas la position la plus adéquate pour déposer un baiser sur tes lèvres… »

On pouvait donner deux significations différentes à cette remarque, et celle que Ran privilégia la fit frissonner. Se levant du canapé, la métisse s'empara d'un des coussins du meuble avant de s'accroupir devant sa compagne pour le déposer sur le sol.

L'étonnement d'une adolescente fût instantanément comblé par deux images mentales qui étaient tout sauf déplaisantes. Shiho allait s'agenouiller sur ce coussin mais elle ? Est-ce que son professeur allait lui demander de s'allonger sur le meuble ? Ou bien de s'asseoir…en écartant les jambes pour placer ses pieds de part et d'autre de ce coussin ?

S'emparant des chevilles de sa camarade, la chimiste répondit silencieusement à la question…en disposant le corps de son amante d'une manière conforme à la deuxième réponse qu'elle avait envisagée.

Appuyant ses mains sur la surface du canapé, Ran se souleva quelques centimètres au dessus du meuble. Une chimiste avait commencé à retirer sa jupe, et elle voulait lui faciliter la tâche.

« Est ce que tu pourrais fermer les yeux ? Bien, maintenant pose tes mains sur tes épaules. »

L'étrange requête parût incompréhensible à une adolescente…avant que deux mains n'agrippent brusquement ses chevilles pour tirer ses jambes en arrières, faisant atterrir ses fesses sur le coussin qui avait été spécialement prévu pour elles.

Relevant ses paupières, Ran fixa d'un air éberlué la scientifique qui était à quatre pattes devant elle. Une scientifique qui se passait la langue sur les lèvres avec une expression gourmande, tandis qu'elle remuait ses genoux et ses mains pour réduire la maigre distance entre elle et sa proie.

La démarche féline de sa compagne renforça le malaise d'une lycéenne. Elle avait la désagréable impression de se retrouver dans le rôle peu enviable d'une souris qu'un chat aurait acculé à un mur. Une impression qui n'était pas si désagréable avec le recul…

Des lèvres, ce fut la première chose qui effleura le genou de Ran, la seconde chose fût la poitrine de son amante, la troisième fût son ventre, la quatrième… Le petit corps humide qui entra en contact avec sa poitrine détourna l'esprit d'une adolescente de la quatrième chose.

Pendant d'interminables secondes, la conscience de la jeune femme se contracta pour se réduire à un point unique. Le petit monticule de chair qu'une scientifique s'amusa à faire remuer, d'abord en le pinçant avec ses lèvres, ensuite en y appliquant consciencieusement sa langue. Un soupçon de peur se glissa dans la vague de plaisir d'une adolescente. Son amante appliquait ses dents sur une zone particulièrement sensible du sein qu'elle embrassait… Au plus grand soulagement (ou au plus grand regret ?) de Ran, les dents de Shiho se contentèrent de prendre le relais de sa langue. Les mouvements délicats des mâchoires de la métisse ne pouvaient décemment pas être qualifié de morsures…

Etre placée à la jonction précise du plaisir et de la souffrance ? À la merci d'une partenaire qui pouvait lui faire franchir la frontière en l'espace d'une seconde ? Une sensation merveilleuse que Ran savoura en même temps que la délicatesse de sa compagne.

« Sherry…Est-ce que tu…pourrais…être un peu plus… plus…»

Une pression se renforça légèrement. Les dents d'une lycéenne franchirent la limite de la morsure, celles d'une chimiste se contentaient de la frôler. Un gémissement étouffé parvint néanmoins à franchir les lèvres closes de Ran pour parvenir jusqu'à l'oreille de Shiho.

Pendant un court instant, une métisse demeura dans l'incertitude tandis qu'elle hésitait. La frontière entre la tendresse et la cruauté était parfois si floue…Elle le demeura lorsque la chimiste se décida à franchir timidement la ligne de la morsure. Sa proie avait de nouveau émit un gémissement suppliant, mais exprimait-il la souffrance, le plaisir, ou…quelque chose entre les deux ?

Une main venait de se poser sur sa tête. Pour la faire reculer ? Non, pour lui caresser les cheveux…

Estimant qu'il s'agissait d'un encouragement, Shiho s'éloigna un peu plus de la limite qu'elle venait de franchir au lieu de revenir en arrière. Un tout petit peu plus, elle préférait rester prudente… Ce gémissement, c'était de la souffrance qu'il exprimait…mais les caresses de sa compagne ne s'étaient pas interrompues.

L'incertitude poussa néanmoins Shiho à écarter légèrement les mâchoires…Des doigts se refermèrent sur la racine d'une mèche de cheveux auburn, la tirant brusquement en arrière. Deux gémissements résonnèrent de concert, et lorsque la tension exercée par les doigts de l'une et la pression exercée par les des dents de l'autre se relâchèrent simultanément, les mêmes doutes envahirent la conscience de chacune d'elles.

Ran avait ressenti la délicatesse infime de sa partenaire, une partenaire merveilleusement attentionnée et respectueuse, une partenaire qu'elle avait envie de pousser à bout… Une personne qui n'abusait pas de votre confiance alors qu'elle était largement en position de le faire ? Se donner, et même s'abandonner, à une personne de ce genre avait été le rêve d'une jeune fille depuis si longtemps. Et mettre à l'épreuve l'élue de son cœur ? C'était si doux quand on connaissait par avance le résultat…

Cette douleur qui l'avait déchiré l'espace d'un instant ? Ce n'était rien par rapport à cette douce ivresse…et le plaisir était d'autant plus intense lorsqu'il se rapprochait de la ligne de la souffrance.

Le visage de Shiho se crispa légèrement lorsque son amante lui tira de nouveau les cheveux. Une provocation ? Une punition pour son manque de docilité ? Quel que soit la signification de ce geste, la chimiste lui donna la réponse qu'elle jugea la plus appropriée.

Shiho, même si ses dents se refermaient de nouveau sur la chair de celle qui la martyrisait, elle ne se décidait pas pour autant à franchir la ligne de la morsure… Une forme de tendresse qui suscita la cruauté de celle qui en bénéficiait.

Enroulant doucement son doigt autour de la mèche de cheveux, Ran la tira un peu plus fort l'instant d'après. Une tension qui renforça une pression, mais le terme d'obéissance restait toujours plus approprié que celui de vengeance pour désigner le comportement d'une chimiste.

C'est de cette manière silencieuse que s'instaurèrent les règles tacites d'un petit jeu qui allait se poursuivre durant plusieurs secondes de pur délice. Un petit jeu auquel Shiho se plia sans trop de difficultés. La douleur que lui infligeaient les doigts de sa tortionnaire? Elle était insignifiante…contrairement à celle dont elle pouvait faire bénéficier sa partenaire. Il n'y avait aucune égalité dans cet affrontement, c'était toujours elle qui était en position de force pour remettre à sa place l'autre si elle allait trop loin.

Mais pourtant…elle traita néanmoins les injonctions silencieuses de Ran comme des instructions plutôt que comme des provocations. Des instructions qu'elle suivit scrupuleusement.

Les doigts de Ran caressaient une chevelure au lieu de la tirer ? Les dents d'une chimiste s'écartaient aussitôt pour laisser le passage à une langue.

Si une lycéenne goûta à la tendresse et à la cruauté, et s'amusa fréquemment à mélanger les deux, à aucun moment elle ne cessa de savourer la docilité de sa compagne.

Sa compagne…Son corps venait de s'affaisser légèrement. Cette nouvelle position devenait trop fatigante pour elle ? Une réponse qui semblait logique à Ran.

Les genoux de Shiho ne reposaient pas sur un coussin, et même si l'une de ses mains s'appuyait sur le sol, et l'autre sur l'épaule de sa partenaire, ce ne devait pas être spécialement facile de se tenir à moitié redressée pour appliquer ses lèvres sur la poitrine de son amante.

Un léger frottement nuança la réponse. Ce n'était pas le ventre d'une métisse qui était en contact avec son genou, c'était… L'évidence poussa Ran à écarquiller les yeux… Shiho était en train de…sur…

Mais après tout… Plier son amante à ses phantasmes, se plier ensuite aux désirs qu'on suscitait chez elle, contrôler la dose de plaisir et de déplaisir qu'on lui procurait, sentir la confiance dont on bénéficiait…C'était les seuls ingrédients qui pouvaient constituer la jouissance de la chimiste depuis le début de leur union. L'excitation de Shiho devait être proportionnelle à la sienne…mais la métisse n'avait aucun moyen de l'évacuer. Et la proximité avec le corps qu'elle désirait tant ne devait pas arranger les choses…

Estimant que les joies de l'amour se devaient d'être réciproques, Ran appuya légèrement son genou contre la jupe de la chimiste avant de le remuer doucement. Si les dents de Shiho mordillèrent fermement quelque chose l'instant suivant, ce fût ses propres lèvres tandis qu'elle fermait les yeux.

Une adolescente leva doucement son autre jambe, avant de refermer ses orteils sur le tissu d'un vêtement qu'elle commença à tirer en arrière, dévoilant petit à petit une culotte. Après quelques contorsions, qui firent regretter son manque de souplesse à une lycéenne, et son manque de prévoyance à une chimiste (pourquoi n'avait-elle pas retiré sa jupe elle-même ?), les deux jeunes femmes réussirent à baisser une jupe de quelques centimètres non négligeables.

Le genou de Ran remua un peu plus contre un voile de dentelle humide, tandis que les orteils de son autre pied tiraient sur l'extrémité du vêtement qui lui dissimulait les jambes de sa partenaire. Après cela, le genou effectua une migration pour se caller contre le ventre d'une métisse. Un pied s'inséra dans un espace restreint, celui qui était entre les cuisses de Shiho. Pour être un peu plus précis, l'espace entre sa culotte et l'ourlet de sa jupe, une jupe que Ran fit descendre jusqu'aux genoux de sa compagne.

Devait-elle regretter son manque de prévoyance ? Shiho l'ignorait. Après tout, la manière dont on lui avait retiré ce vêtement de trop était loin d'être désagréable. Agitant ses jambes, la chimiste fit glisser la jupe jusqu'à ses pieds avant de la faire valser sur le sol de la pièce.

Ran fit effectuer une rotation à son genou pour plaquer sa jambe contre le sexe de son amante, un geste qui coupa le souffle de cette dernière. Une fine couche de soie, c'est tout ce qui s'interposait entre elle et le corps de sa compagne, un corps contre lesquels elle se frotta avec un plaisir non dissimulé.

La main de Shiho s'écarta de l'épaule de Ran pour se plaquer sur le sol. Il fallait qu'elle se maintienne dans la position la plus stable possible… Stable et...adaptée aux mouvements de cette jambe qui lui comprimait le ventre…entre autres.

Durant une longue, très longue minute, l'adolescente contempla le visage rougissant de sa partenaire. Ses gémissements, les spasmes qui l'agitaient, sa respiration haletante, l'humidité de la culotte que Ran frottait contre sa peau… Shiho avait peut-être fermé les yeux et conservé sa chemise, mais cela ne changeait rien au fait qu'elle se dévoilait totalement face à son amante.

Une amante qui promena sa main sur sa joue avant de la faire doucement remonter vers sa chevelure. Cette chevelure dans laquelle elle promena les doigts avec délicatesse, sans pour autant interrompre le massage qu'elle prodiguait à la métisse.

Des paupières se relevèrent petit à petit, dévoilant des yeux qui se baissèrent timidement vers le sol. Elle paraissait si…vulnérable ? Oui, comme si elle était honteuse de s'abaisser à réclamer quelque chose à sa compagne au lieu de lui arracher. Comme si c'était une faiblesse de réclamer de la tendresse…

Faisant doucement descendre sa main, de manière à ce qu'elle s'éloigne de la chevelure de la chimiste pour se rapprocher de son dos, Ran la fit brutalement basculer en avant. Plus de peur que de mal pour Shiho, sa chute venait d'être amortie par la plus confortable des surfaces.

« R…Ran ? Qu'est ce que…tu… »

Une main se plaqua brusquement sur la bouche de la chimiste, réduisant sa question à un gémissement plaintif. Levant des yeux craintifs vers celle qui la retenait prisonnière, Shiho commença à poser ses doigts sur le bras qui la maintenait contre le corps de son amante, tout en la réduisant au silence.

Pendant un bref instant, le présent se mélangea au passé, la main de Conan se superposant à celle de Ran tandis que la distinction entre Shiho et Haibara s'effaçait. Fermant les yeux, la métisse embrassa doucement la paume qui était fermement appliqué contre ses lèvres.

Lorsque Ran fit mine de rendre sa liberté de parole à sa compagne, les doigts qui lui effleuraient le bras se mirent à l'agripper pour le maintenir en place. Quelques secondes s'écoulèrent sereinement dans le silence. Un malaise se résorbait petit à petit dans une douce chaleur, une chaleur légèrement différente de celle qui avait consumé une métisse. La chaleur d'un sentiment, la douce sensation de se sentir protégée.

En règle général, la scientifique ne retenait jamais sa langue en présence d'un détective, l'imprégnant au contraire de commentaires acides pour en aiguiser le tranchant. Mais lorsque cet irritant petit détective l'avait réduite à l'impuissance, sur le siège avant d'une voiture, la révolte et la frustration n'avaient même pas eues le temps de jaillir dans la conscience de sa meilleure ennemie.

Cette main s'était détendue pour retenir un cri, un cri qui aurait pu signaler la présence de leur proie à ces ombres mystérieuses qui tournoyaient autour d'eux, ne signalant leur présence que par la lueur rougeoyante d'une cigarette. Le bras qui maintenait cette main en place n'avait pas été agité par le moindre tremblement, il n'y avait pas eu la moindre lueur de panique dans les yeux qui avaient croisés les siens. La peau qui était en contact avec ses lèvres ? Elle n'était pas moite.

Le sentiment de certitude qui irradiait en permanence de Kudo pouvait être extrêmement irritant. Ce n'était guère le signe visible de l'invincibilité d'un héros pour Haibara, plutôt le bandeau qu'un gamin ignorant s'enroulait autour des yeux tandis qu'il souriait face au rouleau compresseur qui s'avançait vers lui. Mais à ce moment là…l'adulte cynique laissa la place à une petite fille qui ne demandait qu'à croire aux héros, des héros capable de maintenir à distance les monstres qui se dissimulaient dans les ténèbres.

Quand elle s'était enroulée dans ces couvertures ce soir là, la petite fille n'avait pas pu s'empêcher de poser ses propres doigts sur ses lèvres, se remémorant la sensation qu'un idiot avait suscitée chez elle en la réduisant au silence.

Au bout de quelques mois, lorsque la fillette avait définitivement laissé la place à une adulte, le souvenir de cette sensation ne s'était pas estompé avec le temps, bien au contraire.

Une autre main fût appliqué sur ses lèvres, s'interposant entre son intimité et un voile de tissu que l'humidité avait collé à sa peau l'instant d'avant. Cette nouvelle sensation établit un pont entre les rêveries d'une fillette et les phantasmes de l'adulte qui avait pris sa place.

Plus ça change, plus c'est la même chose. Une scie éculée qui fit naître un sourire, un sourire de bonheur dissimulé par la main d'une lycéenne.

La tension du corps de la chimiste acheva de se relâcher tandis quelle se blottissait contre celui de sa compagne. Elle avait goûté la jouissance d'être dans la position de celle qui exerçait le contrôle, elle se glissa docilement dans la position opposée.

C'était rassurant d'être en position de force, rassurant de quitter le rôle de la proie pour celui du prédateur et le rôle de l'outil pour celui du manipulateur. Mais c'était encore plus rassurant de se trouver dans une situation où détenir la moindre forme de pouvoir devenait inutile, rassurant de se sentir prisonnière de quelqu'un…qui n'abuserait jamais de son pouvoir sur vous.

Si l'impuissance et la sensation d'être vulnérable faisaient partie des peurs les plus intimes de la chimiste, être autorisée à faire preuve de faiblesse était aussi son désir le plus secret.

Oui, c'était une faiblesse de s'appuyer sur les autres, avoir besoin d'une personne vous rendait vulnérable face à cette même personne…mais sentir que l'on reposait sur un sol solide qui ne menacerait pas de s'écrouler, sentir que vos besoins ne resteraient jamais inassouvis…c'était un tel bonheur parfois.

Après avoir franchie la ligne d'une culotte, Ran se mettait à franchir la ligne séparant les caresses des frottements. Le gémissement étouffée qui s'immisça dans le silence de la pièce n'avait rien de plaintif, et ce n'était certainement pas la souffrance qu'il exprimait. Un gémissement qui se prolongea durant plusieurs instants de pur délice, aussi bien pour celle qui le poussa que pour celle qui l'écoutait.

C'était agréable. Si agréable de ne plus avoir à se retenir.

Shiho n'était pas la seule à apprécier le changement de position.

Avoir confiance en une personne au point de s'abandonner complètement entre ses bras, sentir qu'une personne vous faisait confiance au point de s'abandonner entre vos bras, les deux faces d'une même pièce. Une pièce que Ran chérissait comme le plus précieux des trésors.

Embrassant la chevelure de son amante, la jeune femme commença à remuer ses doigts. Immisçant son index entre deux lèvres, elle s'introduisit dans ce monde mystérieux dont les portes étaient grandes ouvertes, l'invitant pratiquement à les franchir.

L'intimité de sa compagne… Ce monde mystérieux et en même temps si familier, ce monde chaud et humide, ce monde qui demeurerait à tout jamais à l'abri de ses regards, la forçant à en tâtonner les parois pour s'orienter dans son exploration…

Petit à petit, la pression que les doigts de Shiho exerçaient sur le bras de sa compagne se relâcha.

Encouragée tacitement dans ses investigations, Ran se décida à utiliser son majeur pour récolter d'autres indices. Après tout, elle voulait connaître la métisse en profondeur, beaucoup plus en profondeur.

Durant de longues minutes, l'adolescente se mit à établir mentalement une carte, la carte de cette contrée inconnue qui ne demandait qu'à être explorée. Oh oui, d'après les gémissements de sa prisonnière, elle ne demandait que ça.

Un frisson parcourut l'échine de Ran chaque fois qu'un de ses doigts effleuraient une zone particulièrement sensible de l'anatomie de son amante. La détective en herbe se montrait extrêmement méticuleuse dans ses investigations, n'hésitant pas à s'attarder longuement sur chacune des zones en question, les palpant avec délicatesse pour en délimiter le tracé avec précision.

Les yeux de Shiho, ses yeux aux paupières closes, ils venaient de se plisser. Que devait-elle déchiffrer sur ce visage ? Etait-ce la douleur ou l'extase qui le poussait à se crisper ? Ran désirait lever l'ambiguïté, tout en hésitant à retirer sa main de la bouche de la métisse.

Se sentir délivrée de toute honte et de toute culpabilité tandis que quelqu'un assumait vos désirs à votre place ? Une libération que l'adolescente avait savourée lors de sa toute première fois.

Sentir que celle qui s'était emparée de votre confiance était en train d'en abuser, et avec votre consentement ? Un malaise que la jeune femme avait frôlé de près, très près, lors de cette première fois.

« Est-ce que…je suis…vais trop loin ? »

Ces paupières ne s'étaient pas relevées, continuant de dissimuler un regard où pouvait se refléter tant de choses. Que ce soit les doutes, la joie, la timidité, la peur, le bonheur… Shiho remua doucement la tête, non pas pour acquiescer ou exprimer son désaccord, simplement pour frotter sa joue contre le sein de son amante. Une réponse que Ran estima suffisamment claire.

Si la jeune femme glissa son annulaire dans un cercle, ce ne fût pas celui d'une alliance, même si c'était l'amour qui avait guidé ce doigt. Un léger spasme agita la métisse lorsque ce troisième corps étranger s'immisça dans le sien, se resserrant contre les deux autres qui l'avaient précédé.

Tournoyant légèrement sa main, Ran arracha un gémissement étouffée à son amante. Un gémissement suppliant mais qui était tout sauf plaintif, un gémissement qu'elle s'amusa à prolonger indéfiniment.

Le sourire de l'adolescente s'élargissait un petit peu plus à chacun des soubresauts qui faisaient remuer le corps tremblotant qui se blottissait contre le sien. Les frissons qui parcouraient la surface de ce corps, et qu'elle pouvait sentir en frottant sa jambe contre celle de sa compagne ? Ce n'était certainement pas de la peur qu'ils exprimaient.

La tension qui régnait sur ce corps et qui allait en s'accroissant ? Dans l'esprit de Ran, elle se superposait à une autre tension, celle qui avait envahie une partie bien particulière du corps de son ami d'enfance, lors d'un moment particulièrement intime de leur vie. L'adolescente voulait sentir cette tension se relâcher…mais brusquement, et non pas graduellement.

Ce mouvement de va et vient qui traversait le sexe d'une femme ? Elle voulait qu'il s'accélère, pas qu'il se ralentisse, tant qu'il ne franchissait pas la limite de la brutalité.

Pour l'adolescente, toute distinction entre le passé et le présent venait de s'abolir, la première fois de Shinichi se superposa avec celle de Shiho, et elles restèrent entremêlées jusqu'au dénouement final. Que ce soit son amant ou son amante, ils avaient tout les deux franchi la barrière de l'orgasme en l'abandonnant de l'autre côté.

Aucune importance pour Ran, ils l'avaient aidé tout les deux à se rapprocher le plus possible de cette barrière, ils lui avaient même fait frôler à plusieurs reprises. Un beau jour, l'un d'entre eux la ferait passer de l'autre coté à son tour. Elle n'était pas pressée, pas trop, l'essentiel était ailleurs…elle l'avait déjà atteint.

Ce n'est pas sa main que l'adolescente écarta des lèvres de son amante pour lui laisser reprendre son souffle, ce fût ses deux mains. Deux mains avec lesquelles elle caressa ce corps qu'elle avait poussé jusqu'au bout de ses limites, laissant une trace humide sur une chemise déjà détrempée par la sueur.

Oui, l'essentiel était définitivement ailleurs. L'essentiel c'était de sentir le corps de la personne qu'on désirait, le sentir de près, très près, qu'il s'agisse de celui d'un détective ou de celui d'une criminelle…

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Note de l'auteur : Pour la traduction anglaise du poème de Sapho, j'ai utilisé celle de Mary Bernard. La traduction en français de cette même traduction a été effectuée par votre serviteur.