« Si tu sens qu'il t'aime, dis lui.

-Qui parle d'amour ?! Wohohoho, moi je veux pas d'une relation sérieuse là ! Juste histoire de dire que je suis pas seul quoi !

-Alors ne cherche pas à sortir avec lui. Même s'il te demande : rembarre le.

-Hein ?! Mais pourquoi ?!

-Parce que tu commences à prendre les autres pour des jouets. »

Emilie se tait. Elle me regarde d'un air grave l'air de dire « regarde ce que tu es devenu, pouffiasse ! » et je dois avouer que je commence à penser de même. Pas de là à dire que je prends les autres pour des jouets, hein, faut pas abuser. Je suis une gentille fille. Un gentil mec. Je vous emmerde, j'dis qu'est c'que j'veux. Je ne sais que lui répondre, j'ai l'impression que je la dégoûtais. On est censé faire quoi, dans ce genre de cas ? C'est bête à dire, mais ce que je n'ose pas m'avouer, c'est toujours elle qui me force à en prendre conscience et je lui en suis infimiment reconnaissant, oui. Sauf maintenant. Je veux un petit ami, c'est pas ce qu'elle me dit qui va changer ça ! Faut juste que j'arrive à ne pas coucher avec lui, et ça ira. Ne pas coucher ? Avec mon petit ami ? Ma parole, mais je suis con moi. C'est carrément mission impossible ! Rockeur de 16 ans, évidemment qu'il veut bais-... Je m'emporte. Pardon. C'est à cause de ce genre de détails que je rêve d'une romance avec un professeur. C'est aussi parce que je suis un garçon efféminé de 16 ans et que je pense comme une adolescente fane de Twilight, oui. Mais c'est aussi à cause du sexe. Si, je vous jure ! Bref. Mon portable se remet à vibrer, plus longuement cette fois : un appel. Je reste silencieux, je n'ose pas décrocher, Emilie fini par le faire à ma place.

« Allo ? Non, elle est pas dispo là, elle prend une douche, elle en a encore pour une vingtaine de minutes. » Un silence se fit, silence pendant lequel elle semblait écouter son interlocuteur. Elle me lança un regard songeur avant de reprendre. « Elle y est allé directement en rentrant. C'est pour ça. Ouais, c'est ça. Chao. »

Elle raccrocha et me regarda droit dans les yeux : « ça, c'est seulement pour les cours d'équitation que tu as suivit pour que je puisse les sécher. » me dit-elle avec un léger sourire. Elle se releva ensuite et me lança que j'avais vingt minutes pour prendre ma douche et que passé ce délai elle venait prendre une photo pour l'envoyer à tous le lycée. Un ange, hein.

Quand je ressortis de la salle de bain une demi-heure plus tard, il me fallut user d'un bon nombre de techniques pour lui faire avouer que ça valait pas le coup de me foutre la honte pour quelques dix minutes de retard et que franchement, après tout ce qu'elle avait fait pour m'aider, c''était nul de m'enfoncer. Elle fini par accepter la réalité et me rendit mon portable non sans ricaner quand mon doigt glissa sur la toucher d'envoi. Le tactile ? C'est de la merde ! Encore une fois, une touche d'annulation qui refuse de fonctionner et voici le MMS qui s'en va. Vers Castiel. Oui, la photo de moi, nu, sous la douche. Qui s'envoie. Bon ! Eh bien sur ce je vais aller me suicider rapidement, gentiment, tranquillement et surtout fortement.

Je tremble, je suis en pleine panique. Qu'est-on censé faire dans ce genre de situation ? J'ouvre internet et tape bêtement sur Google « je me fais passer pour une fille et maintenant tous le monde le sait, que faire ? » et évidemment... Aucune réponse ne correspond à mes besoins. Peu importe, c'était juste carrément le truc le plus con que j'ai jamais fait dans ma longue vie de gros abrutis. Quoi que... Non, seconde place. Juste après le fait de m'être travesti. Je laisse mon portable s'échapper vers le sol. Il vibre. Une fois, deux fois, trois fois... Un appel. Le nom de Castiel. Un appel de Castiel. Il veut qu'on en parle. Je donne un coup de pied dans mon téléphone, le faisant glissé sous le canapé puis de l'autre côté, il va se cogner contre le mur.

Emilie alla le ramasse, elle regardant un moment l'écran qui s'éteignait et se rallumait au fil des appels manqués. Elle même ne savait quoi faire... Alors moi, comment j'aurais pu savoir, hein ? Au final, les appels s'arrêtèrent. On regardait encore le téléphone tout les deux, on se regardait par moment. Au bout d'un instant, elle se releva et alla dans la cuisine.

« Tu veux manger un truc ?

-... Des céréales... Taille dépressif.

-Y a du Nutella, si tu veux.

-Encore mieux. »

Elle amena le pot de Nutella et deux cuillères puis s'assit à côté de moi. Nous étions silencieux, mangeant doucement en réfléchissant. C'est elle qui fini par briser le silence avec une hésitation que je comprenais tout à faire.

« Tu devrais peut-être... Heum... Disons que tu n'as qu'à dire que c'est ton jumeaux.

-Tu crois que ça marcherait ?

-J'en suis sur, il sait juste que tu es le cadet, non ?

-Oui, c'est ça.

-Alors dis lui que je suis toi et que tu es moi.

-Donc... Je deviens la jumelle, et toi le jumeau ?

-Oui. Par contre, j'irais pas jusqu'à me couper les cheveux hein...

-Compréhensible ! »

Je ris un peu bien que la situation ne s'y prête pas. Elle fini par se joindre à moi, riant de ce nouveau coup foireux. A force de mentir, on s'enfonce dans nos erreurs il paraît... Mais à ce moment, comment peut-on le savoir ? On se croit supérieur à tout ça.

Le soir même, vers 21h, je m'assoie dans la chambre, sur mon lit, face à celui de ma sœur. Je prend mon portable et vais dans le journal des appels, je sélectionne celui de Castiel mais au moment où j'allais l'appeler il le faisait déjà et je vis son nom apparaître à l'écran. Cette fois-ci, pas question de fuir. Je décroche.

« Allo ?

-Il était temps que tu décroches Aoimaru. Si c'est vraiment ton prénom ? Un peu trop féminin pour ton corps de gamin, non ?

-Heu... Non, je... C'était mon frère.

-Ton frère jumeau ? Écoutes, je me disais, j'ai ton dossier sous les yeux là... Tu es un mec.

-Mon dossier ?! Comment tu l'as eu ?! »

J'avais déjà hurlé quand j'ai remarqué que ma sœur me chuchotait « c'est du bluff ». J'aurais du y penser, évidemment... C'est Castiel, il a pas accès à mon dossier. Cela dit, je me rends compte que Nathaniel lui y a accès. Je suis donc présentement dans la merde. Il va falloir que je règle ça demain. Là, pour l'instant, je dois rattraper ma connerie.

« De toute façon, c'est sûrement une erreur. Je réglerais ça demain avec l'administration.

-Dis, Aoimaru. Tu veux sortir avec moi ?

Je rougis violemment, fixant ma sœur, elle était tout aussi étonné que moi. Il y eu un long moment de silence aux deux bouts de la ligne. Ni ma sœur ni moi ne savions que faire et Castiel préférais rester silencieux à attendre ma réponse. Je finis par réagir, peut-être pas de la meilleure façon qui soit d'ailleurs...

« Attends... T'as dit quoi ?

-Non, rien, laisses. Bonne nuit, Aoimaru. »

Et il raccroche. J'ai les larmes aux yeux, Emilie me lance un regard à la fois dépité et carrément accusateur. C'est clair que j'ai fait une grosse connerie hein... mais bon. Je fais avec, je me soigne. Pas. La ferme. J'fais qu'est c'que j'veux.

Emilie se leva et me tendit la main. « Allons nous coucher. » conclu-t-elle. Je prends donc sa main et me relève en soupirant, désespéré. Il faudra qu'il pense à réitéré sa proposition une fois que j'aurais vraiment réfléchis parce que là... Trop de chose d'un coup, je suis à bout, je vais mûrir. Mûrir ?Non, mourir ! Il est temps que j'aille dormir...

En me levant le lendemain, j'avais presque tout oublier de la veille. Presque. Sous-entendu que non, je n'avais pas oublier du tout mais que c'était quand même mieux de faire genre pour pas déprimer. Je monte sur la balance. J'ai pris 2 kilos. Je veux me pendre. Je pose mes mains sur mon ventre plat et hausse les épaules : tant que c'est plat, ça se voit pas !

Je descend donc dans la cuisine et je me mets devant le placard. Céréales ? Pas céréales ? Hm... Disons Pas céréales. Qu'est ce qu'il y a d'autre ? … Des céréales, chouette ! Je prend le paquet, le vide dans un grand bol et rajoute un peu de lait. Enfin, un bol de céréales quoi, je vais pas vous faire un mode d'emplois non plus ! Réfléchissez ! Bon, je fini rapidement le bol et attrape mon sac en soupirant, il va falloir que je me présente en cours. Normalement. Après ce qu'il s'est passé hier. C'est la merde.

J'ouvre la porte et je regarde devant moi. Nathaniel ? Je sursaute. Qu'est ce qu'il fout là... ?