Un petit peu en avance mais bon, disons que c'est pour la rentrée ;)

Ne criez pas à l'OOC, avant ça rappelez-vous que le Quidditch est au sorcier ce que le rugby est aux All Blacks. XD

Enjoy & Review


It began as most thing begin. Not on a dark and stormy night. Not foreshadowed by ominous here comes the villain music, dire warning at the bottom of a teacup, or dread portents in the sky.

It began small and innocuously, as most catastrophes do. A butterfly flaps its wings somewhere and the wind changes, and a warm front hits a cold front off the coast of western Africa and before you know it you've got an hurricane closing in. By the time anyone figured out the storm was coming, it was too late to do anything but batten down the hatches and exercise damage control.

Karen Marie Moning – Darkfever

Cela commença comme commence la plupart des choses. Il n'y eut pas de nuit sombre et orageuse. Ce ne fut pas annoncé par le thème musical de l'arrivée du méchant, un avertissement affreux au fond d'une tasse de thé, ou d'effroyables présages dans le ciel.

Cela commença doucement, de façons anodine, comme une grande partie des catastrophes. Un papillon battit des ailes quelque part et le vent tourna, et un front chaud heurta un front froid sur la côte d'Afrique de l'Ouest et, avant de le réaliser, vous aviez un ouragan sur les bras. Le temps que quelqu'un se rendisse compte que la tempête arrivait, il était trop tard pour faire autre chose que fermer les écoutilles et minimiser les dégâts.

Karien Marie Moning – Darkfever

Chapitre 4 : Damage Control

Les antidotes allaient dans le carton de droite. Les poisons dans celui de gauche.

Remus énuméra à voix haute les différents noms et quantités des potions qu'il était en train de trier, afin que la plume et le parchemin qui voletaient autour de sa tête puissent en prendre note.

Assis en tailleur devant la table basse où s'étalaient tout un tas de fioles, Remus déposa trois nouvelles potions dans le carton des poisons et soupira.

Leurs réserves étaient presque épuisées.

Aussi cruel et répréhensible que cela ait l'air, les potions létales étaient nécessaires. Davantage dernièrement que lorsque Severus les avait préparées, étant donné les escarmouches régulières avec les Mangemorts. Il se passait rarement une semaine sans qu'un ou deux membres de l'Ordre se retrouvent face aux hommes de main de Voldemort, désormais. Projetés, les fioles de poison étaient une arme redoutable, mais Severus n'avait jamais prévu de disparaître aussi rapidement, et leurs provisions diminuaient de jour en jour.

Il en allait de même pour les potions de soin, bien que le problème ne soit pas aussi important. Dumbledore pouvait s'en procurer à Sainte Mangouste via l'infirmerie de Poudlard. Tant que le conseil d'organisation de l'école ne mettait pas le nez dans les comptes, cela devrait marcher...

Il faudrait que l'un d'eux se mette aux chaudrons, et rapidement. Les Maîtres des Potions ne se trouvaient malheureusement pas sous le sabot d'un cheval, surtout s'ils étaient aussi talentueux que Severus... Slughorn ne faisait pas partie de l'Ordre et Dumbledore ne prévoyait pas de l'y intégrer. En vérité, la seule chose que savait le vieux Professeur avec certitude était que le Directeur connaissait un loup-garou en grand besoin de potion tue-loup.

L'homme avait consenti à la lui préparer de façon mensuelle et Remus en était reconnaissant. Même si sa potion n'était pas aussi efficace que celle de Severus. Elle était moins forte et l'esprit de l'animal était bien plus présent durant les pleine lunes... Cependant, il était admis que la potion tue-loup était une des plus compliquées et l'expert restait Severus Snape, grâce à la petit blague de Sirius durant leur sixième année.

Penser à Sirius n'était probablement pas une bonne idée, à l'instant, et il continua de trier ses potions.

Le petit salon du premier étage – un des rares à être totalement nettoyé – était silencieux. Comme le reste de la maison.

Il aurait dû prévenir le reste de l'Ordre.

Non... Il aurait dû prévenir Dumbledore. Et, accessoirement, observer le Directeur sermonner son meilleur ami jusqu'à ce que l'Animagus éclate en sanglots coupables.

Bien sûr, c'était assez improbable et mesquin de sa part.

Il n'empêche que Sirius n'aurait rien mérité d'autre.

Passe encore que depuis une semaine, le hors-la-loi effectue des sorties imprévues dans le voisinage. Passe que l'odeur de cigarette envahisse régulièrement la maison. Mais là, il dépassait les bornes.

Il n'était jamais parti plus d'une heure ou deux... Remus n'avait plus de nouvelles depuis la veille au soir. Il avait passé la nuit dans la cuisine, à attendre que son ami revienne, puis la journée à faire l'inventaire, à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de contacter Dumbledore. Pour ce qu'il en savait Sirius était peu être en train de croupir dans une cellule du Ministère...

Excepté que si ça avait été le cas, quelqu'un l'aurait sans douté déjà prévenu.

Il entendit la cheminée s'activer au rez-de-chaussée mais n'y prêta pas réellement attention. Sirius reviendrait par la porte d'entrée et pas autrement.

Il tourna à peine la tête quand Tonks s'immobilisa sur le seuil, quelques minutes plus tard.

« Qu'est-ce que tu fabriques ? » demanda la jeune femme.

Son regard parcourut la large collection de fioles avec curiosité.

« Inventaire. » soupira-t-il, avant de finalement se tourner vers elle.

Pantalon noir, bottes à revers, un pull bleu pétrole sous un blouson en cuir... Ses cheveux étaient blonds, aujourd'hui, striés de mèches assorties à son haut, et retenus en une queue de cheval.

Nettement plus sobre que ses tenues vestimentaires habituelles.

« J'ai passé la journée à baby-sitter Fudge. » déclara Tonks, suivant probablement le cours de ses pensées. « J'étais la seule disponible, mais l'originalité le dérange. »

« Il ne sait pas ce qu'il perd. » répondit-il, sans réfléchir.

Un grand sourire étira les lèvres de la jeune femme, et elle traversa la pièce pour s'installer sur le fauteuil à sa droite.

« C'est rare les garçons gentils comme toi, Remus. » lâcha-t-elle, avec son franc-parler habituel. « Je parie que toutes les filles te courraient après à l'école. »

Il plaça une fiole de potion, à moitié vide, dans le carton de gauche, sans cacher son amusement.

« Elles courraient après James et Sirius. » répliqua-t-il, distraitement.

Il ne pouvait pas s'empêcher de tendre l'oreille en espérant surprendre le grincement de la porte d'entrée.

« Syndrome des joueurs de Quidditch. » commenta-t-elle. « Si j'avais été à Poudlard avec toi, tu ne serais pas arrivé à te débarrasser de moi... »

Parce qu'il n'écoutait pas vraiment, il fut un peu surpris de la voir s'agenouiller à côté de lui et tendre la main vers une fiole. Sans doute voulait-elle aider, mais il la connaissait. Il eut à peine le temps de grimacer avant que trois flacons ne se renversent.

Une bonne chose que Severus les ait rendus incassables...

« Oups... » s'excusa-t-elle, avec un sourire contrit.

Remus éclata de rire. La situation n'avait rien de très comique mais il s'était tellement inquiété pour Sirius durant les dernières heures, il avait tellement angoissé, que Tonks était un divertissement bienvenu. La jeune Auror ne tarda d'ailleurs pas à se moquer d'elle-même, en rejoignant son hilarité.

Rapidement, le fou rire devint nerveux. Le loup-garou avait mal au ventre, de grosses larmes qui coulaient sur les joues mais il ne parvenait pas à s'arrêter. A chaque fois qu'il arrivait à se calmer, ne serait-ce qu'un tout petit peu, Tonks transformait son nez en groin ou pinçait la bouche exactement de la même manière que McGonagall et ils se remettaient à rire.

Il se passa de longues minutes avant qu'ils ne reprennent leur respiration et se souviennent d'agir en adultes. Adossé au canapé, la tête appuyée sur les coussins, ils se dévisagèrent en souriant.

L'espace d'un instant, Remus aurait pu jurer avoir retrouvé ses quinze ans. Le regard de la jeune femme pétillait et celui du lycanthrope dériva vers ses lèvres. Quelque chose se noua dans son ventre. Il mit un moment avant d'identifier la sensation de désir...

Leurs visages se rapprochèrent lentement, sans que Remus ne comprenne comment. Toute son attention allait à la bouche de la Métamorphomage.

Tonks ferma les yeux...

… et Remus se figea brusquement.

Alarmé, il se releva et fixa le seuil de la pièce, guettant les craquements réguliers des marches de l'escalier.

« Sirius. » soupira Tonks, visiblement agacée.

Il ne lui accorda pas un regard, trop occupé à déterminer avec précision si ses sens le trompaient ou pas.

« Remus, qu'est-ce qui ne va pas ? » s'inquiéta brusquement la jeune femme. « Tu as l'air... »

« Du sang. » grogna-t-il.

Il était impossible de se méprendre. Malgré lui, un frisson d'excitation parcourut son échine. Il sentait l'ombre du loup s'agiter en lui, un instinct purement animal que la légère odeur métallique réveillait.

« Quoi ? » lâcha l'Auror, sans comprendre.

Elle se releva, elle aussi, un peu trop brusquement au goût du loup qui dormait en lui. Il tourna brutalement la tête vers elle, un éclat dangereux dans les yeux. Par chance, il parvint à ravaler le grondement qui menaçait d'enfler dans sa poitrine.

La lune serait pleine dans quelques jours, cela n'aidait pas à dompter les pulsions que l'odeur de sang faisait naître.

« Remus ? » appela-t-elle, clairement sur ses gardes.

Il était presque rassuré de savoir qu'elle était capable de l'assommer de quatre façons différentes avant qu'il puisse traverser la pièce. Non pas qu'il ait une quelconque intention de l'attaquer, mais... avec un loup-garou, on n'était jamais certain de rien.

« Arrête de grimacer, Lunard, tu as déjà assez de rides. » jeta Sirius, en pénétrant dans la pièce d'un pas de conquérant.

Immédiatement, Tonks se désintéressa de Remus pour se précipiter vers son cousin.

« Qu'est-ce qui t'est arrivé ? » demanda-t-elle, avec inquiétude. « Il te faut un Médicomage... »

Il balaya sa question d'un geste de la main, et se laissa tomber sur le sofa. Remus ne savait pas ce qui était le plus choquant, les vêtements déchirés par endroit, les nombreuses égratignures, la large plaie sur son avant-bras... ou le sourire béat sur son visage.

« Comment as-tu fait ça ? » insista Nymphadora, agitant déjà sa baguette pour déterminer la gravité de la situation.

Remus resta sagement en retrait, laissant à la jeune femme le soin de stopper l'hémorragie. Elle n'eut pas la présence d'esprit d'attraper une des potions antidouleur et il ne le lui fit pas remarquer. L'air joyeux de son ami l'irritait réellement. Il était certain que Sirius n'avait aucune idée qu'il avait passé les dernières heures à se faire un sang d'encre. Il était trop égoïste pour ça.

« J'avais oublié... » déclara l'Animagus, alors que la jeune femme bandait maladroitement son bras, du poignet jusqu'au coude. « J'avais oublié ce que ça faisait... »

« De se vider de son sang ? » ironisa Tonks. « Tu crois que c'est une solution ? Tu crois que c'est ce que voudrait Harry ? »

Comprenant le quiproquo, Sirius fut pris d'un fou rire.

« Il ne se l'est pas fait tout seul, Nymphadora. » corrigea sèchement Remus. « Il aurait aussi bien pu, tu me diras... »

S'il avait affronté des Aurors, Kingsley aurait sa peau avant la fin de la journée. Le pauvre homme s'était donné énormément de mal pour mener le Ministère en bateau, alors que Fudge l'avait nommé personnellement responsable de « l'affaire Black ».

« Tu devrais voir l'état de ces abrutis, Remus. » riposta Sirius, sans se départir de son sourire satisfait. « Des Mangemorts tout frais... Leurs masques étaient tout neufs... Ils étaient dans les coins mal famés... Goyle supervisait la sortie scolaire. »

L'expression de l'Animagus indiquait clairement que Goyle et ses nouveaux amis avaient passé un mauvais quart d'heure.

« Dumbledore va te tuer. » conclut sérieusement Tonks, avant de secouer la tête. « Oublie Dumbledore. A côté du savon que Kingsley et Fol'Œil vont te passer, celui de Dumbledore sera de la rigolade. »

Sirius leva les yeux au ciel.

« Quatre Mangemorts assommés, ligotés et déposés devant le Ministère. » répliqua-t-il. « Qui y trouvera à redire ? »

« Devant le Ministère ? » répéta la jeune femme.

Remus n'apprécia pas le ton amusé de l'Auror. Sirius n'avait pas besoin que quelqu'un le trouve drôle, rien ne l'arrêtait dans ces cas là. Étrangement, le loup-garou en vint à regretter l'absence de Severus... Lui, au moins, se serait efficacement chargé de l'ego de son meilleur ami.

« Dans la cabine de l'entrée Moldue. » précisa Sirius. « Avec de jolis badges clamant le retour de Voldemort. »

Tonks le dévisagea, une seconde, puis se mit à rire, trouvant visiblement la plaisanterie irrésistible. Agacé, Remus se dirigea vers le couloir.

« Allez, Lunard... » appela Sirius, dans son dos.

Il l'ignora et continua son chemin vers sa chambre. S'il avait été du genre à claquer la porte, il l'aurait fait. En l'occurrence, il se contenta de récupérer sa veste et de quitter la maison. Lorsqu'il revint, plusieurs heures plus tard, il était nettement plus calme. Un calme qui le déserta rapidement lorsqu'il aperçut Charlie Weasley, Tonks et Sirius attablés autour d'une pizza, dans la cuisine, en train de se moquer de l'édition spéciale de la Gazette.

Sirius Black repéré : Trois de ses complices arrêtés.

Une photo de Sirius, en train de lancer sort sur sort, s'étalait sous le titre, confirmant aux yeux de la population magique qu'un évadé d'Azkaban arpentait bien les rues, et se servait de sa baguette à des fins peu recommandables. Apparemment, le Ministère s'était attribué le mérite de la capture des Mangemorts. Goyle avait été relâché, étant donné qu'il avait nié les faits et prétendu tenter de stopper Black.

Personne dans la maison ne semblait réaliser la gravité de la chose.

Si avant cet article, seul le Ministère s'intéressait à Sirius, à présent, il avait ouvertement déclaré la guerre à Voldemort.

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« Il est complètement irresponsable. » trancha Hermione, en se resservant du jus de citrouille.

Ginny termina de lire l'article de l'édition spéciale de la Gazette et jeta le journal aux jumeaux pour qu'ils aient la chance de faire de même. Son expression dégoûtée en disait long sur ce qu'elle pensait de l'affaire.

« C'est brillant, Hermione. » contra Ron. « Absolument brillant. »

La jeune fille échangea un regard exaspéré avec Ginny.

« C'est dangereux. » jugea la rousse. « Pour Patmol et pour... la vieille bande. »

Le cinquième année leva les yeux au ciel.

« Je suis sûr qu'il va très bien. » déclara-t-il.

« Tu te rends compte qu'il a attiré l'attention de Tu-sais-qui ? » insista Hermione. « Sans compter que ça renforce la thèse du Ministère selon laquelle il est responsable de toutes les attaques... »

La jeune fille s'interrompit brusquement lorsque Neville se glissa à côté de Ron et entreprit de se servir du bacon.

« Vous avez révisé pour le cours de Défense ? » demanda le garçon.

Hermione haussa les épaules, peu inquiète pour le test qui était prévu durant la deuxième période. Elle comptait bien petit-déjeuner en paix.

« Tu n'as qu'à répondre que le Ministère fait un travail fantastique, et elle te mettra probablement un O. » répondit-elle.

Et elle était sérieuse, c'était bien le pire.

« Angelina t'a passé le planning des entraînements ? » s'enquit Ginny, en repoussant son assiette.

La préfète sortit le livre de Défense qu'elle avait commandé chez Fleury et Bott, un des décrets ayant consisté à remiser dans la Réserve tous les livres qui auraient pu leur apprendre quelque chose d'utile sur la défense. Elle avait, cependant, pris soin d'ensorceler la couverture. Au lieu de : Défense Avancée le livre s'appelait désormais Mathilda, raison ou amour. Le rose outrancier, la même teinte que la robe favorite d'Ombrage, avait beaucoup fait rire Ginny.

Le Quidditch, elle en avait honnêtement assez. Depuis que Ron et Ginny avaient passé les essais au début de l'année, c'était tout ce dont elle entendait parler. Ron avait obtenu le poste de gardien et Ginny remplaçait Harry à la position d'attrapeur, même si elle affirmait haut et fort qu'elle préférait celle de poursuiveuse. Quoi qu'il en soit, avec eux deux, l'équipe de Gryffondor était pratiquement devenue totalement Weasley.

Certes, elle comprenait que ses amis se servent du Quidditch comme dérivatif, une façon de ne pas penser constamment à combien Harry manquait, mais ça n'en demeurait pas moins agaçant pour Neville et elle, puisqu'ils n'étaient pas tellement fascinés par le sport en question.

« Deux fois par semaine. » offrit Ron, la bouche pleine. La nourriture vola un peu partout autour de lui.

« Tu es répugnant. » décréta Hermione, en secouant son livre pour que les bouts d'œuf en tombent. Elle aurait dû se souvenir de ne pas s'asseoir en face de Ron...

« C'est ce que je me tue à dire depuis des années. » lança Malfoy, dans son dos.

Les rires des Serpentards l'accompagnèrent jusqu'au groupe des septième année. Malfoy s'arrêta pour parler au préfet-en-chef, et Hermione remercia le ciel que Ron ait été en train d'avaler une trop grosse portion pour répliquer. Il était trop tôt pour un échange de piques avec la fouine.

D'autant que l'agitation à l'extérieur de la Grande Salle l'intriguait. Les élèves restaient agglutinés devant les portes et leurs grondements mécontents enflaient petit à petit. Certains approchaient un groupe encore attablé et ils se levaient tous avec un air catastrophé. Cela commença par les Poufsouffles, et se propagea lentement aux Serdaigles.

Il ne fallut pas longtemps pour que les Gryffondors et les Serpentards repèrent la chose.

Hermione, Ron et Ginny furent parmi les premiers lions à aller vérifier ce dont il retournait. Il fut rapidement clair qu'un nouveau décret avait été placardé pendant le petit-déjeuner. Il fut aussi totalement évident que ce qui avait jusque là été accepté avec un minimum de résistance ne le serait pas autant cette fois.

« Quoi ? » répétait inlassablement Ron. « Non, elle ne peut pas. Elle ne peut pas. »

Les murmures autour d'eux faisaient écho aux sentiments du garçon sur le sujet. Hermione, elle, était partagée. D'un côté, approuver une initiative d'Ombrage lui faisait mal au ventre, de l'autre... elle n'était pas particulièrement chagrinée.

« Elle n'a pas le droit ! » insista son meilleur ami, tandis que sa sœur fixait le nouveau décret d'un air sombre.

« Poussez-vous ! » exigea brusquement Malfoy, en se frayant un chemin jusqu'au pied du mur où la plaque était accrochée.

Malheureusement, c'était là qu'ils se tenaient et Hermione fut prise de l'envie soudaine de quitter les lieux avant que les deux garçons ne se mettent à pleurer en chœur. Draco Malfoy avait été nommé Capitaine, cette année, et ce n'était un secret pour personne que, sans Harry, il estimait les chances de Serpentard comme excellentes.

Il n'allait sans doute pas bien prendre le démantèlement des équipes de Quidditch, l'annulation de tous les matchs officiels et l'interdiction formelle de pratiquer le sport sur le sol de Poudlard.

Le Ministère – ou Ombrage – jugeait apparemment que le Quidditch était trop dangereux et potentiellement subversif.

« Ce n'est pas possible. » répéta encore Ron, pile au moment où le préfet de Serpentard les rejoignit, Parkinson sur les talons.

Probablement trop traumatisé par les rumeurs qui courraient sur le décret, Malfoy ne prit même pas la peine de les insulter. Il lut attentivement la plaque, la relut une deuxième fois, puis une troisième et lâcha un juron qui était loin d'être politiquement correct.

Autour d'eux, les propos rebelles augmentaient. Hermione entendit distinctement quelqu'un proposer de jeter Ombrage au Calamar Géant. Elle trouvait cela un peu triste que tous ces adolescents s'insurgent de l'arrêt d'un sport alors que les propos que le crapaud tenait quotidiennement étaient plus que révoltants.

« Fais quelque chose ! » lâcha finalement Ron, en secouant son bras.

Hermine se libéra d'un geste sec, agacée d'être traitée comme un prunier.

« Que veux-tu que je fasse ? » répliqua-t-elle, en lissant la manche de son uniforme.

Ombrage serait capable de lui donner une retenue si son apparence n'était pas impeccable. Oh, elle n'avait pas peur de la sorcière, mais elle ne tenait pas à se faire charcuter la main sans raison valable.

« Tu es une préfète. » rétorqua son meilleur ami, comme si ça expliquait tout.

« Oui. » confirma-t-elle, avec ironie. « Toi aussi. »

« Mais... Tu sais toujours quoi faire ! » protesta Ron. « Fais quelque chose. »

« Je vais faire quelque chose, belette. » trancha Malfoy.

Avant qu'un des Weasley ou Hermione ait pu riposter, le Serpentard s'était tourné vers la foule rassemblée dans leur dos.

« Johnson ! Chang ! » interpella-t-il Angelina qui parlait avec Cho d'un air catastrophé. « Rassemblez vos équipes. Trouvez celle de Poufsouffle. Je veux les quatre équipes ici, dans dix minutes au plus tard. »

Peut-être était-ce l'autorité avec laquelle il s'était adressé aux deux filles, ou bien le soulagement à l'idée que quelqu'un agisse, toujours est-il que personne ne discuta. Angelina appela à elle les Gryffondors tandis que Cho courrait prévenir les Capitaines de Serdaigle et de Poufsouffle.

Les joueurs de Serpentards attendaient déjà en périphérie.

« On a Botanique, dans dix minutes. » se sentit obligée de préciser Hermione.

Ron et Ginny étaient allés rejoindre leurs coéquipiers, l'abandonnant au groupe de serpents. Elle saurait s'en souvenir.

Le regard acier de Malfoy se posa sur elle, plus dédaigneux que jamais.

« Certaines choses sont plus importantes que la Botanique, Granger. » cracha-t-il. « Mais je ne m'attends pas à ce que quelqu'un comme toi le comprenne. »

« Oh, bien sûr... » s'énerva-t-elle, blessée malgré tout par le mépris qui lui était réservé. Même après tout ce temps. « Qu'est-ce qu'une Sang-de-Bourbe peut comprendre au grand et magnifique Quidditch ? »

« Une Sang-de-Bourbe, je ne sais pas. » se moqua-t-il. « Mais une miss-je-sais-tout doublée d'un rat de bibliothèque ? Absolument rien. »

Il se détourna sans lui laisser le temps de se défendre. Ignorant les ricanements moqueurs de Parkinson, elle en fit de même juste au moment où la première sonnerie résonnait. Sachant qu'il ne lui restait que cinq minutes, elle rejoignit le groupe des lions.

« On va être en retard en cours. » fit-elle remarquer à Ron.

Le garçon la dévisagea comme si elle était folle.

« Ils ont supprimé le Quidditch, il faut qu'on réagisse. » décréta le roux.

« Tu es préfet, Ronald. » soupira-t-elle. « Tu dois montrer l'exemple. »

« Tu peux commencer à distribuer les retenues, Hermione. » déclara Ginny, plaisantant à moitié.

La jeune fille n'avait pas le cœur à rire.

« Je suis sérieuse. » affirma-t-elle.

Mais personne ne l'écoutait. La foule des élèves s'étaient dispersée, laissant le hall vide si ce n'était pour quatre groupes d'élèves qui s'observaient en chien de faïence, soucieux de laisser suffisamment de distance entre eux. Au milieu de ce curieux tableau, les quatre Capitaines s'entretenaient à voix-basse, tout aussi outrés les uns que les autres. Il était clair que Malfoy, étant le plus calme et le plus ferme, serait celui à diriger les négociations.

« Je ne vais pas en cours. » déclara Ron, avec mauvaise humeur. « Tu ne peux peut-être pas comprendre mais... »

« Tu as raison. » coupa-t-elle. « Je ne peux pas comprendre et ça ne m'intéresse pas. »

Elle se dirigea vers les portes, sans prêter attention au commentaire de Ron. Comment pouvait-il comparer son comportement vis à vis d'Ombrage avec la stupidité qu'était le Quidditch ?

Elle rejoignit le groupe des Serpentards de cinquième année juste au moment où Chourave s'inquiétait des absents. Hermione se fit un plaisir de lui apprendre que Malfoy et Ron ne se présenteraient pas. Puisque les deux avaient les mêmes priorités, ils pourraient partager la même punition. Avec un peu de chance, ils s'entre-tueraient.

Le cours de Botanique passa rapidement et les deux Maisons se dirigèrent vers celui de Défense avec le même enthousiasme. Ombrage était d'excellente humeur, d'autant plus quand elle réalisa que deux élèves étaient absents et écoperaient, non seulement d'un zéro, mais également d'une retenue.

Comme elle l'avait promis à Ron – et sans savoir pourquoi elle persistait à tenir une promesse faite à un garçon qui faisait passer le Quidditch avant le reste – Hermione se fit oublier pendant le cours de Défense. Le test était d'une écœurante partialité et portait, comme elle l'avait assuré à Neville, sur les bienfaits que le Ministère apportait à la société magique. Elle prit un grand plaisir à répondre exactement l'opposé de ce que le crapaud attendait.

Les joueurs des équipes de Quidditch ne se montrèrent pas dans la Grande Salle pour le repas de midi et manquaient également à l'appel en Sortilèges. Trois retenues en un seul jour, ce serait sans doute un record pour Ron. Elle commença à s'inquiéter pour lui. Dieu seul sait dans quoi Malfoy les avait embarqués... Connaissant la fouine, il était possible qu'il les ait obligés à contacter Fudge...

Son dernier cours de la journée était Arithmancie et elle ne sut donc pas si Ron s'était rendu en Divination. Elle passa ensuite une heure à la bibliothèque puis retourna à la salle commune, souhaitant déposer son sac avant d'aller dîner. C'était sans compter sur le groupe de première année l'appelant à l'aide. Le temps qu'elle ait terminé d'expliquer le concept de Métamorphose sur lequel ils bloquaient, Ginny posait une main sur son épaule.

« Tu veux aller manger ? » proposa la quatrième année.

Les deux filles se dirigèrent tranquillement vers la Grande Salle. Hermione résista cinq grosses minutes avant de demander où ils avaient tous passé la journée.

« On peut reprocher beaucoup de choses à Malfoy... » se moqua Ginny. « Mais on ne peut pas nier qu'il est têtu. Il a argumenté et argumenté jusqu'à m'en donner mal à la tête. »

« Et ça a payé ? » s'enquit-elle, intéressée malgré elle. Ce n'était pas tant qu'elle n'aimait pas le Quidditch, qu'elle ne trouvait pas le sport aussi fascinant que le reste de la planète.

L'expression de Ginny se fit plus sérieuse.

« Non. » lâcha la rouquine, en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille, signe qu'elle était agacée. « McGonagall ne peut rien faire. Dumbledore ne peut rien faire. Ombrage ne veut rien faire. »

« Vous êtes allés voir McGonagall, Dumbledore et Ombrage ? » s'exclama-t-elle, étonnée. Et peut-être légèrement impressionnée.

« McGonagall était presque aussi furieuse que nous. Elle n'arrêtait pas de répéter qu'elle ne pouvait rien y faire mais Malfoy ne voulait rien entendre. » expliqua Ginny. « J'ai cru qu'elle allait lui arracher la tête. Finalement, elle nous a emmenés dans le bureau de Dumbledore et lui a dit de se débrouiller avec nous. »

« Elle a dit ça... comme ça ? » releva Hermione, un peu perplexe.

La rousse hocha la tête, clairement amusée.

« L'expression de Dumbledore n'avait pas de prix. » déclara son amie. « Visiblement, ils avaient eu la même discussion pendant le petit-déjeuner et, bon sang, ce que McGonagall aime le Quidditch... »

Tout de même...

« Bref, Dumbledore a écouté Malfoy, puis il a dit qu'il n'avait pas le pouvoir d'annuler les décrets. » continua Ginny. « A ce moment là, Ron s'est énervé et a accusé Dumbledore d'être totalement inutile, d'abord avec Harry, puis maintenant avec le Quidditch... »

Hermione écarquilla les yeux.

« Il a dit quoi ? » s'écria-t-elle, horrifiée.

Il ne lui était jamais venu à l'esprit de douter du Directeur. Si Dumbledore ne pouvait rien faire pour ramener Harry, alors il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre... Jamais, elle n'avait tenu le vieux sorcier pour responsable.

Et Ron n'avait pas sous-entendu qu'il le pensait...

Mais, réalisa-t-elle, avait-elle réellement écouté Ron ? Toute entière à son chagrin, elle n'avait pas prêté beaucoup d'attention à son ami. Le garçon n'avait pas pour habitude de parler de ses sentiments... Il avait été plus facile pour elle de se rapprocher de Ginny...

« Il n'est pas le seul à trouver que Dumbledore n'est pas bien présent, tu sais... » remarqua prudemment la quatrième année. « Maman dit que Lupin s'occupe plus de l'Ord... de la vieille bande que lui et, franchement, il n'a pas tenté grand chose pour aider Harry. Sans parler de la chorale. »

C'était un point soumis à discussion. Ils ne savaient pas ce qu'avait ou pas fait Dumbledore. Quant à l'Ordre, ils n'avaient aucune information sur le sujet...

« Ron a eu des ennuis ? » demanda-t-elle, soucieuse de changer le sujet.

« Il n'a pas eu le temps d'en avoir. » déclara Ginny, en riant doucement. « Avant que Dumbledore ait pu dire quoi que ce soit, Malfoy a explosé. Entre autres, il a dit que Ron avait raison, qu'un directeur devait diriger et tout un tas d'autres choses, entrecoupées de menaces plus ou moins subtiles. Il a vraiment mauvais caractère. En moins, de cinq minutes, tout le monde s'est mis à crier et ça a duré pendant des heures. Au bout d'un moment, Dumbledore en a eu assez et nous a dit d'aller voir Ombrage directement. »

« Ron et Malfoy étaient d'accord ? » répéta-t-elle, avec incrédulité.

« Je sais. » approuva la rousse, avec une grimace. « C'est bizarre. »

Bizarre était un euphémisme. Elle secoua la tête.

« Que s'est-il passé avec Ombrage ? »

Ginny haussa les épaules.

« Pas beaucoup plus. » offrit-elle. « Elle n'a rien voulu entendre et est devenue désagréable. J'ai perdu le compte du nombre de fois où Malfoy lui a rappelé qui était son père. Hey, Luna ! »

Hermione tourna la tête, cherchant la jeune fille blonde dans la foule d'élèves qui se dirigeaient vers la Grande Salle. Elle n'était pas bien difficile à repérer, c'était la seule qui restait immobile, sans visiblement se soucier d'être bousculée. La Serdaigle sourit en apercevant Ginny, et agita distraitement la main.

« Vous avez abandonné ? » insista la préfète, tandis qu'elles luttaient pour rejoindre la blonde.

« Non. » répondit Ginny, par dessus son épaule. « Les Capitaines vont écrire à Fudge. »

« Ça ne marchera pas. » commenta-t-elle, franchement.

Une lueur dangereuse passa dans les yeux bleus de son amie.

« S'ils sont intelligents, ça marchera. » rétorqua la rousse. « On peut accepter et supporter beaucoup de choses, mais le Quidditch, c'est sacré. »

Bien plus sacré que la vie de ceux que Voldemort assassinait tous les jours. Mais sans doute était-elle injuste. Ils n'étaient encore que des adolescents après tout...

Avec un soupir, elle se demanda ce qu'aurait fait Harry à sa place.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » s'enquit Ginny, en atteignant la Serdaigle.

Luna les dévisagea avec son air rêveur.

« Je devrais être ailleurs ? » demanda la blonde.

Avec n'importe qui d'autre, la réplique aurait semblé ironique... Mais l'expression de Luna était tellement innocente...

Hermione n'était pas certaine d'apprécier la Serdaigle. Elle était gentille, très certainement, mais légèrement trop... excentrique à son goût.

« Tu veux manger avec nous ? » proposa Ginny.

Luna sembla réfléchir une seconde avant qu'un grand sourire n'éclaire son visage.

« Saviez-vous que les elfes de maison fabriquent le porridge avec de la panse de troll ? » demanda-t-elle gaiement, en passant son bras sous celui de la rousse.

Hermione en fut réduite à suivre les deux filles et à résister à l'envie irrésistible de lever les yeux au ciel.

De la panse de troll.

Et pourquoi pas du scroutt à pétard ?