Note de Loten : Bonne année, tout le monde.

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"Le doute grandit avec la connaissance"

- Von Goethe

Quand Hermione y retourna une semaine plus tard, elle le trouva debout devant la caravane, fumant une cigarette. Il ne semblait pas particulièrement étonné de la voir, sa seule réaction fut de froncer les sourcils en la regardant s'approcher. « Je ne savais pas que vous fumiez » commenta-t-elle, faute de mieux.

« J'ai commencé quand j'avais quatorze ans » répondit-il. « Puis j'ai réalisé que c'était une crise d'adolescent mélodramatique et j'ai arrêté peu après. J'ai recommencé dans les dernières années de la guerre ; j'étais sous stress permanent, après tout » ajouta-t-il sèchement. « Vous êtes venue pour me poser plus encore de questions, je suppose ?

-J'en ai bien peur. Je n'ai toujours pas parlé de tout ceci à qui que ce soit, cependant est-ce que vous voulez que je repasse plus tard ?

-Je n'ai que du temps libre ces derniers temps » lâcha-t-il d'une voix traînante. « Vous devrez attendre que je finisse ma cigarette. Je ne fume pas à l'intérieur et mes voisins sont tous des vacanciers Moldus qui n'ont pas à entendre ce genre de conversation. » Elle acquiesça et s'appuya contre la caravane, l'observant du coin de l'œil il semblait aller mieux qu'à leur dernière rencontre, bien plus alerte. Exhalant un mince panache de fumée, ses yeux se tournèrent pendant une seconde vers elle et se durcirent légèrement. Elle détourna le regard, il semblait être d'une humeur moins coopérative.

Quelques minutes plus tard, il écrasa sa cigarette sur le côté de la caravane et laissa tomber son mégot dans ce qui semblait être une bouteille de vin, posée près des marches et à demie remplie d'eau. Se retournant, il rentra sans lui accorder un regard. Réprimant un soupir, elle le suivit et referma la porte derrière elle, se demandant si les dix dernières années lui avaient fait oublier les bonnes manières ou s'il ne les avait jamais apprises.

« Qu'est-ce que vous voulez savoir d'autre ? » demanda-t-il. La radio omniprésente tournait lorsqu'elle entra ; il ajusta le volume avant de se laisser choir sur le sofa, comme il l'avait fait la dernière fois. Prenant une chaise, Hermione jeta un coup d'œil à la radio.

« Devons-nous vraiment laisser la radio allumée ?

-Oui » lâcha-t-il simplement, tournant à contrecœur le volume vers le bas avant de reporter sur elle son regard impatient. Apparemment il n'allait pas être aussi aisé de lui soutirer des informations, aujourd'hui. « Quelles autres questions avez-vous, Miss Granger ? Il se peut que j'aie beaucoup de temps libre, mais je refuse de le gâcher en vous parlant plus que nécessaire.

-Qui répond aux questions alors ? » le défia-t-elle. « Vous pensiez que qui vous retrouverait ? »

Sa lèvre se plissa. « Je suppose qu'il était idiot de ma part de ne pas m'attendre à ce que l'insupportable Miss-Je-Sais-Tout continuerait à me pourrir la vie » répondit-il aigrement. Elle roula des yeux en guise de réponse, refusant d'être intimidée, et il demanda froidement « Pourquoi cet intérêt soudain pour ma vie ?

-Ce n'est pas soudain » contra-t-elle doucement, sentant que c'était une question importante. « Nous vous avons cherché pendant longtemps. Puisque nous ne trouvions aucun indice, les recherches ont stagné, jusqu'à ce que je vous revoie à Londres et que je ne réalise que vous étiez vivant et que vous pourriez être facilement retrouvé. Bien que je ne sache pas vraiment pourquoi… Pourquoi maintenant, après toutes ces années ? »

Il haussa une épaule, sans la regarder. « J'ai mes raisons.

-Pourquoi vous n'êtes pas revenu avant ? » demanda-t-elle doucement.

Rogue leva les yeux au ciel. « Même si j'admets que vous êtes intelligente, Miss Granger, c'est à contrecœur. Soyez-le pour cette conversation, voulez-vous ? Quelle aurait été la réaction du monde sorcier si j'étais revenu juste après la guerre ? Même après avoir dévoilé au monde entier quelles étaient mes véritables motivations ? Si j'avais eu la chance de ne pas être exécuté à vue, je me serais retrouvé à Azkaban immédiatement. Ayant déjà goûté à la chose pendant la précédente guerre, je n'ai absolument aucune envie de retenter l'expérience.

-Très bien » concéda-t-elle. « Mais, et après ?

-Les réactions auraient été les mêmes. Et le seront sans doute toujours quand vous aurez toutes vos réponses et alerterez le reste du monde.

-Vous ne pouvez en être certain.

-Oh ? » demanda-t-il, le regard étincelant de colère. « Et pourtant, même ma maison a été brûlée. » Elle ne put réprimer un tressaillement et il sourit. « Oui, je sais. J'ai essayé d'y revenir pour prendre des provisions et je l'ai trouvée en ruines.

-Je suis désolée.

-Et pourquoi donc ? » demanda-t-il. « Vous n'êtes pas celle qui a fait ça. L'endroit était horrible de toute façon. » Son sarcasme ne semblait pas sincère cela devait l'avoir touché. « Dans tous les cas, ils n'avaient aucune raison de détruire la maison s'ils ne connaissaient pas l'identité de son propriétaire. Je l'ai pris comme un avertissement et j'ai fui.

-Je peux comprendre » dit-elle à contrecœur. « Mais si vous croyez que les gens seront si hostiles à votre retour, pourquoi vouloir être retrouvé ? Peu importe à quel point vous en ayez assez de votre propre compagnie, vous ne voudriez probablement pas en prendre le risque.

-Et, bien sûr, vous êtes une experte en devenir pour dire ça, je suppose » lâcha-t-il d'une voix traînante, le regard scintillant de colère. « Vous, une de celles qui faisait tant contre moi, vous, qui rendiez ma vie plus difficile encore que ce qu'elle était déjà, vous, qui faisiez partie de ceux croyant que je n'étais capable que du pire. »

Bon, voilà le Snape auquel je m'attendais. « Vous avez raison » admit-elle tout bas. « Mais vous vous rendiez les choses tellement difficiles par vous-même, monsieur. Votre attitude nous poussait à croire le pire de vous. »

Pendant un instant, la fureur dans son regard fut menaçante, il en découlait de la haine presque pure ; alors brusquement la tension le quitta et il rit rudement, un son rauque et plein d'amertume. « Oui, je suppose que j'ai dû faire ça, n'est-ce pas ? Récolter ce que l'on sème, si c'est bien l'expression. »

Rassurée qu'il ne soit pas aussi en colère que ce qu'il semblait, elle rassembla de nouveau ses idées, ses brusques changements d'humeurs étaient pour le moins déconcertants, et elle devait rester concentrée. « Vous n'avez pas répondu à ma question, monsieur.

-Non, en effet » acquiesça-t-il. « Je me rappelle cependant vous avoir demandé d'arrêter de m'appeler 'monsieur' lors de votre dernière visite. Je ne suis plus votre professeur depuis très longtemps maintenant.

-Dois-je vous appeler Tobias, alors ? » demanda-t-elle, taquine.

Il grimaça. « Certainement pas » répondit-il, ne faisant aucun nouveau commentaire sur son choix extrêmement évident de pseudonyme.

Hermione hésita. « Severus, alors ? » suggéra-t-elle prudemment, incertaine de savoir s'il accepterait les conséquences de tout ceci. Cependant, elle ne pouvait pas l'appeler Mr. Snape sans se sentir un peu stupide.

Quelque chose vacilla un instant dans son regard, bien qu'elle ne sache pas trop ce que c'était. Il haussa les épaules dédaigneusement, détournant son regard d'elle comme si tout cela était sans importance. « C'est toujours mon nom. »

Acquiesçant légèrement, elle réfléchit à sa prochaine question. Apparemment, il ne lui dirait pas pourquoi il avait décidé de cesser de se cacher. « Vous savez ce qui s'est passé à la fin de la guerre ? » demanda-t-elle.

« En partie. J'ai repris connaissance peut-être une minute avant la mort du Seigneur des Ténèbres, j'étais donc au courant de cela. Ça aurait été difficile de le manquer » ajouta-t-il après réflexion, frottant à nouveau distraitement son bras gauche - elle se demanda s'il savait au moins qu'il le faisait.

« Vous l'avez ressenti ? »

Il acquiesça, mécontent. « Oui, je l'ai ressenti. » Après un moment il changea de sujet, revenant à sa précédente question. « J'ai volé une copie de la Gazette du Sorcier peu de temps après que tout soit arrivé, peut-être une semaine ou deux plus tard. Je sais qui est mort et qui a été emprisonné, peu d'autres choses. Depuis mon retour en Grande-Bretagne, j'ai souscris un abonnement, je suis donc mieux informé des actualités.

-Y a-t-il quelque chose que vous vouliez savoir sur ce qui s'est passé après… Que vous soyez parti ? » demanda-t-elle, hésitante.

« Quelle importance, maintenant ? » rétorqua-t-il tranquillement, apparemment absorbé par l'étude de sa manche. Après un long moment il releva le regard vers le sien, et elle comprit qu'il voulait tout savoir, mais ne demanderait jamais. Prenant une profonde inspiration, elle commença à raconter une fois de plus l'histoire dans son intégralité, depuis leur départ de la Cabane Hurlante.

Pendant toute l'histoire, Snape ne réagit pas. Il semblait à peine écouter, mais elle savait qu'il était concentré sur chacun de ses mots. Quand elle se tut, il regarda le mur pendant quelques temps, pensif, ses lèvres formant un sourire fin, qui n'atteignit pas ses yeux. « Je regrette seulement de ne pas avoir pu voir le visage de Bella quand elle s'est rendue compte que c'était une traître à son sang qui l'avait tuée » dit-il tout bas.

Malgré elle, Hermione rit doucement. « Je dois l'admettre, c'était un véritable spectacle » acquiesça-t-elle. Il fit un signe de tête, fixant toujours le mur.

« Et je regrette de ne pas avoir vu son visage quand il a appris que je l'avais trahi » ajouta-t-il avec une soudaine sauvagerie dans la voix, le regard étincelant inutile de demander ce qu'il voulait dire. « Si je devais vraiment regretter quelque chose dans tout ce qui s'est passé, c'est de ne pas avoir pu le défier face à face et lui dire ce que je pensais vraiment de lui. » La frustration et la haine étaient perceptibles dans sa voix, qui était maintenant semblable à un grondement. Elle ne pouvait pas même imaginer ce que cela pouvait être de devoir servir quelqu'un que l'on déteste et craint si intensément.

« Harry s'est assuré qu'il le sache » dit-elle doucement, se rappelant la voix de son ami criant « Severus Snape n'était pas des vôtres. »

Il ne répondit pas, et son épouvantable colère semblait se défaire lentement – à moins qu'il ne la réprime – et laissa sur son visage son habituelle expression impassible. « Merci de me l'avoir dit » lâcha-t-il finalement, un peu tendu.

« Vous méritiez de savoir » reprit-elle très bas. « Ce ne serait jamais arrivé sans vous. »

Son regard s'écarquilla légèrement, et quelque chose d'inconnu sembla se former dans la profondeur de ses yeux, avant qu'il ne renifle « Comme c'est touchant. Arrêtez de jouer à la sentimentale avec moi, Miss Granger j'avais presque réussi à oublier que vous étiez une Gryffondor. »

Elle le soupçonnait avoir besoin de temps pour absorber ce qu'elle lui avait dit, elle se leva. « Je dois y aller, de toute façon. Puis-je revenir ?

-Toujours plus de questions ? » demanda-t-il sombrement.

« Encore une ou deux, oui. » Elle s'interrompit. « Harry voudra parler avec vous à un moment ou à un autre, je pense » annonça-t-elle avec soin. Un nerf tressauta sous son œil alors qu'il se tendait presque imperceptiblement et elle comprit sans qu'il n'ait eu besoin de dire quoi que ce soit que ce n'était pas encore une option envisageable. « Pas avant quelques temps, cependant » continua-t-elle. « Il a besoin de temps pour s'adapter à la situation, lui aussi. Je reviendrais la semaine prochaine, si cela vous va ?

-Faites comme vous voulez » lâcha-t-il, mordant. « Vous viendrez, de toute façon. » Elle choisit de ne pas y répondre, car s'il n'avait réellement pas voulu lui parler, il l'en aurait facilement empêchée.

« Dans ce cas, au revoir... Severus. »

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« Eh bien, comment ça s'est passé, cette fois ?

-Oh, je pense que j'ai retrouvé son ancien lui » répondit Hermione, roulant des yeux et souriant légèrement au souvenir. « Beaucoup moins bavard et beaucoup plus sarcastique. C'était presque comme être en cours avec lui.

-Alors il n'est plus malade maintenant ?

-Non, si c'était bien le problème. Je lui demanderai la prochaine fois. Je voulais le faire aujourd'hui, mais je n'ai pas osé.

-La prochaine fois ? » répéta Harry.

« Oui. J'ai passé une bonne partie de ma visite à lui raconter ce qui était arrivé après notre départ de la Cabane Hurlante. Il a su quand Voldemort est tombé et aussi qui est mort, mais c'était à peu près tout ce qu'il savait sur la fin de la guerre, donc je l'ai aidé à compléter le reste. » Elle répéta les détails de la conversation.

« Et tu vas y retourner ? » demanda Ginny, curieuse.

« Oui. J'ai découvert ce qu'il a fait pendant tout ce temps et pourquoi il n'est pas revenu -enfin, en partie, il ne désire pas vraiment donner ses raisons. Je veux toujours découvrir ce qui lui est arrivé. Combien il a souffert à cause de nous. »

Il y eut un silence inconfortable, jusqu'à ce qu'Harry acquiesce lentement. « Ca me semble juste, je suppose. Après ça, par contre, il faudra commencer à le dire aux autres.

-Je sais. Je vais essayer de découvrir ce qu'il veut vraiment, et pourquoi il est de retour maintenant. Je ne pense pas qu'il me le dise, mais je peux toujours essayer.

-Tu aimes ça, n'est-ce pas ? » lança Ginny, tout sourire. Hermione sourit en retour.

« En fait, oui. Me disputer avec lui est beaucoup plus amusant quand on sait qu'il ne peut plus donner de retenue. » Cela les fit tous rire, et Harry posa la main sur son bras.

« Je suis heureux que tu l'aies retrouvé. Tu as raison, nous lui devons tout. Peut-être que maintenant, nous pouvons commencer à payer cette dette.

-S'il nous laisse faire. »

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Il était à nouveau dehors, bricolant une roue de la jeep dégommée quand elle vint la semaine suivante. Levant les yeux à son approche, il fit un signe brusque de tête vers la caravane. Comprenant l'allusion, elle entra à l'intérieur, en profitant pour éteindre la radio et l'observant par la fenêtre alors qu'il travaillait, pesant de tout son poids sur sa jambe gauche alors que la droite restait presque immobile et étendue de manière étrange sur le côté.

Après quelques minutes, il se leva lentement, étirant les muscles de son dos et de ses épaules avant de boiter vers elle. Avec un regard irrité, il ralluma la radio et elle soupira. « Vous ne pouvez pas la laisser éteinte ?

-Non » répondit-il rapidement. Après un moment il ajouta sèchement. « C'est ... nécessaire.

-Nécessaire ? » répéta-t-elle, perplexe. « Vous ne pouvez même pas écouter correctement. »

Il acquiesça et, après une longue réflexion, s'expliqua. « Je n'aime pas le silence à présent. Les bruits de fond m'aident à, oh... Me distraire. Ils… M'empêchent de ressasser des choses auxquelles je n'ai aucune envie de penser. » Hermione réfléchit à son point de vue. Il reprit maladroitement. « Si c'est la musique que vous n'aimez pas, je peux changer la station.

-Non. C'est bon. Je ne suis pas du tout habituée aux bruits de fond, c'est tout. »

Il acquiesça encore et détourna le regard, rejoignant le lavabo pour se laver les mains. Après un moment il demanda avec un soupçon de son sarcasme habituel. « Alors, quel est le thème de vos questions du jour ? »

Prenant une profonde respiration, elle posa la question qui pouvait bien tout ruiner. « Qu'est-ce qui n'allait pas quand je suis venue dans votre caravane, la première fois ? »

Il fronça les sourcils. « Je ne sais pas ce dont vous parlez.

-Je pense que si » insista-t-elle. « Et je pense que vous espériez que je ne remarquerais rien.

-Je ne veux pas en parler » répondit Snape. Son ton répressif accentuait ses paroles ; c'était un sujet dangereux.

Pendant des années, elle -ainsi que tous les autres élèves de Poudlard- avait été conditionnée à obéir à ce ton, cessant immédiatement de parler ; il lui fallut tout son courage pour répondre, audacieuse « Eh bien, cela devra venir tôt ou tard, à moins que ce ne soit un incident isolé, et vous devez donc le dire à quelqu'un.

-Et cela doit obligatoirement être vous ? » renifla-t-il.

« Je suis celle qui vous a posé la question » contra-t-elle.

Pendant le long silence qui suivit, le seul bruit fut celui qu'émettait la radio, dans son coin. Après ce qui sembla être une éternité, il leur versa silencieusement à tous deux une boisson et revint dans le salon, le suivant, elle s'installa dans le fauteuil et attendit.

« Ce n'était pas un incident isolé » admit-il finalement, regardant fixement le mur devant elle, l'air lointain. « Au risque de sembler cliché, vous m'avez vu pendant un mauvais jour. Bien que je suppose qu'il serait plus précis de dire que vous m'avez vu dans le contrecoup de plusieurs mauvais jours. » Il ne semblait pas prêter attention à ce qu'il disait ; elle avait l'impression qu'il pensait très fort à quelque chose. « Dois-je supposer qu'aujourd'hui, vous n'avez à poser que des questions sur ma santé ? » demanda-t-il, indifférent.

« Oui » admit-elle.

Il soupira et ferma les yeux, pinçant l'arrête de son nez. « Pourquoi dois-je toujours me retrouver coincé ? » murmura-t-il. La remarque ne lui était pas directement adressée, donc Hermione resta silencieuse, attendant qu'il lui dise ce qui le dérangeait. Sans ouvrir les yeux, il lui parla, sa voix hachée et dure. « Je vais être honnête avec vous, parce que je ne vois pas d'autre solution. Avant que je ne commence, je veux que vous promettiez que cela restera entre nous.

-Que je promette ? » répéta-t-elle, incertaine.

« Oui. Je n'exige pas un quelconque Serment Inviolable, simplement votre promesse que vous ne le direz à personne. Outre mon avis sur votre personne, je sais que vous êtes honnête, au moins » ajouta-t-il en une faible tentative de retrouver son dédain habituel.

« Je ne peux pas promettre sans savoir ce que vous allez me dire » protesta-t-elle.

« Je vous assure que ça concerne ma santé et mes raisons de sortir de l'ombre, rien de plus. Votre parole, Miss Granger, ou cette conversation est terminée. »

Sans prendre en compte sa remarque précédente sur le fait qu'il n'avait pas le choix, bien que, si c'était vrai, alors il n'était pas du tout en position de poser des conditions, elle y réfléchit pendant quelques minutes. Plutôt que de s'irriter inutilement, la lueur dans son regard semblait plus approuver sa prudence qu'autre chose. Quoi qu'il ait à dire, c'était clairement très important pour lui et il voulait en parler à quelqu'un. Pourquoi moi ? Est-ce simplement parce que j'étais là ? Elle s'en soucierait plus tard. « Vous l'avez » annonça-t-elle finalement.

Snape acquiesça une nouvelle fois. « Très bien. Aucune interruption jusqu'à ce que j'ai terminé, s'il vous plaît. » Prenant une profonde inspiration, il sembla réfléchir à ce qu'il allait dire. Apparemment, il n'avait pas prévu d'avoir cette conversation maintenant, voire jamais. « Quand vous m'avez revu la première fois, » commença-t-il lentement, « Je venais de finir de prendre une médication à très haute dose pour faire face à un problème permanent. La médication est de ma propre invention et a certains effets secondaires malheureux. Comme vous avez pu le voir, cela affecte mon humeur et mon discours. En un sens, ces effets secondaires sont la raison pour laquelle je ne me cache plus. Le traitement n'est plus vraiment efficace. Pour être honnête, j'ai besoin de ressources pour en inventer un meilleur. »

Il lui jeta un bref coup d'œil avant de reprendre son examen du mur. « Vous vous demandez sans doute quelle est cette maladie. Je ne peux pas vous le dire, parce que je ne le sais pas. Elle affecte mon système nerveux et probablement certaines zones de mon cerveau. La plupart du temps, je suis en forme, comme je l'ai toujours été. De temps en temps, j'ai ce que j'appelle des crises ; une légère crise peut n'être que des spasmes musculaires dans le bras gauche et une rigidité au niveau des doigts. Une crise plus forte, comme celle dont je me remettais quand vous êtes venue la première fois, peut comprendre un évanouissement, une paralysie locale et provisoire, des spasmes musculaires violents qui peuvent s'aggraver en attaques, une perte complète de la concentration et de la parole, des migraines atroces, mais également toute combinaison de ces symptômes. »

Il y eut une autre pause, mais il ne semblait pas avoir fini de parler. Puis, il continua. « Les crises ne sont pas plus fréquentes maintenant que juste après la guerre, mais les potions que j'utilise pour mon traitement ne marchent plus comme elles le devraient. J'ai commencé à développer une résistance. J'essaye de créer une alternative mais j'ai besoin d'accéder à un laboratoire correct et à une vaste gamme d'ingrédients plutôt que de rester limité à ce que je peux faire pousser. C'est pourquoi je ne me cache plus, Miss Granger ; parce que je n'ai pas le choix. »

Elle ne savait pas ce qui était le pire ; ce qu'il venait de lui dire, le ton tout à fait impassible de sa voix, ou le regard morne qu'il portait sur le mur. Tremblant, elle essaya de trouver quelque chose d'intelligent à dire. « Les… Tremblements… » commença-t-elle soigneusement. « Ils ressemblent à ceux qu'on ressent après avoir reçu le Doloris. Cette maladie... Pourrait-elle en être la conséquence ? Vous y avez été plus exposé que toute autre personne dans le monde sorcier.

-Probablement » concéda-t-il, en acquiesçant. « J'imagine que cela doit être la cause première, avec une accumulation d'autres sorts et blessures. Et les Londubat sont la preuve vivante de ce que peut engendrer ce sortilège sur le cerveau.

-Frank et Alice sont morts il y a sept ans. » lui dit-elle doucement, « à quelques semaines l'un de l'autre.

-Bien » répondit-il crûment après un instant. « Personne ne devrait vivre comme ça. »

Cela semblait dur et insensible, mais intérieurement Hermione était d'accord avec lui, au moins un peu. Il lui était aussi venu à l'esprit qu'il était possible qu'il ait été là quand Bellatrix et Barty Crouton avaient torturé les deux Aurors jusqu'à la folie et elle trembla, chassant tout de suite cette pensée de son esprit. Avant qu'elle ne puisse passer à une autre question, il tourna son regard sur elle, soudain attentif.

« Vous connaissez les effets secondaires du Doloris. De tels effets sont rares, Miss Granger... » Ses yeux se plissèrent alors qu'il examinait son visage. « Pas Potter, car si quelqu'un peut subir un Impardonnable sans conséquence, ce serait lui... » Il inspira avec difficulté. « Quand avez-vous été torturée ? »

Eh bien, c'était ennuyeux. Ça allait être bizarre si elle ne pouvait plus garder un seul secret loin de lui. Elle ne pensait pas qu'il utilisait la légilimencie non plus ; il était simplement très observateur. « En dernière année, » dit-elle tranquillement. « Quand nous avons été retenus au manoir Malfoy. Ce fut seulement une fois, mais apparemment ce fut bien assez.

-Il affecte les gens différemment » murmura-t-il d'un air distrait, le regard toujours autant curieux. « Qui était-ce ? »

Est-ce que ça compte ? « Bellatrix Lestrange. »

La colère apparut dans ses yeux noirs et il détourna le regard. « Je regrette beaucoup de choses de mon passé » dit-il finalement. « Un de mes plus grands regrets, c'est de ne pas l'avoir tuée quand j'en ai eu l'occasion. » Il expira lentement, la colère s'effaçant jusqu'à ce qu'il reprenne son habituel masque impassible. « Il semble que les victimes de Bella sont plus susceptibles de développer des effets secondaires, s'ils survivent.

-Elle vous a attaqué ? » demanda Hermione, surprise.

« Fréquemment » lâcha-t-il d'une voix froide. « Elle était le bras droit du seigneur des ténèbres, quand il ne voulait pas se salir les mains lui-même. » Son dangereux ton de voix était de retour. Cette fois Hermione l'écouta ; ce n'était pas un sujet qu'elle voulait aborder avec lui. « Les effets secondaires ont été sévères, pour vous ? » demanda-t-il.

« Après tout ce que vous avez décrit, pas beaucoup. Spasmes musculaires, parfois des migraines légères. Ils ne durent jamais longtemps et ils n'arrivent pas très souvent. Ils sont...

-Désagréables » suggéra-t-il sèchement. Elle acquiesça piteusement, appréciant le sous-entendu ironique dans le choix de ses mots. Il bougea avec difficulté avant de se lever et de rejoindre sa cuisine pour fouiller un placard d'où il sortit une petite fiole en verre remplie d'un liquide bleu laiteux. « Ca vous aidera. Si les attaques sont sévères, cela les arrêtera sans doute complètement. » Pendant un instant, son regard la jaugea elle resta confuse, se demandant ce qu'il faisait, avant qu'il ne reprenne la parole. « Pour quelqu'un de votre taille et de votre poids, je dirais trois gouttes par jour, jusqu'à ce que la fiole soit vide. Si les attaques persistent, je pourrais vous en donner plus. Cela ne me fait plus grand chose.

-Merci » répondit-elle tranquillement, prenant soigneusement la fiole de sa main. Ses doigts étaient froids. En ouvrant prudemment la fiole, elle renifla le contenu avant de lever le compte-gouttes vers ses lèvres ; le goût était étrange et ressemblait curieusement à du chlore.

Interprétant correctement son expression, il nota, sardonique, « Le goût est une autre propriété regrettable que je n'ai pas pu changer.

-Merci quand même » répéta-t-elle, rebouchant doucement la fiole et la mettant dans sa poche. « Vos attaques... » commença-t-elle avec hésitation. « Est-ce qu'elles... Sont progressives ?

-Vous voulez dire, est-ce qu'elles finiront par me tuer si je ne trouve pas de meilleur traitement ? » lança-t-il froidement. « Je ne sais pas. Probablement. D'où ma présence ici, où je peux me cacher. »

Il aurait dû demander de l'aide plus tôt. Mais elle savait pourquoi il ne l'avait pas fait ; son regard lui disait tout. Il ne croyait pas que quelqu'un l'aurait aidé s'il l'avait demandé et même maintenant, il était toujours si fier, refusant d'admettre ses faiblesses. Si la perspective de mourir le dérangeait, il ne le montrait pas. « De quoi avez-vous besoin ? » demanda-t-elle finalement.

Un frisson le traversa, une expression étrange flashant sur son visage un instant ; un regard interrogateur, comme s'il ne s'était pas attendu à ce qu'elle l'aide vraiment, mêlé de quelque chose qui ressemblait à du regret. « Un laboratoire. Un accès illimité à tous les ingrédients dont j'aurais besoin. Une protection pendant que je travaille.

-Protection ?

-La plupart des personnes, quand ils entendront que je suis vivant, ne réagiront pas avec votre horripilante curiosité, Miss Granger » lâcha-t-il sèchement. « Ils seront beaucoup plus enclins à l'hostilité, à me jeter des sorts d'abord, et poser les questions ensuite. Lutter contre les tentatives d'assassinats perd rapidement de son charme, je vous l'assure.

-Où…

-Je ne sais pas. C'est pourquoi j'ai arrêté de me cacher. Je comptais vraiment tomber sur un membre de l'Ordre, plutôt que du Ministère -qui, je le soupçonne, est toujours collectivement incapable de trouver même ne serait-ce que son propre dos avec une carte entre les mains.

-Il y a quelques membres de l'Ordre au Ministère, maintenant » contra-t-elle doucement, essayant de ne pas glousser à son commentaire.

« Et regardez la différence que cela fait » répliqua-t-il avec un sourire sarcastique.

Concédant qu'il marquait un point, elle haussa les épaules. « Qu'avez-vous besoin que je fasse ?

-Je ne sais pas. Je supposais que si un membre de l'Ordre me retrouvait, ils auraient l'influence suffisante pour trouver une solution, si toutefois je n'étais pas tué à vue –ce qui aurait simplifié la question, bien sûr.

-Bien sûr » répéta-t-elle, avec autant de sarcasme qu'elle l'osa ; une lueur faible passa dans son regard et elle crut y déceler de l'amusement. Elle réfléchit à ses demandes et une idée merveilleuse et épouvantable commença à germer dans son esprit. Ce serait presque impossible, mais si elle pouvait y parvenir...

« Vous pensez à quelque chose » exposa-t-il, l'observant, les yeux plissés.

« Je pense que j'ai peut-être une solution » acquiesça-t-elle lentement. « Ca sera très difficile. En fait, peut-être même impossible. Il y aura des objections… Je verrai ce que je peux faire.

-Vous réalisez, je suppose, que quelqu'un d'autre, dans votre position, s'en irait tout simplement.

-Pas quelqu'un d'autre, monsieur… Severus » se corrigea-t-elle maladroitement sous son regard noir. « Pas dans l'Ordre, au moins. Nous vous devons trop. J'essaierai de trouver une façon de faire. Est-ce que… Je veux dire, combien de temps ai-je ?

-Je ne risque pas de m'effondrer immédiatement » dit-il sèchement. « J'imagine avoir peut-être un an devant moi avant que la potion ne cesse totalement de faire effet et les attaques ne me tueront pas nécessairement après cela.

-Ca ne me prendra pas aussi longtemps. Je vais devoir informer certaines personnes que vous êtes en vie, cependant, et c'est ça qui, je pense, prendra le plus de temps.

-Cela va causer beaucoup de remue-ménage » acquiesça-t-il, sardonique. « Puis des accusations de mensonges ou de folie, suivie par des demandes de preuves et des débats infinis sur quoi faire de cette nouvelle information et pour finir, une imitation collective d'un poulet sans tête. »

De nouveau elle réprima sévèrement sa forte envie de glousser. « Quelque chose comme ça, sans doute » répondit-elle diplomatiquement, ses lèvres légèrement pincées alors qu'elle essayait de ne pas sourire. « Je pense que je vais y aller. Il reste encore beaucoup de choses à régler. » Elle se leva et le regarda. « Merci pour la potion. Et merci de vous être confié à moi.

-Je n'avais pas le choix » contra-t-il, balançant sa jambe raide hors du sofa pour se lever à son tour. « Néanmoins, je suppose qu'il y avait de pires possibilités que vous » ajouta-t-il presque à contrecœur.

« Merci » répondit-elle, sarcastique, lui lançant un faible sourire qu'il ignora complètement. « Je ne sais pas quand je repasserai vous voir. Je suis certaine que vous survivrez.

-Avec un effort héroïque, je pense peut-être pouvoir gérer quelques jours sans parler avec vous » rétorqua-t-il, sa voix ayant retrouvé son habituel ton moqueur. « Dans tous les cas, j'ai aussi un téléphone portable.

-Vraiment ?

-Vraiment » répéta-t-il, réellement amusé. Fouillant dans sa poche, il en sortit un crayon et un papier où il gribouilla un numéro avant de lui tendre. « Au revoir. Et… Merci » ajouta-t-il maladroitement, apparemment pas habitué à utiliser ce mot.

« Au revoir. »

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Plutôt que d'aller droit chez Harry et Ginny pour son rapport, Hermione retourna à son propre appartement et s'effondra sur son lit, émotionnellement épuisée. Les larmes piquaient ses yeux alors qu'elle repensait à tout ce qu'elle avait appris ; c'était trop horrible pour y penser, sans parler de vivre avec. Tout ce qu'il avait subi, tout ce qu'il avait enduré, pour eux, pour eux tous, et il en avait été laissé terriblement endommagé, peut-être mourant. Après un certain temps perdu dans ses pensées, elle décida que l'expression morne de son visage était le pire, ces yeux morts et résignés qui allaient hanter ses cauchemars pour de nombreuses nuits à venir. Il semblait accepter l'idée de continuer à souffrir sans que personne ne soit enclin à l'aider, comme si c'était le lot de sa vie.

C'était le cas, n'est-ce pas ? Ca l'avait été jusqu'ici ! Merlin... Elle se sentit malade et après un moment, elle enfonça son visage dans on oreiller pour étouffer ses pleurs. Ce n'était pas la première fois qu'elle pleurait pour Severus Snape et elle avait le sentiment que ce n'était pas la dernière.

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Note de Manelor:

"Severus Snape wasn't yours. Snape was Dumbledore's. Dumbledore's from the moment you started hunting down my mother." - Severus Rogue n'était pas des vôtres. Rogue était dans le camp de Dumbledore. Dans son camp depuis le moment où vous avez commencé à traquer ma mère. (HP7, Page 790, chapitre 36, lignes 23 à 25)

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Note de Loten : Prochain chapitre dans quelques jours.

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Aë : Et hop ^^ Merci à Socks, Cricri, et Darksev.

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Note de Sockscranberries : J'avoue que je commence vraiment à apprécier cette fic :D La manière dont Severus est dépeint est tellement… Logique.

Vivement le prochain chapitre ! :D

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Elle détourna le regard, il semblait être d'une humeur moins coopérative. (Snape, quoi?)

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« Devons-nous vraiment laisser la radio allumée ? (Franchement Hermione, là tu exagères…)

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« Même si j'admets que vous êtes intelligente, Miss Granger, c'est à contrecœur. (compliment)

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Me disputer avec lui est beaucoup plus amusant quand on sait qu'il ne peut plus donner de retenue. » (mieux qu'avec Ron?)

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-S'il nous laisse faire. » (C'est tout le problème…) c'est Snape… il pense qu'il ne mérite pas !

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Comprenant l'allusion, elle entra à l'intérieur, en profitant pour éteindre la radio (mais de quoi je me mêle)

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Outre mon avis sur votre personne, je sais que vous êtes honnête, au moins » ajouta-t-il en une faible tentative de retrouver son dédain habituel. (sympa comme remarque)

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C'est pourquoi je ne me cache plus, Miss Granger ; parce que je n'ai pas le choix. » (Ca tombe bien que ce soit elle qui t'ait retrouvé alors ^^)

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« Qui était-ce ? »

Est-ce que ça compte ? « Bellatrix Lestrange. » (rajouterait-elle un sort vicieux?)

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« Un de mes plus grands regrets, c'est de ne pas l'avoir tuée quand j'en ai eu l'occasion. » (Qui n'aurait pas ce regret ?)

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« Au revoir. Et… Merci » ajouta-t-il maladroitement, apparemment pas habitué à utiliser ce mot. (Oh oooooh !)

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Ce n'était pas la première fois qu'elle pleurait pour Severus Snape et elle avait le sentiment que ce n'était pas la dernière. (pas la première fois… intéressant !)