Thème : vivace
Personnage : Merope Gaunt
Les gens se pressaient dans la rue, sans même faire attention à elle. Elle s'était appuyée contre le mur d'une vieille maison, essayant de reprendre son souffle. Elle était épuisée. Elle marchait depuis des jours. Des semaines peut-être. Elle avait fini par perdre la notion du temps. Sans revenu, elle ne pouvait qu'errer dans les rues. Elle s'était résolue à vendre son dernier bien, le précieux médaillon familial. Mais ça ne lui avait permis de ne tenir que quelques jours à peine. Du moins, c'était l'impression qu'elle avait eue. Et maintenant... maintenant, elle n'avait plus rien.
Tom était parti. Pourquoi ? Elle n'arrivait pas à le comprendre. Ils s'étaient tellement aimés pourtant. Elle avait tout fait pour lui. Elle s'était montrée douce, aimante et attentionnée. Elle savait qu'elle n'était pas une belle femme, mais elle avait tenté de compenser en se montrant aux petits soins pour lui. Elle avait cru que ce serait suffisant. D'autant plus qu'ils allaient être une famille. Dès qu'elle avait su qu'elle était enceinte, elle avait décidé d'arrêter de fabriquer du philtre d'amour. Elle était tellement persuadée qu'il resterait, qu'il l'aimait lui aussi et qu'il serait heureux d'apprendre sa paternité. Alors pourquoi s'était-il énervé ? Et pire encore, pourquoi semblait-il avoir eu peur ? Jamais elle ne lui ferait du mal pourtant... Il aurait dû le savoir. Mais il s'était enfui sans même lui laisser le temps de s'expliquer.
Merope se plaisait, malgré tout, à croire qu'il regrettait sa décision, mais qu'il ne savait pas comment la retrouver. Après tout, faute d'argent, elle n'avait pas pu rester dans leur logement. Elle n'était, désormais, plus qu'une personne de passage parmi tant d'autres dans cette grande ville. C'était impossible pour lui de savoir où elle se trouvait. Elle avait pensé à aller le rejoindre chez ses parents, mais elle avait bien trop peur de tomber sur son père. Comment pourrait-elle lui expliquer sa longue absence et la vente de son médaillon ? Jamais il ne pourrait comprendre... Tout comme il ne pourrait jamais comprendre son amour pour Tom.
C'était un sentiment vivace qui l'avait prise par surprise dès le premier jour où elle l'avait rencontré. Elle avait toujours su, pourtant, qu'il n'était pas fait pour elle. Lui qui était si beau, si riche, si intelligent. Elle était tout le contraire de ça. Elle le savait bien. Son père et son frère n'avaient cessé de le lui répéter. Mais son amour n'avait jamais disparu, elle ne pouvait tout simplement pas s'en défaire. Et peu lui importait qu'il ne soit qu'un simple moldu. Elle l'aimait tant qu'elle pouvait passer au-dessus ça. D'ailleurs, elle avait eu raison. Le peu de temps qu'ils avaient passé ensemble avait été tout simplement merveilleux. Tom était tellement charmant. Ils s'étaient réellement aimés. D'un amour si fort et si sincère... Si seulement...
Merope se rendait compte de ses erreurs à présent. Elle aurait dû lui dire d'une autre façon qu'elle était une sorcière. C'était normal, dans le fond, que Tom ait paniqué lorsqu'elle avait arrêté le philtre d'amour. Elle aurait dû faire ça plus en douceur. Mais elle avait été tellement épuisée de le retenir de cette manière... Elle voulait tant qu'ils puisent s'aimer normalement, sans contrainte. Son mariage avait été si beau. Ça ne pouvait pas se finir de cette manière...
Et pourtant, au fond d'elle, elle savait que c'était bel et bien terminé. Elle ne parviendrait pas à maintenir l'illusion bien longtemps. Cet amour dont elle n'arrivait pas à se débarrasser la tuait à petit feu. Elle s'en rendait bien compte. Elle sentait qu'elle ne le reverrait plus jamais et elle ne pouvait pas le supporter. Vivre sans Tom, c'était la condamner à retomber dans sa vie misérable. Elle n'y arriverait pas. Pas après avoir connu la liberté avec Tom. Elle rêvait tant qu'il vienne la retrouver. Mais le temps passait et elle s'épuisait. Son ventre devenait plus lourd, elle n'en pouvait plus.
Cet enfant... Elle ne ressentait rien pour lui. Il n'était pas son père et il ne lui avait même pas permis de sauver son mariage. Mais en même temps... en même temps, c'était tout ce qui lui restait de Tom. Elle espérait qu'il lui ressemblerait. Il serait la preuve de son amour pour Tom. Il fallait donc qu'il vive. De cette manière, son lien avec Tom lui survivrait. Parce que Merope n'avait plus aucun espoir, elle était en fin de vie. Elle le sentait, elle le savait. Elle était tellement fatiguée. Elle voulait juste pouvoir fermer les yeux et se reposer pour toujours. Si elle ne pouvait revoir Tom, à quoi bon lutter ? Elle devait juste donner le jour aux fruits de leur amour. Et après, elle pourrait enfin cesser de se battre.
Elle passa une main sur son ventre. Je suis désolée. Elle ne l'était pas, mais c'était tout ce qu'elle pouvait dire à cet enfant. Elle ne s'inquiétait pas pour lui. Il fallait juste qu'elle trouve un bon endroit où accoucher. Elle savait qu'il y avait un orphelinat pas très loin d'ici. Son enfant y serait bien. Il s'en sortirait bien mieux sans elle. Peut-être qu'il serait adopté par une gentille famille. Peut-être que Tom viendrait le récupérer. Ce n'était pas impossible... Elle lui donnerait son nom, comme ça Tom pourrait le retrouver facilement. Ils pourraient avoir une belle vie ensemble. Merope voulait y croire. Parce qu'elle ne pouvait pas avoir rêvé cet amour si fort qui l'unissait à Tom. Rien ne pourrait le détruire. Pas même sa mort. Et c'était cette certitude qui lui donnait la force de survivre jusqu'à que cet enfant vienne enfin au monde. Plus rien d'autre ne comptait à ses yeux. Elle se cramponnait de toutes ses forces à cette idée. Parce que même si c'était la fin, même si Tom ne la reverrait jamais, elle voulait croire qu'il ne pourrait pas rester loin de son enfant. Et de cette façon, elle resterait attachée à lui et ils formeraient enfin une véritable famille...
Un sourire fatigué déforma son visage. Elle devait juste tenir encore un peu. Juste un tout petit peu...
