Bonsoir bonsoir ! Je remercie très chaleureusement Hayato, Moon, Lilas, Ladydragonfly, Coeur de Lys, Lu, Cal et Sheego à qui je ne peux pas répondre individuellement. J'ai aussi reçu des reviews anonymes sur ma première fic, je ne sais pas si vous suivez celle-ci mais en tout cas ça me fait toujours très plaisir (surtout quand c'est très gentil :D ) !

J'ai eu un peu de mal à écrire ce chapitre, mais j'espère qu'il vous plaira. (je suis très stoïque ce soir)

Résumons : Harry a fait sa séance d'essai d'érotisme. Draco, les yeux bandés, lui donne des ordres tels que "regarde toi", "caresse-toi les paupières" mais Harry n'est pas très excité (narmol). Alors, Draco lui fait mettre des bracelets et un collier de pierre qui, presque magiquement, lui font perdre la tête et le brun se masturbe comme un fou, éjacule sur son reflet. Puis se barre. Harry est maintenant tout-puissant : s'il décrète que la séance a été une réussite, ils continuent (et il va prendre cher). S'il déclare qu'elle a été un échec, il peut demander n'importe quoi à Draco. TADAM


LES ENCHAINES

Chapitre 4 : Malfoy, c'est moi


Il ne pouvait plus reculer. Toute cette foutue journée, il avait tout fait pour y échapper, pour repousser l'échéance, se démenant pour se trouver des prétextes aussi stupides qu'invraisemblables.

Non, j'ai mieux à faire, style le devoir de Métamorphose.

Mais Draco détestait la Métamorphose. C'était la matière la moins classe, la moins subtile, la plus grotesque qui existait selon lui.

Non, j'ai encore sommeil, je suis incapable de réfléchir, mes paupières se ferment toute seules.

Mais Draco avait dormi comme une masse et n'avait pas l'ombre d'une cerne.

Non, il y a trop de monde autour de moi, ils interfèrent dans mes pensées, tels de gros parasites visqueux.

Mais ce jour-là, ses camarades s'adonnaient à leurs devoirs avec une ardeur inaccoutumée.

Bref, Draco n'avait pas d'excuses, et pourtant il s'en cherchait. Mais, me demanderiez-vous, que diable pouvait-il avoir si peu envie de faire ? Car contrairement à toutes ces brutes de Gryffondors, Draco n'était pas le roi de la procrastination. C'était d'ailleurs, selon lui, le seul titre auquel un Weasley pourrait jamais prétendre.

Habituellement, donc, Draco aimait que le travail soit fait vite et bien.

Mais depuis qu'il était réveillé, c'est-à-dire depuis une dizaine d'heures, il rejetait le moment où il allait devoir repenser à la séance d'essai d'érotisme de la veille. Il savait pertinemment que, dès qu'il y penserait, il allait se prendre la tête, la plonger dans des tourments pas possibles, oscillant entre « c'était génial, une vraie réussite, Potter est déjà dans ma poche, que dis-je, dans mon lit ! » et « de toute façon, j'ai rien vu, presque rien entendu, c'était nul, Potter n'était pas prêt à ça, j'ai visé trop haut ».

Si Draco avait horreur d'une chose, c'était de douter de lui et il savait que c'était ce qui l'attendait s'il se mettait à évaluer méthodiquement la première, et peut-être unique, séance d'érotisme de Potter. Mais en même temps, il ne pouvait pas ne pas y penser. Il fallait bien qu'il détermine s'il avait réussi ou échoué. Bref, avant même d'avoir commencé à réfléchir, Draco se prenait déjà carrément le chou.

Pour la énième fois en une heure, il laissa échapper un cri de détresse fort peu glamour et assez dérangeant, en ouvrant bien grand les yeux. Effrayé, un première année sortit en courant de la Salle commune des Serpentards.

La question à laquelle Draco cherchait à répondre était pourtant très simple : est-ce que ça avait été bien ? Et là, des centaines de milliers de barils de litres de réponses contradictoires se déversaient dans son cerveau, l'inondant plus que de raison, promesses d'une noyade certaine.

Il fallait qu'il aille se poser au calme. Il n'arrivait pas à se décider à le faire.

Pansy Parkinson apparut alors devant lui, comme un miracle. Elle semblait sur le point de dire « Drakkko, ça vaaaaa ? Tu veux kkkk'on parle ? », et Draco se leva sans le préméditer et alla s'enfermer dans le dortoir.

Maintenant qu'il était seul, il ne pouvait plus rekkkuler, enfin, reculer. Fermant puis rouvrant les yeux, comme pour se donner du courage, Draco se dirigea d'un pas résolu vers sa table de nuit. Après avoir jeté un coup d'œil derrière lui pour vérifier qu'il était bien seul, il se pencha et tira un carnet très ordinaire du petit meuble. Inscrits en petites lettres minutieuses sur la couverture en cuir, brillaient les mots « Carnet de recettes de grand-mère ».

En fait, il s'agissait d'un carnet vierge, que Draco allait inaugurer de ce pas. Un carnet qu'il aurait dû appeler, s'il avait été honnête – et assez stupide pour l'être –, « Carnet d'étude et de notes diverses sur Harry Potter, son évolution et ses progrès au cours des séances d'érotisme ».

Draco s'assit au bureau, devant une fenêtre qui donnait l'illusion de voir la lumière du jour, et commença à écrire. Il coucha sur le papier tout ce dont il se rappelait, tout ce à quoi il pensait, tout ce qu'il supposait.

Pour démêler toutes ses pensées, il lui fallait les transposer en mots et y revenir plus tard. S'il avait eu une Pensine, nulle doute qu'elle lui aurait été très utile... mais il n'en avait pas.

xXx

De son côté, notre adorable petit Gryffondor préféré, Harry de son prénom, s'était réveillé heureux, frais et de bonne humeur. Il avait étiré ses deux bras maigrichons vers le ciel, les yeux encore fermés et un sourire planant au coin de ses lèvres.

D'ordinaire, et comme la majorité des personnes sur cette planète, Moldus ou Sorciers, là n'était pas la question, l'Élu, se réveillait la langue pâteuse, les paupières gonflées et l'épaule endolorie, s'il s'était endormi dans une position problématique anatomiquement parlant.

Mais ce matin-là, contrairement à Draco qui s'était réveillé avec une idée obsessionnelle en tête (« Mais sérieusement, c'était bien ou c'était pas bien, bordel de toilettes du deuxième étage? »), Harry se sentait merveilleusement bien.

Il n'avait pas tout de suite pensé à ce qu'il s'était passé la veille. Plusieurs pensées avaient d'abord traversé son esprit : « halala, c'est fou comme je me sens bien ! C'est vrai ça, combien de temps ça fait que je ne me suis pas réveillé en pleine forme ? Je ne dors si bien qu'après un gros effort, d'habitude, après un bon match de Quidditch par exemple... Pourtant hier... Hier... »

A ce moment-là, tout lui était revenu d'un coup, et sa bonne humeur s'était dramatiquement envolée.

Merlin. Hier soir, il avait rejoint Malfoy pour la séance d'essai prévue. Malfoy lui avait demandé de lui bander les yeux. Harry s'était regardé dans un miroir. Jusque-là, tout allait bien. Puis Harry avait passé les bracelets et le collier en pierre et là... là, il était devenu fou, y avait pas d'autre explication possible.

Malfoy avait ordonné « Masturbe-toi » et Harry l'avait fait ? Pardon ? Il s'était foutu à poil sous le nez – mais pas sous les yeux – de son rival, il s'était branlé comme jamais – son poignet ne serait plus jamais le même désormais – et il avait éjaculé sur le miroir, sur son reflet ?

Puis il s'était barré et avait laissé Malfoy devant la scène du crime... Et après ça, au lieu d'aller se jeter dans le Lac, un rocher accroché à la cheville et une pince à linge sur le nez, sait-on jamais, il était rentré au dortoir et avait fait la plus belle nuit qu'il avait connue depuis... depuis jamais ? What ?

Harry, qui n'était pas vraiment le genre de garçon à coucher ses pensées par écrit, avait décidé qu'il était trop tôt pour se prendre la tête comme ça et avait remis son questionnement existentiel à plus tard.

Il était descendu pour petit-déjeuner et avait tout fait pour paraître normal. Enfin, pour pas avoir l'air d'un gars qui a passé la plus X – remplacez X par l'adjectif que vous voulez – soirée de tous les temps. De toute façon, il avait une journée chargée : Défense, Métamorphoses, Sortilèges et Potions, deux heures de chaque.

xXx

Mais pendant le dernier cours de la journée, Potions, Harry avait repensé à Malfoy et à leur incroyable séance d'essai. C'était presque inévitable : après tout, Malfoy se trouvait littéralement à deux mètres de lui. De plus, depuis que Harry bénéficiait de l'aide généreuse du Prince de Sang-Mêlé, les potions étaient pour lui un jeu d'enfant. Et il ne fallait pas oublier que Slughorn lui vouait un culte personnel.

Bref, Harry touillait distraitement sa potion en regardant Malfoy, dont il avait été si proche la veille... Enfin, proche... Est-ce qu'ils avaient vraiment été proches ? Il n'y avait pas eu d'échange.

C'était d'ailleurs le principe: Malfoy (or)donnait et Harry recevait et s'exécutait. La relation était dissymétrique par nature. Pourtant, Harry n'avait pas vraiment eu l'impression de se soumettre à Malfoy. En effet, les ordres du blond ne semblaient pas dire « Fais-le pour moi » mais « Fais-le pour toi ».

Quel intérêt Malfoy en tirait, Harry n'en savait rien. Rester une heure, le dos contre un mur de pierre et les yeux bandés, à réciter des ordres d'une voix monocorde ? Très peu pour Harry. Lui, au moins, avait été actif...

Harry avait repensé aux sensations. Il avait eu mal. Il avait suffoqué, étranglé par le collier de pierre, la peau irritée par les lourds bracelets. Mais contrairement à ce à quoi il s'était attendu, il n'avait pas gardé de marques rouges.

Il avait connu un plaisir étrange, nouveau, carrément nouveau. Il ne pensait pas qu'on pouvait éprouver autant de plaisir à se toucher. Ça avait été une expérience troublante. Et que ce soit Malfoy qui l'ait orchestrée le troublait encore plus.

A quoi pensait son meilleur ennemi, en organisant cette séance d'érotisme ? Est-ce que le fait que Harry se masturbe devant lui allait vraiment lui permettre de percer le secret de l'humain ? Harry en doutait sérieusement.

– Alors, mon garçon, comment avance votre potion ? avait soudain demandé Slughorn, d'un ton jovial.

Puis il avait fait la grimace en regardant le contenu du chaudron de son élève préféré. Harry, qui était totalement absorbé par ses pensées, touillait machinalement sa potion depuis une dizaine de minutes. Avec tristesse, le brun avait découvert que sa potion, au lieu d'adopter un délicat teint mauve, était devenue couleur morve fraîche. Et elle sentait la mort.

– Ce n'est pas très grave, Harry, mon petit. Vous disposez d'assez de temps et de talent pour la recommencer, avait dit Slughorn avec indulgence.

Harry avait fait disparaître sa mixture et avait passé le reste du cours à refaire scrupuleusement la même potion. Il ne pensait plus qu'à elle.

Grâce au Prince, il avait obtenu le parfum, la texture et la couleur idéales. Ron l'avait félicité. Hermione était dépitée, toujours révoltée qu'un prétendu Prince qui n'en faisait qu'à sa tête puisse obtenir de meilleurs résultats qu'elle.

Quant à Malfoy, il regardait Harry étrangement. Était-ce à cause de ses succès inespérés en classe de Potions cette année ? Ou bien est-ce que Malfoy repensait, lui aussi, à la séance de la veille ?

xXx

Draco referma son carnet. Il avait écrit pendant une heure. Bien qu'il était soulagé d'avoir fini ce travail, il était aussi vidé, comme s'il avait transvasé toutes ses pensées dans les pages. Il rangea soigneusement le carnet dans son tiroir ensorcelé et s'en alla rejoindre ses camarades dans la Salle Commune. Il devait avoir l'air de bonne humeur car Blaise se risqua à lui lancer, en rigolant :

– Alors, Drakkko, on se sent mieux ? On a passé un peu de temps avec soi-même et évacué le stress, huuuum ?

Il lui adressa un petit clin d'œil coquin, particulièrement répugnant.

– Mais nooon, Drakkko n'est pas de ce genre-là, il préfère quand ça se fait à deuuux, rit Pansy dans un rire terrible, le rouge aux joues.

Draco ne répondit pas. Il se cala confortablement dans un fauteuil, au milieu de ses amis. Il matait Parkinson du coin de l'œil. Vraiment, elle était bien foutue. Elle avait un joli petit cul, une paire de seins de taille respectable. C'était vraiment dommage que sa tronche et son cerveau ne suivent pas.

xXx

Ce soir-là, au calme dans son lit, Harry ne put empêcher ses pensées de tourner autour d'un certain blond. Enfin, pas vraiment. C'était étrange. Harry ne pensait pas tellement à Malfoy, il pensait à... à lui-même. Il pensait à cette soirée de la veille où il avait ressenti, pour la première fois, son corps avec intensité.

Il savait qu'il avait un corps, bien sûr. Il le nourrissait, le reposait, le maltraitait au Quidditch, le faisait souvent soigner... Mais, la plupart de temps, il l'oubliait.

Harry se pinça. Il sentit ses doigts toucher sa peau, et sa peau être touchée par ses doigts. Il sentit la très faible douleur. Mais ça ne lui fit pas plus d'effet que ça. Pourtant, la veille au soir... La veille, il avait été si excité. Si conscient de lui, de sa peau, de sa chair.

Harry se tourna dans le lit, les yeux ouverts. Il se demandait si sa réaction, la veille, avait été normale. Est-ce que Ron ou Neville, s'ils avaient reçu les mêmes ordres de Malfoy, auraient ressenti un tel plaisir ?

Le Survivant faillit éclater de rire en imaginant ses deux amis dans la même situation que lui. C'était surréaliste. Ridicule ! Heureusement que Malfoy avait eu les yeux bandés... S'il avait vu Harry, il l'aurait trouvé... sale. Laid. Mais Malfoy s'était fait le plus discret possible. Il s'était effacé pour ne pas gêner Harry. C'était presque gentil...

« Mais nom d'une bouse de moustique géant, ce n'est pas par délicatesse que Malfoy s'est fait tout petit, c'est pour te persuader qu'il était inoffensif et que tu contrôlais la situation. C'était finement joué, et il t'a déjà drôlement embobiné. Tu es déjà convaincu, n'est-ce pas ? » lui fit aimablement remarquer sa conscience, à qui Harry n'avait rien demandé.

Mais elle avait raison, car c'était son rôle de conscience d'avoir raison. Malfoy avait fait en sorte que Harry se sente à l'aise et laisse libre cours à ses pulsions. Et il avait magistralement réussi. Harry était totalement entré dans son jeu. Il avait aimé cette séance d'essai.

xXx

Plusieurs étages plus bas dans le château, couché lui aussi dans son lit à baldaquin, les rideaux tirés, Draco relisait son carnet. Il riait de tous les détails inintéressants qu'il avait jugé tout à l'heure primordial de rapporter : la couleur de la robe de Potter – noire, toujours noire, comme tous les jours et comme tout le monde –, le nombre de minutes qu'avait duré la séance – 57, en comptant l'énoncé des cinq règles de leur relation –, la position des bracelets sur le sol – Draco avait même fait un schéma.

Il survola rapidement le résumé détaillé de la séance – cinq pages ennuyeuses à mourir – pour en arriver directement aux conclusions. Hum...

Il relut attentivement ses différentes hypothèses :

CONCLUSIONS SUR LA SEANCE D'ESSAI DE H.P :

1) Au vu des bruits que H.P produisait et de la quantité de sperme qu'il a déchargée sur le miroir, il est facile de conclure qu'il a apprécié sa masturbation. Cela ne signifie pas que H.P a apprécié ma présence ni la séance dans sa globalité. Toutefois, ma présence et mes ordres ne l'ont pas dérangé. Il était très excité. C'est un bon point.

2) H.P n'a pas semblé sensible à son reflet. Pourtant, je lui ai laissé beaucoup de temps pour le regarder. Il a fallu qu'il mette les bracelets pour sentir son corps. Il est donc plus sensible au toucher qu'à la vue. Il faudra donc travailler son image de lui. H.P ne se trouve pas attirant. C'est un problème.

3) Le fait d'avoir eu les yeux bandés m'a permis d'être plus à l'écoute et plus concentré. Par contre, je penserai à étudier le confort de ma position la prochaine fois. Apparemment, ma diction a été claire, assez forte et monocorde pour qu'il oublie que ma voix était celle de son pire ennemi. Position : à retravailler. Voix : okay.

CONCLUSION GENERALE : Pour une première séance, ça a été pas mal.

HYPOTHESES SUR LA REACTION FUTURE DE H.P :

1) H.P a adoré et l'assume. Il a joui devant moi, en a parfaitement conscience. Il décide de continuer les séances d'érotisme. PEU PROBABLE. Ce serait trop beau.

2) H.P a adoré et ne l'assume pas. Il a joui devant moi, en a parfaitement conscience. Mais il a peur de ce qu'il pourrait être amené à faire par la suite. Il est aussi motivé par ma promesse de faire tout ce qu'il me demanderait, comme embrasser tous les Weasleys avec la langue par exemple. TRES PROBABLE. Je sais qu'il a aimé, mais je sais qu'il est trop pur pour y croire. Et je sais qu'il me déteste et aimerais que je sois à ses ordres.

3) H.P n'a pas aimé et l'assume. Ça a été trop intense pour lui. Il regrette, a peur de lui-même et ne pourra plus jamais se masturber ni même pisser après ce traumatisme. Il ne va même pas me demander quelque chose d'humiliant car ma folie l'effraye. PEU PROBABLE. J'ai croisé son regard en cours de Potion tout à l'heure, il n'avait pas l'air traumatisé.

4) H.P n'a pas aimé et ne l'assume pas. Il est dégoûté, a trouvé la séance sale mais il veut quand même continuer pour voir. Il est tombé sous mon charme et veut satisfaire tous mes désirs, combler toutes mes pulsions perverses. TRES PEU PROBABLE. Ce serait vraiment trop bizarre.

Mouais. L'hypothèse deux était la plus vraisemblable. Après avoir rangé son carnet et avant de s'endormir complètement, Draco pria Salazar pour que Potter le surprenne par son audace et confirme la première hypothèse...

xXxxXxxXx

Les jours suivants, Draco et Potter se croisèrent peu. Le château était grand. Ils ne suivaient pas les mêmes cours et leurs Salles Communes étaient à des endroits diamétralement opposés. Et surtout, ils s'évitaient. Pour être exact, Potter évitait Draco qui évitait Potter qui l'évitait. Et ça pouvait continuer comme ça encore longtemps.

Draco avait peur de sa propre réaction, s'il venait à croiser Potter. Il avait peur de lui lancer de sales piques par mégarde, ce qui ruinerait toutes ses chances pour que Potter accepte d'être son soumis à durée indéterminée.

Bref, il valait mieux se faire oublier et attendre que Potter vienne vers lui, soit pour lui dire qu'il avait trop envie de se soumettre à lui, soit pour lui demander de coucher avec Londubat, en guise de vengeance.

Harry, lui, évitait Malfoy parce qu'il avait peur que son jugement soit faussé par une de leurs disputes habituelles. Il voulait déterminer s'il continuerait ou non les séances d'érotisme non pas selon le comportement de Malfoy en général, mais selon le comportement de Malfoy pendant la séance d'essai. En effet, durant la séance, Malfoy s'était montré étonnamment correct.

Bref, dans l'attente de la décision du brun, les deux adolescents s'évitaient.

Plus les jours passaient, plus Draco déprimait. Potter l'avait oublié. Ou faisait-il exprès le faire languir ?

Plus les jours passaient, plus Harry savait qu'il était condamné. Il ne pouvait pas le nier : il avait adoré cette première séance, et il en voulait encore.

Tout d'abord, il s'était dit qu'il avait eu un aperçu suffisant de l'érotisme et du sadomasochisme selon Draco Malfoy. Alors il avait réfléchi à sa vengeance. Que demander à Malfoy de si atroce qu'il en pleurerait ? Hum... Il avait sa petite idée.

Mais il s'était vite rendu compte qu'il n'avait plus tellement envie que ça d'humilier le blondinet. Ce serait presque honteux. Malfoy lui avait offert le moment le plus intense de sa vie et lui ne pensait qu'à se venger ! Mais se venger de quoi, d'avoir pris du plaisir ? Il avait aimé, il devait l'assumer.

xXx

Ils étaient mi-novembre et deux semaines étaient passées depuis la séance d'érotisme. Draco avait abandonné tout espoir. Il envisageait très sérieusement de demander Parkinson en mariage, après lui avoir, au préalable, scellé la bouche à jamais. Ils n'auraient plus qu'à se retirer au Manoir Malfoy, loin de ce monde futile et bruyant qu'était Poudlard.

Un mardi midi, Harry, grâce à la Carte du Maraudeur, repéra Malfoy près du Lac. Malfoy aimait bien paresser là-bas, d'après ce que l'Elu avait observé. Harry l'imaginait sans mal absorbé dans un bouquin, ou rêvasser en regardant le paysage grandiose qu'offraient les environs de l'école.

Quand Harry arriva dans son dos, il le vit effectivement un livre à la main, ce qui le fit sourire.

Malfoy était prévisible, même s'il faisait tout pour ne pas en avoir l'air. Harry ne le lui ferait jamais remarquer. Avec Malfoy, il ne fallait pas pousser la plaisanterie trop loin. Le Serpentard était très susceptible. Il serait capable de harceler Harry de toutes les foudres infernales de l'enfer pendant des mois et des mois, sans répit, jour comme nuit. Il était parfois pire que Peeves.

– Malfoy, c'est moi.

Si le blond fut surpris, il n'en montra rien. Harry était un peu déçu. Il aurait aimé le voir sursauter, ou même lancer un petit cri aigu, tel une fouine prise par surprise. Mais Malfoy se contenta de se retourner et de hausser son légendaire sourcil gauche.

– Merci Potter pour cette précieuse information, mais je ne suis pas myope, moi.

Harry faillit rire. C'est que, pendant ces deux semaines où ils s'évitaient mutuellement, les petites piques de Malfoy lui avaient presque manquées. Sans relever, Harry continua :

– Comme convenu, je viens te demander quelque chose en contrepartie de la séance d'essai.

Harry se délecta littéralement de la réaction du Serpentard. Malfoy ouvrit grand les yeux, puis les ferma vite, ses iris trop clairs supportant mal la lumière. Il blêmit, s'il lui était possible d'être plus pâle qu'il ne l'était déjà. Sa mâchoire, enfin, se décrocha sous le choc. Tout ça ne dura qu'une seconde et demi, parce que, Malfoy oblige, il reprit vite contenance.

– Je vois, Potter. Je vois. Tu n'as pas aimé alors ? Ou bien... Tu as aimé mais tu as peur de continuer ? Peur de ce que tu pourrais découvrir sur toi-même ? Tu es lâche, Potter. Je ne pensais pas dire un jour ça de toi.

Draco plissa les yeux, pour se donner plus d'effet. Il avait fallu deux semaines à cet imbécile de Gryffondor pour venir lui dire qu'il abandonnait ? Est-ce que ce n'était pas le plus grand foutage de gueule auquel on Draco avait jamais été confronté ?

Harry ne répondit pas à la provocation. Il avait un plan, un méchant tour à jouer au blond, et il voulait s'y tenir.

– Si tu as les couilles de tenir ta promesse, on a rendez-vous ce soir, lui murmura-t-il dans l'oreille.

Puis il partit sans attendre, laissant le blond assis dans l'herbe, totalement désemparé.

Les questions fusaient dans la tête de Draco. Qu'est ce que Potter lui réservait ? Qu'est-ce que c'était que cette indication super vague « rendez–vous ce soir » ? Pourquoi est-ce que Potter agissait aussi... aussi froidement ? Et surtout, est-ce que ça signifiait qu'il n'avait réellement pas aimé la séance ? Que Draco avait tout fait foirer en visant trop haut ?

Pourtant, quelque chose en lui lui murmurait que Potter mentait, et qu'il avait aimé...

Harry était heureux. Il avait réussi son coup. Le regard de son pire ennemi avait été plein de doutes, de stress et de questions. Il avait mis Malfoy dans sa situation à lui, quelques semaines plus tôt.

Harry lui avait emprunté son attitude : froid, lapidaire et vague. En effet, après leur petite discussion dans la salle de classe, presque un mois auparavant, Malfoy l'avait fait poireauter une semaine et demie avant de lui donner rendez-vous pour ladite séance. Et Harry avait fait tout pareil. Deux semaines. Deux semaines avant d'aller voir Malfoy pour lui demander de tenir sa promesse.

Ce soir-là... Oh, Harry avait hâte de voir Malfoy le chercher dans toute l'école. A sa connaissance, il n'existait dans le monde qu'une seule Carte qui permette de retrouver quelqu'un à Poudlard et c'était justement lui, Harry Potter, qui la détenait.

Bon courage, Malfoy, songea-t-il en rentrant au château.

xXx

Ce soir-là, pendant tout le repas, le Prince des Serpentards avait eu l'air préoccupé. Il avait jeté deux fois un regard vers la table des Gryffondors. En soi, ce n'était pas si étrange, sauf que son regard, au lieu d'être moqueur était plutôt... inquiet. Pansy Parkinson n'aimait pas voir Drakkko dans un état si pitoyable. Aussi, ne résista–t–elle pas à lui proposer de se détendre, après le dîner.

– Drakkko ? chuchota-t-elle aussi discrètement qu'un troupeau d'hypogriffes enragés.

– Oui, Pansy ? répondit Draco, avec une gentillesse inaccoutumée.

Blaise les regarda bizarrement. Depuis quand est-ce que Draco répondait à Pansy avec gentillesse ? Il devait être totalement ailleurs. La preuve : il ne remarqua même pas que son meilleur ami le dévisageait ouvertement.

– Drakkko, je me disais kkk'on pouvait peut-être, ce soir, enfin, si tu veuuuuux, genre, se retrouver...

Pansy lança un regard très suggestif au blond. Elle aurait tout aussi bien pu écrire sur son front « Voulez–vous coucher avec moi, ce soir ? ».

Blaise observa attentivement son meilleur ami, la personne la plus secrète qu'il connaisse. Draco sourit distraitement à Parkinson et déclina l'offre en prétextant avoir quelque chose d'autre de prévu ce soir-là.

Blaise soupira intérieurement. Cela faisait plus d'un mois que Draco se comportait bizarrement.

D'ordinaire, Draco n'était pas un garçon très expressif. Il avait beaucoup de retenue, mais il n'hésitait pas non plus à ricaner ou à déblatérer des conneries sur sa prétendue supériorité. Pourtant, depuis quelques temps... il était distant, comme préoccupé. Comme par une affaire secrète.

Le plus logique aurait été de penser qu'il était absorbé par la mission que lui avait donnée Vous-savez-qui. Mais en ce cas, Draco lui en aurait touché un mot, au moins à lui, Blaise. Peut-être... Peut-être que le blond avait quelqu'un. Quelqu'un de sérieux.

– Tu as quelque chose de prévu ce soir, Dray ? Quelque chose comme... hummm ? fit Blaise, un sourire en coin, en agitant ses sourcils.

– Oh, Blaise, ta gueule, veux-tu ?

Draco se leva, fuyant la vulgaire compagnie de Blaise et Pansy. Ses amis ne pouvaient-ils pas le laisser tranquille, alors qu'il devait rejoindre Potter – il ne savait toujours pas ni où, ni quand – afin de subir sa vengeance ? Afin de recevoir sa... punition.

A ce mot mal choisi, le blond frémit involontairement. Non, Potter n'allait pas le punir, il allait se venger pour avoir été maltraité pendant la première séance. Pourtant, il avait aimé, les traces de sperme, les bruits qu'ils faisaient en masturbant étaient des preuves indéniables...

C'était décidé. Draco allait essayer de le convaincre que la séance avait été une réussite. Il n'allait pas se laisser faire, et accepter de manger une soupe aux cheveux de Rogue.

Draco était en chemin pour rentrer au dortoir, puis il fit demi-tour. Ce n'était pas dans les cachots qu'il serait averti du lieu et de l'heure du rendez-vous. Il n'y avait pas trente-six milles solutions.

Dégoûté d'avoir à adopter une attitude aussi humiliante, Draco alla se cacher dans un placard à balais à côté du portrait de la Grosse Dame. Quand Potter sortirait, Draco n'aurait plus qu'à le suivre sans se faire remarquer.

Draco attendit ce qui lui sembla un demi-siècle. Il essayait de lire à la lueur de sa baguette, mais l'effort lui fatiguait inutilement les yeux et le cerveau. Aucun mot ne semblait avoir de sens. Il entendit finalement un bruit, le bruit du tableau qui pivotait. Il jeta un coup d'œil hors de sa cachette et fut heureux, pour la première fois de sa vie, de voir Potter.

Le brun sortit un curieux tissu de sa robe et... disparut en dessous. Par les bijoux de famille de Merlin ! Potter avait une Cape d'Invisibilité !

Pratique, très pratique mon cher Potter... Mais comment te suivre, maintenant que tu es invisible ?

Heureusement pour Draco, Potter ne faisait aucun effort pour être discret. Ses pas résonnaient dans le couloir. L'oreille tendue, Draco le suivit. Il n'aurait jamais pensé se retrouver dans une situation aussi ridicule. Foutu Potter.

Quand Draco vit la porte de la salle de classe abandonnée s'ouvrir toute seule, poussée par l'invisible Potter, il faillit exploser de rage. Un demi-siècle d'attente dans un placard à balais, une filature ardue et difficile, pour un lieu aussi évident ? Sérieusement, Potter se foutait de sa gueule.

xXx

– Entre, Malfoy.

Harry riait intérieurement. Dans le dortoir un peu plus tôt, il avait observé avec tendresse le petit point étiqueté « Draco Malfoy », immobile, planqué dans un placard à balais, tout près de l'entrée de la tour de Gryffondor. Harry l'avait laissé poireauter trois quarts d'heure avant de descendre, prétextant encore une fois une ballade au clair de lune.

Dans le couloir, il s'était couvert de la Cape de son père, puis il avait fait tout exprès de faire le maximum de bruit possible afin de ne pas semer Malfoy. Ce qui était très sympa de sa part, si vous vouliez son avis.

Après tout, Malfoy ne lui avait pas fait de cadeau, quand il lui avait donné rendez-vous pour la séance d'essai avec un simple « à ce soir, Potter ». Mais Harry n'était pas comme lui. Il était gentil, n'est-ce pas ?

Peut-être pas si gentil que ça, tout compte fait, car il avait jubilé en disant « Entre, Malfoy », et en imaginant le Serpentard derrière la porte, tétanisé.

– Bonsoir, Potter, dit Malfoy en poussant la porte. Je vois que tu t'es démené pour trouver un lieu de rendez-vous... original.

Harry lui répondit par un sourire aimable.

– Bien, vu que tu es là, passons aux choses sérieuses. Tu m'avais garanti que si la séance d'essai n'était pas concluante... je pouvais te demander ce que je voulais, n'est-ce pas ?

Comme si on lui arrachait tous les poils du corps en même temps, Malfoy grimaça un « Oui » étouffé.

– Bien. Ce que je vais te demander est simple. Je veux qu'on inverse les rôles pour une nouvelle séance. Une séance où tu seras le soumis et où je serai le maître.

Quand il vit le blond devenir aussi pâle qu'un rayon de lune, Harry faillit rire à voix haute. Ce n'était que le début des fesse-tivités.


Voilà. Je ne sais pas si c'est clair, donc je vais l'écrire bêtement : Harry a aimé la première séance et il l'assume (sinon, il n'y a plus d'histoire), mais il joue avec les nerfs Draco. Donc non, pas de Draco soumis dans le chapitre suivant.

Est-ce que Harry montre un peu son côté Serpentard ? J'ai tendance à le voir comme un idiot mais je fais des efforts pour qu'il soit intelligent, je vous assure !

Ah et en fait ! Un petit mot fait toujours plaisir :)