Un pas après l'autre - saison 7 - épisode 4 - Complices

Thomas n'avait jamais aimé fêter Halloween. Quand Lucas était petit, il s'était forcé à faire la tournée des bonbons. Encore plus après la mort de Julia. Il voulait créer de beaux souvenirs d'enfance à son fils, pour tenter d'effacer les pires...

Adèle de son côté avait de bons souvenirs de cette fête jusqu'à ses 8 ans. Elle adorait se déguiser en pirate avec Camille. Mais après ce terrible jour d'avril 1992, il n'y avait plus eu d'Halloween. Plus de Pâques. Plus de Noël. Plus d'anniversaire. Ne restait que la noirceur de la cave dans laquelle Argos l'enfermait. La solitude. La privation. L'absence.

Thomas et Adèle se rejoignaient donc sur un point. Ils n'avaient pas du tout envie de faire la fête ce soir. Et au final ça tombait bien, parce que s'ils étaient déguisés, c'était pour une enquête: ils devaient résoudre le meurtre de Thibaud Dufresne.

Mais pour se fondre dans la masse, retrouver le clown tueur, ils devaient donc s'incruster à une soirée d'Halloween organisée par la mairie de Quincieu. Hyppolite leur avait choisi des costumes qui leur collaient à la peau.

Le commandant était déguisé en gladiateur. Bouclier en main, muscles et tatouages apparents… Il ressemblait vraiment à un guerrier. Adèle, elle, avait eu le droit à un costume de sorcière dans les règles de l'art. Long cheveux noirs, teint blafard, lèvres rouge sang, tunique noire… Elle était impressionnante.

L'objectif de la soirée n'était pas simple. Il fallait retrouver un clown tueur, celui qui apparaissait sur la vidéo de propagande… Mais les clowns méchants ce n'est pas ce qu'il manquait dans ces sous-sols noirs de monde. Rocher était arrivé en premier. Normalement Adèle devait déjà être là. Il ne l'avait pas encore vu déguisée. Il avait hâte de voir à quoi elle ressemblait. Mais plus il s'enfonçait dans ces couloirs sombres, plus il s'inquiétait. Mais où était-elle?

Après quelques minutes, une femme se faufila derrière lui et le suivit sur quelques pas avant de doucement poser une main sur son épaule. Rocher se figea, pensant devoir éconduire une jeune femme qui aurait été séduite par ses muscles. Mais quand il tourna la tête, il vit Adèle. Il était soulagé, et impressionné par son déguisement. Elle, elle était plutôt amusée et avait vraiment envie de le taquiner.

"Vous avez trouvé où ranger votre arme là-dessous?" lui lança-t-elle alors que son visage n'était qu'à quelques centimètres du sien. Sa main était toujours sur son épaule. Il pouvait presque sentir son souffle sur sa peau. Ses pensées s'égaraient déjà… Comme bien souvent depuis qu'Adèle avait intégré son équipe. Il devait se reprendre. Le travail primait ce soir.

"Ouais j'ai trouvé". Il regrettait vraiment d'être là pour une enquête. Il n'était pas danseur. Mais il aurait bien voulu être avec elle sur la piste. Ou juste boire un verre en tête à tête. Apprendre à connaître la nouvelle Adèle. Celle qui était forte et faible à la fois. Qui commençait à se laisser aller, à faire confiance à ses collègues, qui voyait la suite un peu plus… gaiement qu'avant. Et surtout qui n'aboyait pas dès qu'on lui faisait un reproche ou qu'on essayait de l'aider. Cette Adèle sensible commençait vraiment, mais alors vraiment, à le toucher.

"Vous n'avez pas vu Vanard?" "Des vampires, quelques sorcières… mais pas de clown". Leur affaire s'annonçait compliquée. Le téléphone de Thomas se mit à sonner. C'était Emma. Une histoire de mites, de changement de costume… Bref, la jeune lieutenant était en retard.

"C'est Emma elle a eu un problème de costume. Elle arrive", expliqua Thomas à Adèle. Leurs regards se tournèrent vers la piste de danse, où des vampires, des sorcières et des personnages de Disney cohabitaient dans une atmosphère joyeuse. Puis leurs yeux s'accrochèrent à nouveau. Adèle aussi voulait apprendre à connaître le commandant autrement. Mais pas ici, pas maintenant. Malheureusement.

"A tout de suite". Thomas fila fouiller la scène à la recherche du suspect au masque de clown. Adèle fit de même dans le sens opposé. A deux, ils couvraient tout l'espace.

Rocher crut avoir trouvé le clown en question. Mais c'était juste un écervelé qui voulait amuser la galerie en faisant semblant d'égorger sa copine. L'humour noir n'était pas un délit.

Adèle, elle, en se trémoussant sur la piste de danse, avait touché le gros lot. Leur suspect était en face de ses yeux. Tout dans son langage corporel indiquait qu'il allait passer à l'attaque. Il fallait qu'elle intervienne. Elle ne voyait plus Rocher. Où était-il? Elle ne pouvait pas laisser leur homme leur échappait. Alors elle décida de le suivre dans la cuisine, où il tenta d'agresser Zacharie Leroy, adjoint et fils du maire de Quincieu.

Pour le stopper, elle se saisit d'une poêle et le frappa violemment à la tête. Mais ça ne lui fit pas grand-chose. Il se retourna et voulut l'étrangler. Mais heureusement Rocher débarqua rapidement… pour sauver Adèle et découvrir que le clown était en réalité une femme: la femme de Thibaud Dufresne, l'homme retrouvé mort dans les catacombes près de la Seine le matin même. Une certaine Brigitte Dufresne.

Thomas et Adèle étaient dans une ambulance devant la salle des fêtes. Il avait insisté pour que la belle criminologue voit un médecin. Elle avait quand même été sérieusement secouée là-dedans… Brigitte Dufresne avait été emmenée à la DPJ par des collègues. Zacharie Leroy était lui examiné par un médecin dans une autre ambulance.

Adèle était assise sur le brancard à l'arrière du véhicule. Thomas attendait, inquiet, assis dans un coin. "C'est ridicule, elle m'a à peine touchée", maugréa la jeune femme. "Je veux juste être certain que vous allez bien Adèle", répondit sereinement le commandant en regardant le pompier qui examinait sa collègue. "Ne vous inquiétez pas. Elle s'en sort avec une vilaine bosse à l'arrière de la tête et quelques bleus autour du cou. Rien qu'un peu de paracétamol ne puisse pas soigner". "Vous voyez!" s'exclama Adèle en se levant. "Je suis en pleine forme. Allez venez". Elle sortit de l'ambulance précipitamment et manqua chuter. "Eh doucement Adèle j'ai assez de cheveux blancs comme ça!" Rocher serra la main du pompier et sortit après la criminologue, qui cherchait la voiture de son collègue des yeux.

"Vous n'êtes pas venu à pieds rassurez-moi?" "Non je suis garé un peu plus loin. Je ne voulais pas qu'on me voit arriver avec mes gros sabots. Suivez-moi". Il avança dans la ruelle, bien calme comparée à l'effervescence qui régnait devant la salle quelques secondes plus tôt.

Ils marchèrent côte à côte quelques minutes. "Vous avez pas froid avec votre costume de gladiateur?" "Un peu mais heureusement dans cinq minutes je vais pouvoir me réchauffer dans la voiture. Et vous ça va? Votre costume de sorcière n'a pas l'air bien épais non plus".

Ils se mirent à rire ensemble. "Je ne sais pas de quoi on a l'air là tous les deux. Mais certainement pas d'une criminologue et d'un commandant de police". "J'ai toujours mon arme". Il s'arrêta, lui attrapa le poignet pour qu'elle fasse de même, passa la main dans son dos et sortit son arme, lui montrant comme un trophée. "Non sérieusement elle était dans votre…" "Dans ma ceinture Adèle. Juste dans ma ceinture. Vous pensiez à quoi enfin?"

Elle pouffa de rire et enleva sa perruque de sorcière. "Pardon pardon… Mais avouez que la situation était assez cocasse". Il reprit sa marche en avant et Adèle fit de même. Ils arrivèrent rapidement à la voiture et se dépêchèrent de rentrer. Avant que Rocher ne démarre, Adèle tenait à lui dire quelque chose. "Thomas…"

Il la regarda se demandant bien ce qu'elle avait d'aussi urgent à lui dire qu'elle ne pouvait pas attendre qu'il ait mis le contact. "Ça va Adèle?" "Ouais ça va ça va… C'est juste que… j'ai de plus en plus l'impression que j'appartiens enfin à cette équipe, un peu comme à une famille… J'aurais voulu… Enfin c'est peut-être malvenu de dire ça sur une enquête pour meurtre… Mais je me suis presque amusée ce soir… enfin jusqu'à ce que Brigitte Dufresne tente de m'étrangler".

Thomas sourit et caressa furtivement la main gauche d'Adèle avec son pouce. "Vous faites partie de l'équipe Adèle. Ce n'est pas qu'une impression. Et je suis désolé de ne pas être arrivé avant qu'elle vous atteigne. On reste ensemble maintenant. D'accord?" Elle était émue. Le commandant semblait vraiment touché par ce qui s'était passé. "Oui on reste ensemble".

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