Platypus, mes zoziaux ! Vous ne l'attendiez plus, celle-là, hein ? Pas tout à fait un an après le cliffhanger du chapitre 3, voici enfin le chapitre 4 des Wiccans de Salem ! Vu le délai, je suppose qu'un résumé du chapitre précédent serait inutile. Relisez tout depuis le début.
Je vous promet que cette fois, ce ne sera pas vain. Parce que cette fois, il y a deux choses qui ont changé :
– J'ai un plan narratif complet ! Je sais exactement quoi raconter, et quand ! La fic fera dix chapitres, et les six prochains seront consacrés à six sabbats wiccans, ce qui fera une bonne excuse pour les ellipses. Les chapitres feront entre 12 et 15 pages, contrairement à ceux d'ELM qui font entre 15 et 18 pages.
– J'ai "découvert" que les Wiccanes de Salem est un préquel d'Entre les Mondes ! Je ne veux pas trop spoiler, mais les histoires s'avèrent directement lié.
Ces deux choses sont deux raisons majeures pour que je ne laisse plus cette fic de côté jusqu'à ce qu'elle soit bouclée, et si possible, le plus rapidement possible, donc pas un chapitre par an…
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Réponse aux si lointaines reviews !
Hello, AndouilleEtSushi (Andouille, je suppose ?) ! Non, Iris n'a pas de lien familial avec les Lovegood. Mais elle a bien un point commun avec Luna…
En effet, Amidala est mentionnée dans les Marchands de Secrets. Puisqu'en 2018, elle est en 7th Grade à Salem, soit toujours élève dans l'école de Jamie (et liée à Nisha, mais ici c'est un spoil).
Ça commence doucement, c'est juste une histoire de leur faire faire des trucs idiots la nuit un dimanche soir. Elles vont morfler le lendemain…
Il y en a eu, et il y en aura encore. Même si je doute un peu de cette décision aujourd'hui, j'ai tout de même classé cette fanfic en "horreur"…
Yo Ywëna ! Tiens, ça doit être une des dernières reviews que tu m'as laissé, ça, t'as un peu délaissé ELM…
Tu vas encore devoir relire, du coup. Mais promis, cette fois-ci, pas de cliffhanger !
Salut Guest. J'ai un gros doute… Dreamer, ou Allan ?
Alors si tu es la première, tu sais quel serait ma réponse par rapport à Renouveau 6. Sinon, on va dire que oui.
Les Wiccans de Salem se déroulent six ans avant le début des Marchands de Secrets. Aucun enfant de MDS, ELM ou même Renouveau n'est encore à l'école. Enfin, si, quelques secondaires d'ELM, mentionnés sur la page 2012 du wiki.
Oui, Amidala fait beaucoup de progrès. Faut dire qu'elle a un très bon prof.
Hellu, Grippe-Sou ! Merci pour l'erreur, je l'ai corrigée… il y a quelques minutes. Hâte de te revoir ici !
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Dans ce chapitre, la suite directe du précédent, la demande d'Amidala exaucée, et une méchante porte ou deux.
NOTE : Le message sur la plaque de la crypte est écrit en Aczu Śavnecze. Si vous n'êtes pas à jour dans Entre les Mondes, ma fanfic principale, il s'agit d'une langue construite que j'ai développée pour le Multivers, et surtout pour ELM. Puisque j'en suis arrivé à la conclusion que WDS est le préquel d'ELM, il m'a paru logique de la réutiliser ici. Je ne donne aucune traduction dans les chapitres, mais j'en donne sur la page Aczu ŚavneczeslashTraductions du wiki. Vous êtes entièrement libre de la consulter, sachant que même si vous avez fini de lire le chapitre, ça constitue quand même un spoil.
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4) La tempête avant la Tempête
– Bah quoi ? J'ai un joncheruine sur le bout du nez ?
Amidala sourit jusqu'aux oreilles.
– T…toi n…non ! M…mais eux en ssont…sont en…vahis, n…n'est-ce pas ?
– Lark a une mauvaise aura, elle attire les joncheruines comme un randonneur attire les povrebines, confirma Iris Stevens, ses yeux ne cessant de virevolter.
– Mais ça n'existe pas, les "joncheruines" ! s'exclama une petite brune au nez crochu dont la cape noire était brodée d'un iota.
– T'es sûre, Kayleigh ? s'enquit une de ses camarades de Iota, plus grande et plus timide.
– Évidemment ! affirma Kayleigh d'un ton sec.
– Qu…que tu y crois ou p…pas est… n'est p…pas p…p…pertinent, répliqua Amidala.
– Ooooh ! comprit soudain Alethea. Tu les vois dans le noir, tes joncheruines ?
– Ce ne sont pas mes joncheruines, sourit Iris. Mais bien sûr que je les vois, elles brillent plus fort que des lucioles !
– Donc tu peux repérer l'autre groupe à distance !
Iris réfléchit. Puis son sourire candide devint presque carnassier.
– Les joncheruines sont attirés par le stress. Qui sera la plus stressée dans l'autre groupe, sinon celle qui gardera le drapeau ?
– Amidala, t'es une génie ! s'exclama Alethea. Pardon si j'ai pu douter de toi !
– Mouais, on se jetera des fleurs quand on aura gagné, grogna Kayleigh. On fait quoi du nôtre, d'ailleurs ?
– On…on monte ! annonça Amidala en désignant la tour du clocher.
Suivant Amidala, toutes se rendirent au beffroi. L'église rattachée à la tour (celle qui abritait la cloche, ou plutôt la bancloque, qui fut empruntée par Malwen Carter) avait été démolie depuis longtemps, mais le beffroi subsistait, et rythmait de ses coups de bancloque les journées des locaux. Le mécanisme était automatisé, et presque personne ne rentrait jamais dans la tour, surtout en pleine nuit. C'est pourquoi les filles, s'introduisant grâce à un Alohomora jeté par Alethea, ne craignaient pas de se faire prendre… à condition de rester discrètes.
Six des quatorze filles restèrent dehors, à surveiller les alentours. Quatre encore se disposèrent à intervalles réguliers dans les escaliers, au cas où. Les quatre dernières, soit Amidala, Alethea, Kayleigh et Iris, montèrent au sommet, et tandis qu'Alethea accrochait leur drapeau à une des câble de supension la bancloque, en prenant bien soin de ne pas tirer dessus, Iris scrutait les horizons sous le regard expectatif des deux autres.
– Je comprends que la situation soit stressante, lâcha soudain Iris, mais vous attirez les joncheruines ici…
– Pa…pardon ! s'excusa Amidala, redescendant de quelques marches, et faisant signe à Kayleigh de s'éloigner un peu elle aussi.
Iris fit le tour de la bancloque, et chercha dans l'autre direction. Soudain, elle s'agita :
– Là-bas ! Elle sont là bas !
Elles se précipitèrent toutes pour aller voir. Alethea prit bien garde de lâcher le câble qu'elle tenait, mais se prit les pieds dans une vieille corde, celle-ci non reliée à la cloche elle-même, mais à l'ancien battant manuel (qui avait eu l'idée stupide de le laisser accroché une fois le mécanisme automatique installé ?!)… qui la fit tinter presque aussi violemment que si la cloche n'était pas maintenue. Les filles se plaquèrent les mains sur les oreilles en poussant un cri de surprise et de douleur.
– Aïeeeuuuuuh ! s'écria Kayleigh. C'est malin, tout le quartier va savoir qu'on est là ! Je te rappelle que la seule règle est de ne pas se faire prendre par les no-maj' !
– Rhooh, ça va, j'ai pas fait exprès !
– C'est pas parce que t'es naturellement stupide que je dois t'en excuser !
– Hé, les filles… intervint Iris.
– QUOI ?! répondirent les deux protagonistes en cœur.
– Elles arrivent. Nous sommes repérées.
– C'est vraiment génial ! grinça Kayleigh, qui se précipita dans les escaliers.
– Où… où tu vas ? demanda Amidala.
– Je vais les retenir le temps que vous déplaciez le drapeau, tiens ! Il est hors de question qu'on perde !
On entendit à peine la fin de sa phrase, tant elle était descendue rapidement.
– Tsss, mauvais esprit de compétition, commenta Alethea.
– El…Elle a r…r…raison, concéda Amidala. Dé…d…décroche-le.
– Je suis vraiment désolée, c'était un bon plan. J'ai tout fait capoter.
– Pas… p…pas grave. Ir…rrris, t…tu l…les voit… toujours ?
– Non ! déplora l'adolescente. J'ai lu que l'odeur du sentiment de victoire est un puissant répulsif à joncheruines…
– J'ai vraiment tout gâché ! se lamenta Alethea.
– La…la ferme…me. On n'a qu…qu…qu'à le c…cacher ailleurs !
Les trois filles redescendirent du beffroi, suivie des deux qui étaient restées dans les escaliers au cas où. Dehors, il n'y avait plus personne : le reste du groupe était parti affronter l'adversaire pour leur faire gagner du temps.
Tandis qu'elle s'éloignaient dans la direction opposée, elles entendirent les premiers sorts fuser.
– On se dépêche, ordonna Alethea. Sable, tu sais où on va ?
– Pointe au nord… On se dirige vers le sud-est, en direction du Hall des Sigiles, indiqua la dénommé Sable, qui était aussi blonde que le Sahara.
– Parfait, on y va !
– Mais c'est fermé, la nuit !
– On ne rentre pas dedans, banane ! On va cacher le drapeau dans les poubelles cartons du musée !
– Beurk, s'exclama l'autre fille, une rousse aux cheveux courts et au nez en trompette. C'est sale, les poubelles, je vais pas fouiller là-dedans !
Alethea haussa les yeux au ciel, mais son interlocutrice ne pouvait pas la voir dans le noir chichement ponctué de lampes de rue.
– Raison de plus pour l'y cacher, Esther !
Elles y étaient presque, lorsqu'elles entendirent un hurlement. C'était un cri de pur souffrance, à glacer le sang.
– C'est quoi, ça ?! couina Esther. C'est l'une des nôtres ?
– Non, ça venait de là-bas, indiqua Alethea, dont l'oreille était fine.
– C'est la direction du cimetière ! souffla Sable, qui connaissait bien le quartier pour en être native.
– Oh par Merlin, on fait quoi ? paniqua de plus belle Esther.
– On…on va v…voir ! ordonna Amidala.
– Sans vouloir te vexer, t'es pas un peu dingue, la bègue ?
– Qu'est-ce que tu t'attends à trouver dans un cimetière sorcier d'où sortent des hurlements, en pleine nuit ? s'enquit Alethea.
Amidala sourit.
– Des Wiccans.
Elle se précipita, suivie de Sable. Alethea haussa les épaules, et leur emboîta le pas, puis Esther se précipita derrière elle, pestant et lançant des allégations quant à l'état du cerveau des bègues.
À l'entrée du cimetière, elles purent voir les immenses grilles noires ouvertes. Au-delà de celle-ci, il n'y avait plus le moindre lampadaire. Au loin, elles pouvaient entendre des sanglots et des éclats de voix.
– Il est hors de question que j'entre là-dedans ! protesta Esther.
– M…moi j'y vais, répliqua Amidala.
– Elles ont peut-être besoin d'aide, hasarda Sable. Lumos !
– Je reste avec Esther. On surveille vos arrières.
– Ok.
– Attends, Ami !
Alethea sortit le drapeau de sa poche, et le tendit à sa camarade.
– Cache-le derrière une tombe, et notre victoire sera assurée. Elles iront jamais le chercher là-bas !
Amidala prit le drapeau sans un mot, et se précipita à la suite de Sable, qui portait la lumière mais ne l'attendait pas. Elle-même sortit sa baguette, mais préférais la réserver pour jeter un sort offensif. Avec ses bégaiements, on aurait pu penser que l'inverse aurait été plus prudent. Mais d'une part, Sable n'était douée en magie que pour ce qui relevait des sorts de la vie quotidienne, se reposant sur ses acquis de fille de sorciers, tandis qu'Amidala avait dû apprendre seule tout ce qu'elle savait, mais en plus, quand elle était effrayée ou en colère, son bégaiement disparaissait presque. Et là, elle était au taquet pour le premier sentiment…
Elles contournèrent quelques tombes, remontèrent quelques allées, et parvinrent à la section des cryptes. Ici étaient enterrées des familles entières de sang-purs sur plusieurs générations, et les tombes rivalisaient de richesse ostentatoire. Qui un mini-temple grec en marbre blanc fermé d'une porte d'or, qui un prieuré abritant une statue grandeur nature aux détails saisissants (un peu trop saisissants au cœur d'Amidala, qui battait la chamade après le sursaut que la statue lui avait valu). Enfin, elles arrivèrent à l'endroit d'où venait les voix : un groupe de wiccans toutes encapuchonnées se tenaient autour d'une crypte entièrement noire, un peu plus petite que les autres. À la lueur des baguettes, Amidala put en lire la plaque :
JENIFAEL OBEDIENCE COOK 1676 – 1713
PH INACHPCKNEN TPHK ECHUPSEĆMERAF THEĆ
DRFIŚESUCJE KUZAŃMDUDE VMICF THEĆEŃC
Une fille était à quatre pattes devant la crypte. Sa main droite était coincée entre la porte de pierre et le mur, dont on ne voyait même plus l'ouverture. Du sang coulait le long de son avant-bras, et formait une petite flaque au sol au niveau de son coude. La main devait être broyée…
Une fille les aperçut. Elle interpella une membre du Cercle, qui les héla sans même retirer son capuchon :
– Hé, vous faites quoi, ici ?!
– Qu'est-ce qui s'est passé ? s'enquit Sable.
– Ça ne vous regarde pas ! Dégagez tout de suite, où je vous exclut des initiées ! Hé, tu vas où, toi ?
Amidala l'ignora, et avança vers la fille qui était piégée. Une wiccane fit mine de la retenir, mais le regard qu'Ami lui jeta était sans équivoque. Son aînée recula, la laissant passer.
Ami jeta un regard plein de compassion à la wiccane piégée, et l'avertit, d'une voix parfaitement stable :
– Ça va faire très mal.
– Quoi ?! T'es qui, toi d'abord !?
Ami sentit la puissance monter en elle. Ses doigts se mirent à fourmiller. Elle posa sa main sur la porte noire, juste à côté de la main piégée de l'adolescente. La porte se mit à vibrer, tirant un gémissement de douleur à cette dernière. Soudain, la roche se mit à se dissoudre autour de sa main, et elle put se libérer en tirant, ce qui lui valut un nouveau hurlement de douleur. Puis, en voyant l'état de sa main, elle s'évanouit. Celle-ci ressemblait plus à un hérisson écrasé par un 36 tonnes qu'à une main humaine.
Ami retira sa main, mais la porte continua encore un peu de se dissoudre, laissant une ouverture en arc de cercle assez large pour y passer un bras fin. En se relevant, elle manqua de s'évanouir.
– Hé, ça va ? se précipita la Grande Wiccane.
Ami accepta le bras tendu. Étant plus petite qu'elle, elle put voir le visage de la Grande Wiccane sous son capuchon en levant les yeux. Elle reconnut Eva Ainsworth, du trône blanc des Analystes.
– Emmenez tout de suite Hunter à l'infirmerie, ordonna-t-elle. Toi ! Je veux savoir qui tu es, et ce que tu as fait ! … Et merci, au fait. Nous n'avions pas de solution, mais maintenant, sa main est peut-être sauvable.
– J…je m'appelle …Amidala K…Kent.
– Ne sois pas timide, je ne vais pas te punir ou quoi que ce soit.
– Je s…suis pas timide, je suis bègue ! s'agaça Ami.
– Oh… pardon, je suis désolée.
– Pas…Pas grave. Je…j… j'ai senti ce que je devais faire.
– Cette porte est magique, expliqua Eva. Ça fait des années qu'on essaie régulièrement de l'ouvrir, mais à chaque fois qu'on parvient à quelque chose, un piège se déclenche. On avait réussi à en forcer l'ouverture et à la coincer avec des pierres. Hunter avait glissé sa main par la fente pour éclairer l'intérieur avec sa baguette, mais soudain la porte s'est refermée d'un coup sec, réduisant les pierres en poussière… Et la main de Hunter en bouillie. Sa baguette a dû tomber à l'intérieur. Et toi, petite aspirante, tu arrives et tu fais un trou dans la porte qui ne se referme pas, et qui ne déclenche aucun piège. Comment tu as fait ?
– La p…porte m'a p…parlé.
– Tu parles aux portes magiques, toi ? T'es quoi, au juste ? Une briseuse de sorts déguisée en aspirante ?
– Une Gé…Géom…m…mancienne.
– Géomancienne ? Tu veux dire, ceux qui font voler des pierres par la pensée ?
Pluôt qu'une explication, Ami ramassa un caillou sur l'allée gravillonnée, et le fit léviter au-dessus de sa main. Puis, alors qu'Eva sifflait d'admiration, Ami ferma le point, et le caillou explosa dans un petit nuage de poussière, faisant sursauter plusieurs wiccanes.
– Entre autres, confirma Ami. Je suis en apprentissage.
– Ah, c'est toi l'initiée du Trône des Rebelles qui a des rendez-vous secrets avec la directrice-adjointe ?
– Les…les nouvelles vont v…vite ! ricana Ami. Bravo les secrets !
Eva haussa les épaules.
– Nous sommes les wiccanes. Tous les secrets nous appartiennent. Dans ce domaine, tu peux nous situer entre le MACUSA¹ et le VOODOO².
– V…voudou ?
– Ouais, hein ? Quel nom stupide ! Enfin, peu importe. Tu n'aurais jamais dû venir ici… mais en tant qu'aspirante Rebelle, c'était inévitable, hein ? Le Cercle sera averti de ce que tu as fait aujourd'hui. Ne t'inquiètes pas, c'est très bon pour toi. Très très bon même !
– Au fait, et toi, t'es qui ? demanda une autre wiccane à Sable.
– Sable Kasandri, j'suis du quartier. Y'a la concession de ma famille à une cinquantaine de mètres par là-bas.
– Kasandri, comme le libraire ?
– Ouais, comme mon père, quoi. Waah ! Big deal. On s'en r'met vite.
– Tu es bien impertinente, remarqua Eva. Tu es initiée à quel Trône ?
– Les Indépendantes. Pas que j'y ai demandé quoi que ce soit.
– … Évidemment. Bon, les filles, Brittany Denman ici présente, préfète de Iota, va vous raccompagner à votre dortoir, et… Tu as quoi dans la poche ?
– Le dr…drapeau, indiqua Ami en le sortant.
– Ah, mince, c'était ce soir ! C'est pour ça que vous vous baladez en pleine nuit ! Hé bien vous savez quoi ? Tu vas me donner ce drapeau, et puis je vous déclare vainqueure d'office.
– Me…merci !
– Ouais, chic, reconnut Sable.
Les deux jeunes filles emboîtèrent ensuite le pas à Brittany. À la sortie du cimetière, elles rejoignirent Alethea et Esther qui les attendait.
– Qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ? Et où allez-vous ?
– On a gagné le jeu, et on va se coucher, résuma Sable.
– Et vous deux, vous venez avec nous aussi, ordonna Brittany.
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Amidala ne fut pas convoquée par le Cercle ou quoi que ce soit du genre. Simplement, Cixi vint la féliciter en personne pour sa présence d'esprit et son courage, en public, et cela contribua à améliorer sa popularité.
En compagnie du maître géomancien que la directrice-adjointe faisait venir exprès pour elle, Ami progressa très rapidement en géomancie. Elle s'était rendu compte qu'à chaque fois qu'elle utilisait ses pouvoirs, ses bégaiements s'atténuaient, jusqu'à même disparaître. En discutant de cela avec la directrice-adjointe, elle comprit le lien, lorsque celle-ci lui affirma que la plupart des sorciers voyaient leurs pouvoirs magiques apparaître vers sept ans.
– C…c'est là que j'ai co…co…co…
– Commencé à bégayer. Oui, confirma Mrs Valerian. C'est ce que j'ai essayé de te faire comprendre, en début d'année.
– Qu…quoi ?
– Que c'est un mécanisme de défense. Tu débordes tellement de magie que si tu ne bégayait pas, tu aurais pu jeter un sort rien qu'en parlant. Ce qui a d'ailleurs pu se produire, et être le traumatisme refoulé à l'origine de ton affection. En fait, je pense que tu es une septère. Il s'agit de sorciers nés-moldus, très rares, qui semblent avoir accès à une source de magie illimitée. On dit que beaucoup de grands sorciers en étaient. Il existe des pays, comme la France, où on considère que les enfants d'un septère sont des sorciers au sang pur même si leur autre parent ne l'est pas, car leur magie l'est assez pour deux. C'est d'ailleurs un septère français, que j'ai eu la chance de rencontrer l'an dernier. Monsieur Sirtesente s'est spécialisé dans la création de sorts, un domaine où les septères dominent largement.
– Mais quel… quel rapport avec la gé…gé…gé…géomancie ?
– Respire bien à fond, ça va aller. La magie élémentaire demande énormément d'énergie personnelle. Tu dois non seulement générer un sort qui est par nature beaucoup plus magivore que ceux qu'on vous enseigne à maîtriser avec une baguette ici, mais en plus, tu dois plier les flux de l'éther à ta volonté pour qu'ils te servent de canaliseur, remplaçant le rôle habituellement tenu par la baguette. Donc à chaque fois que tu utilises la magie élémentaire, tu désatures sensiblement ta puissance débordante. Mais attention à ne pas en abuser, parce que ça tire presque autant sur tes forces physiques que sur ta force magique. Quant à la géomancie… Chaque sorcier a une affinité élémentaire. C'est par hasard, certes probablement influencé par ta double origine chinoise, que ça soit tombé sur cet élément.
– Et qu…que peut-on f…faire ?
– Continuer à t'entraîner régulièrement. Et…
Mrs Valerian ouvrit le tiroir de son bureau, et en sortit la petite pierre pyramidale noire qu'elle avait utilisé au début de l'année pour lui faire une démonstration de géomancie, et la posa devant Amidala.
– … En utilisant tes pouvoirs de manière systématique. Prends ceci, et dès que tu t'ennuies, que tu réfléchis, que tu discutes avec des amis… Tu fais tourner cette pierre au-dessus de ta main. Ça doit devenir un réflexe.
– D'a…d'accord.
– Vas-y, fait-le tout de suite. Voilà, tu la prends dans ta main, et tu répètes l'exercice habituel. Mais cette fois-ci, au lieu de rester concentrée sur la pierre, tu me parles.
– C…comme ça ? demanda Ami, tandis que la pierre commençait à tourner au-dessus de sa main.
– Voilà. Un peu plus haut… parfait ! Alors, comment ça se passe en cours ?
– Plutôt bien, Miss. J'ai de bons résultats. Mes parents sont fiers.
– Tu n'as plus envie de partir ?
– Je n'ai plus de raison de le faire, répliqua Ami, d'un ton conspirateur.
– Ah, bien sûr, les wiccanes, se méprit la directrice-adjointe.
Amidala sourit. Oui, Mulcida Valerian se méprenait hautement.
La véritable raison pour laquelle elle n'avait plus aucune velléité de fuite se présenta à elle deux semaines plus tard, le dimanche 14 octobre 2012. Elle le vit la première, et bénit de tous ses vœux Cixi Carter qui avait honoré sa part du marché. Quand il l'aperçut et vint à sa rencontre, Ami savait exactement ce que Tony Vargas-Llosa allait lui dire. Mais elle joua la surprise, quand il se jeta presque dans ses bras en criant son prénom.
– Princesse Amidala !
– Tony ?! Qu'est-ce que tu fais là !?
– Tu devineras jamais ! J'ai reçu une bourse d'étude pour le programme Junior de robotique de l'université de Salem ! Je ne commence le lycée que dans quelques années, et je suis déjà à l'université !
– Noon ?! Félicitations ! Tu avais postulé à beaucoup de programmes ?
Tony devint pensif.
– Non, aucun en fait. Même pas celle-là. C'est étrange, le même jour où j'ai reçu la lettre d'acceptation, j'ai reçu une notification de Facebook qui me proposait de t'envoyer un message. J'ai cliqué sur la notification, et en haut de la fenêtre de chat, sous ton nom, c'est marqué la localisation, tu sais…
– La localisation de ce cyber-café, comprit Ami. Oui, c'est ici le seul endroit où les élèves de Salem peuvent avoir accès à internet. C'est payant, mais pas très cher et ils acceptent l'argent sorcier, alors c'est pas mal !
– Alors c'est vrai ? T'es vraiment une sorcière ?
– Aussi v…vrai que le le ciel est bleu !
Tony regarda par la fenêtre. Il avait plu toute la matinée, et le ciel était encore tout gris. Amidala haussa les yeux au ciel.
– Rhoooh, c'est bon, t…t'as compris !
– J'avais oublié que tu avais cet adorable bégaiement, sourit Tony, ce qui fit violemment rougir Ami. Mais on dirait que toi aussi, tu l'avais oublié jusqu'ici.
– Je…j…je s…suis un genre de trai…traitement, expliqua Ami.
– On dirait que les effets se dissipent, remarqua le jeune no-maj'.
– Ou…ouais. On bouge.
Amidala déconnecta le PC qu'elle utilisait, et quitta le cybercafé d'un pas ferme.
– Ouh là, moins vite ! s'écria Tony. On va où ?
Ami ne répondit pas, et se contenta d'accélérer. Soudain, elle s'engouffra dans une ruelle. Tony l'y suivit et la vit qui l'attendait. Elle avait sorti une petite pierre de sa poche, qu'elle fit léviter et tournoyer au-dessus de sa main.
– Wow ! C'est quoi, ça !?
– Mon traitement, expliqua Ami. À chaque fois que je bégaie, je dois faire tourner ça. J'ai grandi et appris à vivre avec, mais maintenant que ce n'est plus une fatalité, je me rend compte à quel point c'est casse…pieds de bégayer. C'est comme lagger IRL.
– Je suis content que tu aies trouvé une solution.
Il y eut un silence gênant.
– Et… euh… Ça veut dire qu'on va pouvoir se voir souvent, toi et moi…
– Oui…
Ils rougirent tous les deux. Ami perdit le contrôle de la petite pierre qui manqua d'assommer Tony, et ricocha dans le mur de brique avant de tomber par terre. Un passant no-maj', à l'attention probablement attirée par le bruit, les héla :
– Hé les gamins, qu'est-ce que vous faites là ?
– C'est bon, on discute, c'est tout ! répliqua Ami en ramassant sa pierre.
– Il y a d'autres endroits pour discuter, fichez le camp !
Amidala serra la pierre dans son point. Elle se demanda un instant combien d'heures de colle lui vaudrait le meurtre d'un no-maj' arrogant.
– On y va ! Bonne journée, monsieur !
Amidala passa l'après-midi avec Tony, à visiter le quartier. L'université de Salem n'était pas ici, mais les règles de l'Institut impliquaient plus ou moins clairement une interdiction des élèves de quitter le quartier demi-sorcier. C'est donc ici qu'ils se verraient le plus.
Ce qu'ils firent, d'ailleurs. Ami et Tony se revirent très souvent, les week-ends. Et s'ils se rendirent vite compte que leur amourette d'internet n'était qu'une tocade, leur amitié n'en fut que plus solide. Bientôt, Tony rencontra Ultimaas, et le courant passa immédiatement entre le no-maj' et le sang-pur. Ami servait d'intermédiaire entre les deux, d'interprète, même, tant leur vocabulaire et leur vision du monde était différente. Elle n'avait pas arrêté les exercices avec la pierre, et plus le temps passait, moins il lui arrivait de bégayer. Elle parlait énormément avec les deux garçons, avec ses amies aspirantes, et avec les wiccanes du Trône des Rebelles, tant et si bien que sa timidité artificielle, plus due à une appréhension d'être moquée pour son bégaiement, se changea très rapidement en une personnalité très extravertie, malicieuse, et avec quelques cours d'étiquette de son ami Bailey, elle deviendrait une oratrice hors-pair.
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Mais au-delà de son développement personnel, elle devint un élément-clef du nouveau plan d'Eva Ainsworth, qui consistait à la faire venir régulièrement au cimetière pour creuser un trou de plus en plus large dans la porte magique de pierre.
C'est exactement six jours avant Samhain qu'il fut décidé que l'ouverture était assez large pour s'y faufiler. C'est Brittany Denman qui s'y colla. La préfète était très fine, et put se faufiler sans effort. Habituellement, l'aventurière du Trône des Analystes était Hunter Nichols, mais la main de celle-ci n'avait pas pu être sauvée. Et si elle avait pu obtenir une magnifique prothèse et une nouvelle baguette financées par un "richissime donateur anonyme" (nominativement, le fond de fonctionnement des wiccanes), elle devait encore réapprendre à jeter des sorts de la main gauche.
À l'intérieur du tombeau, il ne faisait pas très clair. C'était la fin d'après-midi, et l'entrée de la crypte était tournée vers l'Est. Cependant, Brittany avait eu pour instruction de rentrer sans sa baguette, au cas où la présence de magie déclenche un piège runique. Elle alluma donc sa lampe torche électrique.
– Les filles, j'ai une bonne et deux mauvaises nouvelles.
– Dis-nous tout dans cet ordre, alors ! l'invita Cameron Parks.
– J'ai retrouvé la baguette de Hunter… mais elle est cassée.
– Pas grave, elle en a déjà une nouvelle, fit remarquer Eva. C'est quoi, l'autre mauvaise nouvelle ?
– C'est juste une antichambre. Il y a une deuxième porte juste derrière !
– Zut ! Bon, c'est pas grave. Il suffira qu'Amidala vienne l'ouvrir aussi, une fois qu'elle aura élargi l'ouverture de la première porte pour qu'on puisse toutes passer. Ça sera juste plus long que prévu.
On entendit deux coups sourds, puis Brittany ressortit par le trou. Elle était couverte de poussière, et ses cheveux étaient englués de toiles d'araignées. Elle grimaçait.
– Beaucoup plus long que prévu. Je doute qu'Amidala puisse faire quoi que ce soit à ce propos, la porte est en métal. Et à l'oreille, elle a l'air très épaisse.
– Rhaaah, que Merlin soit damné ! On y arrivera jamais !
– C'est pas si grave, si ? s'enquit Amidala.
– Va dire ça à Eileen, grinça Eva. Elle est un peu trop… enthousiaste par rapport à ce projet.
– Tu veux sûrement dire "obsessionnelle" ? proposa plutôt Cameron.
– Voire complètement cinglée ? asséna Hunter.
– Elle a mérité sa place, alors on lui doit respect et obéissance, répliqua Eva, sans pour autant démentir.
Amidala se dit que demander de quelle manière la jeune femme, visiblement impopulaire, était devenue Grande Prêtresse serait une mauvaise idée. À la place, elle demanda :
– Qu'est-ce qu'il y a au juste, dans cette crypte ?
Eva se dandina, gênée.
– On ne sait pas vraiment. Tout ce qu'on sait, c'est que Jenifael Cook n'est pas vraiment enterrée ici puisqu'on a retrouvé sa véritable tombe à Savannah, Géorgie. Jenifael était une mulâtre, et une sorcière aînée. Selon les archives officielles, son maître et géniteur, qui ne voulait pas la voir pendue et perdre ainsi une esclave de valeur, l'aurait revendue à une plantation de Géorgie dont le cimetière d'esclaves se situait à l'emplacement actuel de Savannah. Cependant, ça n'explique ni les découvertes magiques que certaines historiennes de la magie lui prêtent alors qu'elle n'est censée avoir reçu aucune éducation magique, ni cette crypte.
– Et alors ?
– Alors cette histoire serait entièrement fausse, résuma Brittany.
– D'après les archives privées du Cercle Wiccan, le père de Jenifael Cook, Alderic St-Joanes, aurait au contraire été un sorcier très érudit et avant-gardiste qui aurait tout transmis à sa fille unique, et la mort de celle-ci sur le site de Savannah ne serait qu'une regrettable coïncidence, expliqua Hunter.
– Quelqu'un pourrait en venir au but ?! soupira Ami, déjà épuisée par la géomancie.
– Pardon ! Nous les Analystes, nous avons tendance à nous perdre dans les explications… La crypte aurait été leur atelier secret. Tu n'es pas sans savoir que les procès de Salem ont eu lieu en 1692. Jenifael avait alors seize ans. Elle était une cible de choix, pour les no-maj's affolés, alors son père l'aurait faite passer pour morte.
– J'avoue que j'ai du mal à suivre… la plaque dit bien qu'elle est morte en 1713, non ? Comment les gens en 1692 ont pu y croire ?
Eva sourit.
– Montre-lui, Cameron !
La plus jeune des Analystes après les deux aspirantes (qui étaient absentes aujourd'hui) se leva. Elle attrapa la plaque par les bords et l'arracha du mur. En plus des trous laissés par les clous de la plaque, il y avait quatre autres trous.
– La plaque a été posée à la place d'une autre, expliqua Eva. C'est ma prédécesseuse qui a découvert ça, en descellant la plaque pour la faire examiner par une magicolinguiste.
– Qu'est-ce qui est marqué, d'ailleurs ?
Eva grimaça à nouveau.
– Tu dois te dire qu'on a vraiment rien, et que c'est un miracle que tu sois arrivée…
Amidala ne démentit pas. Eva reprit :
– La langue est totalement inconnue. Notre experte a transmis une retranscription à tous ses collègues et leurs collègues, et personne n'a pu trouver quoi que ce soit, hormis ceci : dans un manuscrit en vieux perse trouvé en Bulgarie, on a trouvé une traduction du mot "nachpcknen" : secret.
– Ah, vous avez quelque chose, alors !
– Le problème, c'est que ce manuscrit parle de la découverte des vélanes par les Proto-Bulgares, et que les vélanes n'ont jamais eu de langue propre répertoriée, elles ont toujours eu une société symbiotique à celle des sorciers… C'est probablement un mot qu'elles ont emprunté à une autre civilisation ayant précédé l'invasion des Proto-Basques, mais on n'en a aucune autre trace.
– Pour le moment, relativisa Brittany.
Eva haussa les épaules.
– Voilà. Donc il y aurait un secret là-dedans. Vraisemblablement les recherches secrètes d'Alderic St-Joanes et de Jenifael, la fille qu'il a eu avec son esclave de cuisine.
– D'où Jenifael "Cook" ! comprit Hunter.
– C'est seulement maintenant que tu percutes, banane ? ricana Brittany.
Hunter fit une magnifique démonstration de la maîtrise de sa prothèse en lui faisant un doigt d'honneur avec.
– Ça fait beaucoup de conditionnel, fit remarquer Amidala. Il nous faut des certitudes !
Elle se releva, alla plaquer ses mains sur la porte, et laissa le pouvoir monter en elle. Cette fois-ci, elle élargit l'ouverture de la porte suffisamment pour que même la grande Blake Randall eût pu s'y faufiler. Elle sortit sa baguette qu'elle alluma, éclairant la grande porte. Elle avait une couleur entre le cuivré et le doré, et était scupltée dans le style géorgien. Elle posa la main dessus, et ne ressentit comme un picotement.
– Cette porte n'est pas inerte. Mon prof particulier de géomancie m'a appris à ressentir les flux élémentaires, et il y en a un qui traverse cette porte.
– Protège tes yeux, lui ordonna Eva qui venait de rentrer. Diffindo !
Le sort ricocha contre la porte , y arrachant un éclat, et manqua de couper un bras à Hunter qui se tenait devant l'ouverture.
– Hé ! J'ai déjà perdu une main là-dedans, ça me suffit pour toute une vie !
– Désolée… Accio éclat de métal ! lança Eva pour récuperer le morceau trop petit pour être ramassé.
Elle observa le minuscule éclat entre ses doigts.
– On va envoyer ça à analyser, hein !
Suite à ça, il n'y eut pas d'autres expéditions au cimetière avant Samhain. Amidala expliqua ce qu'elle faisait avec les Analystes à Cixi, et s'excusa de violer la règle selon les aspirantes ne devaient pas se mélanger aux initiées des autres trônes. Cixi se contenta de hausser les épaules, et de lui répondre que :
– Le Trône des Rebelles existe pour que l'élément de surprise reste toujours indépendant. Tu es l'élément de surprise qui a permis aux Analystes de faire un énorme bond en avant dans leur entreprise. Je suis fière de t'avoir choisie. Je ne te demanderai que deux choses : ne me cache jamais rien, et en cas de conflit d'intérêt, c'est à moi que tu dois obéir.
– Accordé ! gloussa Ami.
Cixi avait ri de bon cœur, ce qu'Amidala prit pour une bénédiction.
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1) MACUSA : Magical Congress of the United States of America, le Congrès magique des États-Unis d'Amérique, équivalent du Magenmagot.
2) VOODOO : Vindicative Organisation d'Observation des Dangers et menaces Outre atlantique et Orientaux, les services secrets américains, équivalent au Département des Mystères, et surtout du Triangle. C'est pour cette agence qu'Alexander Bailey et Malwen Carter travaillent.
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Et voilà qui conclut ce chapitre tranquille pépère ! Le prochain chapitre sera consacré à Samhain, le Halloween wiccan. Rendez-vous dans moins de six mois ! Hu hu hu…
