Une petite fic écrite pour une gente damoiselle, Anacofleb, dessinatrice de talent et douce maman de trois chérubins, en remerciements pour un très beau dessin de Ron, Hermione et Harry qu'elle m'a offert pour mon anniversaire et qui m'a fait un plaisir fou, fou, fou !

Mille mercis encore à toi, Flo !


Titre : Une brève histoire d'amour

Pairing : Hermione / Ron

Rating : G

Le parchemin avait été négligemment jeté sur la table, dans la corbeille qui dégueulait déjà de dossiers à traiter et de rapports à classer. Il traînait là depuis deux jours et ce fut tout à fait par hasard que Ron tomba dessus. Le sceau qui cachetait le pli attira son regard plus que le nom manuscrit en lettres dorées « Hermione Granger ». Un faucon au bec acéré.

Ron fronça les sourcils et se saisit du parchemin, le retournant entre ses doigts tout en réfléchissant intensément. Un faucon au bec acéré… L'emblème ne lui était pas inconnu. Qui pouvait écrire à Hermione ? Qui avait autorité pour passer le puissant sort de protection du 12 Square Grimmaurd, bastion de l'Ordre du Phénix ?

En cette fin d'après-midi, Ron était arrivé le premier au Q.G., sa mission de surveillance d'un pub terminée. Le propriétaire du pub était réputé pour ses accointances avec un mangemort échappé d'Azkaban, le tristement célèbre Lucius Malefoy, mais ce dernier n'étant pas venu au rendez-vous, Ron avait perdu son temps. Une réunion devait se tenir ce soir et il avait hâte d'en avoir fini avec cette journée ennuyeuse comme la pluie.

Mais la découverte de ce parchemin au nom d'Hermione avait piqué sa curiosité et toute fatigue s'était envolée. Curiosité qui se transforma bientôt en colère lorsqu'il se souvint à qui appartenait ce sceau. Viktor Krum.

Par Merlin, comment Hermione pouvait-elle continuer à entretenir une correspondance avec cet ostrogoth ? Comment trouvait-elle le temps de lui écrire entre ses études de médicomage et ses missions pour l'Ordre ? Il parvenait à peine à la détourner de ses obligations pour lui voler un baiser et leurs étreintes avaient toujours un air d'inachevé et d'urgence.

Mais ils étaient en temps de guerre. Construire un avenir avec Hermione aurait été une folie. Faire des promesses qu'ils ne pourraient sans doute pas tenir de l'inconscience. Ron ne voulait pas s'engager et grâce à Merlin, Hermione était suffisamment intelligente pour le comprendre. Il n'exigeait rien d'elle et elle ne demandait rien de plus que les courtes nuits où ils cherchaient l'oubli dans les bras l'un de l'autre.

Alors pourquoi ce parchemin le rendait-il malade ? S'ils ne s'étaient rien promis, Hermione était tout à fait libre d'entretenir des amitiés avec d'autres ! Une amitié avec Krum ? Bordel, autant croire que les géants sont doux comme des agneaux !

- Ron ? Déjà là ?!

Il tressaillit, le parchemin toujours dans sa main. Mais son regard s'assombrit dangereusement quand il rencontra celui radieux d'Hermione.

- Que se passe-t-il ? s'enquit Hermione avec inquiétude. Il est arrivé malheur à quelqu'un ?

- Peut-être que cela ne va pas tarder puisque tu en parles…, répondit Ron sur un ton glacial. Tiens, tu as reçu un parchemin de Krum.

- Vraiment ? Quelle surprise !

- Agréable ?

- Oui…

- Je ne savais pas qu'il t'écrivait toujours.

- Ron, nous sommes amis.

- Amis ? Tu me prends pour un abruti, Hermione ? Krum est bulgare, il vit dans un pays dévasté par les mangemorts qui ont élu leur fief dans leurs montagnes. Comment peux-tu lui permettre de t'écrire ici, au Square Grimmaurd ?

- Qu'insinues-tu ? Qu'il est un espion, un mangemort ?

- Il est de sang pur !

- Toi aussi…

- Mais moi je n'ai pas été dans une école adepte de magie noire, je n'ai pas eu Karkaroff comme directeur, je n'ai pas grandi dans un pays qui a juré allégeance au Seigneur des Ténèbres !

Hermione n'avait cessé de pâlir en entendant Ron déverser son fiel.

- Comment oses-tu dire cela ? souffla Hermione d'une voix sourde. Comment oses-tu parler de lui sans le connaître, sans savoir ?

- Je n'en ai rien à fiche de ce type ! Mais je sais que je ne risquerai jamais la sécurité de notre Q.G. pour ça !

Pour appuyer ses dires, Ron jeta le parchemin en travers de la salle où il atterrit aux pieds d'Hermione. Elle ne fit pas un mouvement pour le récupérer et ses grands yeux sombres fixaient toujours Ron avec colère et incrédulité. Durant quelques secondes, Ron affronta la jeune femme du regard, dans l'expectative que l'explosion éclate. Mais le silence lourd et glacial qu'elle lui renvoya était pire que des cris et des reproches.

Une porte s'ouvrit dans le couloir et des voix parvinrent jusqu'à eux. Les membres de l'Ordre venaient d'arriver et ils ne pouvaient pas tomber plus mal. Arthur, Harry et Remus entrèrent les premiers dans la cuisine et sentirent immédiatement que quelque chose n'allait pas.

- Ron, Hermione, commença Arthur en les fixant l'un après l'autre.

- S'lut, p'pa…

Hermione ne répondit rien puis tourna les talons et sortit de la cuisine. Ses pas résonnèrent dans les escaliers et une porte claqua à l'étage.

- Que se passe-t-il ? s'enquit Remus en cherchant le regard de Ron.

- Rien !

Le ton était sec et sans appel. Arthur toussota, chose qu'il ne manquait jamais de faire lorsqu'il était gêné puis fit un pas vers la table. Surpris, il suspendit son geste lorsque son pied froissa quelque chose.

- Tiens, qu'est-ce que c'est ?

- Laisse, c'est un parchemin pour Hermione…

- Pour Hermione ? Mais… c'est la lettre de Krum !

Harry se tourna vers son ami, une lueur inquiétante dans son regard clair.

- Ron, ne me dis pas que tu t'es engueulé avec Hermione au sujet de cette lettre.

- Non ! cracha Ron agacé. Je lui ai simplement dit qu'elle ne devrait pas permettre à ce type d'écrire ici.

- Pourquoi ? s'étonna Remus. Viktor appartient à l'Ordre des Dragons de Bulgarie. Nous sommes en liaison constante avec eux…

- QUOI ?!

- Ron, demanda patiemment Arthur, ne me dis pas que tu l'ignorais ?

- Et comment aurais-je pu savoir ? s'insurgea Ron hors de lui. Personne n'en a jamais parlé !

- Parce que dès qu'il s'agit de Krum, glissa Harry calmement, tu pètes les plombs. J'ai trouvé plus judicieux de taire cette information. Mais ton cerveau de troll aurait pu s'en douter quand même, non ? Tu crois qu'Hermione serait assez stupide pour lever une protection sans s'assurer du destinataire ?

- Assez amoureuse surtout…

- Merde, Ron, tu n'as toujours pas digéré le bal de 4ème année ?! C'est avec toi qu'elle couche maintenant, non ?

Ron se sentit rougir sous l'accusation. Arthur faisait mine d'examiner ses ongles, Remus regardait une lézarde au plafond et les membres de l'Ordre qui venaient d'arriver attendaient patiemment dans le couloir, l'oreille néanmoins collée au mur mais en toute discrétion quand même.

- Harry…

- Ce n'est pas un secret, Ron ! Bon sang, on est tous des Aurors d'élite ! Tu crois que votre liaison serait passée inaperçue ? Personne n'a de vie privée ici ! Et toi, tu es tellement transparent ! C'est toi qui la regardes sans cesse dès que tu penses que personne ne te voit ! Et pas besoin d'être extralucide pour deviner que tu es raide dingue d'Hermione.

- Harry…

- Mais tu refuses de t'engager, tu prends cette guerre pour prétexte, un parchemin de Krum, n'importe quoi pour l'éloigner encore plus de toi. Mais dès qu'un type s'avise de l'approcher d'un peu trop près, tu accuses Hermione du pire. Lis-le ce parchemin, bordel ! Lis ce que Krum lui raconte et après, tu pourras toujours décider de ce que tu veux. Hermione ou rien.

A bout de souffle, Harry se tut, prit le parchemin des mains d'Arthur et le tendit dans un geste brusque à Ron. D'une voix grave, il rajouta simplement.

- Et si c'est rien, Ron, laisse Hermione tranquille. Si tu ne l'aimes pas, laisse-la partir. Donne-lui au moins cela. Hermione mérite mieux que ces lambeaux de ta vie que tu lui laisses.

- Tu ne sais pas ce que tu me demandes, marmonna Ron.

- Je sais au moins ce que je n'exigerai jamais d'Hermione si j'étais toi. Et je ne suis pas toi alors débrouille-toi avec ces conseils de merde et tire-toi d'ici pour réfléchir cinq minutes au calme. On a une réunion qui nous attend et ta présence n'est pas indispensable. Règle le problème avec Hermione ou c'est moi qui te règle ton affaire.

Ron passa une main nerveuse dans ses cheveux puis sortit de la cuisine sans un mot, le parchemin à la main. Après une courte hésitation, il attendit que le couloir soit déserté et s'installa sur la deuxième marche des escaliers, retournant le parchemin entre ses mains. Puis, d'un coup sec, il rompit le sceau.

"Chère Hermione,

Je ne sais si je pourrais t'écrire avant un très long moment aussi ne t'inquiète pas si tu ne reçois plus rien de moi dans les semaines qui suivront. L'Ordre a subi de lourdes pertes ces derniers temps et nous allons encore déménager notre quartier général. L'Ordre des Aigles de France a dépêché une unité d'Aurors pour nous prêter main forte et nous les attendons avec impatience et espoir.

Les heures de la Bulgarie Libre sont comptées, mon amie, et nous sommes à un tournant de la guerre. La tempête fait rage depuis cinq jours, les loups-garous ont franchi nos frontières, envahissent nos terres et provoquent une vague de terreur dans nos campagnes. Le Seigneur des Ténèbres ne permettra pas que la Bulgarie résiste encore longtemps. Sauf si…

Pardonne-moi si mon écriture n'est guère lisible. Je suis en mission et je t'écris à la lueur d'une bougie, dans une caverne où nous avons trouvé refuge pour la nuit. Dehors, la nuit glaciale est tombée sur nous et mes doigts sont engourdis par le froid. Je m'inquiète pour les miens. Je m'inquiète pour mon peuple. Je m'inquiète pour mon pays. Je m'inquiète pour l'avenir.

Chaque aube qui se lève, je remercie Merlin de pouvoir encore contempler ces forêts verdoyantes, ces contrées sauvages, ces vallées perdues au flanc desquelles se nichent des monastères, ces rivières bleutés qui miroitent au soleil.

Chaque crépuscule qui tombe, je prie pour entendre encore une fois le chant des tziganes autour des feux, pour sentir entre l'arôme délicat de ces roses dont on en extrait l'essence ou pour déguster de nouveau des baklavas, du kadaïf, et des touloumbitchki !

Chaque jour qui s'achève, je pense à toi, mon amie si lointaine, et à notre amitié précieuse, indéfectible, éternelle.

Chaque nuit qui passe, je rêve à ce moment où je pourrais te prendre dans mes bras et te serrer contre moi pour te dire enfin « Si je n'ai jamais abandonné le combat, si je suis resté fort et vaillant, c'est parce que tu étais là, à mes côtés. Parce que je savais que jamais tu ne m'abandonnerais comme tant d'autres l'ont déjà fait. Parce que tu m'as dit de croire encore en l'amour et que je t'ai écouté. »

Hermione, j'ai demandé Kristina en mariage. Par une nuit d'orage, alors que tout paraissait s'effondrer autour de nous, que les loups hurlaient à la mort dans le lointain. Mais j'ai vu cette aurore qui chassait les ténèbres, j'ai entendu le souffle du vent éloigner ces hurlements de mauvais augures, j'ai regardé Kristina, si belle, si fière, si vivante et j'ai compris que je ne devais pas avoir peur de l'avenir. Tu sais, elle te ressemble tellement ! Elle a ri quand je lui ai demandé sa main. Elle a ri comme une enfant et m'a dit « Enfin ! », comme si c'était si simple.

Tu as raison Hermione.

L'amour est simple, n'est-ce pas ? Ce sont nous qui rendons tout très compliqué parce que nous avons peur de faire des promesses, peur de croire, peur d'espérer.

Ma bougie va s'éteindre, je vais devoir te quitter pour une longue route solitaire. Que dis-je ? Solitaire ? Non, tu es avec moi. Kristina aussi. Et tous ces autres qui se battent avec nous. Pour la paix, la liberté, ces forêts et ces vallées.

Dehors, des flocons commencent à tomber. Que mon pays est beau sous la neige ! Mais tu viendras t'en rendre compte par toi même, mon amie, avec ce jeune homme que tu aimes. Ne ris pas. Je sais que tu l'aimes et ce n'est pas parce que tu ne me l'as jamais dit que je n'ai pas compris.

Ma très chère Hermione, prends soin de toi, allume une bougie pour moi ce soir, et lorsqu'elle se sera consumée, je serais là, avec Kristina, et la guerre ne sera plus qu'un lointain souvenir.

Il faut y croire.

Ton ami, Viktor."

La main tremblante, Ron enroula le parchemin et soupira profondément.

Il n'était qu'un imbécile.

Lentement, il se releva puis monta les escaliers quatre à quatre jusqu'à l'étage à la recherche d'Hermione. Ouvrant les portes des chambres à la volée, il finit par la trouver dans l'ancienne chambre de Sirius, assise dans un fauteuil, le regard perdu dans le vide.

- Hermione ?

- Hum ?

Elle ne paraissait plus en colère mais son regard était si triste qu'il sentit son cœur se serrer.

- Hermione chérie…

Elle tressaillit sous sa voix caressante, haussa un sourcil lorsqu'il vint jusqu'à elle pour s'agenouiller à ses pieds et poser sa tête sur ses genoux dans un mouvement câlin.

Durant quelques secondes, elle se figea, surprise par ce geste inattendu, puis après une brève hésitation, enfouit ses mains dans sa chevelure fauve pour lisser les mèches ébouriffées.

- Hermione, murmura Ron, je suis désolé. Je suis un imbécile, un égoïste, une brute et je ne mérite pas quelqu'un comme toi. Je le sais. Tu le sais. Tout le monde le sait.

- Ron…

- Non, laisse-moi finir. Après tu feras ce que tu voudras mais laisse moi te dire la vérité. J'ai très peur de te perdre, Hermione. J'ai toujours eu peur de te perdre. Même lorsque nous étions enfants, je ne pensais pas mériter ton amitié. Tu étais si brillante, si intelligente, et moi, je n'étais que Ron… Et lorsque nous sommes devenus plus que des amis, je me suis dit : prends ce qu'elle te donne, prends-le intensément, sans rien exiger de plus, sans rien lui demander en retour, parce que le jour où elle comprendra qu'elle mérite mieux que toi, elle finira par te haïr si vous êtes liés par des serments.

Au fur et à mesure qu'il parlait, Hermione n'avait cessé de glisser ses doigts dans ses cheveux flamboyants. Son cœur blessé se gonflait de tendresse pour cet homme pétri dans de l'acier qui n'avait jamais cessé d'être cet enfant peu confiant et maladroit mais si courageux et surtout tellement désireux de bien faire, de réussir, et s'affirmer entre des frères à la personnalité très forte et un ami à la célébrité pesante.

- Hermione, je ne serais sans doute jamais un héros, ni le meilleur des Aurors, je continuerais encore à te pourrir la vie avec mes crises de jalousie, mes humeurs de troll et mes blagues foireuses, mais je ne cesserais jamais de t'aimer. Tu trouveras l'homme qui te mérite, Hermione, ils sont légions à rêver d'une femme comme toi, mais aucun ne saura t'aimer comme je t'aime. Désespérément, sincèrement, éternellement. Pour le meilleur et pour le pire.

- Jusqu'à ce que la mort nous sépare, Ron. N'est-ce pas avec ses mots que la déclaration se termine ?

Pas vraiment. Elle se termine par un oui, Hermione. Mais avant, je dois te poser la question. Veux-tu être ma femme ?

Le regard chargé d'inquiétude, Ron se redressa et prit les mains d'Hermione entre les siennes. Dans un même mouvement, ils se levèrent et Hermione se surprit à rire. D'un rire clair et cristallin. La seconde suivante, elle était dans les bras de Ron, pendue à son cou, l'embrassant sur la bouche, les lèvres, le cou, dans une frénésie tapageuse.

- Oui, Ron ! Oui, oui, oui !

- Alors tu me pardonnes ?

- Non ! Tu vas devoir devenir mon esclave durant des jours pour que j'oublie combien tu as été dur avec moi ! Et lorsque la punition sera finie, j'en demanderai encore et encore !

- Mon Hermione chérie, je dois te demander aussi…

- Oui ?

Il effleurait ses lèvres de sa bouche sensuelle, caressait sa joue de la sienne pour sentir sa peau délicieusement parfumée au miel, plongeait son visage dans son cou pour sentir cette petite veine palpiter sous sa langue.

- Tu ne regretteras jamais ?

- Je regretterai tout ce qui n'est pas toi, Ron. Je n'ai pas besoin d'un héros ou d'un génie dans ma vie. C'est d'amour dont j'ai besoin. Maintenant tais-toi et embrasse-moi !

- Et le parchemin de Krum ?

- Nous le lirons tous les deux…

- Hermione…

- Je sais, Ron. Tu me le liras puisque tu le connais déjà…

- Je t'aime, Hermione. Je t'aime tant.

- Et dire qu'il a fallu que ce soit Viktor qui t'ouvre les yeux ! Quand je vais lui raconter ça…

- Herm… !

Il ne finit jamais sa protestation indignée.

Devinez pourquoi…