Chapitre 3 :

Comprendre


« Que fais-tu Kurama ? Pourquoi restes-tu toujours tout seul, isolé de tout le monde ? »

Le renard se retourna sur son séant vers l'homme majestueux ayant un collier formé de dents de requin. Il était le légendaire sennin des Six Chemins ; son créateur et son père à lui et à ses frères ; les Bêtes aux multiples Queues.

« Je ne sais pas... » ne put-il que lui répondre tandis que Sage lui confiait un visage tolérant.

« Tu ne sais pas ? »

Le renard hocha de la tête et le mystérieux personnage lui tendit alors la main.

« Approche Kurama, j'ai quelque chose à te montrer qui peut t'intéresser...»

Le renard méfiant se rapprocha de cet être incommensurable qui sortit de sa cape d'hermine, une sphère multicolore où à l'intérieur, reluisait d'étrange scènes étranges mettant en scènes de petits bipèdes.

« Qu'est-ce que c'est – et qui sont-ils ? »

L'autre lui adressa un sourire narquois.

« Ceci est la dernière chose qui me relie avec mon espèce ; les humains. Veux-tu les observer Kurama ? »

Le renard le fixa, hésitant un moment, avant d'acquiesçer pour la première fois depuis sa naissance...


Tout était paisible à son réveil. La femme à la manne rougeoyante et dense papillonna délicatement les yeux, laissant transparaître une humeur qui coula le long de sa douce joue. Lorsqu'elle porta la main à son visage, elle sentit l'humidité encore palpable sur sa peau humidifiée. Elle savait qu'elle avait encore pleuré cette nuit...

Lina pleurait toutes les nuits dans son sommeil. Elle pensait à sa solitude, elle pensait à sa réclusion dont elle était elle-même responsable, elle pensait à toutes les fois où elle avait été si seule, si démunie... Elle avait besoin de quelqu'un, de n'importe qui...

Alors, elle pensa à Kurama...

Lorsqu'elle tourna enfin la tête, elle s'aperçut que le matelas en bas de son propre lit était désert.

Elle battit encore des cils.

Elle décida de se rendormir...


Pourquoi ai-je agis ainsi ?

Ploc...

Pourquoi me suis-je indéniablement laissé emporté ?

Ploc...

Pourquoi n'ai-je donc aucune volonté à briser ces liens inutiles ?

Ploc...

Il ferma les yeux longuement. Sa main tendue vers l'avant saisissait spasmodiquement le liquide limpide qui lui perlait délicatement entre les doigts et qu'il essayait de saisir à chaque fois nonchalamment le coude au genoux.

Il ne les comprenait pas. Il ne comprenait pas ces émotions qui le taurodaient. Elles lui étaient insaisissables autant que ce fluide homogène l'était.

Et pourtant... Il sentait qu'il devait au moins essayer de les comprendre, et de la comprendre elle... Il pressentait que c'était indispensable pour lui et pour son développement. Non... Il hocha la tête... C'était même un besoin vital pour lui !

Mais que fallait-il qu'il donc fasse ? Que devait-il faire ? Il n'avait pas réponse... Il était perdu... Tout simplement parce qu'il avait plus aucun guide dans cette vie, plus aucune directive, rien qu'un fugace ennemi à venir qui n'avait même pas encore connaissance de son existence...

Non...

Tout ceci n'était rien d'autre que d'inutiles pensées. Il devait le venger ! Il le devait ! Il le devait ? Il le devait...

Crack !

Silence...

Cette douleur qui s'échappe langoureusement par le fluide de ma vie... Elle me paraît si torride, si dense... Pourquoi ? Pourquoi m'as-tu condamné à vivre toutes ces expériences Naruto ? Je cherche encore la vérité... Je cherche la vérité sur ce que je dois faire, ce que je dois accomplir, sur le sens de cette vie... Pourquoi m'as-tu sauvé de mon précédent sort ? Pourquoi ne m'as-tu pas laissé mourir avec toi au champs d'honneur ? Pourquoi tant de pourquoi ?

Il s'allongea et utilisa ses mains préhensiles pour se faire un coussin malléable.

Il ferma les yeux...


Il courrait.

La prairie défilait en dessous de lui tel un fil qui s'élongeait indéfiniment.

Devant lui s'éperdait une mer de vert chatoyant qui l'appelait continuellement.

Une douce chaleur l'enveloppait. Il se sentait serein, libre de tout liens... Il se sentait bondir, s'élever, s'envoler.

Tout était à sa portée, tout lui était accessible, tout lui paraissait facile, si compréhensible... Il n'avait qu'à tendre son corps et son corps lui répondait. Il n'avait qu'à désirer quelque chose, et ce quelque chose apparaissait. Tout était si facile...

Tant que cela lui paraissait presque étrange.

Depuis combien de temps n'avait-il ressenti de pareilles émotions ? Depuis combien de temps n'avait-il goûté à une telle jouissance ? Pourquoi tout lui avait paru si gris, si terne, alors que dorénavant, tout était si resplendissait de lumière ?

C'était une énigme, à l'évidence... Une énigme irrésolue... et il avait soif de savoir... tant qu'il s'abreuva de cette liqueur abondante, mains tendues, vers l'eau plate de l'onde pure.

Lorsqu'il regarda son reflet dans le liquide miroitant la lune, un renard rouge et taciturne lui répondit.


Où suis-je ? – Que suis-je ? – D'où provient cet état de manque ? - Quelle est cette petite voix qui m'appelle – Et qui m'apaise...

Stop...

Pourquoi n'est-il pas là ? Pourquoi n'est-elle pas là ? Pourquoi suis-je si seul ? Pourquoi–

Stop !

J'en ai assez ! J'en ai assez de toutes ces questions ! Je suis fatigué de cette vie ! Je veux juste !

Dormir...


Tout tournoyait autour de lui. Il n'y avait rien. Que du noir...

« Puis-je ? », demanda une voix atrocement familière.

Il entendit quelqu'un qui pleurait.

Et c'était un bébé...


« Sasuke ! »

Le ténébreux adolescent se retourna alors qu'il se tenait sur la falaise gigantesque où jaillissait une fontaine ruisselant d'écume, réverbérant la lumière céleste. Celui-ci se retourna alors soudainement, et puis...

Des yeux rouges et lancinants résonnèrent...


Cette mélodie recommençait... Encore !


Il ouvrit les yeux et devant lui, un renard rouge aux neufs queues élongées ne faisait que le fixer avec de turquoises pupilles dilatées. Celui-ci semblait flotter au-delà de la pelouse, comme si son corps n'était qu'un éther transparent. Son incommensurable taille, elle, s'étendait sur des milliers de lieux, jusqu'à l'horizon, à l'infini, telle une toile ; le tissu de l'univers, son univers à lui... Il s'y sentait si petit, si démuni à côté de cette créature démesurée, de ce monde incompréhensible.

Cet être étrange baissa alors enfin son regard sur lui...

« Qu'es-tu ? »

Cette phrase vibra dans l'air longuement... Ce fut la première question qu'il lui demanda...

Il hocha la tête en réponse.

« Si tu ne sais pas te définir toi-même, comment peux-tu donc espérer attendre des réponses ? »

Oui...

« Regarde qui tu es vraiment, Kurama... Regarde la vérité ! »

L'homme blond ferma ses paupières.


Il se voyait... Il se voyait les observer... Lui... Hésitant à aller vers eux... Confusion, détresse, amèreté...

Que lui restait-il ?

Et surtout...

Que lui resterait-il en fin de compte ?


Il les tuait, inlassablement... Toujours, trempé dans leur sang... Il n'était que le reflet de leur existence, de leur haine, de leur courroux et de leur folie...

Tous ces moustiques qui l'asticotaient... leurs piqûres le lançaient à chaque fois, tant qu'il criait continuellement de rage et de frustration. Il les annihilait sans cesse, mais ils revenaient à la charge sans cesse, sans arrêt, sans discontinuer... Pourquoi lui en voulaient-ils ? Que lui voulaient-ils ? Qu'avait-il donc fait pour qu'ils l'attaquent sans cesse ? Était-il leur Némésis ? Le ressentaient-il car il était... pur ? Avaient-ils donc soif de pouvoir également... de son pouvoir ? Que se passait-il ? Pourquoi tout était figé ?

Quelqu'un l'appela soudainement :

« Kurama ! Kurama ! »

Stop...

« Kurama ! Allô ! Tu réponds quand je t'appelle ? »

Arrête de crier.

« Si tu ne viens pas toute de suite, on va être en retard ! »

En retard pourquoi ?

« Comment ça pourquoi ?! Tu sais bien sûr de quoi je parle voyons ! »

...

« Allez viens ! »

Attends moi !

« Allez ! Voyons, je sais que tu arriveras bien à me rattraper ! »

Non ! Tu vas trop vite ! Arrête toi ! S'il-te-plait ! Ne pars pas ! Ne me laisse pas seul ! J'ai besoin d'un guide ! De quelqu'un ! De n'importe qui ! Ne me quitte pas ! Je t'en supplie !

Seul un sourire éblouissant engloba son univers.

Il perdait sa Lumière.


« Sais-tu qui tu es maintenant ? »

Oui...

« Sais-tu ce que tu dois faire désormais ? »

Oui...

« Alors fait-le ! Tout de suite ! »

Je le ferai selon mon obligation. Ceci est mon fardeau à porter...

Il n'y avait pas à hésiter...


« Je n'ai pas le temps... Je dois m'entraîner... »

Ne suis-je pas censé comprendre ?

« Comprendre quoi ? »

Les comprendre...

« Il n'y a rien à comprendre. Il n'y a que le devoir. »

Dans ce cas, pourquoi ne puis-je la repousser ?

« Ta faiblesse et ton inaptitude en sont la cause. C'est parce que tu te poses trop de questions. Ne réfléchis pas ! Agis ! »

Pourquoi ne puis-je pas me reposer un instant ? Je suis si fatigué de courir... Si fatigué de me battre... Si fatigué de tuer...

« Tais-toi ! Nous devons– »

J'en ai marre de devoir...


Kurama se réveilla plein de sueur et frémissait encore aux rêves qui l'assaillaient en permanence la nuit. Il s'assit sur sa couche et vit la rousse respirer abondement à côté de lui. Elle paraissait profondément endormie ; Elle et sa douce poitrine qui s'emplissait d'air pour ensuite l'exhaler lascivement. Elle lui semblait si irrésistible...

Il grinça des dents, hocha la tête, se leva, et partit.


La voilà...

- Salut...

L'homme blond acquiesça morose.

- Salut...

Quelques badinages.

Kurama toussa gêné.

Lina lui rétorqua avec un sourire.

Encore un rêve... Ce n'est qu'un rêve... comme toujours...


Mais quand distinguer le rêve de la réalité ? Qu'était-ce que la réalité ? Tout n'était-il pas qu'une énorme fiction ?

Non...

Il ne pouvait seulement qu'être sûr d'une chose...

Il l'était. Indéniablement... puisque Naruto était là durant tout ce temps... Il le savait, il n'avait qu'à tendre la main... Oui...

Il était dans son bonheur...