Une mince frontière
Première partie
Hermione faisait les cent pas, nerveuse. Le bois patiné du parquet était froid sous ses pieds nus. Elle ne savait que faire. Elle avait vécu un des plus beaux moments de sa vie la nuit précédente lorsque Ron s'était faufilé dans son lit pour la réconforter après un terrible cauchemar. Son cœur se mit à battre plus fort rien qu'au souvenir de ses chaudes caresses. Elle en voulait encore. Il fallait qu'elle en ait encore. Rester allongée à quelques centimètres de lui serait insupportable, surtout qu'elle ne voulait qu'une chose : revivre la même chose que la nuit passée.
Ils s'étaient installés dans une petite routine, sans en parler. Lorsqu'ils montaient se coucher dans leur chambre du 12 square Grimmauld, Ron prenait son pyjama sous le bras et allait se changer dans la salle de bains de l'autre côté du couloir. Hermione, elle, restait dans la chambre et se changeait aussi vite que possible avant de s'installer dans son lit avec un livre, tout ça avant le retour de Ron. Le fait qu'elle fasse les cent pas brisait déjà cette routine.
Elle s'était changée avec une lenteur délibérée, espérant que Ron revienne avant qu'elle n'ait terminé. Non pas qu'elle voulait qu'il se rince l'œil, même si elle y avait songé. C'était plutôt le fait que son lit la terrifiait à présent. Rien qu'à l'idée de se faufiler sous ses draps froids, seule, lui ramenait à l'esprit son cauchemar qui n'avait été chassé que par la présence de Ron à ses côtés. Le savoir là l'avait rassurée : il était sain et sauf. Il n'était plus sur le sol à se tordre de douleur et à supplier qu'on le tue, encore moins immobile et sans vie.
C'était le mélange de deux émotions qui la subjuguait. Elle pouvait gérer sa peur et elle avait l'habitude de résister à l'appel du corps de Ron. Mais la combinaison des deux, c'en était trop. Elle savait à quel point ses caresses pouvaient être douces, elle connaissait les frissons qui glisseraient le long de son dos et elle savait que son souffle chaud dans le cou calmerait toutes ses angoisses. Dormir à quelques pas de lui serait insupportable.
Alors plutôt que de s'emmitoufler dans son propre lit, elle marchait de long en large, la tête emplie de débuts de phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Il lui fallait un plan, quelque chose qui ne donnerait pas l'impression à Ron qu'elle voulait l'attirer dans son lit, même si c'était exactement ce qu'elle souhaitait faire. Elle savait que c'était idiot et même si on le lui prouvait, elle refuserait surement de l'admettre. Pourtant, elle avait revêtu la tenue la plus aguicheuse de ses vêtements pour dormir.
Un petit haut en coton fin qui avait légèrement rétréci au lavage. Ron aimait les seins des filles, elle l'avait surpris plus d'une fois à reluquer les poitrines des filles, ainsi que la sienne, donc elle s'était dit que ce haut-là lui plairait surement plus que ce tee-shirt large de la nuit précédente. Elle préférait ce dernier d'ailleurs, car cela lui permettait de dormir sans pantalon. Mais ce soir, elle avait dû mettre un short trop grand pour elle. Elle avait enroulé l'élastique plusieurs fois dans le tissu pour qu'il tienne mieux, mais cela dévoilait un peu plus de ses hanches et de ses cuisses.
Le dernier élément de sa tenue avait été acheté lors d'une séance shopping avec sa mère, qui avait insisté pour qu'elle le prenne. Hermione savait qu'elle n'allait pas la revoir de si tôt, elle ne savait même pas si elle allait la revoir tout court, alors pour lui faire plaisir, elle l'avait laissée la trainer de boutique en boutique sans rechigner ni soupirer. Elles avaient acheté leur robe pour le mariage de Bill et Fleur et sa mère avait insisté pour acheter des dessous assortis. Ce fut une humiliation que d'entrer dans une boutique de lingerie avec la femme qui lui avait donné le jour, sans parler du fait qu'elle lui avait raconté les gouts de son père en la matière. L'amour qu'elle éprouvait pour sa mère l'avait empêchée de faire ce qu'elle désirait vraiment : lui faire oublier cette histoire de petite culotte et partir.
Au lieu de cela, elle était restée, souriant le plus possible alors que sa mère venait de trouver une culotte en dentelle de la même couleur que sa robe. Hermione s'était même demandé si les stylistes et les boutiques n'avaient pas des accords secrets entre eux pour coordonner leurs couleurs, obligeant ainsi les gens à acheter beaucoup plus de choses. Et c'était en pensant à cela qu'elle avait vu le morceau de tissu qui rendait sa mère si joyeuse. C'était comme si on avait pris un morceau de satin et qu'on l'avait passé dans un broyeur à papier. Sa mère avait gloussé en voyant la tête d'Hermione avant de lui faire un clin d'œil.
Il lui avait fallu beaucoup de détermination pour ne pas sortir du magasin. Elle n'avait fait que sourire et écouter sa mère lui parler de la « terrible marque de l'élastique ». Ne savait-elle pas qu'une robe de sorcier n'impliquait pas de problème d'élastique ? Elle avait ensuite déposé ce bout de tissu sur la pile de vêtements à essayer d'Hermione. Elle n'avait pas voulu l'emmener mais s'y était sentie obligée, rien que pour éviter le regard horrifié de Molly Weasley si jamais elle en venait à fouiller dans sa malle qu'elle avait laissée au Terrier. Elle avait songé à le faire disparaitre mais elle se serait sentie coupable de faire ça au dernier cadeau offert par sa mère. Comment avait-elle pu accorder une valeur sentimentale à une culotte, qui n'en était pas une ? Elle avait juste fini dans son petit sac à mains.
Elle avait du arracher l'étiquette ce soir-là et elle avait eu du mal à s'habituer et, chaque fois qu'elle se sentait ridicule, elle repensait juste à ce désir qui s'était emparé d'elle lorsque Ron avait caressé le tissu de sa banale culotte en coton. Elle avait souhaité porter quelque chose de plus excitant que cette vieille culotte de grand-mère, comme les appelait Ginny.
Elle fut sortie de sa « rêverie lingerie » par un Ron ouvrant la porte.
Il entra dans la pièce sans lui accorder un regard mais à mi-chemin de son lit, il la vit et s'arrêta net. Elle se sentait idiote à rester plantée au milieu de la chambre comme ça, vêtue d'une tenue faite pour le tenter, malgré sa mauvaise posture et ses chevilles trop maigres. Elle luttait entre le désir d'aller se cacher sous sa couverture pour ne pas qu'il voie toute sa peau et celui de le pousser sur le lit et lui sauter dessus. Mais elle n'en fit rien, elle resta là, sans rien dire. Elle avait l'impression qu'il voyait clair dans son pauvre jeu de séduction. Ce sentiment ne fit qu'empirer alors qu'il restait là sans rien dire lui non plus, son jean et son tee-shirt roulés en boule dans ses bras.
Ils restèrent silencieux un moment. Elle l'observa alors qu'il la regardait, ses yeux passant sur sa silhouette banale. Si elle ne sentait pas autant mortifiée, elle rirait surement et lui dirait de fermer sa bouche pour ne pas avaler des mouches. Lorsqu'il prit la parole, sa voix la surprit.
Hermione, ce ne serait pas un caleçon à moi ça ?
