Haine n'avait pas attendu une seconde de plus dès qu'elle avait compris que la plaie s'était rouverte . Elle s'était enfuie de la chambre aussi vite que possible et avait dû retenir un soupir de soulagement en refermant derrière elle. La voix de Kamui ne la fit guère réagir puisqu'elle se dirigeait déjà vers la grande échelle qui menait au premier étage. Pieds nus sur le parquet, elle grimaça en posant les orteils sur la première marche en acier. Elle pouvait sentir les petits picots sur chacune d'entre elles, qui servaient à empêcher de déraper. Elle pouvait presque tout sentir, d'ailleurs. Et tout entendre. Jusqu'à la minuscule mouche qui venait de se cogner à la baie vitrée du salon, en bas. Après mûre réflexion, elle se rendit compte que c'était l'angoisse qui la mettait dans un tel état. Oui, elle était en alerte. Tout semblait défiler au ralentit autour d'elle, et chaque bruit lui semblait assourdissant. Elle se serait bien jeter nue dans une rivière glacée pour reprendre ses esprits. Mais il n'y avait ici ni court d'eau, ni temps pour s'amuser.
En arrivant à l'étage, elle se mit à fouiller dans une grosse caisse en bois, qui regroupait tous ses effets personnels et ses multiples expériences, ratées ou non. Elle n'avait, dans son état étrange, pas allumée la lumière et donc exécutait ses recherches un peu à tâtons. Après quelques minutes périlleuses, elle poussa un petit cri de victoire lorsque sa main buta contre une petite boite ronde en métal. Haine repoussa les cheveux qu'elle avait dans les yeux, et se laissa tomber sur le derrière, les jambes en tailleur. Puis, elle ouvrit le récipient pour vérifier qu'il s'agissait bien de ce qu'elle voulait.
Une crème épaisse et collante aux fortes odeurs de thym et de fleurs s'y nichait. Haine s'en servait pour accélérer la cicatrisation des plaies (Des siennes, car Kamui l'interdisait de tester ses produits sur ses patients). Satisfaite, la jeune femme hocha la tête pour elle même, puis se remit debout. Elle cala sa trouvaille entre son obi et son ventre, puis se rua vers l'échelle. Son pied buta contre quelque chose, et elle jura en sautillant sur place avant d'avaler les marches trois par trois. Une fois en bas, elle s'arrêta soudainement. Est-ce que cela valait vraiment le coup ? Certes, elle était certaine que le baume fonctionnerait. Mais ... Et si, une fois rétabli, ce type les tuait, tous les deux ? Elle était sûre qu'il en était capable. Oui, certaine ! Néanmoins ...
La porte de la chambre d'ami grinça soudainement. La demoiselle, surprise, eu un sursaut. Son frère semblait désemparé, et épuisé. Il s'essuyait négligemment les mains sur sa blouse propre, laissant de nombreuses traces de sang sur cette dernière. Le regard ailleurs, il se dirigea vers son cabinet sans même la remarquer.
Je ne sais pas ce que cet homme a dit ou fait à mon frère, mais je crois qu'il va falloir que j'aille mener ma petite enquête ... C'est la première fois que je vois Kamui dans cet état. Pensa-t-elle.
Haine eu un petit haut le cœur. Elle n'avait pas envie de retourner dans cette chambre. De parler à cet homme. De le regarder, et de voir qu'il l'observait aussi. Elle ne voulait ni le toucher, ni le voir, ni l'entendre, ni lui parler. Mais, elle avait également terriblement envie qu'il disparaisse au plus vite de sa vie. Alors, même si elle risquait de perdre définitivement la confiance de son frère, elle allait entrer dans cette foutue pièce mal éclairée, elle allait dialoguer avec le malotru qui occupait le lit, et elle allait supporter ses abominables sourires de carnassier. Puis elle le soignerait en faisant en sorte que Kamui ne se doute de rien. Comme ça, l'affreux personnage s'en irait plus vite, et Kamui et elle retrouveraient une vie normale.
La sonnette du cabinet retentissante perturba ses pensées. Mais cela signifiait aussi que son frère était à présent occupé. C'était donc le signal qu'elle pouvait faire ce qu'elle devait faire.
Ni une, ni deux, elle se dirigea d'un pas décidé vers la chambre et poussa la porte.
Madara sentait encore l'odeur entêtante de l'alcool à désinfecter dont sa plaie était recouverte. Le médecin n'y était absolument pas allé de main morte. Un peu comme s'il avait voulu lui faire passer un message, du genre ; ne parle plus jamais de ma sœur. N'oses même plus la regarder, sinon je viendrais te réveiller en te piquant le front avec un cure dents.
De toute manière, le shinobi avait autre chose à faire que de se préoccuper d'une gamine ignorante et faiblarde. Il allait se reposer, guérir, et ensuite...
Le grincement de la porte lui fit tourner la tête. Toujours assis, il croisa les bras sur son torse avec un air oscillant entre la fatigue et l'agacement. Mais son expression se mua en surprise amusée lorsqu'il reconnu la jeune femme. Que faisait-elle là, elle qui lui avait semblé si effrayée toute à l'heure ? Il darda sans la moindre gêne son regard sur elle, haussant les sourcils :
- Tu t'es remise de tes émotions, petite ? Lui dit-il, moqueur.
Elle se faisait minuscule, collée là contre la porte qu'elle venait de fermer silencieusement. Pour toute réponse, il eu le droit à un " chut ! " sermonné par la demoiselle.
Apparemment, elle n'avait pas vraiment le droit d'être là :
- Quel courage...
- Je... je ne vous aime pas, chuchota la demoiselle sans bouger.
Il rit doucement:
- Au moins ça a le mérite d'être clair. Mais que fais-tu ici alors... ?
- Je...
Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits et se pencha sur son obi, extrayant de ce dernier une petite boîte argentée. Madara vit que ses mains tremblaient mais ne fit pas la moindre remarque. Il était bien trop intrigué par ce qu'il était en train de se passer :
- Mon frère ne veut pas que je l'utilise (elle semblait lui parler de la boîte) mais ça marche vraiment bien. J'ai essayé sur moi et...
- Qu'est-ce que c'est ?, lui demanda-t-il avec impatience en se redressant un peu.
- Un baume cicatrisant. Ça marche vraiment ! Mais mon frère ne me fait pas assez confiance. Je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais il m'est trop important pour que je le perde alors...
Elle inspira un grand coup:
- Ça accélère la cicatrisation. Comme ça, vous partez plus vite. Et nous on reprendra une vie normale. C'est donnant donnant, non ?
L'homme l'écoutait avec intérêt. Elle avait eu le culot de se pointer ici, seule, pour lui demander de la laisser le tartiner d'un produit inconnu afin de le faire partir plus vite. Et à présent, elle attendait sa réponse, fiévreuse, les pupilles légèrement dilaté par l'angoisse et l'obscurité. Il ne peut s'empêcher de pouffer sans discrétion en la regardant. Son clan aurait honte d'elle : Elle ressemblait à une petite poupée fragile. Puis, il haussa son épaule valide en lui faisant signe d'approcher:
- Voyons voir ce que tu as à me proposer.
Haine avait la gorge serrée au point de lui faire mal. Son cœur battait fort jusqu'à faire vrombir ses tempes. Il avait vu les tremblements incontrôlables de ses mains, mais en vérité, si elle s'était laissé aller, c'était des pieds à la tête, qu'elle serait en train de trembler. Elle s'approcha du blessé d'un pas faussement décidé tout en dévissant le petit pot de crème. L'homme pris appuis sur le matelas pour se tourner dos à la jeune femme avec une tranquillité déconcertante. Il la prenait réellement pour une créature sans danger.
Un poil offusquée la demoiselle, lèvres pincées, entama de défaire le bandage qu'elle laissa choir par terre: elle en remettrait un propre de toute manière. Un frisson la parcourue lorsqu'elle vit la plaie. Bien que recousue, elle s'étendait sur cinquante quarante de long environ. Les yeux verts d'Haine parcoururent le reste du dos avec curiosité. Son dos était large et bien dessiné. Comment un homme aussi exécrable pouvait-il posséder un tel physique ?! Elle aurait bien comptées les multiples cicatrices s'il n'avait pas tordu le coup pour lui lancer un regard inquisiteur et agacé:
- Bon alors, ça vient ?
Elle tressauta et le regarda en fulminant:
- C'est la première fois que je fais ça, laissez-moi du temps !
- Apparemment il y a beaucoup de choses que tu vas faire une " première fois " ces temps-ci, railla-t-il.
Elle mit fin à la discussion en plongeant deux doigts dans le pot de crème pour en prendre une quantité suffisante pour toute la surface de la blessure. Puis elle déposa le produit avec précaution sur la chair blessée. La peau de l'homme était chaude sous ses doigts, mais elle essaya de ne pas y faire attention: rien que ce petit contact l'effrayait. Elle avait l'impression que ce corps, cet homme, son regard, ses mains, son sourire, tout, absolument tout de lui était une arme. Et elle se sentait si petite, si faible face à lui... Elle détestait cela ! Oui, elle avait pris la bonne décision: plus vite il s'en irait, plus vite la vie reprendrait son cours monotone et ennuyeux. Mais au moins Kamui et elle seraient en sécurité.
L'odeur du thym lui montait à la tête. Elle entoura la blessure d'un bandage propre en silence, ramassa celui qui était souillé de sang et recula de quelques pas. Le shinobi se tourna de nouveau vers elle, et pointa la fenêtre d'un geste de menton:
- Ouvres-la, j'ai besoin de lumière.
- Si je l'ouvre, Kamui saura que je suis passée, grogna la jeune femme avant de se diriger vers la porte pour sortir de la chambre.
Oui, elle avait vraaaiment envie de sortir de cette foutue pièce. Elle irait se laver et se frotter jusqu'à l'os pour se dégager de cette désagréable sensation qui lui rongeait le corps: un feu brûlant lui grignotait chaque centimètre de peau, comme si elle venait de fricoter avec les enfers... :
- Dans ce cas...
Un grincement la fit se retourner d'un bond. L'homme venait de se relever avec difficulté et il prenait appuis sur le mur. Ses cheveux lui tombaient dans le dos en une cascade d'ébène et il avait la mine dure. Il se dirigea vers la fenêtre avec lenteur, son visage ponctué de temps à autres de grimaces de douleur. Haine se cacha la bouche des mains en inspirant un grand coup. Si cet imbécile avait le malheur de retourner brouter le gazon de la chambre, Kamui rappliquerai aussitôt. Elle se rua donc vers la vitre dans un bond :
- Ça va, ça va, je vais le faire, répliqua-t-elle, les dents serrées.
L'homme eu un sourire satisfait et il se laissa tomber en grognant sur la chaise la plus proche. La demoiselle le regarda du coin de l'œil et laissa le soleil entrer dans la pièce. Puis elle se dépêcha de sortir de la chambre, fermant la porte avec précaution.
Elle resta plantée là quelques secondes, puis se dirigea vers sa chambre d'un pas lent. Son cœur battait la chamade. Elle sentait le sang et les plantes médicinales. Et elle avait terriblement envie d'hurler.
Jetant les bandages au fond de la poubelle elle se dirigea ensuite vers la salle de bain.
Quelque chose lui disait que ce n'était que le début des ennuis, et avec un petit pincement au cœur pour Kamui, elle laissa un sourire triste ourler ses lèvres.
On venait d'entailler les barreaux d'or de sa cage.
[ Et voici le chapitre 4 ! J'ai mis un peu de temps à le poster, je sais ! Mais j'tais vachement prise.
Il est un peu court car je ne veux pas faire traîner en longueur, 'ai bien ricané en l'écrivant, j'avoue ! Maintenant, à vous de me dire ce que vous en pensez ! A la prochaine ! ]
