Chapitre 4 : Avril
[Wake me up]
Wake me up inside
[I can't wake up]
Wake me up inside
[Save me]
Call my name and save me from the dark
[Wake me up]
Bid my blood to run
[I can't wake up]
Before I come undone
[Save me]
Save me from the nothing I've become
Now that I know what I'm without
You can't just leave me
Breathe into me and make me real
Bring me to life
(Bring me to Life – Evanescence)
MY IMMORTAL
Drago ouvrit difficilement ses yeux enflés à cause du soleil qui filtrait à travers les barreaux de sa cellule. Il ne bougea pas. Tous son corps était courbaturé après la série de sortilèges qu'il avait endurés dernièrement. Il n'avait plus aucune énergie. Son esprit commençait à renoncer, près à abandonner son corps.
Combien de temps s'était-il écoulé depuis qu'il avait été enfermé ici ? Des siècles, semblait-il. Chaque jour était le même enfer, il ne souffrait pas seulement de sortilèges magiques, mais aussi de violences physiques. Il n'en pouvait plus de résister. Il espérait juste une mort douce. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi ils le gardaient en vie. Peut-être était-ce pour le plaisir de le voir se briser lentement.
Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait pleuré comme un bébé. Il ne pleurait plus. Il était fou.
Il avait espéré qu'Harry vienne à son secours, mais Harry n'était jamais venu. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Il pariait que les membres de l'Ordre du Phénix avaient menti à Harry à son propos. Et puis c'était de sa faute. Il ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même pour sa stupidité. Il avait quitté Harry pour rejoindre son père dès qu'il avait entendu qu'Hermione Granger avait été kidnappée. Il l'avait fait pour aider Harry, pour jouer le héros au moins une fois dans sa vie. Au moins une fois, il ferait quelque chose de bon, quelque chose de noble. Quelque chose qui pouvait rendre Harry fier de lui.
Stupide, innocent Drago Malefoy. Il pensait vraiment tromper tous les hommes de Voldemort, libérer Granger et s'en sortir vivant ? Pauvre, stupide et innocent Drago…
Si seulement il avait prévenu quelqu'un de sa mission suicide. Il n'avait rien dit à Harry, et il pouvait parier que tout le monde lui reprochait le kidnapping d'Hermione.
Ce n'était pas juste. Il voulait seulement aider. Il s'était comporté comme un lâche toute sa vie. Il avait passé plus de temps à s'occuper de lui que des autres. Et à présent qu'il pouvait aider Granger, pourquoi ne pas le faire ? Mais il avait été assez stupide pour quitter Harry sans préavis. Il avait juste disparu, après tout ce qu'Harry lui avait dit, après tous ses mots d'amour.
Plus rien n'importait dorénavant. Il n'avait plus rien d'un humain. Il ressemblait plus à un troll. Il était sale, malade et avait perdu tout espoir. Il n'était plus rien, il n'existait plus aucun salut pour son âme. Il attendait juste que la mort entende ses prières et qu'elle vienne à lui. Il avait besoin de repos.
Au moins, il avait été avec Harry, pensait-il avec quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire. Au moins, Harry lui avait dit qu'il l'aimait. Peut-être qu'un jour Harry lui pardonnerait. Il espérait que Granger avait raconté à Harry comment elle avait été sauvée par Drago Malefoy. Alors il ne se souviendrait pas du gamin lâche, mais du brave Serpentard.
Il mourrait, mais au moins Harry allait vivre. Il était certain de cela. Harry était immortel, il le disait lui-même.
Mon immortel, pensa-t-il, avant de perdre connaissance.
MY IMMORTAL
- Harry ? appela Remus.
Harry se tourna vers lui, mais ne dit pas un mot.
- Nous allons trouver un moyen de le sauver. J'en suis sûr. J'en ai la foi, plaida Remus.
Harry secoua la tête. Il ne voulait pas espérer. L'espoir était quelque chose qui rendait la douleur plus forte.
Il comprenait enfin qu'il n'était pas censé être heureux. Pas dans cette vie. Et qu'importe le nombre de fois où Remus lui avait affirmé le contraire, Harry savait mieux que lui.
Harry avait fait une terrible erreur en tombant amoureux de Drago. Déjà, Drago était le fils d'un Mangemort. En outre, Voldemort n'abandonnerait pas tant qu'il n'aurait pas tué toutes les personnes qu'Harry aimait. Et puis Drago et lui avaient été des ennemis dès que leurs yeux s'étaient croisés la première fois. Comment avait-il pu tomber amoureux de lui ?
C'étais sans importance qu'Harry n'ait jamais vraiment eu confiance en Drago. Jamais il n'avait fait attention quand Drago disparaissait du château. Il ne se sentait pas trahi, parce qu'il savait comment Drago allait. Il ne se faisait pas d'illusion pour lui.
Mais il espérait profondément, malgré tout, que Drago soit resté avec lui, que l'amour ait été plus important que le reste.
Pendant deux mois, Harry avait essayé d'oublier Drago et de ne penser qu'à Hermione. Ce ne fut pas si difficile, parce que Ron avait constamment besoin de lui pour rester sain d'esprit. Le chose la plus difficile avait été d'ignorer les tentatives de Remus pour parler de Drago avec lui, surtout sachant que la plupart des membres de l'Ordre pensaient que Drago avait quelque chose à voir avec le kidnapping.
- Y a-t-il quelque chose dont tu voudrais me parler ? avait l'habitude de demander Remus, tandis qu'Harry secouait la tête. Tu en es sûr ?
Non, Harry n'en était pas sûr. Mais que pouvait-il bien dire ? Qu'il était assez stupide pour laisser son cœur s'éprendre d'une personne telle que Malefoy ?
Remus avait en fait été relativement patient avec lui, et loyal. Il n'avait dit à personne qu'il avait trouvé Drago dans sa chambre, dormant avec lui.
Harry avait enduré les deux premiers mois du mieux qu'il le pouvait. Ce n'était pas si difficile quand il pensait qu'être seul était sa destinée. Mais quand Hermione était réapparue, tout avait changé, et l'expression froide qu'il s'était efforcé de construire toutes ces années, avait commencé à se dissoudre.
Elle était restée dans un coma profond pendant une semaine. Le jour de son réveil, la première chose qu'elle avait dit était que c'était Draco qui l'avait sauvée. Cette information avait eu un impact immédiat sur tout le monde, mais ce fut pour Harry que le choc fut le plus fort. Il n'arrivait pas à croire que Drago ait pu être aussi stupide, aussi brave, aussi héroïque.
Harry n'avait pas réussi à comprendre. Ses mains avaient commencé à trembler et il était devenu nauséeux. Il s'était retiré de la chambre, comme hanté, et d'une certaine manière, c'était exactement ce qu'il était. Seuls Hermione et Remus connaissaient les raisons qui le poussaient à agir d'une manière aussi étrange.
Cette nuit-là, Harry n'avait jamais été aussi conscient des battements de son cœur. Chaque petit centimètre de son corps était douloureux. Cette nuit-là, il s'était rendu compte à quel point Drago comptait pour lui et son cœur saigna.
Chaque jour suivant fut un véritable tourment. Il ne voulait pas manger, ni dormir. Son esprit était entièrement tourné vers Draco. Il devait trouver un moyen de le sauver, tant qu'il restait un espoir qu'il soit encore en vie. Harry considérait le fait que Voldemort puisse découvrir la trahison de Drago.
Mais l'espoir l'abandonnait au fil des jours.
Ce fut Rogue qui découvrit un mois plus tard que Drago était gardé prisonnier dans la forteresse de Voldemort. Personne ne pensait qu'il puisse sortir de cet endroit vivant. Personne ne s'était enfui de la Forteresse Sombre, excepté Hermione, et c'était Drago qui l'avait aidée. Une fois encore, Harry osa espérer. Il devait continuer à croise qu'il puisse sauver Drago. Il était Harry Potter. Il allait trouver un moyen de pénétrer à l'intérieur de la forteresse.
Mais ils n'avaient trouvé aucun moyen, et un mois plus tard, ils n'avaient toujours rien. Même si les forces de Voldemort grandissaient faiblement, il n'avait encore trouvé aucun moyen d'y pénétrer.
Harry avait expérimenté de nombreuses émotions au fil du temps. Quand il faisait jour, il arrivait à se contrôler. Mais la nuit… La nuit était effrayante. Quand la nuit arrivait, il se sentait comme pris dans les ténèbres et ne parvenait plus à respirer. Le vide que Drago avait occupé dans son cœur était en train de revenir. Ses peurs les plus terribles l'assaillaient.
Il se trouvait idiot de s'être autorisé à nouveau à aimer quelqu'un. Harry n'aurait jamais du connaître mieux que l'espoir.
Drago l'avait fait renaître, et à présent, Harry avait de nouveau envie de mourir.
Il avait échoué avec Drago. Il aurait dû le protéger, juste comme il aurait dû protéger Sirius.
Il avait envie de devenir fou. Il souhaitait qu'on lui arrache le cœur pour qu'il ne puisse plus jamais ressentir quoi que ce soit.
- Harry ? l'appela doucement Remus.
- Comment peux-tu me demander d'avoir la foi ? Elle a longtemps trompé mon cœur, murmura Harry, les yeux perdus. Je souhaite être capable d'effacer mon existence. Je souhaite être capable d'arrêter de respirer. De cette manière, mon cœur ne me fera plus mal, et je pourrais me reposer.
- Tu ne penses pas vraiment ça, dit Remus.
Harry ricana tristement.
- Tu veux parier ?
- Harry, tu ne peux pas renoncer ! dit Remus fermement. Tu dois continuer à te battre !
- POUR QUOI ? cria Harry, perdant le peu de patience qu'il avait.
- Pour lui et pour Sirius ! Pour tes parents, qui sont morts pour tu vives !
- JE NE LEUR AI PAS DEMANDE DE LE FAIRE ! Je ne leur ai pas demandé de porter ce foutu fardeau ! Je n'ai pas demandé à mes parents de me sauver ! Je ne veux plus voir mourir les gens que j'aime ! Je suis fatigué de cette guerre stupide ! Tout ce que je souhaite c'est qu'on me laisse seul !
- Je comprends, Harry. Mais…
- NON, TU NE COMPRENDS PAS ! Toi, tout comme les autres, vous pensez que je suis la solution à tous les problèmes du monde ! accusa-t-il. Je ne suis rien sauf une arme. Tu ne peux pas le nier. Tu sais que c'est vrai !
- Tu n'es pas juste une arme, le assura Remus.
Harry sourit amèrement.
- Ouais, bien sûr.
- Ecoute-moi bien, Harry.
Harry secoua la tête et essaya de partir, mais Remus le retint par le bras.
- Nous t'aimons. Nous ne voulons rien sinon te protéger, et nous avons échoué parfois et nous en sommes désolés, Harry. Tu n'en as pas idée.
- Tu mens. Personne ne m'aime, dit Harry, détournant le regard.
- Si, nous t'aimons ! Je t'aime.
- Alors où étais-tu quand j'avais besoin de toi ? Où étais-tu quand je vivais avec les Dursley ? accusa Harry. Pourquoi tu n'es pas resté avec moi, au lieu de partir avec eux ? Pourquoi tu ne restes pas avec moi à présent ? Sirius est mort et je suis tout seul. Tu n'as jamais dit un mot ! Tu n'as jamais essayé de me réconforter.
Harry sentit des larmes de colère brûler ses yeux, prêtes à s'échapper.
Remus le fixa, l'air triste.
- Je suis un loup-garou, Harry. Le Ministère ne t'aurait jamais permis de rester avec moi. Je n'ai jamais rien dit concernant Sirius parce que ça me fait mal de penser à lui. Je suis désolé. J'avais mes douleurs propres. J'ai été égoïste. Tu vois, Harry, le fait est que Sirius comptait énormément pour moi. Je l'aimais, Harry, et pas juste comme un ami. Je l'aimais de la même façon que tu aimes probablement Drago.
Harry était trop choqué par cette confession pour dire quoi que ce soit. Il n'avait jamais su pour Sirius et Remus. Tout comme il n'avait jamais rien su de ses parents. Il souhaitait avoir eu plus de temps pour apprendre à les connaître.
- Comment sais-tu que j'aime Drago ?
- Le laisserais-tu — alors que c'est un Serpentard et un Malefoy — entrer dans ta chambre si ce n'était pas le cas ?
- Et même alors... qu'est-ce qu'aimer apporte ? demanda tristement Harry, sans vraiment attendre de réponse. La destruction, la mort et la douleur.
-Non ! L'amour m'a permis de rester en vie jusqu'à maintenant. J'aurais dû mourir il y a longtemps, Harry. Mais je suis resté pour toi. Dix-sept ans… L'amour de ta mère t'a sauvé d'un sort fatal. L'amour que Sirius te portait l'a sauvé de sa santé mentale fragile après Azkaban. C'est l'amour qu'il te portait qui lui a donné la force de s'enfuir de cet horrible endroit. Et il est clair pour moi que c'est l'amour qui a donné suffisamment de courage à Drago pour faire ce qu'il a fait !
Harry secoua furieusement la tête, les yeux remplis de larmes.
- Non. L'amour est une faiblesse.
- Ce n'est pas vrai ! s'exclama Remus.
- Comment peux-tu dire ça ? Après tout…
La voix d'Harry s'affaiblit.
- C'est exactement pour ça que je peux le dire, dit Remus d'une voix tremblante. Rien n'est perdu. Tant qu'il y a de l'amour, il y a encore de l'espoir. Tu dois le croire, Harry. Je t'en prie, n'abandonne pas.
Harry glissa sur le sol et replia ses jambes contre son torse.
- Je ne peux pas.
Remus s'agenouilla à coté de lui et dit doucement:
- Si, tu peux.
- Tant de gens sont morts à cause de moi. Cédric, Sirius, Colin…
Une larme glissa sur la joue de Remus.
- Sirius n'est pas mort à cause de toi. Personne n'est mort à cause de toi.
- Drago m'a dit la même chose une fois. Il a dit que la mort de Sirius n'était qu'une question de temps. Il a aussi dit que Cédric et Colin méritaient de mourir parce qu'ils étaient bien trop stupides, alors j'imagine que l'opinion de Drago n'est pas si louable que ça.
Remus s'assit à coté de Harry et soupira.
- D'une certaine façon, j'imagine qu'il avait raison. Pas à propos de Cédric et de Colin, bien sûr. Mais à propos de Sirius… Sirius était encore plus fou qu'avant. Azkaban l'a pratiquement détruit. Il a totalement négligé le danger de notre mission. Il s'en fichait, tant qu'il pouvait se battre. Il est mort de la manière qu'il voulait, Harry. Il est mort au combat. Ce n'était pas ta faute.
- Mais si j'avais obéi à Dumbledore…
- Plus de 'si', le coupa Remus. Ca ne nous mènera nul part, et tu ne seras jamais satisfait. Dumbledore aurait dû être plus dur avec Sirius. J'aurais dû être plus dur avec Sirius. Mais à la fin, ce n'est la faute de personne.
Harry savait que ce n'était pas vrai, ou du moins que ce n'était pas rationnel. Mais il ne voulait plus y penser.
- Je suis fatigué, murmura Harry.
- Je sais, Harry. Mais accroche-toi à ce que tu peux. Les choses finiront par s'arranger.
Remus essaya d'avoir l'air optimiste.
- Et quand la fin sera-t-elle enfin là ?
- Je ne sais pas. Peut-être plus tôt que nous le pensons.
Ils restèrent silencieux pendant un moment, perdu dans leurs pensées.
- Remus ? l'appela doucement Harry.
- Quoi ?
- Je pense que je ne suis plus capable de le faire, murmura Harry, des larmes silencieuses roulant sur ses joues.
Cette vision brisa le cœur de Remus, et jamais il n'avait été aussi conscient de la jeunesse d'Harry.
- Pendant un court instant, j'ai pensé en être capable, mais je ne peux pas. Il a été le seul à… Il m'a sauvé, il m'a empêché de devenir la personne sans coeur que j'étais en train de devenir. Je n'ai jamais su comment c'est arrivé.
- Tu parles de Drago ?
Harry acquiesça en se mordant la lèvre.
- Tu n'as jamais pleuré, n'est-ce pas, Harry ? Tu n'as jamais pleuré pour tout ça.
Harry secoua la tête et essaya de ravaler ses larmes, mais Remus prit sa main et dit :
- Laisse. Tu as le droit de pleurer, Harry. Ce n'est pas une mauvaise chose. C'est même une bonne chose. Ca va t'aider. C'est un processus de guérison dont tu as besoin.
Et Harry en avait besoin. Il posa sa tête sur l'épaule de Remus et sanglota, laissant sa peine le quitter. Il pleura pour son enfance misérable, pour n'avoir jamais eu la chance de connaître ses parents et pour la vie qu'il ne pourrait jamais avoir. Il pleura pour Cédric, pour Sirius, et pour chaque personne qui était morte dans la guerre contre Voldemort. Il pleura pour débarrasser son esprit de toutes les choses qui l'avaient fait souffrir toutes ces années.
Remus ne dit pas un mot. Il tint juste Harry dans ses bras jusqu'à ce que le garçon arrête de sangloter et de trembler. Finalement, Harry redevint silencieux.
- Je suis désolé, entendit-il Harry souffler doucement.
Il sourit, embrassant le front d'Harry.
- Ne le sois pas.
Remus sentit la respiration d'Harry redevenir à nouveau normale.
- Tu n'es pas seul, tu sais.
Harry lui offrit un petit sourire.
- Maintenant que tu me l'as dit.
Remus lui sourit en retour.
- Hé bien, je ne suis pas un très bon parleur, tu sais. Je ne suis pas très doué avec les sentiments. Je ne l'ai jamais été.
- J'ai failli y croire.
Harry regarda au loin et il murmura quelque chose d'une voix si basse que Remus ne l'entendit qu'à peine.
- Drago me manque. Je ne pensais pas qu'il me manquerait tant.
Remus l'étreignit une nouvelle fois, et Harry ferma les yeux.
- Nous allons le sauver. J'en suis sûr. Ce n'est qu'une question de temps avant que le règne de Voldemort ne se termine. L'Ordre a gagné de très importantes batailles, Harry. Tu le sais. Nous sommes en train d'essayer de trouver un moyen pour pénétrer dans sa forteresse. Je suis sûr que nous allons y arriver.
- Il pourrait être trop tard.
- Ca ne sera pas trop tard, lui dit Remus avec une détermination qui laissa une lueur d'espoir briller dans le cœur d'Harry.
Harry posa sa tête sur l'épaule de Remus et soupira. C'était agréable qu'on prenne soin de lui, d'être tenu de cette manière. Depuis combien de temps avait-il besoin de quelqu'un pour le réconforter ? Ca semblait faire des années. Il ne se sentait plus seul. Tant que Remus serait là, tout irait bien.
Quelqu'un entra brusquement dans la chambre, en criant leur nom.
- HARRY ! PROFESSEUR LUPIN !
Il tournèrent la tête et virent Hermione debout à côté d'eux. Elle haletait, et tandis qu'elle les regardait, elle semblait de plus en plus choquée. Harry savait parfaitement pourquoi elle réagissait de cette manière. Beaucoup de temps s'était passé depuis la dernière fois où Harry n'avait pas montré de trace de faiblesse. Le voir dans les bras de Remus était un instant unique.
- Euh… J'interromps quelque chose ? demanda-t-elle, troublée.
- Bien sûr que non. Harry et moi étions simplement en train de parler de… quelques trucs. Est-ce que ça va ? Quelque chose est arrivé ?
Il fallut un instant à Hermione pour se souvenir de ce qu'elle devait dire. Harry leva les yeux au ciel. Sûrement la scène avait-elle été très choquante.
- Miss Granger ? l'appela doucement Remus.
Hermione cligna des yeux.
- Oh, oui ! J'ai des nouvelles ! Le professeur Rogue vient juste d'arriver, et il prétend avoir trouvé une façon de pénétrer dans la Forteresse Sombre !
Remus et Harry se levèrent aussitôt.
- Tu plaisantes ! s'exclama Remus avec un grand sourire.
- Je suis mortellement sérieuse.
Elle sourit doucement puis se tourna vers Harry.
- A présent nous allons pouvoir sauver Malefoy.
Le cœur d'Harry se mit à battre la chamade. Il respira profondément pour se calmer. Il y avait de l'espoir après tout. Même si les chances de retrouver Drago en vie étaient minces, Harry ne pouvait s'empêcher d'y croire. Il savait que ses parents et Sirius l'auraient aidé.
Attend-moi, Drago. J'arrive.
Ils rejoignirent la réunion de l'Ordre, et pour la première fois, Rogue et Harry ne se disputèrent pas. Harry l'écouta attentivement, prêtant attention à tous les petits détails du plan. Il savait qu'il serait difficile pour lui de se battre contre Voldemort, mais il n'avait pas peur.
Harry était soudainement pleinement conscient de qui il était et de ce que ça représentait. Maintenant que le temps était venu, il ne devait plus craindre sa destinée.
MY IMMORTAL
Drago entendit un bruit assourdissant au loin, comme si une grande bataille se déroulait. Il essaya d'ouvrir les yeux, mais ses paupières étaient lourdes comme l'acier. Il soupira, et se demanda pendant un instant si la forteresse de Voldemort était attaquée. C'était une pensée plus que réconfortante. Peut-être pouvait-il convaincre son esprit de tenir bon un peu plus longtemps. Après tout, il l'avait gardé en vie jusqu'à maintenant.
Il toussa, les poumons encrassés. Son souffle était de plus en plus faible. Etait-ce finalement la mort qui venait le prendre ? Si c'était ça, Drago allait lui dire d'aller se faire voir. Il n'allait pas mourir maintenant, pas quand l'Ordre avait finalement réussi à frapper. Pas quand Harry était là en train de se battre, probablement dans le but de venir le secourir.
Tu es en train de devenir un crétin romantique, Drago, pensa-t-il. Tu rêves probablement qu'il y a un combat quelque part derrière ce mur sombre. C'est une pensée agréable, quoi qu'il en soit.
Il toussa à nouveau, avant de perdre à moitié connaissance. Il fut néanmoins conscient du claquement contre le mur de la porte de sa cellule et d'une voix qui l'appelait. Il voulut ouvrir les yeux, mais ses paupières ne coopéraient toujours pas. Il sentit une main caresser tendrement son visage, et son nez capta une odeur familière dans l'air. Il fit un effort pour regarder la personne qui le traitait avec tant de douceur, espérant que ce soir Harry.
- Harry ? dit-il d'une voix rauque, difficilement reconnaissable.
- Oui, c'est moi !
Harry embrassa tendrement ses lèvres.
Drago réussit à sourire faiblement.
- Suis-je au paradis ?
- Ca ressemble plus à l'enfer, à vrai dire, murmura Harry. Mais je vais te sortir de là. Ne parle pas. Tu ne vas pas bien.
Drago toussa. Harry agrippa sa main.
- Que s'est-il passé ? Tu as tué Tu-Sais-Qui ?
- Oui. Tout est fini maintenant.
- Vraiment ? dit Drago, plein d'espoir.
- Hé bien, il y a quelques Mangemorts dans le coin, mais je suis sûr que l'Ordre va rapidement s'en occuper.
- Et mon père ?
Silence. Draco savait qu'il avait touché une corde sensible. Il sentait, plus qu'il ne voyait, le changement d'attitude chez Harry.
- Quoi ? souffla Drago.
- Ce n'est pas le moment, Drago. Contente-toi de dormir. Rogue et les autres vont arriver pour t'emmener à Ste Mangouste.
Le souffle de Drago s'accéléra.
- Harry… S'il te plaît… Dis-moi ce qui est arrivé à mon père.
- Drago...
Harry semblait essayer de trouver les bons mots, mais ce n'était pas le moment. Drago était trop faible.
- Il est mort, c'est ça ? demanda calmement Drago.
- Oui.
Le coeur de Drago manqua un battement, et une larme coula sur sa joue. Même si Lucius avait été un véritable salopard de n'avoir pas aidé son fils quand Voldemort l'avait enfermé ici, il restait son père, et Drago se souviendrait toujours de lui.
- Je suis désolé, entendit-il Harry dire.
Drago sourit tristement.
- Hé bien, j'imagine que ça ne pouvait se finir autrement.
Il entendit Harry pousser un sanglot étrange, et il fronça les sourcils. Encore une fois, il tenta d'ouvrir ses yeux bouffis, cette fois avec succès. Ce qu'il vit le choqua. Harry semblait aussi mal que lui, avec un œil au beurre noir, le bras droit pendant dans un angle très étrange et les cheveux plus ébouriffés qu'à leur habitude. Drago vit aussi du sang, mais ce qui le choqua le plus fut de voir Harry pleurer silencieusement alors qu'il regardait Drago.
- Tu pleures, fit remarquer Drago d'une voix faible.
Harry ne dit rien, parce qu'il était évident qu'il pleurait, mais il ne voulait donner aucune explication. Il était trop fragile. Il venait tout juste de remporter la bataille de sa vie, et il ne savait pas vraiment comment il avait pu tenir debout pour retrouver Drago. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait besoin d'être plus près de l'autre garçon, qu'importe à quel point il était blessé. Et quand ses yeux s'étaient posés sur Drago, il avait su qu'il avait fait le bon choix. Son cœur s'était arrêté de battre quand il était entré dans la cellule.
Pendant un instant, Harry avait pensé qu'il était arrivé trop tard. Quand il avait remarqué que Drago respirait encore, il avait soupiré de soulagement. Et puis les larmes avaient commencé à tomber sans qu'il ne puisse les contrôler. Comment pouvait-il en être autrement ? Drago avait l'air si faible et vulnérable. Harry était surpris que Drago ait survécu si longtemps. Il espérait que Rogue arrive vite. A chaque minute qui passait, Drago semblait plus mal.
- Est-ce que tu pleures à cause de moi? demanda Drago.
- Qu'est-ce que tu crois ?
Drago réunit toute la force qui lui restait pour caresser le visage d'Harry.
- Je crois…
Draco inspira.
- Je crois que tu es un crétin romantique.
Harry sourit derrière ses larmes.
- Mais je veux que tu sache que… je suis… content que tu sois là. J'avais peur…
Une autre profonde inspiration.
- Que tu ne viennes pas.
Drago toussa.
- S'il te plaît, Drago, repose-toi.
Drago eut un sourire en coin.
- C'est tout… ce que j'ai… à faire. S'il te plaît… ne gâche pas mon plaisir.
Harry caressa les cheveux de Drago.
- Je dois… avoir l'air… terrible, murmura Drago.
Harry sourit et pleura en même temps.
- Tu a l'air parfait.
- Ouais, c'est ça.
Leurs doigts s'entrelacèrent.
- Merci, Harry. Même si… Même si je ne sors pas vivant d'ici, j'apprécie ce que tu as fait pour essayer de me sauver.
- Ne dis pas ça ! protesta Harry. Nous allons tout les deux sortir vivants d'ici ! Je t'ai dit qu'il n'y aurait plus de morts.
Draco prit une profonde inspiration et toussa.
- Je n'arrive pas à croire que tu es là.
- Je n'arrive pas à croire que tu aies fait une chose aussi stupide.
Draco fronça les sourcils.
- Quoi?
- Je n'arrive pas à croire que tu ais sauvé Hermione !
-Et c'était une chose stupide ?
-OUI !
Drago renifla.
- Ce n'était pas stupide. C'était quelque chose de Gryffondor. C'était héroïque.
- C'était stupide ! s'exclama Harry avec colère.
- Mais je l'ai sauvée.
Harry soupira.
- Oui. Et je t'en serai reconnaissant jusqu'à la fin de ma vie.
- C'était une preuve d'amour. Tu l'as appréciée ? souffla Draco d'un ton espiègle.
- Pourquoi ta preuve d'amour devait être aussi dangereuse ? Pourquoi n'as-tu pas préféré m'offrir une boîte de chocolats ou un truc dans ce genre ?
Draco sourit faiblement.
- Je t'ai offert une boîte de chocolats, mais ce n'était pas assez pour le grand Harry Potter.
Harry sourit en retour.
- Tu m'as offert cette boîte pour m'embêter.
- Non, c'était une simple plaisanterie.
Drago toussa avant de poursuivre :
- Exactement comme… le T-shirt orange.
Il humidifia ses lèvres sèches et ferma les yeux.
- Je suis épuisé, Harry. Tu me pardonneras ?
- Non ! Reste conscient, Drago. Ils seront bientôt là ! dit Harry, désespéré.
- Pourquoi mettent-ils si longtemps ? murmura Drago.
- Je ne sais pas.
Harry se leva et marcha jusqu'à la porte. Il cria le nom de Rogue.
- Harry ? l'appela Drago, et aussitôt Harry s'agenouilla à coté de lui. Je t'aime.
- Je t'aime aussi.
- Je croyais que tu n'étais pas bon pour moi. Je pensais que tu ne saurais pas que je voulais t'aider en partant.
Harry soupira, en essuyant les larmes sur son visage.
- J'imagine… que j'étais en colère après toi. Mais plus maintenant. Tu es tellement brave, Drago. Je pense que ton acte a été un choc pour Voldemort. C'était quelque chose auquel personne ne s'attendait venant de toi. Mais tu l'as fait. Pour moi.
Drago acquiesça et son regard croisa celui, plein de tristesse, d'Harry.
- Pour toi, murmura-t-il. Je pensais ne jamais tomber amoureux, encore moins de toi. Ce n'était pas facile, tu sais. Mais à la fin, particulièrement avec cet exil forcé, j'ai accepté mes sentiments. Je t'aime vraiment.
Harry posa la tête de Drago sur ses genoux.
- Je les ai accepté également. Quelqu'un m'y a aidé.
- Harry… Je suis désolé.
- A propos de quoi ?
- Pour tout ce que je t'ai fait.
- Tu es pardonné.
- Je savais que tu étais immortel.
- Je ne suis pas immortel ! J'étais juste chanceux.
- Ne sois pas stupide. Tu es la plus brave des personnes que je connaisse. Tu es aussi très adroit, Harry. Même tes cheveux ébouriffés commencent à être sexy, souffla Drago avec un sourire.
- Ils t'ont fait subir un lavage de cerveau ? demanda Harry, amusé.
- Non. Pourquoi ?
- Tu es devenu doux. Ca ne te ressemble pas.
Drago rigola, mais son rire se transforma vite en une quinte toux douloureuse. Harry était inquiet, et il se demandait pourquoi Rogue et le reste de l'équipe prenaient autant de temps. Des problèmes sur leur chemin? Des barrières magiques qu'ils ne terrassaient pas? Il ne savait pas. Il n'avait pas fait face à beaucoup de problèmes pour venir ici, mais cela ne signifiait pas grand-chose. Après la défaite de Voldemort, tout ce à quoi il avait pensé avait été de vivre assez longtemps pour trouver Draco et le sauver. Son énergie magique avait flotté autour de lui de manière si forte, qu'aucun sort de magie noire n'avait pu l'atteindre.
Mais si les autres n'arrivaient pas bientôt, qui savait ce qui pourrait leur arriver? Harry se sentait déjà étourdi, et ses yeux le priaient pour rester fermés. Il ne pouvait pas abandonner, pourtant. Drago était tellement faible. C'était un miracle qu'il ait survécut jusqu'à maintenant.
- Je suis désolé, Harry, murmura Drago. Mais je suis vraiment épuisé.
Harry paniqua.
- Accroche-toi juste encore quelques secondes. S'il te plaît, Drago !
- J'essaie. Je ne sais pas comment je suis encore ici.
Harry embrassa gentiment les lèvres de Drago.
- Tiens bon. Reste avec moi.
- Je sais que ça sonne très cliché, mais être avec toi a été la meilleure chose qui me soit jamais arrivé. Même si je meurs aujourd'hui, je mourrais heureux.
- Arrête de dire que tu vas mourir ! Tu ne vas pas mourir !
Drago sourit tristement.
- Jamais tu ne pourras arrêter la mort.
- Je pourrais cette fois ! De toute façon, Rogue a dit qu'il pouvait le faire, à notre première année.
Drago sourit à ce souvenir.
- Ouais, il l'a dit. Mais... Je ne pense pas qu'il le fasse. Je pense qu'il voulait juste t'impressionner.
Harry sentit à nouveau des larmes dans ses yeux, et il les laissa couler le long de son visage. Une larme tomba dans la bouche de Drago.
- Ne pleure pas, dit-il doucement.
- Je ne pleure pas, dit Harry en tremblant.
- Je t'aime, Harry.
Drago ferma les yeux, et son corps s'arrêta de bouger. Harry pâlit, et la panique le prit soudainement. Il appela Drago doucement, et ce fut à ce moment que Severus se précipita dans la cellule avec le reste de la cavalerie.
