Saint Seiya:Lost Canvas

Les immortels

Chapitre Trois: Souvenirs

Shion se réveilla au son d'Albafica en train de cuisiner. Le soleil pénétrant éclairait sa chambre. Une belle journée s'annoncait. Malheureusement, le boulot l'attendait, il ne pourrait guère en profiter. D'un bond, il se leva agilement. Il ne pouvait se permettre de paresser au lit. Rapidement, il se rasa et se glissa sous le jet d'eau chaud. Il se massa les épaules et se nettoya le corps avec des gestes lestes. Une fois sa toilette terminée, il s'extirpa de l'étroite douche et se sécha vigoureusement. Dans sa chambre, Shion vêtit un jeans et un t-shirt bleu marine. Revigoré par sa douche, il marcha nu-pieds hors de sa chambre. Sur le seuil de la cuisine, il découvrit Albafica en peignoir qui tournait ses oeufs. Albafica chantait au rythme d'une vieille ballade rock diffusée à la radio. Son chignon dégageait sa nuque gracieuse. Les manches roulées de son peignoir dénudaient ses avant-bras albâtres. Albafica se dandinait sur un pied en souriant. Amusé par ce spectacle, Shion ne put retenir un sourire moqueur. Silencieusement, il s'installa sur une chaise et croisa ses longues jambes. ll déplia son journal. Albafica l'entendit, pivota prestement sur lui-même en rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux. Shion dédia un sourire tendre et se replongea dans sa lecture. Albafica recommença à chantonner et cuire son bacon. Habillement, il grilla de nouvelles tranches de pain. Il tartinait celles déjà prêtes pendant ce temps. Albafica versa du café corsé dans une tasse, y ajouta du lait et du sucre. Ensuite, il l'amena à Shion. Il la prit, le remercia et se remit à sa lecture. Albafica se prépara du thé et apporta le tout sur la table. Shion referma son journal. Ses yeux se posèrent sur Albafica qui mangeait avec appétit. L'échancrure de son peignoir laissait entrevoir son torse svelte. Mal à l'aise, Shion détourna le regard. Le désir qu'il ressentait pour Albafica ne s'estompait pas. Cela l'embêtait crullement. Maintenant, il savait que désirer Albafica, c'était trahir Doko. Cela le culpabilisait énormément. Il terminait son assiette quelqu'un frappa à la porte. Persuadé que c'était Doko, Albafica bondit sur ses pieds. Il courut jusqu'à la porte sous le regard morose de Shion. Albafica en pinçait sérieusement pour Doko. Cela était loin de réjouir. Pourquoi Albafica n'était-il pas amoureux de lui? Quelques minutes plus tard, Albafica revenait. Tout sourire, Doko à ses côtés. Agacé, Shion foudroya Doko du regard. Celui de Doko emplit de désir refoulé le fit rougir. Doko en rit. Shion prit la mouche. Il s'éclipsa en quatrième vitesse. Albafica tapa gentiment Doko pour lui signifier son mécontetement. Doko se morfondit en excuse lamentablement. Albafica ne put s'empêcher d'en rire. Cela combla Doko de bonheur. Doko baisa la joue d'Albafica, lui remit son thé et disparut assi vite qu'il était arrivé. Seul, Albafica songea à quel point, il était hereux. Il retourna à son repas, le coeur joyeux.

Habillé d'un jeans et d'un polo bleu ciel, Albafica saisit le combiné téléphonique. Il devait trouver une excuse pour fausser compagnie à Shion sur l'heure du dîner. Albafica voulait que Doko et Shion soient seuls tous les deux. Cela permettrait à Doko d'avancer en matière de séduction. Bizarrement, cette idée ne le ravissait pas. S'ils se remettaient ensemble, Doko se détournerait, définitivement, de lui. Sincèrement cela le déprimait. Leur amour intemporel le mettait hors jeu. Il n'avait aucune chance contre Shion pour conquérir Doko de la balance. Découragé, Albafica signala le numéro d'Asmita. Il voulait l'inviter à dîner. Albafica souhaita fortement qu'il soit libre sinon son plan tombait à l'eau. Après deux sonneries, la voix calme d'Asmita résonna dans le combiné.

-Bonjour, Albafica.

Albafica déclara d'un ton badin en souriant:

- Toujours aussi perspicace et précoce!

- Je me suis réincarné pas transformé, le taquina gentiment Asmita.

- C'est un fait, fit Albafica en rigolant.

- Alors comment vas-tu? Tu t'adaptes bien à ta nouvelle vie?

- Je vais bien et je ne m'adapte pas si mal. Et toi? Voir cela doit te déstabiliser un peu, non.

- Oui, mais je suis heureux de voir.

- J'aimerais dîner avec toi, aujourd'hui .

Tout doucement, Asmita rit.

- Un rendez-vous?

Albafica rougit et balbutia:

- Non, un simple dîner.

- D'accord, à quelle heure? S'enquit Asmita d'une voix douce.

- Midi.

- Parfait, à midi, conclut Asmita en raccrochant.

Durant la matinée, la nervosité gagna peu à peu Albafica. Il angoissait à l'idée d'expliquer à Shion qu'il le laissait avec Doko. Plutôt qu'il l'abandonnait avec Doko. Surtout qu'il savait à quel point Shion était terrorisé face à Doko. Ce qui semblait tout à fait ridicule du point de vue d'Albafica. Doko l'aimait si fort que cela sauterait aux yeux de n'importe qui excepté Shion, bien entendu. Albafica ne comprenait pas la frayeur de Shion. Doko lui semblait irrésistible. Certes, Albafica demeurait un novice en matière d'expérience avec les hommes. Ce qui compliquait largement les choses lorsqu'il tentait de venir en aide à Shion du Bélier. En plus, Albafica, lui-même amoureux de Doko ne savait quoi faire à propos de ses états d'âme. Albafica donnerait n'importe quoi pour attirer Doko dans ses filets sauf trahir Shion. Dérober Doko était l'ultime trahison. Il culpabilisait tellement qu'il savait qu'il ne pourrait pas se vautrer dans les bras de Doko. Pour le moment, disons. Quel genre d'ami serait-il s'il couchait avec Doko? L'idée même le rendait nauséaux. Lorsque onze heures arriva, Albafica et Shion fermèrent le gaz bar. Pendant qu'ils gagnaient l'étage, Shion déclara d'un ton enjoué:

- Tu veux une salade de poulet?

Albafica inspira longuement et lâcha avec un calme olympien:

- Je mange avec Asmita.

Shion ne dissimula pas sa surprise.

- Asmita et toi? Articula-t-il en entrant dans l'appartement.

Albafica éclata d'un rire moqueur.

- Tu inventes n'importe quoi!

- Ça se pourrait. Je suis jaloux, trancha Shion en retirant ses bottes pour marcher sur le plancher impeccable.

- J'ai préparé des sandwiches au poulet et d'autres au thon car je ne savais pas ce que tu préférais, expliqua Shion en gagnant la cuisine.

- J'aime bien le thon, fit simplement Doko en s'assoyant à la table.

Shion sortit deux sandwiches au thon du réfrigérateur et deux cocas. Il les apporta à la table. Épuisé et courbaturer, Doko s'étira tel un chat. D'une main leste, il replaça sa chevelure brune. Shion s'installa confortablement. Il demanda doucement:

- Dure avant-midi?

- Terrible et j'ai l'impression que cela va s'empirer, avoua-t-il, ironique.

Shion ne put s'empêcher de pouffer avec Doko. Cela lui parut naturel comme si cela avait toujours été ainsi. Il n'avait pas besoin de simuler cette joie, il la sentait bouillonner en lui. Effervescente et vraie. Habilement, Doko décapsula son coca et but quelques gorgées. Shion l'imita puis croqua dans son sandwiche avec appétit. Shion s'enquit d'une voix chevrotante:

- Veux-tu me dire ce que tu ressens? Peut-être que cela m'aidera à comprendre mon passé...

- J'étais amoureux de toi et c'était réciproque.

- «Étais»? Répèta Shion, Abasourdi.

Doko baissa les yeux sur sa canette de coca.

- C'est compliqué depuis que ce n'est plus réciproque, explique-t-il, simplement.

Shion le fixa droit dans les yeux et soutint son regard pour bien le sonder. Dorénavant, il compatissait avec la douleur de Doko. Il voyait dans son regard bourgogne son amour et sa dévotion à son regard. Doko s'exclama avec plus de force qu'il ne l'aurait voulu:

- Je peux me montrer patient.

Tristement, Shion sourit.

- Continue ta vie en attendant, décrèta-t-il, tendrement.

Éberlué, Doko le dévisagea.

- En es-tu vraiment sûr?

- Totalement! Répondit franchement Shion.

- Merci, dit-il en terminant son repas.

Doko se leva pour réchauffer le café. Méticuleux, il commença par le moka de Shion. Doko revint à la table avec les tasses quelques minutes plus tard. Il s'assit et donna sa tasse à Shion, celui-ci remercia. Shion savoura sa boisson chaude. Un silence pesant s'installa. Shion le brisa d'une voix douce:

- Albafica est sorti avec Asmita.

Doko ne cacha pas sa surprise. Étonné, il l'observait comme s'il était fou.

- Albafica et Asmita, tu rigoles?

- Pas le moindre du monde.

Un éclair de jalousie traversa le regard de Doko ainsi qu'un éclat de convoitise. Visiblement, Doko en pinçait aussi pour Albafica. Doko redressa abruptement et lâcha d'un ton sec:

- Je dois retourner au travail.

Sur ce, il partit sans un regard derrière lui.

Devant le fleuve, Albafica sirotait un verre de Chardonnay avec Asmita. Ils avaient choisi la table la plus près de l'eau. Les yeux rivés sur Albafica. Asmita se rinçait l'oeil. Splendide dans un polo qui s'harmonisait à ses yeux et ses cheveux, Albafica rayonnait. Son épaisse chevelure relevée en queue de cheval traînait sur sa nuque et son dos. Une mèche rebelle lui parcourait l'épaule. De son côté, Albafica observait Asmita à la dérobée. Sa crinière blonde fraîchement coupée, la pâleur de son regard et sa façon de pencher la tête sur le côté lorsqu'il le dévisageait mettait Albafica sérieusement mal à l'aise. Calmement, Albafica entama sa salade d'épinards. Asmita buvait son verre de vin rosé pendant ce temps. Dehors , le soleil irradiait. Le petit restaurant était totalement illuminé. Minuscule, mais charmant. Des tables en bois, des lumières suspendues au plafond dans des lustres à formes asymétriques. Les sièges rembourrés étaient forts confortables. Le serveur âgé d'une vingtaine d'années arriva les bras chargés de leurs plats. Tranquillement, il les posa devant eux. Albafica avait commandé du saumon avec des légumes cuits à la vapeur et des pâtes assaisonnées à l'ail. De son côté, Asmita avait opté pour du poulet. Un choix sûr d'après lui. Asmita lui reservit du vin blanc et remplit sa coupe de rosé. Il le savoura en souriant. Sans se départir de son sourire, Asmita s'enquit en fixant Albafica:

- Le choix du restaurant te plaît?

Gentiment, Albafica lui répondit:

- Cela m'a l'air parfait. Le choix de l'endroit est judicieux.

Albafica coupa un morceau de poisson et le porta à sa bouche. Les yeux d'Asmita s'accrochèrent à ses lèvres ourlées. Jamais, il n'en avait vu d'aussi rosées et parfaites. Dans un sens, cela était très normal puisqu'il avait ét aveugle toute sa vie. Asmita n'avait donc aucune expérience en la matière. Un sourire épanoui apparut sur le visage d'Albafica qui s'exclama, enjoué:

- C'est délicieux!

- J'en suis ravi, dit Asmita encore ému.

Albafica se contenta d'acquiescer d'un mouvement de la tête avant de se remettre à manger avec vivacité. Il aurait pu dévorer un boeuf tellement la faim le tenaillait. Asmita le contemplait en mangeait tranquillement sa cuisse de poulet. Une fois nouris, Albafica dégusta son Chardonnay en silence. Asmita lui demanda d'une voix doucereuse:

- Il y a quelque chose entre Doko et toi?

- Pourquoi me demandes-tu ça?

Asmita croisa les bras et lâcha abruptement:

- Eh bien, j'ai remarqué comment tu le regardes et je trouve cela déplacé.

Furibond, Albafica paya son addition et partit comme un coup de vent. Asmita jura, l'imita et bondit sur ses pieds. Viviement, il courut après Albafica et faillit se faire renverser par un auto. Il découvrit Albafica près du fleuve. Nostalgique, il fixait les remous. Silencieusement, il s'approcha. Asmita se mordillait les lèvres avec nervosité. Asmita ne savait comment aborder Albafica. Sa gaffe monumentale le rendait terriblement honteux. Il ne savait comment se rattrapper. Est-ce qu'il devait présenter des excuses ou de ne rien dire? En plein dilemme, il se contenta de déclarer platement:

- Je suis désolé, j'aurais dû me mêler de mes affaires...

Albafica pivota sur ses talons et le dévisagea avec dureté.

- N'en parlons plus. Mes affaires ne te concerne en aucun cas, clarifia-t-il avec froideur.

Piteusement, Asmita sourit. Il s'enquit d'un ton posé:

- Veux-tu manger une glace?

Les yeux d'Albafica pétillèrent d'une joie non-feinte:

- Avec plaisir.

Tranquillement, ils prirent la route et dénichèrent une crémerie. Asmita invita Albafica à s'installer à l'une des minuscules tables des la terrasse pendant qu'il lui acheterait un corner avec boules de crème glacée à la vanille. Asmita rentra dans la petite bâtisse et fut surpris par ce qu'il découvrit. La pièce éclairée par des néons possédait des murs bleus tapissés de dessins étranges. Des cornets, des sucettes glacées et de petits personnages mignons qui semblaient danser. Une femme d'âge mur servait un jeune garçon d'envieron huit ans. Celui-la accompagner de sa mère jacassait, heureux. Asmita s'avança et commanda deux cornets de crèmes glacées. Un au chocolat pour lui et un à la vanille pour Albafica. Les bras chargées, Asmita retourna après Albafica. Celui-là plongé dans la contemplation de ses mains ne le remarqua même pas. Asmita dit en lui tendant la crème glacée:

- Que trouves-tu à tes mains?

Albafica s'exclama en riant:

- Rien de particulier.

Il saisit sa crème glacée et la goûta avec appétit. D'un ton calme, il le remercia. Asmita lui fit un clin d'oeil complice:

- Après où veux-tu que je t'amène?

Albafica hésita quelques instants puis se lança:

- Chez Doko.

Asmita réussit à ne pas démontrer qu'il n'était pas en accord avec ça. Albafica tournait ostensiblement autour de Doko. Alors pourquoi ne pourrait-il pas tourner autour de Shion? Ce fut ainsi qu'Asmita vit les choses. Asmita contemplait Albafica pendant qu'ils marchaient. Albafica mangeait sa glace avec délice. C'était sa deuxième. Asmita, lui, se contentait d'une boisson glacée. Bizarrement, Asmita avait envie de parler avec Albafica de ses relations avec Doko et même de Shion. Il savait que c'était un sujet épineux. Pourtant, il souhaitait l'aborder. Pendant qu'il se posait toutes ses question, Albafica l'observait à la dérobée. Le fait qu'Asmita et lui se soient disputés l'agaçait profondément. Il trouvait injuste de se fâcher pour si peu. Asmita voulait seulement épargner Shion. De ce côté, Albafica comprenait parfaitement. Surtout maintenant que Shion lui avait avoué être jaloux. Pour lui c'était invraisemblable. Shion avait toujours paru si enclin à le laisser libre, mais visiblement, il avait changé d'avis Asmita se mordilla les lèvres et Albafica en eût assez.

- Nous devrions peut-être en discuter finalement.

Asmita se tourna vers lui, amusé.

- Vraiment? Dit-il en le dévisageant, songeur.

Albafica prit son courage à deux mains.

- Oui, vraiment, insista-t-il en le toisant.

Asmita le guida vers un banc. Lentement, ils s'assoyèrent. Asmita s'appuya contre le haut et inspira profondément:

- Je t'écoute.

- Je sais que Shion te plaît...

- Ah, je vois, c'est de moi que tu veux parler, fit Asmita, sarcastique.

Le rouge mona aux joues d'Albafica.

- Peut-être. Tu es amoureux de lui, non?

- C'est compliqué, lâcha abruptement Asmita en se relevant. Et comme tu le disais plutôt, cela ne te regarde pas. En plus, je ne crois pas avoir la moindre chance face au destin.

- Le desin? Répèta Albafica, abasourdi.

- Doko de la Balance, clarifia simplement Asmita en se dirigeant vers la rue.

Albafica soupira et le suivit. Visiblement, Asmita pensait comme lui. Il n'avait aucune chance face au destin. Doko et Shion étaient prédestinées depuis des lustres. Une fois arrivé devant l'immeuble de Doko, Asmita le salua poliment et le quitta sans plus. Albafica le regarda partir sans se retourner, mélancoloique. Cette après-midi lui laissait un goût amer. Albafica ouvrit la porte d'entrée et se glissa à l'intérieur du bâtiment. Lentement, il monta les marches à l'appartement de Doko. Albafica ne savait plus où il en était. Il voulait Doko plus fort que jamais. Sauf que l'idée d'être repoussé l'insupportait. Leur amitié naissante en pâtirait. Lentement, il se dirigea vers l'appartement de Doko. D'un geste vif, il frappa à la porte. Doko vint lui ouvrir quelques minutes plus tard, vêtu d'un vieux t-shirt et d'un pantalon en molleton gris qui avait connu des jours meilleurs. Ses cheveux humides ondulaient autour de son visage. Heureux de voir Albafica, il sourit tendrement. Albafica lui rendit et Doko le laissa entrer. Sans quitter Doko des yeux, Albafica enleva ses souliers. Il suivit Doko à la salle à manger. Doko était en congé, l'avant-midi avait dû être dure. Il affectionnait tout particulièrement son travail de contremaître. Albafica s'installa à la table et croisa les mains devant lui. Rapidement, Doko ouvrit la porte de son réfrigérateur et extirpa une carafe de limonade. Il saisit deux grands verres dans l'armoire. Tranquillement, il versa la boisson. Doko retourna à la table et déposa un verre devant Albafica, tout sourire. Doko s'installa confortablement et croisa les jambes. Détendu, il fixa ostentoirement Albafica. Celui-là dédia son plus beau sourire. Gentiment, Doko lui demanda, curieux:

- Comment a été ton dîner avec Asmita?

Nonchalant, Albafica haussa les épaules. Il ne savait pas par où commencer. Devait-il lui parler des questions indiscrètes que lui avaient posés Asmita? Cela le mettait très mal à l'aise. Doko, la tête penchée sur le côté, observait Albafica, impatient. Pour gagner du temps, Albafica trempa ses lèvres et but quelques gorgées. Doko ne le quittait pas des yeux. Il voulait savoir, à tout prix, ce qui s'était passé durant ce dîner. Albafica, épuisé par ce regard insistant, finit par lâcher le morceau, mais dans le moins détails possible:

- Nous sommes allés dans un restaurant chic puis il m'a amené dans une crêmerie.

- Qu'as-tu mangé?

- Du poisson et c'était délicieux, renchérit Albafica.

Doko sourit davantage.

- Et à la crêmerie?

- Une glace à la vanille, se contenta de répondre Albafica en buvant sa boisson au complet.

Une fois terminée, il posa le verre sur la table et Doko voulut le reservir. Albafica, d'un signe de la main, l'en empêcha. Tout en le toisant, Doko continua de boire sa limonade fraîche et sucrée. Albafica lui cachait quelque chose et visiblement Doko allait devoir creuser. Habilement, Doko tourna autour du pot:

- Ce dîner n'a pas eu l'air de bien se passer...

- Qu'est-ce qui te fait croire ça? L'apostropha Albafica avec force.

- Par ta façon de tourner autour du pot.

- Je ne...( Albafica inspira bruyamment.) Je ne tourne pas autour du pot. J'évite seulement la question épineuse, précise-t-il, furibond.

- Et qu'elle est-elle?

Exaspéré, Albafica soupira:

- Il m'a demandé si j'étais amoureux de toi...

- Et?

Albafica jura. Comment avait-il pu se fourrer dans un tel guêpier? Nerveux, il joua avec ses doigts machinalement.

- Je n'ai pas le temps pour cela.

Doko éclata franchement de rire. C'était typiquement Albafica de dévier du sujet. Doko se dit qu'il ferait mieux de ne pas insister. De toute façon, Albafica ne lui laissa pas le temps. Il s'enquit d'une voix posée:

- Comment s'est déroulé ton dîner avec Shion?

Doko, lui non plus, ne savait pas par où commencer. Il débuta donc par la réponse de Shion:

- Shion n'est pas sûr de ce qu'il ressent alors je suis officiellement libre d'après lui.

- Tu ne le vois pas comme cela, n'est-ce pas? Chuchota doucement Albafica, compréhensif.

Tendrement, Doko lui sourit. Albafica le connaissait vraiment très bien.

- Effectivement.

- Alors ne le fais pas, le supplia Albafica, sincère.

Abasourdi, Doko dévisagea Albafica. Il ne s'attendait pas du tout à cela. Il avait cru qu'Albafica le pousserait à abandonner Shion à son triste sort. Visiblement, Albafica n'avait pas oublier son amitié d'antan avec Shion du Bélier. Sans le quitter des yeux, Doko sirota sa boisson. Il fulminait. Jamais, il n'aurait cru qu'Albafica lui mettrait des bâtons dans les roues. Il croyait que celui-ci sauterait de joie et qu'il bondirait sur l'occasion pour lui tomber dans les bras. Tout cela était trop complexe pour Doko. Quant à lui, Albafica était pris dans une mauvais posture. Il ne voulait point trahir Shion. Son amour naissant pour Doko lui disait de saisir cette opportunité. Tanné du silence gênant qui s'était installé entre eux, Doko lâcha cyniquement:

- Il m'a demandé de vivre ma vie et c'est ce que je compte faire. Je comprends que tu ne sois pas d'accord, vous étiez de grands amis avant.

- Nous le sommes toujours, précisa froidement Albafica en toisant Doko.

Ironique, il rit en savourant le goût âpre de la limonade. Pour lui, Shion et Albafica étaient devenus des rivaux en amour, voilà tout. Cela, il le comprenait parfaitement. Shion ne ressentait plus le lien qui l'unissait à Doko. Par contre, celui qui le rattachait à Albafica vibrait fortement. Amer, Doko contempla la sublime créature devant lui. La beauté sans égal d'Albafica l'éblouissait. Il savait que Shion n'y était pas insensible, non plus. Le pire c'était qu'il voulait Albafica presque autant qu'il voulait retrouver Shion. Guidé par des émotions qui n'auraient jamais dû exister, son coeur ne lui indiquait plus la voie à suivre. Albafica chuchota d'une voix à peine audible:

- On pourrait manger ensembe...

Doko déclara en riant:

- « On » exclut la personne qui parle!

Albafica lui fit un clin d'oeil complice et haussa les épaules en souriant.

- Si tu ne veux pas...

- Bien sûr que si, le coupa Doko, devenu subitement sérieux.

Moqueur, Albafica rit Doko fronça les sourcils, mécontent, ce qui fit pouffer Albafica davantage. Il se leva adroitement, tout sourire.

- Alors c'est parfait! Conclut-il en contournant la table pour se diriger vers la porte d'entrée.

Docile, Doko le suivit avec un amusement non-feint. Albafica se tourna vers lui et lui dédia un sourire tendre. Gentiment, Albafica lui baisa la joue et posa sa main sur son pectoral. C'est le moment de l'embrasser, songea Doko en fixant le renflementde ses lèvres pulpeuses. Subitement, Albafica s'écarta pour rompre le charm. Doko aurait voulu le retenir, mais il en était incapable. S'il avait agit, cela aurait tout changé, Albafica n'était pas prêt à accepter l'évolution de leur relation. Doko, non plus d'ailleurs. L'idée d'être pris en sandwiche entre Shion et Albafica ne le réjouissait pas le moindre du monde. Personnellement, il se serait passé de tout cela s'il le pouvait.

- Bonne fin de journée, murmura Albafica en s'éloignant.

Doko le suivit du regard et marmonna, fasciné:

- Bonne fin de journée, toi aussi, Albafica des Poissons.

Albafica gagna l'appartement qu'il partageait avec Shion sans aucune envie. Bizarrement, vivre avec Shion ne lui plaisait plus tant que cela. Il se sentait comme un imposteur et un traite aussi. Il courait outrageusement après Doko. Celui-là ne l'aidait pas en l'encourageant ainsi. Comment pouvait-il se mettre dans une situation aussi insoutenable? Rageur, il fouilla dans ses poches pour trouver ses clés. Albafica déverrouilla et tomba nez à nez avec Shion, le sac contenant les ordures à la main. Torse nu, sa chevelure blonde en bataille, Shion ressemblait à un ange. Mal à l'aise, Albafica détourna les yeux et lâcha d'une voix peu assurée:

- Tu ne pourrais pas enfiler le haut?

En riant, Shion se gratta le ventre avant de le contourner:

- Il fait plus de vingt-six degrés, je ne risque rien, dit-il en se dirigeant vers l'escalier.

- Et l'incitation au viol? Ironisa Albafica en l'observant.

Tendrement, Shion lui sourit.

- Mon corps d'adonis te donne envie de me violer?

Albafica rentra dans l'appartement en grognant. Le rire de Shion résonna pendant qu'il dévalait l'escalier. Lentement, Albafica enleva son polo pour se mettre à l'aise. Il le déposa sur la chaise et se rendit jusqu'au comptoir. Rapidement, il saisit ses accessoires de cuisine et les légumes dont il avait besoin. Shion revint et se servit une bière. Appuyé contre le comptoir, il la décapsula. Albafica tenta de ne pas regarder son torse svelte recouvert d'un duvet blond, mais c'était peine perdue. Vaincu, il s'énerva contre Shion avec très peu de dignité:

- Par pitié, mets quelque chose!

- Cela te dérange tant que cela? Franchement, c'est ridicule! En plus, c'est mon appartement, fit-il en enfilant une camisole qui trainait sur une des chaises capitaines.

Albafica se rendit compte avec horreur que cette camisole le rendait encore plus sexy. Pris dans ses pensées, il se coupa avec le couteau extrêment tranchant. Le sang gicla. Vivement, Shion lui saisit le doigt, le plongea sous le jet d'eau. Albafica ne ressentit pas les frissons que lui procuraient Doko en le touchant. Étrangement quand Shion le touchait, il s'apassait tout devenait subitement paisible et calme. Le chaos, la discorde et l'anxiété s'évaporaient comme s'ils n'avaient jamais existés en lui. Il était son roc et cela embêtait Albafica. Shion ne devait pas lui jouer dans la tête. Dû à son amnésie, il était très imprévisible. Albafica était loin d'être fou, il ne voulais rien avoir à faire avec quelqu'un d'incertain. Il y avait des limites à ce qu'il pouvait endurer. À l'affût de sensations d'Albafica, Shion le dévisageait et remarquait tous les changements sur son visage mémorable. Tout doucement, Shion se pencha sur Albafica et respira son parfum rosé. Shion revit la fois où il l'avait embrassé. Endormi à ce moment-là, Albafica ne se rappelait de rien. Albafica remarqua sa présence et se tourna vers lu. La bouchée ourlée d'Albafica à deux pouces de celle de Shion, tremblait d'appréhension. Albafica se mordilla la lèvre inférieure avec nervosité. Un grand sourire apparut sur les lèvres de Shion, il lui caressa la joue avec tendresse:

- Tu vas te brûler les ailes, mon bel ange.

Piquée à vif, Albafica s'enfuit jusqu'à sa chambre où il s'enferma.

Installé dans le salon, Shion sirotait son verre de vin. Les pieds sur la table basse, il songeait au comportement de son colocataire. Albafica lui faisait un traitement de silence mémorable. Visiblement, son attitude l'avait marqué au fer rouge. Après leur souper silencieux, Albafica s'était enfermé dans sa chambre avec la ferme intention de ne plus en sortir. Ce type semblait être un vrai message codé. Pris en sandwiche entre Doko et Shion, Albafica n'arrivait pas à chosisir. L'un lui amenait la stabilité et la paix, l'autre la passion et l'exaltation. Fatigué de ruminer sa relation cahoteuse avec Albafica, Shion signala le numéro d'Asmita sur son cellulaire. Il répondit quelques sonneries plus tard:

- Bonjour.

- Bonjour, Asmita, fit Shion d'une voix posé.

Asmita cacha sa joie difficilement. Shion lui plaisait terriblement. Appuyé contre le dossier de son fauteuil, Shion soupira.

- Alors comment vas-tu?

- Cela dépend du point de vue.

- Si tu veux en parler, je suis disponible demain après ma conférence, proposa doucement Asmita.

Shion pesa le pour et le contre. Il appréciait l'offre sauf qu'il savait ce que ressentait Asmita à son égard.

- D'accord. Je serais prêt à 18 heures.

- Parfait. Bonne nuit, Shion, fit Asmita en raccrochant.

Shion songeur, fixa son cellulaire. Qu'est-ce que la vie me réserve? Pensa-t-il en terminant son verre.

Ce matin-là, Albafica se réveilla de bonne heure. Dehors le soleil brillait de mille feux, cela le rassura automatiquement. La température avait toujours beaucoup influencé son humeur. Un coup d'oeil à ses roses lui rappela qu'elles méritaient d'être arrosées. Il bondit hors de lit et s'enroula dans son peignoir de soie. D'un pas tranquille, il marcha jusqu'à la terrasse. Serein, il toucha la terre dans les vases et constata qu'elle manquait d'humidité. Rapidement Albafica saisit son arrosoir et la vida avec précaution sur ses fleurs. Une brise vint entrouvir son peignoir. Un pan balaya sa jambe dévoilant le galbe parfait de son mollet. En bas, Doko descendait de sa moto. La chevelure en bataille, le blouson ouvert sur son torse musclé et large, Doko observait l'image enchanteresse d'Albafica. Sa chevelure bleuté volait au vent et son visage s'offrant au soleil lui conférait un air paisible. Enfin, en paix avec sa nouvelle vie qui le bousculait. Cette vie le bouleversait. Doko l'avait remarqué. Albafica ne trouvait plus ses appuis. Doko aurait voulu l'aider, mais il ne lui en laissait pas la chance. Furibond, il jura. Le vent souffla le peignoir d'Albafica de nouvea. Une bouffée de désir fulgurante envahi Doko. Rapidement, il empoigna les cafés qu'il amenait pour Shion et Albafica et fila en direction du bâtiment. Shion qui l'avait entendu arriver, vint lui ouvrir. Splendide dans un t-shirt bleu et un pantalon kaki.

- Bonjour Doko, fit-il tendrement, en le laissant passer.

- Bonjour, Shion, dit-il simplement, en le suivant.

De sa chambre. Albafica put percevoir la voix de Doko. Ils s'empressa de se vêtir. Il enfila un polo bleu et un vieux jeans. Agilement, il ordonna son épaisse crinière. Albafica l'attacha en chignon lâche sur sa nuque. Il sortit nu-pieds de la pièce. Il découvrit Shion et Doko en pleine discussion passionnée. Très viril dans son blouson en cuir et son pantalon en denim, Doko riait aux anecdotes de Shion. Il lui racontait ses histoires avec une simplicité déconcertante. Absorbé dans la contemplation de cette scène, Albafica se prit les pieds dans le tapis. Il faillit s'étendre de tout son long. Heureusement pour lui, Shion apparut comme par enchantement pour le secourir. Fermement, il l'attrapa par le bras. Albafica lui sourit, penaud.

- Je ne regardais pas où je mettais les pieds...

- Je vois cela, le coupa-t-il un peu sèchement.

Surpris, Albafica le fixa droit dans les yeux. Mal à l'aise, Shion se passa une main dans les cheveux. Il relâcha le bras d'Albafica. Celui-là le dévisagea interloqué par son comportement étrange. Pendant qu'ils se toisaient, Doko s'interrogeaient sur leur situation. Blême, Albafica contourna Shion. Il prit la tasse que Doko lui tendit. Il en but quelques gorgées et s'écria, abasourdi:

- C'est du café!

Doko sourit grandement, fier de lui:

- Du très bon café, renchérit-il, doucement.

Shion s'avança pour préparer une omelette avec du bacon en riant. Albafica coula un regard dans sa direction. Shion ne lui rendit pas et cela le blessa. Il tenta de le cacher, mais Doko ne fut pas dupe. Doko décida de prendre congé. Il ne voulait pas être là lorsqu'ils discuteraient de leur problématique. D'un bon, il se leva. Shion coupait ses aliments, raide comme un piquet. Il transpirait de colère. Il imploserait d'ici peu. Albafica se leva et déclara en fixant Doko:

- Tu ne restes pas?

- Non, je dois aller sur le chantier.

- Je te reconduis, proposa Albafica en le saisissant par le bras.

Poliment, Doko le suivit avec lenteur. Ils marchèrent côte à côte. Une fois arrivée à la porte d'entré, Doko demanda:

- Qu'est-ce qui se passe?

- Je ne sais pas. Shion est devenu taciture comme jamais. On ne s'est pourtant pas disputé...

- «On »...

- Bon «Nous»! S'impatienta Albafica en fusillant Doko du regard.

Doko pouffa et Albafica rit calmement. Doko l'embrassa sur le front et murmura:

- Viens souper chez moi ce soir à 19heures.

- D'accord.

Doko sourit. De son pas de félin, il partit. Les yeux rivés sur Doko, Albafica referma la porte, pensif.

Maître dans le traitement du silence, Shion l'appliqua sans difficulté au cas d'Albafica. Celui-la tenta de lui parler, mais c'était peine perdue. Shion était en colè , c'était de sa faute. Ils travaillèrent donc en silence et sous une tension insoutenable. Shion regarda sa montre. Il s'aperçut qu'il était temps de fermer. Pour la première fois de la journée, il s'adressa verbalement à Albafica:

- Je vais fermer, occupe-toi de la caisse!

Albafica le regarda avec froideur. Cependant, il lui obéit. Arrivé devant la porte, Shion accrocha la pancarte qui affirmait en lettre rouge «fermé». Il revint vers Albafica pour l'aider à tirer l'argent d'une voix douce empreinte de sollicitude. Albafica s'enquit:

- Que fais-tu ce soir?

- Je sors comme toi, fit-il simplement en tirant et comptant les billets de dix dollars.

Albafica ne put cacher sa curiosité.

- Avec qui?

- Tu verras quand il arrivera, se contenta de répondre Shion en le toisant fièrement.

Je monte me préparer, rajouta-t-il en quittant Albafica éberlué.

Une fois douché, Shion brossa ses cheveux et les releva en queue de cheval. Il enfila une chemise bleue propre et un pantalon en denim. Rapidement, Shion glissa ses pieds dans ses souliers de course. Heureux, il sortit de sa chambre. Il tomba sur Albafica qui resplendissait. Vêtu d'un jeans et d'un chandail kaki, Albafica avait libéré sa crinière bleuté. Une brise provenant de la fenêtre ouverte souleva sa chevelure abondante. Une enfluve de son parfum rosé arriva aux narines de Shion, l'envoûtant totalement. Cela ne fit qu'auguementer sa mauvaise humeur. Ce type faisait tout pour l'allumer. Au moment où il allait lui souligner, un coup discret fut frappé à la porte. Il grogna de mécontentement. Albafica se rua et ouvrit la porte tout sourire. Celui-ci s'évanouit en voyant Asmita. D'un ton glacial, Albafica lâcha:

- Que fais-tu ici?

Gêné, Asmita baissa les yeux. Shion vint à sa rescousse avec son panache légendaire.

- Il vient me chercher.

- QUOI? Aboya Albafica hors de lui.

Cette réaction fit sourire Shion avec une satisfaction très perverse. Albafica ne voulait pas le voir avec Asmita. Albafica apprendrait que Shion pouvait, lui aussi, jouer sur ses sentiments. Content de ses résolutions, Shion écarta Albafica. Il sortit puis se tourna vers lui, un sourire éclatant sur son visage d'adonis.

- N'oublie pas de fermer la fenêtre et de verrouiller l'appartement, fit-il en le plantant là.

Fulminant de rage, Albafica claqua la porte et s'y adossa. À ce moment-là, il maudit tous les saints de toutes ses forces.

Lorsque Doko ouvrit la porte, il découvrit Albafica hors de lui qui ronchonnait. Son pantalon lui faisait des jambes d'enfer et ce chandail kaki moulait son torse svelte. Doko remarqua ses sourcils froncés et déclara d'un ton taquin:

- Tu vas avoir des rides si tu continues.

Albafica jura et releva la tête. Doko, splendide dans un ensemble gris et un t-shirt bleu, lui souriait de toutes ses dents. Sa chevelure foncée tirée vers l'arrière lui conférait un air élégant. Albafica soupira et lâcha sans cacher sa frustration:

- Il est sortit avec Asmita.

- «Il»?

Albafica ferma le poing et frappa le mur, rageur.

- Cet abruti de Shion.

- La jalousie te va bien, Albafica, ironisa Doko, très cynique.

Sans se départir de son sourire, Doko enfonça joyeusement le clou:

`- Avoue que tu ne t'attendais pas à ressentir ça?

Albafica le foudroya du regard. Doko éclata franchement de rire. Il n'y avait rien de plus humiliant et frustrant que la situation d'Albafica en ce moment. Par contre, Doko ne se réjouissait pas de voir Albafica se morfondre de jalousie. Il y avait quelque chose de pathétique là-dedans. Albafica s'ébroua brutalement d'un ton que Doko reconnut à peine, il largua:

- Cet imbécile le fait exprès!

- Tu devrais te venger, lui souffla Doko à l'oreille.

Surpris, Albafica sursauta. Il tourna la tête vers Doko. Leurs lèvres se frôlèrent puis Doko s'écarta, moqueur. De son pas de félin, il partit en direction de la cuisine. Albafica le suivit des yeux. Doko portait un costume, c'était rarissime. Lorsqu'il ôta son veston. Albafica remarqua son ossature puissante. Albafica retira ses souliers et le précéda. Doko fouillait distraitement dans son réfrigérateur. Lentement, il en extirpa quelques légumes. Il commença son inventaire. Mal à l'aise, il pivota vers Albafica:

- Je n'ai pas grand chose.

Albafica rit, amusé. C'était typiquement Doko. Il l'avait fait intentionnellement pour qu'ils choisissent le repas ensemble. Doko ne s'imaginait pas qu'Albafica voyait clair dans ses machinations Albafica s'appuya contre le comptoir et décrèta en feignant l'innocence:

- Pourquoi pas de steaks?

Doko saisit l'occasion. Il voulait qu'Albafica choisisse librement. Après tout, il l'invitait chez lui pour passer un beau moment en sa compagnie.

- Parfait! S'exclama Doko en remettant son veston.

- Allons au marché, proposa Albafica en retournant à l'entrée.

Il glissa les pieds dans ses souliers de course. Doko l'imita prestement et avec bonhomie, ils sortirent et s'engagèrent dans l'escalier.

Dans les allées, Albafica choisissait ses légumes avec soin. Doko, lui, s'était rendu à la boucherie pour sélectionner des morceaux de viande. Albafica s'arrêta devant la rangée de bouteilles de vin. Il sélectionna un rouge corsé. Après l'avoir déposé dans son panier, il se dirigea vers la caisse. Poliment, il salua la cassière et extirpa son porte-monnaie. Il paya puis se retourna vers Doko sans se départir de son sourire. Doko patientait devant l'entrée du supermarché. Il lui sourit gentiment et Albafica lui rendit.

- Qu'as-tu trouvé? Demanda Albafica, curieux.

Tout sourire, Doko lui montra un morceau de viande ficelée. Le visage d'Albafica s'illumina. Il déclara de meilleure humeur:

- Un rosbif! Je m'en occupe J'ai acheté tout ce qu'il faut!

- Parfait, nous rentrons, décrèta Doko en saisissant Albafica par le coude pour l'entraîner dans son sillage. Albafica obéit docilement. La tête dans les nuages, Albafica riva ses yeux sur le visage d'Adonis de Doko.

De retour à son appartement, Doko plaça des chandeliers un peu partout. Après avoir démarrer son Mp3, il les alluma machinalement. La musique lacinante se propagea dans la pièce. Doko retira son veston et se laissa choir sur le divan moelleux en cuir. Il posa ses pieds nus sur la table du salon et respira un bon coup. Les yeux fermés, il se détendit au point de s'assoupir. Dans la cuisine, Albafica chantonnait en se dandinant sur un pied. Il glissa le rosbif mariné au four. Il tourna la tête vers le salon. À ce moment-là, il remarqua que Doko dormait à poing fermés. Souriant, Albafica se dirigea vers lui. Sans aucune gêne, il le secoua comme un prunier. Doko bondit hors du divan, ahuri. Doko dévisagea Albafica comme s'il avait perdu la boule. Sans se départir de son sourire éclatant, Albafica décrèta tendrement:

- Si tu nous préparais un appéritif et des crudités avec la trempette à l'oignon?

- Une trempette et un appéritf, d'accord, fit Doko en s'essuyant les coins de bouche.

Albafica pouffa.

- Tu n'as pas de bave. Allez au boulot! Fit-il en riant.

Pour la forme, Doko rouspèta et marcha en direction de la cuisine. Il ouvrit grandement la porte du réfrigérateur et en extirpa les légumes, le yogourt et la bouteille de cinzano. Albafica saisit le sachet de sauce à oignons séches. Gentiment, il lui donna. Doko s'installa confortablement à la table de la salle à manger. Précautionneusement, il découpa les légumes et les déposa dans un plat. Il prit le bol et y versa le yogourt nature. Il le mélangea au contenu du sachet. Albafica trempa une carotte dans la sauce et la croqua avec agressivité. Tout sourire, Doko lui tendit un verre de cinzano. Albafica maugréa après avoir bu quelques gorgées:

- Que peut-il bien lui trouver?

Doko éclata, franchement de rire.

- La même chose que nous lui trouvons...

Albafica leva les yeux au ciel.

- Je te parle d'Asmita pas de Shion, targua-t-il avec force en terminant son verre.

Il voulut se reservir, mais Doko l'en empêcha. Il lui présenta plutôt le bol de trempette avec les crudités. Sous le regard moqueur de Doko, Albafica saisit un brocoli et le trempa goûlument. Il but quelques gorgées de cinzano, pensif Albafica lui demanda doucement:

- Aldebaran et Sysiphos, ils vont bien?

Doko aurait voulu élucider cette question épineuse. Aller bien, qu'est-ce que cela signifiait? La dernière fois qu'il avait parlé à Aldebaran, celui-ci était mal à l'aise comme si quelque chose le chicotait. Cela avait-il rapport avec Sysiphos? Sysiphos et El Cid n'avaient jamais été séparé à part maintenant. La probabilité qu'El Cid réaparaisse devait terrorisé Aldebaran. Cela ne devait pas le rassurer du tout, mais qui le serait dans pareil cas? Comment expliquer cela à Albafica? Il décida d'y aller simplement:

- Disons que le passé ne leur fait pas du bien...

- Tu parles d'El Cid, fit calmement Albafica en soupirant.

Éberlué, Doko décréta:

- Je suis stupéfait que tu te rappelles de ça...

Albafica leva de nouveau les yeux au ciel.

- Ce n'est pas moi qui aie perdu la mémoire, mais Shion! Lui rappela-t-il, surnoisement.

Doko soupira, exaspéré. Le four coupa court à l'envie de meurtre de Doko. Albafica bondit sur ses pieds et vérifia son rosbif. Il extirpa du four et le recouvrit. Pendant ce temps, Doko se régalait dans la trempette. Il aurait pu dévorer le bol. La rage amplifiait son appétit. Albafica se tourna vers lui avec un sourire tendre.

- Arrête de rager! Dis-moi plutôt si tu veux des patates ou du riz, marmonna-t-il en prenant la dernière carotte.

- Tu le fais exprès, c'est ça? Tu veux que je sois méchant avec toi...

- Si je voulais cela, tu le serais déjà, chuchota Albafica en déposant un bec sur son cou puissant.

Lentement, il le lécha et se retira, amusé. Doko le foudroya du regard. Il lui empoigna la main et l'attira vers lui.

- Tu joues avec le feu, le sais-tu?

Albafica eût un sourire énigmatique. Ses yeux bleus ciel s'allumèrent d'une joie enfantine qui ravit le coeur de Doko.

- J'aime jouer avec toi, Doko. Mais revenons à Aldebaran et Sysiphos...

- Oui, bien sûr, dit Doko en le relâchant.

Albafixa fixa Doko et vit dans ses yeux une profonde inquiètude.

- El Cid est le passé...

- Le passé te hante, toi aussi, Albafica, répliqua Doko sans prendre aucun gant blanc.

- Les souvenirs, pas le passé.

- Alors ton amour pour Shion, c'est un souvenir? L'apostropha durement Doko.

Albafica frissonna sans quitter Doko du regard.

- Je ne sais pas...

- Alors l'amour de Sysiphos pour El Cid? Tu crois que Sysiphos sait ce qu'il ressent? Répliqua Doko simplement.

- J'imagine que non, avoua, tristement, Albafica.

- Si El Cid revient, la zizanie va prendre. Aldebaran doit être fou d'inquiètude, conclut Doko en se massant les tempes. Et je veux du riz, rajouta-t-il en buvant une gorgées de cinzano.

- Je vais faire cuire des oignons, champignons et haricots pour accompagner la sauce aux poivres et les tranches de rosbif, proposa tout bonnement Albafica.

Doko se leva pour l'aider. Leurs doigts se frôlèrent et Albafica ressentit la même vibration et cette flamme qui s'allumait en lui, le dévorant littéralement. Shion l'appaisait, Doko le dévastait. Mais Shion n'était pas totalement lui-même alors que Doko n'avait pas changé. Sa mémoire et ses souvenirs étaient intacts. Doko l'empoigna par le bras et lui vola un long baiser langoureux. Albafica y répondit avec une fougue innocente. Amusé et haletant, Doko le repoussa tranquillement. Albafica n'avait pas idée de son pouvoir de séduction. Son innocence le renforçait considérablement, en plus. Doko se remit à l'ouvrage. Il trancha en fin morceau de rosbif. Rapide, il s'écarta pour laisser Albafica s'occuper de la cuisson du riz. Il se rassit et se versa une rasia de cinzano. Albafica saisit son verre et se tourna vers Doko pour qu'il le remplisse de nouveau. Dubitatif, Doko leva un sourcil.

- Tu cuisines, je ne crois pas que cela soit conseillé...

- Doko, je suis un grand garçon, sers-moi, lui ordonna Albafica avec fermeté.

Doko exhauça en souhait en riant. Ravi, Albafica porta le verre à ses lèvres. Cette boisson est divine, songea Albafica, conquis. Il s'installa à table et mangea les crudités restantes. Il chuchota, timidement:

- J'avoue qu'Aldebaran et Sysiphos me manquent.

Les yeux écarquillés, Doko le dévisagea puis éclata franchement de rire.

- Toi, le sauvage par excellence?

Albafica le foudroya du regard, outragé.

- Je n'étais pas sauvage, mais empoisonné, nuance.

- Une magnifique rose empoisonnée, précisa Doko, courtois.

- C'est ça, moque-toi, Doko de la Balance, l'apostropha durement Albafica en se levant brusquement.

D'un pas décidé, il se dirigea vers le fourneau où il faisait mijoter sa sauce aux poivres. Doko se morigéna. Il avait seulement voulu le taquiner un peu. Bien sûr, il ne s'attendait pas à une telle réaction. Lentement, il se leva à son tour et l'enlaça avec délicatesse. Doko déposa un nuage de petits baisers sur nuque douce et nacrée.

- Je te taquinais, Albafica.

Les yeux baissés sur ses plats qui mijotaient, il se sentait ridicule. Il s'énervait pour des pécadiles. C'était risible et enfantin.

- Tu es pardonné.

- COMMENT? S'exclama Doko en pouffant. Tu es terrible! Rajouta-t-il en le serrant davantage.

- Je sais, fit Albafica en se lovant dans ses bras.

Doko s'écarta à regret d'Albafica. Il avait besoin de réfléchir. Il décrèta d'une voix calme:

- Je sors fumer, je reviens dans quelques minutes.

Doko prit son paquet de cigarette et fila. Silencieusement, Albafica continua la préparation de son souper. Il se versa un verre d'eau et but quelques gorgées pour se rafraîchir. Ses pensées s'envolèrent vers Shion. Que faisait-il en ce moment? Appréciait-il sa soirée?

Le souper se termina avec du café, du thé et une délicieuse tarte aux sucres servis dans le salon de Doko. Celui-ci décida de ramener Albafica en moto. L'idée de le savoir se baladant en pleine nuit seul ne lui plaisait guère. Trop vieux jeu, peut-être. Doko démarra sa moto pendant qu'Albafica grimpait derrière lui. Facilement, il lui enlaça la taille et posa sa tête sur son dos musclé. Il conduisait habilement sa moto entre les autos. Songeur, Albafica fixait la lune qui les éclairait. Ils arrivèrent à bon port quelques minutes plus tard. Prudemment, Doko se gara et Albafica descendit. Il retira son casque libérant sa chevelure bleu ciel. Candidement, Albafica sourit à Doko. Il se leva sur la pointe des pieds et l'embrassa avec spontanéité. Doko répondit à son baiser avec une force dévastatrice. Une fois relâché, Albafica lui sourit un peu tremblotant et s'enfuit dans la nuit. Doko repartit, tout sourire. Cela avait été une merveilleuse soirée, songea-t-il, heureux. Doko s'engagea sur une petite route qui l'amena directement chez lui. Il rangea sa moto et rentra chez lui. Il trouva Aldebaran, vêtu d'un polo gris assorti à sa chevelure et d'un jeans qui avait connu de meilleurs jours. Ses yeux verts paraissaient éteints. Doko s'approcha de celui qu'il considérait comme son meilleur ami. Il lui demanda en le dévisageant:

- Tu veux entrer?

Aldebaran esquissa un sourire tendre.

- Si cela ne t'embête pas.

- Jamais de la vie, lança Doko en déverrouillant la porte.

Il poussa Aldebaran à l'intérieur et ouvrit la lumière. Doko ferma la porte d'entrée et tira le verrou. Poli, Aldebaran enleva ses souliers boueux et Doko l'imita. Doko ôta son veston et l'accrocha. Il questionna Aldebaran avec douceur:

- Tu veux un verre de scotch?

- Peut-être un whisky, si tu en as...

- J'en ai. Installons-nous au salon, proposa Doko en le guidant gentiment à travers les pièces.

Aldebaran se laissa choir sur un siège rembourré et croisa ses longues jambes musclées. Le vent fort qui se déchaînait à l'extérieur résonnait dans l'appartement. Doko leur versa deux verres de whisky. Ils le savourèrent lentement et en silence. Absorbé par ses pensées, Aldebaran ne remarqua pas le regard scrutateur de Doko. Celui-là contemplait son ami avec attention. Aldebaran s'appuya contre le dossier de son siège et se massa les tempes. Il avait un de ses maux de tête. Il n'arrivait pas à s'en débarrasser. Sa tête l'élançait douloureusement. Il fronça les sourcils et bondit sur ses pieds pour se poster devant la fenêtre. Le dos droit, il fixait les arbres qui s'agitaient à cause du vent. Aldebaran lâcha abruptement:

- Sysiphos reste à mes côtés uniquement parce qu'El Cid n'est pas en vue...

- Qu'en sais-tu? L'apostropha durement Doko en buvant quelques gorgées de whisky.

- Parce qu'il est amoureux d'El Cid, voilà tout! Cria Aldebaran en pivotant brusquement vers Doko.

Celui-là éclata franchement de rire sous le regard ahuri d'Aldebaran. Doko fit tournoyer le liquide ambré dans son verre.

- Aldebaran le Sysiphos qui s'est réincarné est épris de toi. De quoi as-tu réellement peur? As-tu vu El Cid? Le questionna gentiment Doko.

- Non, bien sûr que non! S'emporta Aldebaran, exaspéré.

- Alors cesse de t'en faire, lui conseillant Doko, doucement, en souriant.

Albafica sentit la caresse du soleil et sourit de bien-être. Il s'étira langoureusement et s'extirpa du confort de son lit moelleux. Il s'enroula dans son peignoir et se dirigea vers ses plantes. Il n'avait pas entendu Shion entrer la nuit dernière. Cela le mettait au supplice. Est-ce qu'il s'était donné à Asmita? Albafica secoua la tête vigoureusement. L'idée que Shion puisse trahir Doko aussi facilement l'agaçait. Après un froncement de sourcils, Albafica décida de préparer le déjeûner. Il glissa les pieds dans pantoufles et se dirigea vers la porte. Il l'ouvrit à la volée et marcha en direction de la cuisine. À ce moment-là, Shion sortit de sa chambre, vêtu d'un boxeur noir et torse nu. Sa crinière en bataille et ses yeux bouffis de sommeil conquirent Albafica qui sourit, amusé. D'un pas lent et très gauche, il se rendit à la cafétière. Il la démarra comme un somnanbule. Albafica le regarda choir sur la chaise avec un fruit. Calmement, Albafica lui demanda tout sourire:

- Tu veux autre chose pour ton déjeûner?

Un grand sourire éclatant apparut sur le visage de Shion. Cela l'éclaira le rendant encore plus divin.

- Oui, des crêpes, si c'est possible...

- Bien entendu! As-tu beaucoup faim?

- Terriblement.

Rapidement et avec efficacité, Albafica se mit au travail. Il cassa les oeufs, les mélangea avec la farine et le lait, brassa avec assiduité. Gentiment, Shion lui fit un thé et lui donna tout sourire. En riant, Albafica la saisit et leurs doigts se frôlèrent. Shion retira prestement sa main comme s'il avait été brûlé. Leurs regards se croisèrent et restèrent aimantés un long moment. Ils s'observèrent aux aguets l'un de l'autre. Le sourire d'Albafica tremblotait légèrement. Shion retourna s'asseoir et reprit la lecture de son journal. Albafica versa le mélange dans la poêle où le beurre rissolait. Curieux, Albafica demanda à Shion:

- Comment a été ta soirée?

- Formidable! Asmita a été charmant. Il m'a amené dans un restaurant sur le bord du fleuve...

- Comme c'est charmant, ironisa Albafica en sirotant son thé.

- Je vois que tu es enchanté de mon bonheur, ma rose.

- Ne m'appelle pas comme cela! S'écrie Albafica en se tournant vers Shion rageur.

Shion se leva et posa son index sur sa joue. Il parcourut la distance entre son oreille et le renflement de sa lèvre inférieure. Shion mourrait d'envie de dévorer cette bouche tentatrice. Frémissant d'appréhension, Albafica resta immobile. Souriant, Shion s'écarta d'un ton badin, il déclara:

- Tes crêpes vont brûler si on continue.

- Mes crêpes? Oh merde! Fit-il en pivotant vers la poêle pour les retourner.

Shion le contempla puis sortit les assiettes de l'armoire. Albafica les remplit. Lentement, il les ramena à la table. Il s'installa pour savourer son repas. Il arrosa ses crêpes de syrop et but son café. Albafica l'imita et lâcha simplement:

- Tu as pensé à Doko?

- Oui, j'y pense tous les jours, avoua tristement, Shion.

- Alors penses-y plus, déclara abruptement Albafica en partant.

Une fois prêt, Albafica descendit au gaz bar, acceuillir les premier clients. Il se sentait impatient de terminer ses journées. Samedi approchait à grand pas et il pourrait voir Sysiphos et Aldebaran. À ce moment-là, il verrait de ses propres yeux si leur couple allait bien. Il comprenait leur tribulations. Il vivait les mêmes avec Shion qui s'amusait à lui jouer dans la tête et à mettre ses nerfs en pelote. Sincèrement, il y arrivait à merveille comme si c'était son don caché. Distrait, Albafica faillit se coincer les doigts dans les tirroirs de la caisse. Shion prit ce temps pour rentrer tout sourire. Cela agaça Albafica au plus haut point. Il lui sourit glacialement ce qui lui valut un sourire éblouissant de la part de Shion. Albafica grinça des dents, il le faisait cruellement exprès, le saulaud! Shion prit la place à ses côtés et Albafica lui céda la caisse. Il s'installa à l'arrière pour trier la marchandise. La journée passa très vite. Shion déclara qu'il comptait prendre une douche. Albafica ferma le gaz bar. Il se dirigeait vers la porte qui menait à l'appartement quand il vit un coupé rouge se garer vers l'entrée. Asmita en descendit, vêtu d'un costume beige, il regarda à peine Albafica. Il trouvait ce type d'un ennui mortel sous tous les points. En plus, il n'était pas loyal. Touut ce qu'il avait semblait être sa beauté légendaire. Pour être beau, il l'était, même à couper le souffle. Lorsqu'il voulut entrer dans l'immeuble, Albafica lui barra le chemin. Asmita rit cynique.

- Tu es tellement futile...

- Tiens-toi loin de lui, le menaça Albafica en le fixant froidement.

Moqueur et sarcastique, Asmita pouffa.

- C'est une mauvaise plaisanterie? Je soupe avec l'intéressé ce soir et je ne compte pas lui faire faux bond. (Les yeux d'Asmita se firent glacés.) Écarte de mon chemin, girouette.

La gifle monumentale que lui administra Albafica resterait gravé à jamais dans les anales. Albafica lui jeta à peine un regard et partit. Asmita frotta sa joue malmenée. Juste Ciel, songea-t-il en gravissant les marches. La vue ne lui avait pas amené la sagesse, visiblement. Au moment où il allait frapper, Shion ouvrit la porte et faillit heurter Asmita. Il lui demanda d'un ton envoûtant et enchanteur:

- Bonjour!(Ses yeux s'arrêtèrent sur sa joue.) Qu'est-il arrivé à ta joue?

Asmita rentcontra le regard froid d'Albafica derrière Shion. Il prit un air taquin et parfaitement innocent.

- Un type n'a pas aimé l'une de mes réponses et m'a cogné.

- Il ne t'a pas raté, avoua Shion en lui caressant la joue.

Albafica toussota et Shion retira prestement sa main. Shion pivota sur ses talons et salua Albafica avec de s'enfuir avec Asmita. Albafica jura de mauvaise humeur. Ce type tournait autour de Shion avec très peu de subtilité. Albafica décida de prendre un long bain et d'essayer de se détendre. Après, il boirait un bouteille entière de cinzano. Cul sec. Excellente idée, songea Albafica en se déshabillant dans la salle de bain. Il tourna les robinets et l'eau chaude jaillit. Albafica ajusta la température et attendit en attachant son épaisse crinière bleutée. Il trempa sa main et se glissa dans le bain avec délice. Il ferma les yeux et se laissa happer par la sérénité.

Une fois réchauffé et détendu, Albafica sortit du bain. Albafica s'enroula dans son peignoir. Dehors, la tempête se déchaînait comme les émotions dans le coeur d'Albafica. Il ne savait guère comment interprèté ses sensations inconnues. L'idée que Shion prenne un quelconque plaisir dans les bras d'Asmita l'horripilait. Confus, Albafica se servit un verre de cinzano distraitement. Il observa le liquide ambré, en but quelques gorgées, songeur. Il aurait dû retenir Shion, mais il en avait été incapable. Comment aurait-il pu expliquer ce qu'il ressentait? Shion lui aurait certainement dit d'aller se faire voir et cela aurait été parfaitement compréhensible. Albafica ouvrit la porte du réfrigérateur. Penché à l'intérieur, il fouilla. Il trouva des légumes, du steak et en conclut qu'il pourrait se faire des pâtes pour compléter le tout. Albafica alluma la chaîne stéréo et synthonisa un poste de radio. Il se dandinait d'un pied à l'autre au rythme de la chanson rock en bougeant énergiquement les bras. Ce fut deux coups frappés à la porte qu'ils ramenèrent à la réalité. Maussade, il marcha d'un pas rapide vers la porte. D'un coup sec, il l'ouvrit. Celle-ci manqua de se décrocher. Doko de l'autre côté, le regarda, hébété avec un sourire légèrement vacillant sur les lèvres. Albafica éclata franchement de rire et l'nvita à entrer. De bonnes grâces, Doko lui tendit les chocolats et la bouteille de vin rosé. Albafica regarda les présents d'un oeil sceptique. Est-ce que dans sa pagaille cérébrale, il avait oublié qu'il avait invité Doko? Cela aurait été plus tôt absurde! Voyant son air circonspect, Doko s'empressa de l'éclairer:

- Je me suis invité!

- Doko, euh, Shion n'est pas là, avoua Albafica, gêné.

- C'est dommage, mais pas dramatique, se moqua-t-il avec douceur.

- J'allais manger, nous pourrions...

- Le faire ensemble, continua gentiment Doko tout sourire.

- C'est ça, moque-toi de moi! Grogna Albafica en le plantant là pour préparer son souper.

- Ce que tu as mauvais caractère, Albafica, le taquina-t-il en riant.

- Écoute, c'est toi qui me nargue continuellement.

- Tu as une très belle bouche..

- C'est une mauvaise plaisanterie? S'exclama Albafica, scandalisé.

Doko rit et s'appuya contre le mur. Vêtu d'un jeans bleu délavé et d'un chandail à manches longues noir, Doko resplendissait d'une beauté sauvage qui laissait Albafica sans voix. Il réussit simplemement à dire:

-Tu pourrais faire l'entrée.

Doko acquiesça sans se départir de son sourire séducteur.

Doko croqua dans une carotte qu'il venait de tremper dans la sauce à l'oignon. Adossé au réfrigérateur, il la savoura et but quelques gorgées de limonade. Albafica cuisinait habilement. Il tranchait les légumes et marinait le tout en même temps. Il but, lui aussi et se tourna vers Doko. Celui-ci, les yeux rivés sur sa clavicule, souriait. Rougissant, Albafica s'aperçut qu'il n'était qu'en peignoir sous le regard perçant et précis de Doko de la Balance. Il avait complètement oublié de s'habiller quelle honte! Il eût envie de se cacher sous le plancher. Plus Doko le contemplait, plus il avait l'impression de se trouver flambant nu. C'était sacrément embarrassant. Doko posa une main sur son épaule et celle-ci se réchauffa instantanément. Les battements du coeur d'Albafica redoublèrent. Il crut qu'il allait lui sortir de la poitrine. Doko pencha la tête. Son souffle chaud frôla la nuque d'Albafica. Une caresse sensuelle et troublante. Albafica frémit de tout son être. Le bout de sa langue joua derrière le lobe de l'oreille délicieusement velouté d'Albafica. Celui-là sentit ses jambes se dérober et son ventre s'enflammer littéralement. Lorsque Doko lui mordilla la nuque et posa ses lèvres chaudes sur cette chair sensible, Albafica échappa un gémissement.

- Tu es en colère et tu essaies de te venger, c'est ça?

Doko le fit pivoter vers lui brusquement. Il le toisa avec force. Durement, Doko l'attaqua:

- De quoi parles-tu?

- Tu me séduis parce que Shion est parti avec Asmita...

- Je ne savais même pas qu'il était sorti avec Asmita. Shion a le droit de faire ce qu'il veut et nous aussi, bon sang!

- Je suis attiré par toi et tu joues cruellement avec mon coeur...

- L'attirance que tu ressens est réciproque et je ne joue pas! Précisa Doko d'un ton ferme.

- Alors tu fais quoi? Fit Albafica en croisant ses bras sur son torse svelte.

- Je t'aide à te détendre, ma rose.

Albafica tend son couteau pointu vers lui, menaçant.

- Tu as intérêt à ne pas divulguer ce que je ressens pour toi.

Un sourire amusé apparut sur les lèvres ourlées de Doko.

- Où tu me poignardes avec ce couteau extrêmement pointu?

- Tout à fait, lui promit joyeusement Albafica.

Doko mima le mouvement de sceller ses lèvres pour l'éternité.

- Ton secret est bien gardé.

- Parfait, dit-il simplement en retournant à ses fourneaux.

- Sauf que tout le monde sait que tu es fou de moi.

Albafica rit doucement et Doko soupira, soulagé.

Au souper, Doko remercia Albafica qui paraissait songeur et perturbé. Albafica lui répondit distraitement en buvant son énième verre de vin rosé. Quelques heures plus tard, ils s'installèrent confortablement au salon et entamèrent leur déssert. Celui-ci constituait à un ensemble de chocolat aromatisés. Poliment, Albafica leur servit du café. Face à face, Albafica et Doko semblaient encore plus différents. Doko avec sa carrure athlétique et Albafica avec sa minceur et son élégance de mannequin. Les yeux bleus frangés d'épais cils d'Albafica fixaent ostentoirement le plancher. Doko lui dévorait Albafica du regard. Sa beauté l'obsédait, le consummait. Il n'avait qu'une envie engloutir sa bouche pulpeuse, mordiller le renflement de sa lèvre inférieure, enfouir sa langue et assouvir la passion qui l'habitait. Allait-il un jour le faire? Il commençait à en douter réellement. Avant qu'il ne put s'en empêcher, Doko bondit sur ses pieds et vola un long baiser sauvage à Albafica qui resta figé, scandalisé. Sa bouche s'entrouvit tout de même et Doko put passer à l'assaut. Leurs lèvres se taquinèrent et se cherchèrent avec avidité. Doko les butina et souleva légèrement Albafica pour le presser contre son torse puissant. Celui-ci s'accrocha à ses épaules musclées. Ses mains remontèrent pour s'enfuir dans sa chevelure brune abondante. Les sens en alerte, Albafica entendait leurs respirations haletantes, les battements frénétiques de leurs coeurs et le désir qui pacouraient leurs corps. Doko plaqua le corps doux et frémissant contre le sien. Albafica eût un mouvement de recul en sentant une bosse dans le pantalon de Doko. Un sourire aux lèvres, Doko déposa une myriade de baisers sur ses coins de bouche avant de chuchoter avec tendresse:

- Je sais me contrôler, ma rose.

Albafica rit franchement et déclara:

- Ce n'est pas toi qui m'inquiète sincèrement.

Doko pouffa et caressa sa joue avec délicatesse. Doucement, il décrèta d'un ton paisible:

- Je vais partir...

Au moment où Doko se lève pour le quitter, Albafica le retint de ses petites mains élégantes aux doigts fins. Il voulut le ramener contre lui, mais Doko s'esquiva avec l'agilité d'un tigre. Il lui expliqua d'un ton rauque:

- Si tu veux que je reste en contrôle, je dois partir. Il n'est pas question que nous brûlions les étapes. Ce n'est ni nécessaire ni une bonne idée, continua-t-il en lui baisant le front.

Il s'éclipsa sans lui laisser le temps de réagir. Lorsque la porte se ferma, Albafica accourut pour la verrouiller. Il s'y adossa et glissa jusqu'au sol, le sourire aux lèvres. Après plusieurs minutes, il se remit sur pied. Il fila en direction de la cuisine pour faire la vaiselle. Une fois celle-ci terminée, il s'empressa de se coucher. Nu, il s'emmitouffla dans le drap chaud, inspira et expira profondément avec de sombrer dans une délicieuse léthargie.

En fin de soirée, Asmita proposa à Shion de le raccompagner chez lui en auto. Heureux, Shion accepta son offre. Dans l'habitacle, ils furent aussi silencieux que deux tombes. Shion décida de briser le silence lorsqu'ils arrivèrent devant son appartement:

- Merci pour la merveilleuse soirée.

- Elle t'a plu? Fit Asmita, surpris.

Shion le regarda, abasourdi.

- Cela n'a pas paru? S'enquit-il, inquiet.

- Tu m'as semblé content, mais je me suis dit que peut-être tu te forçais...

- Tu es toujours aussi peu sûr de toi?

Asmita sourit grandement.

- Je n'ai pas beaucoup d'expérience amoureuse.

- Cela se voit. Viens!

Sur ce, Shion descendit de l'auto de luxe d'Asmita. Celui-là le suivit un peu gauche. Il était plein d'appréhension. Devait-il terminer la soirée en embrassant Shion ou devait-il garder un peu de mystère? Shion le prit par le bras et le guida vers la porte. Une fois à l'entrée, Shion vint pour ouvrir la porte, mais Asmita le fit pivoter vers lui. Il lui donna un long baiser langoureux. Shion se lova dans ses bras et entrouvit les lèvres. Asmita le plaqua contre la porte et dévora sa bouche pulpeuse. Les yeux mi-clos d'Asmita s'imprégnèrent de l'image d'extase de Shion, celui qui avait ravi son coeur. Lorsqu'il s'écarta de lui, Shion semblait rêveur. Mal à l'aise, Asmita chuchota:

- Ce n'était peut-être pas une si bonne idée...

Cynique, Shion ironisa:

- Effectivement, j'ai détesté.

Mort de rire, Asmita lui baisa le front et s'éloigna avec un signe poli de la main. Shion le regarda partir puis il rentra chez lui, le sourire aux lèvres et les yeux pétillants de joie dans sa chambre, il tomba sur le lit et rit, heureux. Ce type est incorrigible, pensa-t-il, émerveillé.

FIN CHAPITRE TROIS