Chapitre 11

Dans un coin de la forêt reculé, dans une clairière enneigée, une fumée presque aussi blanche que la neige fit apparaître deux silhouettes en pleine lutte. Elie et Zoé se battent au corps à corps dans le nuage de fumée qui s'évapore, une fois les pieds sur terre, Zoé attaque d'un éclair qui envoie Elie au loin dans la poudreuse.

Elie se redresse sans difficulté. Zoé s'avance lentement, à petit pas, au-dessus de la surface blanche sans laisser de trace, avec l'air menaçant malgré son visage d'ange et sa tenue de gentille fille modèle. Elie rassemble ses forces et contre-attaque. Les grands pins sont fouettés par des rafales de vent enneigé et les éclairs des deux rivales ne cessent d'illuminer la nuit noire. Le combat est rude et Zoé s'affaiblit car la colère s'empare toujours d'elle pendant les combats et cela l'épuise alors qu'Elie, de nature plus calme, maîtrise mieux ses forces. Mais la violence de la bataille est grandiose, les armes magiques qu'elles utilisent transcendent et décuplent leurs forces, qui contrastent avec leurs frêles apparences. Elles sont pourtant de grandes combattantes et n'ont jamais eu d'autres adversaire que ce double alors c'est un peu comme si ce combat n'était que la suite d'une guerre ancestrale entre deux ennemis qui se connaissent par cœur.

Peu avant l'aube, Elie porte un coup sournois mais efficace à son double qui s'effondre et disparait totalement dans un monticule de neige amassé par le vent, au loin entre deux arbres. Elle est blessée elle aussi, des blessures peu communes que seuls anges et démons peuvent s'infliger mutuellement. Elie en profite pour s'éclipser dans sa nappe de fumée avant que les premiers rayons de soleil ne tentent de percer les épais nuages encore gonflés de neige qui recouvrent le ciel de Storybrook.

Au manoir, Henry dort d'un sommeil profond et bienfaiteur, Emma se réveille de nombreuse fois comme à chaque fois qu'elle dort ailleurs que chez elle et Régina dort profondément mais son sommeil est troublé par des rêves étranges qu'elle oubliera aussitôt les paupières ouvertes. C'est d'ailleurs elle qui se réveille en premier, alerté par ses sens de magicienne, elle se réveille en sursaut.

Elle s'emmitoufle dans un épais peignoir et descend au salon. Il fait sombre et la température est basse, le jour ne passe pas au travers des fentes des volets, dehors, la neige tombe toujours et le ciel est gris. Régina apporte quelques bûches de bois aux braises dans la cheminée pour le raviver. Elle passe en cuisine et met la machine à café en route. Elle se stop, elle sent une présence dans son manoir. Elle quitte la cuisine et longe le couloir de l'aile Est au ré de chaussé. Elle suit son instinct. Elle ouvre avec fracas la porte de son bureau, mais il est vide. La grande baie vitrée qui donne sur le jardin la laisse devant le spectacle d'une nature totalement sous la neige, le sol et l'air se confondant presque tant le blanc est pure. Elle distingue à peine la forêt au fond du jardin. Elle referme la porte. Il n'y avait personne.

En réalité, c'est là que Cupidon s'était caché mais la sentant venir, elle avait fui.

Régina oubli son pré-sentiment et prépare le petit déjeuné. Réveillés par les bonnes odeurs, Emma et Henry la rejoignent peu après. Ils s'occupent tous les trois une bonne partie de la journée mais Régina les abandonne quand Henry propose une partie de Risk édition Stars War à ses mamans. Régina, ayant déjà trop donnée, laisse ce plaisir à Emma avec un sourire satisfait. Elle rejoint son bureau, elle sort quelques dossiers et notes sur lesquelles elle a pris du retard mais n'arrive pas à se concentrer. Elle retourne son siège et perd son regard vers l'extérieur, elle regarde la neige tomber lourdement et s'amonceler sous les fenêtres, de près d'un bon mètre.

Quand soudain elle aperçoit une lumière blanche émanée des lucarnes de la cabane à outils. Elle se lève et se colle à la fenêtre pour mieux distinguer la lueur. Il n'y a pas de doute, il y a quelqu'un ou quelque chose dans son jardin. Elle hésite à prévenir Emma mais n'en fait rien, elle se transporte dans son nuage de fumé violet jusqu'à l'intérieur du cabanon.

Dans ce même cabanon, Cupidon tente de soigner ses blessures mais les rayonnements nécessaires risquent d'alerter de sa présence alors elle se dépêche. Elle sait que dès que Zoé aura repris conscience, elle la retrouvera et n'hésitera pas à insuffler haine et remords dans le cœur de ses protégées.

Régina apparait et se retrouve nez à nez avec Cupidon. Elle l'incendie en premier lieu, car c'est une propriété privée, elle n'a pas le droit d'être là et de l'espionner sans arrêt puis elle se rend compte que la jeune femme est blessée, elle remarque l'œil au beurre noir, elle remarque la lèvre fendue et elle sent les maléfices qui la rongent. Elle radoucit les traits de son visage et s'agenouille à ses côtés.

Cupidon tente de s'expliquer, quand soudain apparait une copie identique de l'ange Cupidon mais vêtu d'une fine robe de mousseline et avec les cheveux blonds comme les blés. Régina reste interdite et les regarde tour à tour. Cupidon frémit et enrage.

_ Déjà consciente ? Tu m'épates !

_ Qu'est-ce que tu crois !?... (Elle regarde Régina de haut en bas) Alors qu'est ce qui se passe ici, tu te laisses voir par des humains maintenant c'est nouveau ?

_ A cause de La Reine de Cœur qui ma retenue prisonnière dans les geôles des Montagnes Noires du fin fond du Pays des Merveilles, j'ai failli arriver trop tard. Et à cause de toi, je n'ai pas eu le choix ! Répond-elle comme pour se justifier avant de se taire et de tenter d'attaquer, mais Zoé détourne le coup d'un geste de la main et s'adresse à la Mairesse.

_ Régina, tu ne devrais pas croire pas tout ce qu'elle te raconte. Tu crois vraiment qu'Emma peut t'aimer ? Elle ne se rapproche de toi que pour avoir henry, tout comme tu projettes de le faire toi aussi, vas-y ! Vas jusqu'au bout, verse le venin dans son vin. Déclame Zoé comme pour la convaincre et l'envouter.

Elie frémit de terreur, Zoé a eu le temps de lire en elle et de comprendre toute l'histoire. Régina comprend que cupidon sous ses allures de voyou est du bon côté et que son double aux allures de jeune fille modèle est un Démon.

_ Régina ne l'écoutez pas, elle est mon contraire, elle veut me faire échouer. Elle se fiche du travail que vous avez fait sur vous-même pour en arriver là. Elle se fiche de détruire des vies. Elle se fiche de tout. Moi je veux juste vous aider. Je vous insuffler la force de suivre votre cœur, je ne choisis pas à votre place qui vous devez aimer. Seulement je suis capable de le voir, je suis capable de voir tout ce qui vous unis à elle… Déclame Elie.

_ Ne l'écoute pas, tu es la Méchante Reine, tu prends ce qui t'es dû, tu verses le venin, tu gardes ton fils. C'est comme ça que tu as toujours fait…

_ C'est comme ça que vous faisiez parce j'ai échoué. J'ai planté ma flèche dans… votre cœur et dans celui de Daniel. …

Regina reste interdite et l'écoute plus attentivement, appréhendant ce qu'elle allait entendre.

_ … Mais je n'ai pas surveillé le chemin de votre amour, je ne t'ai pas protégée parce que je te savais forte, honnête, et éperdument amoureuse. Mais Cora, rongé par la haine qu'un autre Démon lui avait insufflée, il y a bien longtemps, a tout gâché.

_ Tu étais là ... c'était toi ?

_ Oui et je suis là pour réparer ma faute. Cora ma retenue prisonnière pendant longtemps pour ne pas que je t'aide de nouveau à trouver une fin heureuse.

_ N'importe quoi ! Interrompt le Démon. Il n'y a pas de véritable fin heureuse, notre propre mère la Déesse de l'Amour n'a pas eu de fin de heureuse. Alors pourquoi elle devrait en avoir une ?

Régina assimile la conversation mais perd patience.

_ Ce qui est sûr c'est que vous ne choisirez pas à ma place ! Avait-elle dit avant de s'éclipser dans son nuage de fumée violette et de les laisser seules.

Régina lance un sortilège sur la cabane pour les enfermer mais elle a bien conscience que ça ne les retiendra pas longtemps.

Dans l'après-midi, Régina tourne en rond et semble soucieuse, Emma le remarque et la prend à part. La Reine s'assoit dans son large fauteuil à son bureau, Emma pose une fesse sur le même bureau à quelques centimètres d'elle.

La Reine, totalement perturbée décide d'avouer à Emma la présence d'un Cupidon et d'un Démon qui se battent pour leur sort à toutes les deux mais elle ne sait par où commencer et ne trouve pas ses mots.

_Emma, j'ai quelque chose à te dire.

_ Je vois bien, qu'est-ce qui se passe ? Ecoute si c'est ce baisé de l'autre soir, qui te met mal à l'aise, on peut oublier ça et…

_ Non ce n'est pas ça. Coupa-t-elle rapidement pour ne pas qu'elle se fasse de fausses idées.

_ Emma, il y a quelques jours, une jeune femme s'est présentée à moi pour m'empêcher… de faire quelque chose que je projetai… peut-être de faire…

_ Quoi ? Encore un mauvais sort ?

_ Oui mais j'hésitais depuis longtemps et je n'ai rien fait... bref ! Il se trouve que cette fille c'était…

_ C'était quoi ?

_ Un Cupidon.

_ Cupidon ? Il existe ? Demanda Emma avec les yeux ronds et le ton peu convaincu.

_ Apparemment, il en existe même plusieurs qui ont pour vocation de lié les âmes sœurs et…

_ Et ?

_ Et ce Cupidon est ici pour nous.

Emma reste muette quelques instants, la bouche entre-ouverte et les yeux écarquillés. Régina enchaîne.

_ Ça encore ce n'est rien ! (Dit-elle avec un petit sourire) Il se trouve que les Cupidons ont des doubles maléfiques qui ont pour but de les faire échouer et séparer les … Dit-elle en insistant du regard pour qu'Emma comprenne sans qu'elle ait à re-prononcer les mots 'âmes sœurs'.

_ Sérieusement ?

_ Oui. Dit Régina avec beaucoup de sérieux.

_ Les éclairs d'hier sur le toit, c'étaient eux ?

_ Je suppose que oui.

_ Et notre baisé l'autre nuit, au milieu de la rue, avec les lucioles, c'était… ?

_ Je ne sais pas, Emma. Je ne sais pas tout. Je ne sais pas vraiment l'influence qu'elle a eu sur nous…

_C'était une flèche de Cupidon qui nous a fait nous embrasser ?!

_ C'est possible oui.

_ Où sont-elles ? tu les as vues ?

_ Je les ai surprises dans la remise au fond du jardin, toutes deux blessées mais encore vaillantes. Je les ai bloquées dedans mais qui sait pour combien de temps.

_ C'est dingue ce que tu me raconte ! Je …

_ Je n'en ai pas parlé avant car je n'y croyais pas moi-même. Cupidon est une légende même dans la forêt enchantée et les autres pays magiques.

Emma comprend l'élan qui l'avait animé cette nuit-là, pourtant elle ne peut nier que ce sentiment n'est pas né tout seul et n'est pas que l'influence d'un quelconque ange. Elle avoue à Régina que ce sentiment, elle l'avait déjà en elle avant que la flèche ne les atteigne. Régina est autant choquée qu'émue. Son regard la trahit. Emma ose enfin, Emma ne peut plus se retenir, en huit clos dans cette immense demeure depuis 24h, elle ne pensait qu'à cela, même en sachant qu'un cupidon s'était penché sur leur cas, elle en avait envie, peut-être même encore plus. L'élan de son cœur est plus fort que sa raison. Elle non plus, ne se reconnaissait pas totalement mais elle suivait juste son instinct comme elle l'avait toujours fait.

Sans même y penser, elle humidifia ses lèvres et encercla de ses mains le visage de Régina. Sans qu'elle puisse rien y faire, Régina sentit les lèvres d'Emma se plaquer sur les siennes. Sa surprise fut telle, qu'elle lui coupa le souffle mais qu'elle lui fit aussi battre le cœur à mille à l'heure. Elle ferme alors les yeux car Emma ne rompt pas le contact, au contraire, elle tente de jouer avec ses lèvres entre les siennes. Regina succombe, elle mêle ses lèvres aux siennes un peu plus ardemment. Le cœur d'Emma s'emballe un peu plus en sentant Regina répondre à son baiser. Ainsi ses mains quittent son visage et s'engouffre dans sa chevelure noire. Régina ne réfléchit pas, elle passe ses mains autour de la taille d'Emma et la rapproche d'elle.

Elles ne pensent plus à rien, elles oublient tout, l'espace de quelques minutes. Elles se lient un peu plus et le baisé s'enflamme. Autour d'elle quelques lucioles rouges et blanches apparaissent et dansent ensembles. La magie s'active sans qu'elles ne l'appellent. La magie entre elles s'éveille sans qu'elles n'aient rien à faire... si ce n'est, s'embrasser.

Chapitre 12

La neige ne cesse de tomber. Par onde radio, Emma prend des nouvelles de son adjoint en centre-ville, qui lui confirme que chaque habitant est toujours en sécurité mais que les mètres de neige s'entassent dans les rues et sur le Port et que le vent à fait quelques dégâts déjà.

Régina fait dîner Henry tôt et le laisse jouer aux jeux vidéo dans sa chambre. En début de soirée, elles se retrouvent dans le bureau du ré de chaussé. Elles aperçoivent des éclairs brillants par les petites lucarnes du cabanon. C'est Démon qui s'acharne à briser le sort qui la met en cage.

Emma questionne Régina.

_ Que savez-vous sur les cupidons ?

_ Emma… tu me vouvoies de nouveau ?

_ Pardon, c'est le Shérif en moi qui ressort ! Dit-elle en posant sa main sur la sienne.

_ Je ne sais rien de plus que toi. Dans mon monde aussi, cupidon est une légende, un petit chérubin munit d'un arc en or et de petites ailes blanches dans le dos, et qui est censé rendre les gens amoureux par une flèche.

_ Il y a des contes et des légendes dans les Contes et Légendes ?

_ Il faut croire.

_ Et bien on n'a pas fini ! rit faussement Emma.

_ Quand j'étais enfant les histoires de ma nourrice en parlaient. Tente de dire Regina sans rire à la remarque précédente.

_ Que disaient ces histoires ?

_ Je ne sais plus trop, cela parlait de mariage entre les plus grands rois et les plus belles reines des Royaumes disparus, ils se seraient aimés au premier regard… Cela parlait d'hommes et de femmes que tout opposait et qui pourtant étaient fait l'un pour l'autre, des guerriers sauvant de jeunes innocentes d'un danger, des conquérants abandonnant leurs vœux pour une beauté indigène et sauvage… des histoires toutes plus charmantes et plus naïves les unes que les autres…

_ Régina vous redevenez cynique là !

_ Et bien il a de quoi !

_ Quelque chose sur les doubles maléfiques ?

_ Je n'ai aucun souvenir de ça non, déjà dans ces histoires, cupidon était une sorte de métaphore pour incarner le Véritable Amour. Mais ce n'étaient que des histoires pour les enfants.

_ Je vous signale que passé les frontières de Storybrook, vous n'êtes qu'une Histoire aussi.

Régina est soudain blessé par ses mots, comme si elle n'était que de l'encre sur le papier que l'on pourrait effacer. Emma regrette ses paroles, elle voit la faille dans le regard de la Reine. Elle sent le changement en elle, jamais auparavant elle n'aurait laissé cette faiblesse apparaitre devant la Sauveuse. Elles sont liées à présent et ne peuvent plus se mentir.

_ Pardon je ne voulais pas dire ça. J'ai encore du mal à me dire que je viens de là-bas moi aussi. Mais j'ai grandi dans le monde réel, sans magie, sans famille…

_ Tu es la Sauveuse, tu as ces pouvoirs parce que j'ai lancé le Sort Noir et qu'il était écrit que seul toi pouvait annuler le sort. J'ai passé ma vie à vouloir faire payer ta mère pour une faute d'enfant innocente, alors que la vraie responsable était ma propre mère. J'étais aveuglé pendant de longues années, j'ai voulu tous les tuer, j'ai voulu te tuer dès ta naissance… et à présent… je…

_ Régina, cesse de te torturer pour ce que tu as fait dans le passé, ici tu as prouvé que tu pouvais agir en bien, parce qu'ici il y a des choses auxquels tu tiens. Il y a Henry, tu l'aimes plus que tout au monde, je le sais. Quant à nous… Nous étions ennemies c'est vrai, mais j'aime à penser que l'on est au moins amies aujourd'hui ?

Régina semble confuse et n'ose répondre ce qui lui brûle pourtant les lèvres, elle voudrait lui dire qu'à présent elle est bien plus que ça. Mais elle hoche seulement la tête et esquisse un léger sourire.

Dans le jardin, les éclairs de colère de Zoé redouble d'intensité, si bien que Régina commence à s'inquiéter.

_ Emma remonte à l'étage avec Henry, je fais un saut dans mon caveau et je ramène ce qu'il faut pour protéger la maison, ni cupidon ni démon ne pourrons entrer pendant un bon moment.

_ Très bien, fait attention. Dit Emma en pressant sa main dans la sienne.

Régina s'évapore dans son nuage de fumée et Emma rejoint Henry dans sa chambre. Dehors la nuit est tombée mais le jour ne s'était jamais vraiment levé tant les nuages étaient épais. La neige recouvrait tout Storybrook et les forêts autour à présent. Régina réapparut directement dans son caveau. Elle tira une vielle male en bois et l'ouvrit, elle vérifia à l'intérieur qu'il y avait bien ce qu'elle était venue chercher : une dizaine de grosses pierres de lave. Elles étaient fendues et la pierre noire et grise renfermait des cristaux étincelants de mille éclats qui hypnotisa Régina quelques secondes, comme un vieux souvenir qui resurgissait.

Elle fouilla ensuite dans les nombreux tiroirs de la table d'apothicaire pour y retrouver des colliers ornés d'un cristal issu de ses mêmes pierres de lave. Elle allait repartir quand elle se figea. Elle réfléchit. Démon avait parlé de leur Mère la Déesse de l'Amour. Régina se souvient d'un vieux livre sur les légendes de l'Olympe. L'avait-elle encore depuis toutes ces années ? Elle se mit à chercher de toute sa magie dans les placards, tiroirs, étagère et males en nombres considérables qui meublaient son caveau.

Cela lui prit un temps fou, et Emma au manoir commençait à s'inquiéter mais Régina revint avec la male et les pierres, les colliers et un vieux livre, de petite taille, à la reliure d'or presque effacées. La Méchante Reine et son grand savoir sur la magie explique à Emma comment disposer les pierres à chaque coin de la maison. Emma l'aide sérieusement, elle a toujours écouté ce que Régina disait même quand elles étaient ennemies, elle savait apprendre et s'enrichir en toutes occasions.

Une fois fait, Régina monte dans la chambre d'Henry, Emma la suit. Il est endormi avec la manette à la main, il est paisible. Régina, avec toute la délicatesse du monde, lui passe la chaîne avec le cristal autour du cou. Il ne se réveille pas tant elle est douce. Emma observe la scène depuis le pas de la porte. Elle se surprend à aimer voir Régina prendre soin de leur fils. Leur fils. Ses mots résonnent dans sa tête comme si c'était la réponse à une question qu'elle n'a pas encore posée.

Régina sort un deuxième collier identique de sa poche et le passe autour de son propre cou puis s'approche d'Emma avec le troisième collier dans les mains, celle-ci recule de quelques pas et elles se retrouvent dans la pénombre du couloir.

_ Emma laisse-moi faire, j'ai prononcé les mots qui protège la maison grâce aux pierres, et ces pendentifs nous protégerons aussi.

Emma baissa sa garde et laissa Régina s'approcher assez près pour passer la chaîne autour de son cou. Elle prit le pendentif du bout des doigts. C'était un beau bijou, pensa-t-elle.

Leurs cœurs à l'unisson sursautèrent quand un fin lien brillant traversa la maison en passant par toutes les pierres et leurs pendentifs puis déposa un voile de protection tout autour. Autour de leurs cous, les éclats de cristaux montés en pendentif brillent d'un reflet aveuglant puis se tamisent lentement. La maison est maintenant protégée.

_ Voilà, elles sortiront de la cabane bientôt mais elles seront encore ralenties. Elles ne pourront pas entrer. Ça nous laisse le temps de potasser cela !

Elle fit apparaitre le petit livre défraichit dans ses mains et Emma put lire en lettres d'or écaillées « Olympia Fabulis ».

A l'abri de la tempête et des deux êtres légendaires, Régina et Emma passèrent le reste de la nuit à lire des passages de cet antique bouquin. Régina apprit à Emma comment traduire le latin en langage commun. Un brin de magie plus tard et Emma comprit tout ce qui était écrit. A tour de rôle, elles ont lu les chapitres sur les grandes vies et les grandes colères des Dieux de l'Olympe. Elles espéraient trouver des réponses, elles espéraient trouver plus d'informations sur les Cupidons et les Démons mais finalement prisent dans tous les différents récits qui mêlent tous les protagonistes, elles n'avaient entre lus que des bribes d'échos sur Aphrodite, leur créatrice. La déesse de l'Amour était décrite comme la plus belle femme de tous les temps passés et à venir, elle était adorée de tous ses frères Dieux et adulée de ses tous ses amants divins et humains. Le paragraphe qui parle d'une nuée d'anges munit d'arcs magiques, qui se seraient envolés du sommet de la montagne-résidence d'Aphrodite, est bien court mais c'est un début.

Sous une épaisse couverture, la tête posée sur d'énormes coussins, Régina s'était allongé, Emma s'était blotti contre elle, les bras entrelacés, elles continuaient ensembles de lire les grandes Histoires des Dieux Anciens. Le vent dehors souffle toujours comme un damné et la neige semble vouloir ensevelir toute la ville. Zoé et Elie sont parvenues à quitter la cabane mais Elie tente de la repousser le plus loin possible de la maison en la faisant passer de force dans leur univers parallèle, accessible que par les êtres de leur espèce et les Dieux Grecs. Puis elle campe sur le toit et surveille le retour de son double pendant tout le reste de la nuit. Elle a remarqué le charme qui protège la maison de tout intrus et de toute visibilité. Elle est fière de ses protégées, elle ne peut pas entrer mais Zoé non plus. Elle a déjà planté sa flèche et Zoé n'a pas eu le temps d'insuffler ses mauvaises ondes ni à l'une, ni à l'autre. Pour l'instant, elle attend seulement que Régina et Emma comprennent le lien unique qui les unies et alors Zoé n'aura plus d'influence sur elles.

Emma s'endors dans les bras de Régina. Elle n'a plus la force de le tenir et le petit livre échoue sur sa poitrine. Régina l'attrape des bouts des doigts et d'un geste du bras le pose sur la console à côté du canapé. Elle essaie de ne pas bouger, elle n'a aucune envie de la réveiller. Elle repasse son bras autour d'elle et ferme les yeux. Elle prétextera à sa bonne conscience qu'elle s'était assoupi avant mais en réalité elle avait envie de rester là, avec la Sauveuse endormie contre elle. Ce qu'elle projetait de faire avec le sang de la rose, était en train de se réaliser sans l'aide du venin. Elle réalisa qu'il n'y avait pas qu'un seul chemin pour arriver à ses fins, elle réalisa alors que Henry était une fausse excuse, elle savait pertinemment qu'elle ne le garderait pas pour toujours auprès d'elle, il allait grandir. Elle réalisa que l'affection qu'elle ressentait pour Emma allait au-delà du fait de garder Henry avec elle. Elle réalisait en s'endormant qu'elle tombait amoureuse. Rien que l'idée fit naitre une douleur dans sa poitrine. La mémoire d'une flèche enchantée, peut-être. Mais cette douleur était presque agréable, elle soupire et finalement s'endors.

La tempête dans les contrées boisées du Maine ne se calme pas et pendant la nuit, Cupidon est la seule à pouvoir jouir de ce spectacle sans risquer de mourir de froid. Elle est liée à ses protégées et malgré le sortilège qui entoure la maison, elle ressent un soupir de soulagement. Elle ressent que ses protégées ont le cœur plus léger. Elle sent que son plan marche malgré les embuches. Elle attend le lever du jour et se rassure de ne pas voir son méchant double réapparaitre.

Au petit matin, dans le grand salon principal, Emma s'agite dans son sommeil. Elle n'a pas la place de bouger, elle sent le vide d'un côté et un corps de l'autre côté, elle se réveille doucement. Elle ouvre les yeux, elle réalise. Elle sent la chaleur d'un corps à ses côtés, elle se redresse lentement et observe Régina, le visage serein et calme endormie entre elle et le dossier du canapé. C'est si rare de la voir ainsi qu'Emma se perd quelques secondes à la contempler sans que le doute, la colère ou la méprise ne viennent entacher son si beau visage. Emma secoue la tête et sort de ses pensées. Elle est un peu gênée d'avouer qu'elle a très bien dormi car c'est plutôt rare. A croire que la présence de Régina lui est de plus en plus bénéfique.

Elle se lève doucement, replace la couverture sur la Reine et remet une bûche dans l'âtre, avant de revenir s'assoir sur le bord du canapé. Elle attrape une deuxième couverture qu'elle met sur ses épaules et reprend le livre des Dieux de l'Olympe. Elle parcourt les pages au hasard. Elle s'arrête sur une représentation du Mont Olympe au milieu des nuages d'où la ville des Dieux semble grandiose. Elle se perd dans la finesse des détails pourtant vieillis. Elle essaie de s'imaginer que tout cela est aussi réel. Zeus, Héra, Poséidon, Aphrodite, Hadès et Apollon, tous existaient. Et selon la légende ils étaient immortels donc il existait un Monde comme celui de la Forêt Enchantée, ou le Pays Imaginaire ou bien encore le Pays des Merveilles, où vivait des Dieux et des Déesses dans les antiques ruines grecques. Elle imagina comment c'était de vivre là-bas quand Régina se réveilla.

Dans un souci d'élégance en toute circonstance, Régina arrangea ses cheveux et Emma lui sourit timidement. Sans un mot, elles se remerciaient l'une l'autre pour être resté toute la nuit côte à côte. Elles se murmurèrent un petit bonjour et Régina questionna Emma sur le livre.

_ Du nouveau ?

_ Non, je viens à peine de me réveiller. Je regardais juste les illustrations.

_ Tu veux du café ?

_ Oui volontiers.

Régina se leva en posant sa main sur l'épaule d'Emma d'un geste banale mais indispensable. Toutes deux, depuis le début de la tempête cherchaient le contact sous l'influence de la flèche. La Reine revint avec deux tasses de café fumantes dont les cuillères tournaient toutes seules en rond, sans qu'elle ne les touche, pour mélanger le grand arabica et le sucre. Elle les déposa sur la table basse et se cala de nouveau dans le canapé, près d'Emma toujours le nez dans le livre.

Celle-ci n'aimait pas être au centre de ses enquêtes mais elle n'aimait pas renoncez non plus. Impossible de sortir, impossible d'aller dans le Monde des Dieux, les seules réponses qu'elle peut trouver pour l'instant sont dans ce livre alors elle fait défiler les pages et d'un geste transforme et déplace les lettres du latin à l'anglais. Régina du coin de l'œil est fière de voir Emma assimiler aussi bien et aussi vite ses techniques magiques de traduction. Emma sent Régina s'assoir à ses côtés et lui sourit quand elle lui tend sa tasse. Elle pose le livre et s'affale dans le canapé pour souffler sur son café brulant, elle sent le bras de Régina dans son dos mais ne bouge pas. Elle s'exerce à un nouveau tour qu'elle à étudier seule. Elle déplace par la pensée la couverture et la fait s'échouer sur leurs genoux. Régina est impressionnée et la félicite. Elles rient toute les deux et bavardent en buvant leurs tasses quand Henry descend les escaliers et les surprend. Il est étonné de les voir ainsi de si bon matin, bien que le jour peine à passer par les fentes des volets. L'ambiance est tamisée et chaleureuse, il baille et réajuste son peignoir avant de se poster en tailleur devant la cheminée.

_Bonjour Petit Prince. Dit Régina

_Bonjour Henry. Dit Emma

_Bonjour… mamans. Répond-il encore ensommeillé.

_ Que veux-tu pour le petit déjeunée ?

_ Uhm… Céréales dans du lait chaud d'abords… et bagels au fromage… et jus d'orange…

Régina soupire et secoue la tête, son fils a parfois des goûts bizarres, comme cette addiction pour le chocolat chaud, crème fouettée et cannelle qui lui vient d'Emma. Elle se relève et part en cuisine. Emma boit quelques gorgées de l'excellent café qu'a fait Régina et se lève à son tour. Elle s'accroupit et attrape son fils par les épaules pour lui fait un gros câlin. Elle dépose un baisé sur son front, elle hume l'odeur de ses cheveux. Elle profite de lui, il se laisse faire, il adore ça. Il est le fils de la Sauveuse, petit-fils de Blanche-Neige et du Prince Charmant et fils adoptif de la Méchante Reine, il essaie de ne pas laisser son égo l'emporter mais il est fier de sa famille maintenant qu'il a tout découvert.

Emma et Henry rejoignent Régina et ensembles ils préparent le repas : céréales, lait chaud, toasts, bagels, œufs brouillés. Ils passent à table et Henry s'aperçoit enfin qu'il a une chaine et un cristal qui lui pendent au cou.

_ Maman, c'est quoi ça ?

Emma et Régina se regardent pour trouver une réponse. Régina s'engage.

_ Mon chéri, tu sais, on est à Storybrook et pendant les tempêtes il peut arriver toutes sortes de choses alors ce cristal est fait pour…

_ Pour te protéger… Regarde j'ai le même. Enchaine Emma en sortant le pendentif de dessous son pull.

Régina arbore son sourire le plus convainquant et Henry accepte l'explication avec un tic sur le visage, comme s'il se doutait qu'on lui cachait quelque chose. D'ordinaire il n'aime pas cela mais voyant que cela n'impliquait que ses deux mères et qu'il n'y avait pas encore eu de mort, il pouvait laisser couler. Elles pouvaient bien manigancer n'importe quoi, il s'en fichait, du moment qu'elles s'entendaient bien. Et il n'avait alors pas idée à quel point elles commençaient à bien s'entendre.

Suite Chapitre 13