Voici le nouveau chapitre rien que pour vous.

Bonne lecture.


Le Dr Moran lui avait demandé de patienter dans son bureau le temps de ramener Ryder dans sa chambre. Perturbé par ce qu'il s'était passé dans la salle récréative, il s'assit sur le canapé de la thérapeute et resta prostré là. Il avait encore l'impression de sentir la main du jeune homme sur la sienne comme marquée au fer rouge. C'était Ryder qui avait fait le premier pas. Heureusement car si ça avait été l'inverse, il lui aurait certainement sauté dessus. Il lui manquait terriblement. Sa voix, son toucher, ses baiser lui manquaient. Mais il ne fallait pas le brusquer, il le savait. Ce geste que Ryder avait eu pour lui était une petite victoire. Il espérait juste que ce ne serait pas ''un pas en avant pour deux pas en arrière''.

─ Merci d'être resté, déclara Elizabeth, le sortant ainsi de sa torpeur. Comment s'est passé ta visite ?

─ Bien je suppose.

─ Il paraît que vous avez joué du piano à quatre mains.

─ Il paraît.

Elle l'observa en silence.

─ Tu ne savais pas qu'il jouait.

─ Rrrrr... Je déteste quand vous faites ça !

─ Quoi ? Je n'ai rien fait.

─ Si. Vous déduisez des choses alors que je n'ai rien dit.

Elle laissa échapper un rire léger.

─ C'est mon métier. Analyser et comprendre. Donc j'ai raison.

─ Oui. Mais il ne savait pas non plus que je jouais.

─ La musique est une thérapie que j'aime beaucoup utiliser. Je pense que ça va l'aider et que ça va lui permettre de communiquer. La musique est importante pour Ryder ?

─ Plutôt oui. Il fait parti du Glee club du lycée. Je ne suis pas la personne la plus objective sur le sujet mais il est bon chanteur. J'aime entendre sa voix posée sur la musique.

─ Son silence est pesant, je comprends. S'est-il passé autre chose ?

Jake la regarda avec un air amusé.

─ A votre avis ? la défia-t-il.

─ Tu veux jouer à ça ? Je dirais qu'il a eu un geste tendre à ton égard. Il a peut-être même posé sa main sur la tienne.

─ C...Co... Comment... ?

─ Tu n'arrêtes pas de te toucher la main gauche. C'est un geste inconscient de ta part que tu fais depuis le début de cette conversation.

─ Ok. Vous êtes très douée. Vous pensez qu'il va se remettre pleinement de son agression ?

─ Physiquement oui. Mentalement ça va prendre du temps. En restant silencieux, il garde pour lui certaines choses qu'il aurait besoins d'extérioriser. Tant qu'il restera muet, je ne pourrai pas l'aider correctement.

─ Des choses ? Vous pensez à des insultes ? Des menaces ?

─ Oui ce genre de choses. Une attaque homophobe est la plupart du temps accompagnée de violence verbale et physique. Un mot peut faire plus de mal qu'un poing. Malheureusement.

─ Mais on ne peut pas le forcer à parler.

─ Exact. Toutefois on peut le pousser à s'exprimer et la musique est un bon compromis.

─ Il y a un autre problème que vous ne me dites pas.

─ Ryder ne dort pas. Ou peu. Il a peur de s'endormir et lutte contre le sommeil. Et quand enfin il s'est assoupi, il se réveille en sursaut, paralysé et terrorisé. Les souvenirs de son agression remontent à la surface car c'est le moment où il est le plus vulnérable, où son esprit est ''ouvert''.

Jake écoutait attentivement ce que le Dr Moran lui racontait. Pour faire court, Ryder n'allait pas bien. Le jeune métis était prêt à tout pour l'aider.

─ Vous pensez que ma présence est bénéfique ?

─ Tu es son petit-ami, tu es important pour lui même si pour le moment il a dû mal à l'accepter. Une autre conséquence des mots qu'il a entendu cette nuit-là. Petit à petit, il va faire la part des choses. Alors, oui. Je pense que ta présence est indispensable pour sa guérison.

─ Merci. Vous ne pouvez pas savoir à quel point vos mots sont réconfortants.

─ J'ai une dernière question. Ça fait plus d'un an que vous vous fréquentez. J'imagine que tu avais déjà rencontré les parents de ton ami. Ils ne se sont jamais doutés de ce qui vous lie ?

─ Non je ne pense pas. Nous avons toujours été très discrets. Pour eux je suis le meilleur ami de leur fils. Rien de plus rien de moins.

─ Très bien. Tu reviens demain ?

─ Avec plaisir. Et encore merci Dr Moran.

OooOooOooOooO

Le lendemain, Jake se rendit à l'hôpital directement après le Glee club. Une fois encore, ses amis avaient tenté de lui soutirer des informations. La seule chose qu'il leur avait dit était que Ryder avait eu un accident et que les visites étaient restreintes à un petit groupe de personnes du fait de son traumatisme profond. Ce n'était pas à lui de leur dire la vérité. Ryder le ferait s'il en avait envie.

Arrivé dans le couloir, il intercepta le Dr Moran.

─ Comment va-t-il aujourd'hui ?

─ Il a peu dormi. Là il est au piano. Je lui ai dit que tu venais et il a commencé à jouer.

Tout en discutant, ils avaient rejoint la salle où se trouvaient les instruments. Ryder était installé au clavier et les autres jeunes s'étaient assis autour pour l'écouter

Demons (Imagine Dragons)

La dernière note flotta dans l'air encore un moment puis les applaudissements retentirent.

─ Vous aviez raison lorsque vous parliez d'extérioriser ses émotions par la musique.

─ C'est un début en tout cas, dit-elle. Une dernière chose avant que tu puisses le rejoindre. J'aimerai que tu évites de l'appeler par son nom. Les autres adolescents ne le connaissent pas et je veux que ce soit lui qui leur dise.

─ Vous pensez que ça va le forcer à parler ?

─ Peut-être. Peut-être pas. Je cherche ce qui pourra lever cette barrière qu'il a mis entre lui et nous. Tous les moyens sont bons.

Jake s'avança pour rejoindre la petite troupe. Ryder n'avait pas bougé du piano mais il avait dû sentir sa présence car ses épaules s'étaient crispées.

─ C'était très beau. Je ne savais pas que tu jouais aussi bien. Je crois que tu as des fans.

Il avait dit ça en dévisageant les autres jeunes qui semblaient en extase devant son ami. Comprenant qu'ils étaient sûrement de trop, ils mirent de la distance entre les deux garçons et eux.

Ryder s'écarta pour lui faire de la place et ils se retrouvèrent dans la même position que la veille.

─ Tout le Glee club te salue. Ils ont hâte que tu reviennes.

Le regard du jeune homme se teinta d'anxiété.

─ Je ne leur ai rien dit. Pour eux tu as eu un accident. Tu leur diras la vérité si tu veux. Ce n'est pas à moi de le faire.

Aussitôt son visage se décontracta, soulagé de ne pas avoir été mis sur le devant de la scène. Ses doigts se mirent à courir sur le clavier quelques secondes. Juste le temps pour Jake de reconnaître la chanson. Ryder se tourna vers lui. Le métis n'avait pas besoin de mots pour comprendre même s'il aurait donné cher pour entendre à nouveau cette voix qu'il appréciait temps.

─ Tu es sûr que tu veux que je t'accompagne ? Je ne suis pas certain d'être à la hauteur.

En réponse, il reçut un coup de coude dans les côtes. Jake se leva et attrapa la guitare. Les deux amis commencèrent à jouer.

Who We Are (Imagine Dragons)

Les deux instruments se suffisaient à eux-mêmes. En totale symbiose les deux adolescents n'avaient pas besoin de se voir pour jouer. Ils étaient dans leur monde. A vrai dire, ils faisaient plus que partager une chanson. Ils jouaient l'un pour l'autre avec leur cœur.

Le morceau toucha à sa fin. Jake reposa la guitare et fit rouler sa chaise au plus près de Ryder. Il plongea son regard dans le sien pour tenter de savoir si le moment était bien choisi pour lui faire part de sa demande. Il n'y avait aucun contact physique, juste visuel. Mais c'était la chose la plus intense qu'il avait vécu depuis l'agression de son ami. Il décida de se jeter à l'eau.

─ J'aimerais le voir.

Pas besoin d'aller plus loin dans sa requête, il savait que Ryder avait compris de quoi il parlait. Les yeux du châtain se fermèrent un moment comme pour fuir la réalité. Lorsqu'il les rouvrit, des larmes perlèrent avant de rouler doucement sur ses joues. Il détourna la tête et tendit son bras à Jake. Ce dernier le fit pivoter légèrement pour pouvoir accéder au creux de son poignet. Avec délicatesse, il remonta la manche de Ryder. La tatouage apparut. Plusieurs cicatrices barraient les cinq mots encrés sur sa peau dont une plus large que les autres. Ses agresseurs s'étaient acharnés à cet endroit. Jake passa son pouce sur l'encre et se mit à caresser avec tendresse le creux du poignet de son ami. Avant, il avait l'habitude de faire ça pour quémander un baiser. Là il savait que ça ne mènerait à rien mais peu importait. A la vue de ces blessures, il commençait à comprendre ce qu'avait enduré Ryder. Toutefois, il n'imaginait pas à quel point il avait pu souffrir et à quel point il souffrait encore. Ajoutant aux blessures physiques, la violence verbale, il ne pouvait imaginer le calvaire que vivait actuellement celui qu'il aimait.

Il leva les yeux vers le jeune homme dont les larmes continuaient de couler en silence.

─ Il est toujours aussi beau. Les cicatrices vont s'estomper peu à peu et il sera toujours aussi beau. Comme celui pour qui tu l'as fait.

La remarque fit sourire Ryder qui osa enfin regarder Jake dans les yeux.

─ Il prendra encore plus de sens. Il te rappellera la bataille que tu as mené pour refaire surface. Ce sera un morceau de toi à jamais. Au début il te rappellera des mauvais souvenirs mais petit à petit les bons moments remplaceront tes cauchemars. Il sera la mémoire du courage que tu as eu pour passer cette épreuve. Parce que je crois en toi. Tu es un battant. Tu as vaincu ta dyslexie et tu gagneras cette bataille également. Ça va prendre du temps mais je serai là pour t'accompagner. Je ne te lâcherai pas.

Jake vit une lueur d'hésitation traverser le regard de Ryder brouillé par les larmes. Et avant qu'il ne comprenne ce qu'il se passait, le châtain entrelaçaient leurs doigts comme au bon vieux temps. Le métis reprenait espoir. Il avait su trouvé les mots pour se rapprocher de son petit-ami. Il n'avait pas réfléchi, c'était sorti tout seul. Il porta leur main liées et déposa un léger baiser sur les doigts de Ryder comme pour sceller la promesse qu'il venait de lui faire. Il savait qu'ils devraient affronter des moments moins faciles que celui-là mais il n'était pas prêt de renoncer.

─ Désolé de vous interrompre les garçons, fit le Dr Moran. Il est temps de regagner ta chambre Ryder.

Ce dernier lâcha brutalement la main de Jake et se leva.

─ C'est un grand pas qu'il vient de faire à ton encontre, annonça la thérapeute dès que Ryder fut hors de portée.

─ Je m'en rends compte, déclara Jake.

─ Mais ? Tu sembles perturbé.

─ Il y a une question qui tourne sans cesse dans ma tête. Je ne comprends pas ce qu'il faisait seul au Scandal's. On s'était toujours dit qu'on n'y mettrait pas les pieds seul car même s'il y a peu d'incidents, la probabilité que ça arrive est grande. Lima n'est pas connu pour sa tolérance envers les homosexuels et on ne voulait pas courir le risque.

─ Pourtant, il y est allé sans toi.

─ C'est incompréhensible, murmura Jake plus pour lui que pour Elizabeth.

─ Rassure-moi, tu ne te sens pas coupable de ce qu'il lui est arrivé quand même ?

─ Rien que le fait que vous me posiez la question indique que vous avez déjà la réponse. Je me dis que si je n'avais pas annulé notre sortie ça ne serait peut-être pas arrivé.

─ ''Peut-être''. Tu viens de le dire ''peut-être''. Ou au contraire je ne serais pas en train de soigné seulement Ryder mais toi aussi. Qui dit que vous n'auriez pas été agressé tous les deux ? Ce qu'il s'est passé n'est en rien de ta faute. Ote-toi ça de la tête et concentre-toi sur ton amoureux.

Voyant Jake grimacer, elle haussa un sourcil interrogateur.

─ Quoi ?

─ Rien. C'est juste la façon dont vous venez de désigner Ryder. ''Mon amoureux'' ? On est sorti de l'école primaire depuis longtemps vous savez.

─ Oh. C'est ça qui te chagrine ? Tu préfères que je dise ton ''mec'' ?

─ Ok. Arrêtez le massacre.

─ Pourquoi es-tu gêné que je présente Ryder comme ton petit-ami ? C'est ce qu'il est pourtant.

─ C'est vrai mais... Je ne sais pas. Ça me fait bizarre de l'entendre dans la bouche de quelqu'un d'autre.

─ Et bien il va falloir t'y habituer car j'ai l'habitude d'appeler un chat un chat.

Elle se mit à rire et il l'accompagna. Pour un médecin, elle était sympathique et avait le sens de l'humour. Jake l'appréciait et il appréciait encore plus le fait de pouvoir discuter de tout et n'importe quoi sans avoir peur d'être juger.

─ Evitez juste d'employer ces termes en présence des parents de Ryder. Je ne pense pas qu'ils apprécient, annonça Jake en recouvrant son sérieux.

─ Comme je te l'ai déjà dit, votre secret est en sécurité.

Elle le salua et il rentra chez-lui le cœur plus léger. Cette après-midi avait signé un progrès énorme pour Ryder et il était fier d'avoir pu contribuer à cette avancée.

OooOooOooOooO

Cela faisait maintenant plusieurs jours qu'il retrouvait Ryder tous les après-midi après les cours. En y allant à cette heure-là, il n'avait aucun risque de croiser les parents de ce dernier. Le Dr Moran lui avait indiqué qu'ils ne venaient que le matin.

Un rituel s'était mis en place. Il rejoignait son ami dans la salle de divertissement après s'être enquit de son état. Puis ils s'installaient, Ryder au piano et lui à la guitare. Ils jouaient. Au début pour eux puis ils avaient mis en place un jeu avec les autres adolescents. Une sorte de blind-test karaoké. Ils jouaient une chanson que les autres devaient deviner avant de la chanter. Jake adorait l'ambiance qu'ils mettaient. Ils égayaient la vie des petits malades et en même temps cela faisait partie de la thérapie de Ryder. Bien qu'il ne parlait toujours pas, il avait fait des progrès énormes. Il n'évitait plus le regard de Jake lorsque celui-ci lui rendait visite. Il prenait même des initiatives. Il lui prenait la main, lui caressait le poignet ou la cuisse quand ils savaient qu'ils n'étaient pas observés.

Ça faisait maintenant une semaine que Ryder était hospitalisé. Jake avait la sensation qu'il allait se passer quelque chose. Que la situation de Ryder allait évoluer. Hier, son ami l'avait embrassé sur la joue. Cela aurait pu être plus s'ils n'avaient pas été interrompus.

Au lycée, les heures semblèrent s'écouler trop lentement. Jake n'avait pas la tête à étudier et voyait défiler les secondes. Il pensait à Ryder et à son envie de le retrouver au plus vite. Il irait dans l'après-midi comme d'habitude. Mais l'après-midi était encore loin. Au déjeuner, ses amis prirent des nouvelles de Ryder. Le jeune homme les informa qu'il se remettait peu à peu mais que les visites n'étaient toujours pas autorisées. Cela éveilla les suspicions des autres mais il coupa court à la discussion.

Au Glee club, si Mr Schuester se rendit compte qu'il avait la tête ailleurs, il n'en fit pas la remarque à son grand soulagement. Il écouta ses camarades chanter et se disputer pour savoir qui aurait le prochain solo. Il n'en avait que faire et cela lui semblait bien dérisoire comparé à la situation dans laquelle se trouvait Ryder. Lorsque la sonnerie libératrice retentit enfin, il fut le premier à sortir de la salle. Il était l'heure de rejoindre Ryder.


Le prochain chapitre sera publié mercredi. Je vous préviens tout de suite il sera plus musclé.