Yo ! J'ai terminé ce chapitre avant-hier. J'aurais dû le poster hier, mais j'avais zappé que je passais la soirée dehors avec ma maman et si en rentrant on avait dessoûlé j'avais quad même juste envie de dormir … Mes excuses.

Bon, comme je l'ai dit plus tôt, je suis pas éminemment convaincue par ce mouvement. Ni par le titre ni par le contenu. Il y a des parties que j'aime bien quand même, mais ça a perdu en structure. Bref.

Faites-vous votre propre idée.

J'espère que vous apprécierez quand même !

(Oh, et il y aura un quatrième mouvement, mais pour le coup je ne peux pas promettre qu'il arrive demain, j'ai plein de trucs à faire et il est encore très petit.)

Bonne lecture !

Le Dit de la Nuit

Troisième mouvement : Arioso estinto

« Écoute-moi bien, vampire, Vanitas vivra ou mourra. Plutôt mourir que devenir une sangsue, toujours. »

Axel grogna de rage, remarquant enfin ses liens, mais il était trop tard. Vanitas allait mourir, et lui aussi. Tout ça pour une histoire de fierté de loup … un loup. Vanitas était un loup. Pas un humain. Il était plus fort, il était une putain de créature magique. Il avait une chance. Pour la première fois depuis sa mort, Axel se mit à prier. L'eau bénite versée sur sa gorge le fit décoller de la réalité.

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Vanitas se réveilla.

Il n'aurait pas su décrire la première chose qu'il vit, ni l'ambiance, pas plus qu'il ne se sentait capable d'identifier les sensations qui lui parvenaient, mais en tout cas il se réveilla, et quelque chose à l'intérieur lui dit que c'était déjà pas mal. Et comme c'était déjà pas mal, satisfait de son effort, il se rendormit.

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Une semaine sans boire était une chose qu'Axel pouvait supporter. En temps normal, ou plus exactement, une chose qu'il avait supporté, qu'il aurait supporté avant l'apparition de Vanitas dans sa vie. La veille à peine, il avait bu tout son soûl et pourtant il sentait croître en lui le besoin de se sustenter. Maintenant qu'il avait mis le doigt sur ses sentiments, du moins, il pouvait comprendre mieux. Il ressentait principalement le besoin de Vanitas.

De là où il était, à croupir sous la demeure de la Meute, Axel pouvait entendre les loups discuter. Vanitas était en vie. Et si lui aussi l'était, c'était grâce à Sora. Le garçon avait pris sa défense bon gré mal gré, et Axel avait du mal à comprendre pourquoi. Il y avait bien entendu l'amitié qu'ils avaient tissé, mais qu'était-ce par rapport au lien qui le rattachait à son frère ? Est-ce que Sora ne devrait pas être emporté dans un torrent de fureur, de savoir qu'Axel l'avait trahi ? Le roux soupira. Non, cela, c'était une réaction à la Roxas. Ou même à la Vanitas. Mais Sora était la bonté même, alors malgré la hargne qui lui broyait très certainement les entrailles, il avait fait ce qu'il croyait être juste. Assez impressionnant, le vampire devait l'avouer.

Le jeune loup ne s'était pas encore réveillé, mais il avait gigoté, marmonné, des signes de sommeil, et pas de coma. Le guérisseur de la Meute était exceptionnel, et avait tiré Vanitas d'affaire sans une seconde d'hésitation. De ce qu'Axel avait entendu, c'était un homme glacé, patibulaire, renfrogné et très probablement frustré sexuellement, soit exactement le genre de type qu'il détestait, et pourtant il lui aurait baisé les pieds tant il avait de l'affection pour ce qu'il avait sauvé Vanitas.

Oh, Axel ne se faisait pas d'idées. D'ici peu, Vanitas se réveillerait, raconterait tout à la Meute – l'histoire de Roxas et l'attaque – et il serait décidé qu'il mourrait ainsi que sa sœur. Mais bon. Il avait déjà vécu beaucoup plus que ce qui était prévu au départ, et au moins, cette fois, il n'avait pas tout foutu en l'air. Il était juste triste pour Kairi, qui encore une fois subissait le contrecoup de ses sales manies. Un gémissement lui parvint, et il soupira. Sa fin approchait. Serait-il cruel d'avouer son très probable amour à Vanitas, juste avant que le soleil ne le brûle ? Enfin, Axel disait le soleil, ça pouvait être autre chose. Il était même possible que le loup lui plante un pieu dans le cœur. Serait-ce préférable ? Sans doute.

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L'odeur de Sora, et du sang. Plantée dans son bras, une perfusion. Vanitas n'était pas à l'hôpital – trop peu discret – mais bien chez lui, et la familiarité de ses draps lui chauffait le corps.

« Il se réveille. Vani, ça va ? Enfin, question bête, je veux dire, tu te sens comment ? »

Pour ce qu'il sentait, Vanitas aurait tendance à dire que ça allait, mais il fallait admettre qu'il ne sentait pas grand-chose. Bientôt, parvint à lui un élancement singulier, qui perforait son ventre et tirait sa peau. Ah, voilà donc ce qu'il devait sentir.

« Ça passe. »

Les yeux de Sora étaient rougis, il avait sûrement pleuré. Vanitas mit un certain temps à se souvenir de ce qui s'était passé. Ça lui paraissait vif, soudain, et pourtant presque attendu. Il se rappelait dans quel état il était, dans quel état il avait été, et la douleur qui lui tordit l'estomac, contracta son diaphragme et resserra ses os s'approchait contre son gré bien plus de l'inquiétude que de la sensation d'une blessure. Il se releva mollement, ignorant son frère qui le priait de rester tranquille et s'assit, le dos contre le mur, ramenant les draps sur ses jambes. Il réussit à maintenir sa perfusion en place et respira un grand coup. Il était parfois étonnant de constater combien le corps récupérait vite.

« Axel ?

—Ils l'ont mis en bas. »

À la phrase, Vanitas ne sut réprimer un rire. On avait l'impression que Sora parlait d'un meuble. La châtain baissa la tête.

« Tu avais raison, tu sais … à propos des vampires. »

Vanitas sentit ses yeux s'élargir à l'implication. C'était vrai, la situation était critique, il était certain que la Meute entière avait dû intervenir et dans ses conditions, la vie d'Axel ne pesait tout à coup sur la balance que le poids d'une plume. Ça n'était pas ce qu'il voulait.

« Je dois le voir. »

L'humain grimaça. Mais il devait s'y être attendu. Il se dirigea vers un coin de la pièce et Vanitas remarqua pour la première fois qu'on avait fichu dans sa chambre un fauteuil roulant. Ce fut son tour de grimacer.

« Je peux marcher.

—Non. »

Le ton de Sora était sec comme jamais il ne l'avais été. En regardant de plus près, le loup pouvait deviner que son frère était encore au bord des larmes.

« Tu n'as pas idée, Vanitas, pas la moindre idée d'à quel point j'ai pu m'inquiéter, d'accord ? Tu allais mourir, je croyais que tu allait mourir et c'était ma faute. Merde, Vani, c'est pas possible, d'accord ? Hein ? Tu peux pas me faire ça, nous faire ça, à toujours foncer en première ligne comme un con. Je t'écouterai plus, promis, mais s'il-te-plaît, ne me prouve plus jamais que j'avais tort. D'accord ? »

Sora était tout fait de pleurs et de sanglots et de jurons incohérents. Vanitas ne l'avait jamais vu comme ça. Le garçon cria.

« Putain, d'accord ?

—D'accord. »

Et Vanitas n'osa rien dire quand son frère le fit s'asseoir sur la chaise à roues, peu importe combien il se sentait humilié. Les rôles étaient inversés et la main de Sora réchauffait son épaule aussi sûrement qu'une bouillotte, tremblotante et moite. Vanitas n'eut pas le temps de formuler sa pensée en ce qui concernait les escaliers que Riku et Xion aidaient à porter son fauteuil pour descendre. À la vérité, ça ne s'avérait pas désagréable. Une fois en bas, on le mit face au vampire, enchaîné, et Sora comprit bien vite qu'il voulait être laissé seul avec Axel. Il n'avait pas beaucoup de temps – seulement jusqu'à ce que Xemnas apprenne son réveil et que Vexen se rue sur lui pour l'incendier en bonne forme.

« Salut. »

Axel se demandait comment il devait réagir. Son corps parla avant sa tête.

« Ça va ? »

Il aurait voulu se donner des baffes. Vanitas était en fauteuil roulant ce qui, à sa connaissance, était très loin d'être un signe de conne santé. Le loup se contenta de hausser les épaules, comme si la situation était parfaitement anodine.

« Pardon. »

Ça aurait dû être à Axel de dire ça, mais le roux sentit le désespoir se jeter sur lui en entendant les paroles de Vanitas. Il se cogna la tête contre le mur derrière, pour sentir quelque chose. Tant qu'il le pouvait.

« Alors je vais vraiment mourir ? »

C'était rhétorique. Il s'y était déjà résigné.

« Non. »

Il était perdu, le petit vampire, ça se voyait, et Vanitas eut un rictus, heureux d'être pour une fois celui qui avait les cartes en main.

« Écoute … »

Vanitas hésitait à s'excuser encore, mais son égo objecta. Il avait certes été en tort mais n'avait pas à s'expliquer sur le sujet. Il avait fait de la merde, comme d'habitude, mais à l'inverse d'Axel, il n'avait pas failli tuer quelqu'un – quoiqu'il avait déjà failli tuer Axel.

« Je n'ai pas particulièrement envie de voir tes cendres se disperser. Ça serait un engrais horrible pour les plantes, on risquerait l'apparition d'une nouvelle fleur moche et il y en a déjà assez comme ça. Alors je viens te proposer quelque chose. J'y ai réfléchi. »

C'était un mensonge assez évident, Axel le devinait, parce que même s'il l'avait voulu, Vanitas n'aurait pas eu le temps de penser correctement à ces choses. Il était curieux, ceci dit, du marché qu'allait lui proposer le loup, qui le tenait par la gorge et par les couilles. Mais Vanitas ne semblait pas prêt à parler de suite. Il regardait, pour l'instant, combien le roux semblait avoir perdu en même pas deux jours autant de poids qu'il en avait gagné en deux mois. La peau blanche s'étiolait, se déchirait et avait repris une translucidité inquiétante. À cet instant, Axel était plus proche du zombie que du vampire, loin de l'élégance déplacée qui suivait chacun de ses gestes, de la magnificence tordue des mines qu'il prenait, de la flamme dansante et disloquée qui allumait ses yeux. On avait appuyé sur son bouton OFF, on l'avait détruit autant que faire se peut, et Vanitas pourtant trouvait encore là les lambeaux de sa beauté naturelle. Vanitas soupira en constatant que son paquet de cigarettes ne reposait pas dans sa poche.

« Je veux que tu renonces Roxas.

—Impossible. »

L'objection se prononçait d'une voix faible mais sûre, dépitée. Axel ne refusait pas les termes qui lui étaient proposés, il remarquait simplement combien ils étaient irréalisables. Il aurait inventé l'écran solaire pour vampire avant d'oublier Roxas. Vanitas eut un tic du sourcil et reprit, ignorant l'intervention du roux.

« Aussi, je te demanderai de ne plus jamais me mentir. Ne me fais pas ces yeux. Je veux un nouveau contrat, mais un véritable, cette fois-ci. Un contrat vampirique en bonne et due forme, dont je déterminerai les closes. Notamment, je détiendrai une partie de ton énergie vitale. »

Axel serra les dents, se demandant si ça ne risquait pas d'être pire que la mort. Mais le contrat ne serait pas éternel, puisque Vanitas était mortel. Il ferma les yeux d'un coup sec. Pas encore. Il allait encore s'amouracher d'un vivant, et n'était pas sûr que ce qui lui restait de cœur pourrait tenir la route après ça. Il ramena ses boules d'acide sur le monde.

« Pourquoi ? »

Vanitas se tortilla sur sa chaise. Il avait dans sa tête des choses qu'il ne voudrait jamais admettre, et chercha parmi elles des demi-vérités assez convaincantes et pertinentes pour être formulées là.

« Sora. Je dois le protéger. Et je ne suis pas encore assez fort. »

Et je ne veux pas que tu meures, me demande pas pourquoi, je veux pas me poser la question, je veux pas savoir pourquoi je préfère encore être tué mille fois que te voir en poussière, ça m'intéresse pas, ne me demande pas, tais-toi, prends ce que je te donne et rien de plus, je m'ouvre déjà beaucoup trop, faut pas approfondir, pas se dire entre quatre yeux que j'ai un genre d'affection pour toi, il faut y aller doucement, garde ton silence, laisse-moi le mien, ne pose pas tes questions.

« Ce contrat prendra fin avec l'automne. Là, nous partirons, avec la Meute. C'est ce qui était prévu depuis le début. Quand j'aurai mon diplôme, on ira se trouver une nouvelle résidence. Les loups ne sont pas sédentaires, et Xemnas n'a accepté de rester ici si longtemps que parce que je devais finir mes études ici. Après ça, je ne veux pas que tu reprennes contact avec Sora. »

Mais s'il-te-plaît, quand tu signeras, remarque bien que je ne parle que de Sora, qu'il n'est rien dit en ce qui concerne tes contacts avec moi, je voudrais pas t'interdire ça, je veux pas m'interdire ça, je peux pas nous interdire ça.

« Et Kairi et toi nous donnerez des informations sur les vampires. Je pense que ça sera tout. Est-ce que tu acceptes ? »

ou est-ce que tu meurs, est-ce que tu tues ta sœur comme logique fin à tout ce que tu lui as fait subir jusque là ?

Axel eut un rire sale. Opina du chef. Vanitas prit une grande inspiration. Il ne lui restait plus qu'à convaincre Xemnas que cette merde était une bonne idée. Il aurait besoin de toutes ses capacités. Et de celles d'Axel. Transformant sa bouche en une gueule velue, il mordit son propre bras et le mit juste sous le nez du roux.

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Après un peu plus d'une semaine de débats et de réactions diverses et variées, allant de l'incompréhension la colère, le contrat fut signé au sang et Vanitas se sentit reprendre toutes ses forces et plus encore. L'esprit à nouveau aussi vif qu'auparavant, il commençait franchement à questionner ses motivations et sa décision. Mais il n'y avait plus de retour en arrière possible. Au pire, ça n'était jamais que deux mois et demi. Cette pensée serrait quelque chose en lui, sûrement pas son cœur mais peut-être bien ses poumons, ou alors ses intestins, peut-être juste ça, peut-être ça le faisait juste chier.

Il ne se croyait pas lui-même, au fond, mais sa force d'auto-persuasion était aussi forte que l'on pouvait se le figurer. Il se répétait des mensonges familiers.

Je ne fais qu'utiliser Axel.

Je maîtrise la situation.

Je voulais juste protéger Sora.

Je n'aime pas Axel.

Tout va bien.

Je comprends ce qui se passe.

Et cette litanie lui apportait le sommeil le jour comme il passait ses nuit debout entre le manoir et la maison, entre révisions et Axel, quoiqu'il ne sache toujours pas ce que signifiait exactement sur son emploi du temps 'Axel'. Les heures à lire à côté de lui ? Les engueulades, toujours douloureuses, toujours furieuses, jamais longues ? Le désir dans son sang ? Le regarder écrire ? Ne pas oser lui poser de question sur Roxas parce qu'il n'avait plus la liberté de mentir ? C'était flou et inconstant, sans doute à leur image à tous les deux, c'était un temps fantôme particulièrement vivant, un contraste harmonieux de la guitare électrique et du piano, du blanc et du noir, et ça n'avait pas de sens parce qu'ils n'auraient pas dû se compléter, parce qu'ils étaient beaucoup trop pareils pour ça. Xion tourna distraitement une page de son magasine.

« Tu es amoureux de lui ?

—Non. »

Réponse rapide, automatique, la même qu'il se forçait à formuler chaque fois que la question se pointait sous son crâne. Xion tourna une nouvelle page – visiblement, elle ne lisait pas vraiment. Elle grimaça.

« Cette jupe est horrible. Limite horrifique. Un peu comme ta relation avec Axel.

—On n'a pas de relation.

—Et le contrat ?

—Bien. On a une putain de relation contractuelle, c'est pas horrifique. »

Il buvait un café glacé, et elle un jus de pomme. Il s'était levé quelques minutes plus tôt, et elle ne tarderait pas à aller se coucher. Il la voyait de moins en moins, et évidemment, cela manquait. Il voyait bien combien il s'était décalé, et la vague de chaleur passée, il n'avait même plus la canicule pour excuse. Sa seule aide était que son frère s'astreignait aux mêmes horaires, faisant la cour à sa chère et tendre. Axel ne disait rien à ce sujet, et en cela résidait la plus grande douleur. Il se murait dans le silence, comme s'il n'avait pas le droit d'en parler, comme s'il craignait que Vanitas se serve de ça contre lui – ce qu'il finirait sans doute pas faire, mais et quoi ? Il s'agissait de Vanitas – comme si le peu de confiance qu'ils avaient établi les derniers mois s'étaient évaporés.

Le brun parlait de confiance, mais ça n'était pas un fait avéré. Il ne s'était totalement ouvert à Axel qu'une seule fois, avec le piano, et il en avait souffert. Il ne savait toujours pas ce que le vampire écrivait si avidement. Maintenant qu'il y pensait, ils ne se connaissaient pas vraiment.

« Si. Je paries ce que tu veux que tu es en train de penser à lui – est-ce que cette fille a un mono-sourcil ? Ah, non, c'est la photo.

—Alors tu me dois quelque chose.

—Tu mens. »

Il rugit, et balança le livre qu'il tenait par terre. Il n'arrivait de toute façon pas à se concentrer dessus. Il caressa un moment l'idée de se mettre, comme Xion, aux magasines nazes, pour s'occuper les yeux et pas trop la tête. Puis rejeta la pensée en bloc. Il opta pour changer de sujet.

« Et toi alors ? Avec Riku.

—Tu fuis, Vani.

—Toi aussi. »

Elle ne répondit pas, se plongeant avec une concentration surdimensionnée dans la lecture d'un article sur les vertus de la lavande, ponctué de force de placement de produits.

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Ça n'était pas le genre de situation que Vanitas appréciait. Dans chacune des maisons où la Meute avait habité, il tendait à éviter le bureau de Xemnas, beaucoup trop formel pour lui. Mais il savait que ça ne pouvait pas durer. L'alpha le fixait de ses yeux jaunes, ses cheveux gris courant librement sur ses épaules, les traits durs. À ce qu'il sache, il n'avait pas fait de magistrale connerie ces derniers temps – du moins, pas depuis qu'il avait failli se faire tuer – et n'avait donc aucune raison de se trouver là. Sauf si … il grogna.

« Comme tu t'en doutes sûrement, j'ai pris ma décision, Vanitas. »

Saïx était là aussi, debout derrière le fauteuil du plus âgé, les bras croisés dans le dos, droit comme toujours.

« Tu sais que je n'en ai plus pour très longtemps. »

Vanitas se contenta d'opiner du chef et de se redresser. Xemnas avoisinait les quarante ans et rares étaient les lycanthropes qui atteignaient le demi-siècle. Après tout, un véritable loup ne vivait même pas une dizaine d'années dans la nature, et a maxima vingt, en captivité.

« Tu me succèderas. À la prochaine pleine lune, tu m'accompagneras enchaîner Saïx. Tu me suivras également quand je chercherai notre nouveau logement, et tu y auras ton propre bureau. »

Vanitas ne pouvait pas refuser. Et même si ça le faisait royalement chier, il l'avait su il y a bien longtemps, que ça serait son rôle. Ils étaient un petit groupe d'une dizaine d'individus, et à défaut d'être le plus sociable d'eux, il était le plus puissant. Riku aurait été un candidat aussi, si seulement il avait été de nature dominante. Vanitas aurait bien vu Xion comme alpha, de son côté, mais elle n'était pas assez rodée au combat, et les autres loups la voyaient plus comme une amie que comme un chef, à la différence de Vanitas, qui, eh bien, était loin d'être le plus amical du lot.

« Tu peux disposer. »

Il était heureux de n'avoir pas eu à prendre la parole de tout l'entretien, et quitta le bureau après avoir salué son alpha.

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Vanitas remercia Kairi quant à ses éclairements sur les routes commerciales du siècle dernier. Son cours expliquait bien d'où à où elles allaient, mais ne daignait pas démontrer le pourquoi du comment, ce que la vampire savait faire. Elle allait sortir, quand il la retint d'un regard. La main sur la porte, elle bascula le bassin pour lui faire à demi face, les sourcils hauts sur le front.

« Sora. T'en penses quoi ? »

Elle eut un éclat de rire et, décidant que cela résumait bien sa pensée, elle se contenta d'envoyer un sourire à Vanitas avant de sortir. Il grogna en rangeant vaguement ses affaires de cours, ne gardant qu'un livre et un crayon. Assis à la table à côté, Axel était encore en train d'écrire, tapant frénétiquement sur son clavier. La panne d'inspiration, il ne connaissait pas ? Ils restèrent un long moment ainsi, sans parler, l'un à lire et l'autre à écrire, et Vanitas ne prêtait tellement plus attention au pianotement de l'ordinateur qu'il ne remarqua pas qu'il s'était arrêté avant d'entendre le ronron de la machine à café. Il ne releva pas pour autant les yeux de son livre, parce que pour une fois qu'il arrivait à être vraiment dedans, il ne voulait pas gâcher ça.

« Café ?

—Pose-le sur la table. »

La tasse émit un claquement sec en rencontrant le bois, et Vanitas sourit. Il était si facile d'énerver le roux. Peut-être s'était-il attendu à un 'merci' ? Quelle idée, aussi.

« J'ai faim.

—Attends.

—Quoi ?

—Que j'aie fini. »

Le vampire se mit à faire les cent pas autour de lui, pas patient le moins du monde. Il semblait nerveux. Depuis qu'il avait presque vidé Vanitas, il semblait changé. Le loup se demandait si c'était parce qu'il ne voyait presque plus Sora, mais ça semblait surréaliste. Il ne se plaignait même pas à ce sujet. Était-il frustré à ce point ? Vanitas tenta de faire abstraction de l'agitation d'Axel, mais c'était peine perdue. Au bout d'à peine trente secondes, il jeta son livre sur la table. Les yeux d'Axel se jetèrent instantanément sur lui.

« Tu as fini ? »

Vanitas haussa un sourcil sceptique.

« Non.

—Mais ?

—Mais tu fais trop de bruit. Je rentre chez moi. »

Le vampire semblait outré par l'idée. Comme Vanitas se levait, il se plaça en travers de la porte. Le brun soupira, il voulait juste sortir.

« Je reviendrai dès que j'aurai fini. Dégage du chemin.

—C'est mort. »

Vanitas faillit ajouter 'Comme Roxas', mais quelque chose en lui le retint. Il n'aimait pas particulièrement cette sensation. Il bouscula le vampire, qui trébucha faiblement sur ses propres pieds.

« J'ai faim.

—Et moi j'ai besoin de bosser.

—Tu pourras bosser après. »

Vraiment, Axel n'avait aucune raison de se montrer aussi chiant. Mais il était au moins aussi égoïste que Vanitas, et ça ne rendait pas la communication facile.

« Tu sais bien que non. Plus tôt tu me laisses me barrer, plus tôt je reviens, plus tôt tu bois. »

Axel ne répondit rien, mais ne bougea pas de sa place. Ses yeux n'étaient même pas rouges, il n'était pas affamé, ni passé en mode chasse. Il avait juste envie d'être égoïste, alors. Quelque chose dans ses yeux laissait pourtant envisager autre chose.

« J'ai faim maintenant.

—J'peux savoir c'qui t'prend ? Kairi m'a dit qu'tu passais des semaines sans boire avant, alors y a quoi ? Tu peux bien attendre quelques heures, non ?

—Y a bien un truc appétissant que j'ai rencontré y a pas longtemps. »

Voilà quelque chose d'Axel que Vanitas reconnaissait, cet air de connard fini, lubrique et prédateur. Pas quelque chose qu'il appréciait pour le moins. Il voûta le dos, l'air menaçant.

« La ferme ! Qu'on soit bien clair, je t'interdis de parler de mon frère comme ça.

—Je parle pas de ton frère. »

Vanitas aurait voulu l'accuser de mensonge, mais le contrat l'en aurait empêché, et puis le regard qu'Axel posait sur lui l'aurait de toute façon détrompé. Il écarquilla les yeux.

« Mais t'es vraiment dégueulasse, même pour un bouffe-mort ! »

Axel eut un hoquet, comme s'il n'avait pas été tout à fait conscient de ce qu'il venait de faire. Il confronta le regard de Vanitas, furieux, et ça n'était pas une bonne idée si l'idée était de calmer sa faim. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il ouvrait la bouche pour mordre le loup, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le penser, un poing s'écrasa dans sa mâchoire. Le vampire ne songea même pas à repousser le pied qui s'écrasa sur sa cage thoracique, menaçant de lui briser les côtes. Le contrat avait octroyé à Vanitas une rapidité et des sens accrus, si bien que s'ils se battaient à nouveau sérieusement, Axel n'avait aucune idée de quelle serait l'issue du combat. Ou plutôt, il avait une idée dans la tête à laquelle il n'avait pas envie de penser sérieusement. Parce qu'il était beaucoup trop bandant d'imaginer Vanitas, couvert de son sang pourri, prêt à le tuer. Ah, ses fantasmes n'allaient pas dans le bon sens. Sous le poids du loup, Axel sentit un craquement. Il gémit faiblement, laissant à regret le lycan se transformer, et quitter la demeure à toute pattes. Ça n'était que partie remise. Et peut-être pas à aussi longtemps qu'il ne croyait … Vanitas avait oublié son sac, tout à sa colère qu'il avait été.

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Contrairement à ce à quoi Axel s'était attendu, le brun ne revint que plusieurs heures plus tard, alors que le ciel commençait déjà à s'éclairer. Maudit été. Quand il entra dans le manoir, ce fut le sourire du vampire qui l'accueillit.

« Kairi n'est pas rentrée ? »

Le sourire se transforma instantanément en grimace.

« Qu'est-ce que vous avez tous avec Kairi ? »

Et ce fut au tour de Vanitas de s'amuser de la situation. Il prit ses aises, se servant à boire. Ses cheveux lui tenaient incroyablement chaud. Il caressa l'idée de les couper court, mais rien que de se souvenir de la tête qu'il avait eue quelques années plus tôt lui fit froncer le nez. Il s'assit sur la table, en face d'Axel qui referma son ordinateur. Vanitas eut un rictus moqueur. Alors le vampire n'était pas vraiment occupé avant qu'il n'arrive – sans quoi il aurait terminé ce qu'il était en train de faire avant de s'intéresser au brun. Ça n'était pas tant l'inaction d'Axel dont Vanitas se moquait, mais du besoin qu'avait eu le roux de faire croire qu'il était occupé. Comme pour se rendre intéressant.

« Jaloux de ta propre sœur ?

—Non.

—Alors ça ne te gêne pas qu'elle soit très probablement avec Sora ?

—J'ai renoncé à Sora. »

Encore une fois, Vanitas aurait préféré ne pas savoir que le roux lui disait la vérité. Il savait gérer le désir du roux pour Sora, plus ou moins, et ce savoir était un avantage quand il s'agissait de tenir le vampire par les couilles. C'était une arme en moins à la panoplie du brun.

« Et à Roxas ?

—Tu sais très bien que ça ne se fera pas comme ça. »

Cela, du moins, n'était pas perdu.

« À table ? »

Le sourire qui déforma le visage d'Axel était malaisant, mais Vanitas était trop habitué pour tiquer. Il se contenta de pencher la tête sur le côté et d'écarter ses cheveux. La bouche du vampire était glacée et dure, sa salive comme un éclat d'eau froide sur la peau. La sensation était bienvenue dans l'aube chaude qui se dessinait dehors, et fit presque oublier à Vanitas celle du sang qui quittait son corps pour en rejoindre un autre. Il se sentait nécessaire. Il se demandait si c'était ce que ressentaient les mères qui donnaient le sein à leur enfant, et cette pensée lui donna la nausée. Être la mère d'Axel n'était pas son désir le plus fou. Des mains froides agrippèrent ses hanches et il apprécia le geste. Jusqu'à ce qu'elles ne remontent.

« Tu fous quoi ? »

Sa voix était cassée, et il préféra penser que c'était à cause de la position de son cou. Les crocs quittèrent sa chair quelque secondes, et il sentit les lèvres s'étirer en un sourire contre sa peau.

« J'ai envie. »

Il était étourdi, et ne réagit que quand l'une des mains était à hauteur de ses côtes.

« Eh bah on fait pas toujours ce qu'on veut, mon mignon. »

Ça ne suffit pas à arrêter Axel, et Vanitas dut se reculer avec tout ce qu'il pouvait, les lèvres s'arrachant à son cou avec un bruit de succion épouvantable et les canines déchirant sa peau. Axel tenta de reprendre son repas, mais, comme le loup se recula encore, il dut bien lui faire face. Ses yeux étaient rayés de rouge et de vert, et ses lèvres étaient recouvertes de sang. Vanitas plaqua une main contre son cou. Ça cesserait bientôt de couler, alors ça n'était pas très utile, mais c'était un réflexe. Axel pencha la tête sur le côté et sourit avec une fausse innocence qui ne lui allait pas une seconde.

« Allez … »

Les canines étaient encore sorties, jaunies du mélange de bave et de sang. Vanitas haussa les sourcils, hautain.

« Frustré, peut-être ? Retourne te branler sur le cadavre de ton ex. »

Coup de boule. Les canines perçant sa joue si profondément qu'il en sentit les pointes sur sa mâchoire. S'il reculait encore, sa joue allait se déchirer. Il ne pouvait pas non plus parler. Fort heureusement, Axel finit par se retirer, et il put lui décocher un coup de genou un peu hasardeux. Les mains d'Axel étaient toujours accrochées à son torse, les ongles traversant la peau. Le roux écumait. Il avait planté ses yeux dans ceux de Vanitas, le regardant sans un mouvement, tentant de masquer combien sa colère s'attaquait à chacun de ses organe, impétueuse et violente.

« C'est quoi ce regard ? Moi aussi, tu veux me tuer ? »

Les ongles s'enfoncèrent plus profondément, jusqu'à ce que Vanitas sente du sang couler sur son ventre. Mais la face du vampire avait changé du tout au tout. Il semblait sur le point de pleurer. Ce qui était pour le moins désarçonnant.

« Sûrement pas. Tout sauf ça. »

Vanitas éclata de rire, parce qu'il n'y avait sincèrement aucune autre réaction dont il aurait été capable. Tant de sincérité et de mièvrerie ne ressemblait pas à Axel, c'était hors du personnage, en fait, il était vraiment mort, cette nuit-là, et au lieu de l'amener en enfer au dieu-sait-où, on l'avait transporté dans une dimension parallèle, similaire mais pas identique. Une main quitta ses côtes pour attraper sa mâchoire sanguinolente. Axel lécha longuement sa joue, redescendit dans son cou et remonta encore, suivant la ligne du sang coulé.

« Moque-toi si tu veux, Vanitas. »

Axel le regardait à nouveau. La rage était revenue, sans cacher tout le reste, toutes ces choses sur lesquelles Vanitas ne voulait pas mettre de mot. Mais sur lequel Axel savait mettre des gestes. Le roux approcha son visage, colla leurs lèvres et mordit celles de Vanitas, les forçant à ouvrit la bouche. Il avait fermé les yeux, et le brun remarqua qu'il portait de l'eyeliner. Il aurait voulu, vraiment, se détacher du baiser au point de se demander comment Axel avait fait pour s'en mettre, sans pouvoir voir son reflet, mais une partie de lui était bien trop occupée à lutter contre les sensations qui lui tombaient sur la gueule pour qu'il réfléchisse aussi vivement qu'à l'accoutumée. Les lèvres d'Axel étaient exigeantes et pourtant étrangement douces, mais c'était sûrement dû à la texture du sang qui y était encore accroché. Le vampire se recula, déçu de n'avoir reçu aucune réponse. Vanitas portait un masque imperturbable.

« Mais demande-toi pourquoi tu ne m'as pas laissé mourir. La vraie raison. »

Vanitas inspira un grand coup pour ne pas laisser voir qu'Axel venait de mettre le doigt sur ce qui lui tiraillait le crâne. Il se dégagea simplement et se dirigea vers la salle de bain, pour laver tout ce qui avait débordé. Il fronça le nez. Son T-shirt était foutu.

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« Tu as couché avec Kairi ?

—Tu peux le dire plus fort, si tu veux vraiment que toute la Meute l'entende. »

Vanitas regardait Sora avec un air éberlué. Bien entendu, il savait que Sora était supposément amoureux de la fille, qu'il était attiré par elle, et que l'attirance était réciproque, mais faire rentrer cela tout à coup dans le domaine du réel lui demanderait un certain temps d'adaptation. Il pouvait dire sans se tromper que Kairi était une personne bien. Il restait qu'elle était un vampire, et au-delà du racisme de base, cela impliquait quelques complications. Sora s'était pour l'instant habitué à la vie nocturne, certes, mais Vanitas le connaissait. Son frère était un garçon du soleil, il ne pouvait pas vivre sa vie dans l'ombre, et le brun se disait même que c'était pour ça qu'il n'avait pas hérité des pouvoirs de leur mère. Sora était un humain, fait pour vivre comme les humains, avec eux. Il n'était pas envisageable qu'il s'éloigne des loups pour l'instant, mais les lycanthropes pouvaient être diurnes comme nocturnes, et la Meute ayant plusieurs jeunes et besoin de revenus, avait en l'occurrence choisi de vivre principalement de jour. Vanitas balaya ses pensées, il devait répondre, résumer son idée.

« C'est un vampire, Sora ! »

Son idée était tellement résumée que l'on revenait au racisme pur et dur, ce qui n'était pas son intention. Sora lui jeta un regard furieux, et Vanitas sentit le besoin de s'aplatir dans un coin. Il détestait quand son frère était en colère contre lui.

« Je t'en prie, Vanitas, c'est pas comme si tu couchais pas avec Axel. »

Le besoin de s'aplatir disparut aussi vite qu'il était apparu et Vanitas se redressa en un sursaut, honnêtement surpris.

« Pardon ?

—J'ai bien vu comment vous êtes ensemble et je suis content pour toi, même s'il n'est pas très … stable. Je te demande juste de me rendre la pareille.

—Mais je ne couche pas avec Axel ! »

Sora pencha la tête sur le côté, sa colère était un peu retombée et il semblait ingénu à nouveau, enfantin. Même sans le côté 'Kairi' de l'histoire, réalisa Vanitas, il aurait été choqué de savoir que son frère avait connu l'Acte Sexuel. Les informations complémentaires empiraient juste la situation.

« Pourquoi tu mens ? »

Ça n'était pas agressif, c'était une vraie question. Comme si Sora était tout à fait convaincu qu'il couchait effectivement avec Axel. L'idée que son frère dise la vérité ne l'effleurait pas.

« Sora, tu crois vraiment que je me tape ce type ? Tu sais qu'il a failli me tuer ?

—Je croyais que c'était une dispute de couple qui avait mal tourné.

—Tu – »

Vanitas abandonna sa phrase, trop soufflé pour la terminer.

« Et tu es aussi au courant qu'il te fait la cour depuis qu'on se connait ? »

Sur ce, Sora eut un grand sourire, lumineux et simplement amusé.

« Il a arrêté de me 'faire la cour' il y a au moins un mois.

—Il t'a dit pourquoi ?

—Oh, non, il n'a rien dit, et je crois que lui-même ne s'en est pas rendu compte. Mais il est clair que de nous deux, je ne suis pas celui qui l'intéresse le plus.

—Tu débloques. Il pense que tu es Roxas. »

Le châtain haussa les épaules. À ça, il n'avait pas de réponse, mais après tout, les sentiments étaient des choses changeantes, et même si Axel n'oublierait sûrement jamais Roxas, il pouvait tomber amoureux d'un autre. D'un geste vif de la main, Vanitas clôt le sujet.

« Et qu'est-ce que tu comptes faire ?

—Hm ?

—Avec Kairi. C'est un vampire – et ne me sort pas un discours sur l'égalité des races, je sais qu'elle a autant de sensibilité que nous, mais ça n'est pas le sujet. Elle va vivre quelque chose comme, l'éternité, et toi encore quatre-vingt ans, au plus. »

Vanitas ne précisa pas, et moi, moins de trente ans, mais ça se sentait, qu'il y pensait. Ça n'était pas pertinent dans la conversation, mais quand le sujet était abordé, il se rendait compte de combien il ne pourrait pas être toujours là pour son frère. Il allait le laisser seul, vieillir sans lui. Et si Sora s'engageait avec une vampire, alors il serait tout seul à vieillir, tout seul à subir ça.

Vanitas se revit, des années plus tôt, rejoignant la Meute, faire face à Xemnas du haut de ses six ans pour le convaincre de ne pas les séparer. Il aurait peut-être dû écouter l'alpha, laisser Sora grandir parmi les humains, dans un foyer ou un orphelinat humain, le laisser grandir loin de lui, loin du danger, avec des gens qui étaient comme lui.

« Je ne sais pas … Je n'y ai pas pensé. »

Bien entendu, il aurait du s'en douter, venant de son frère. Il n'avait pas sincèrement envie de séparer Kairi de Sora, il savait qu'elle prendrait soin de lui, qu'elle était assez forte pour le protéger, mais il savait aussi que de tout ce qu'il avait entendu, jamais une histoire entre un vampire et un humain ne s'était bien finie. Il était impératif que ça se termine maintenant. Alors il devait réfléchir comme son frère réfléchirait s'il réfléchissait, et trouver les bons arguments. Facile.

« Tu vas mourir avant elle. Tu l'aimes, pas vrai ? Est-ce que tu veux lui imposer ça ? »

Sora écarquilla les yeux. Non, il ne voulait pas imposer ça à Kairi, loin de là, il n'avait pas envisager les choses sous cet angle-là, l'angle de Kairi et de ses souffrances à elle. Sans s'en rendre compte, il s'était montré égoïste. Et il avait la cruelle impression qu'il était trop tard.

« Je vais … en parler avec elle. »

Vanitas voulut le contredire, parce qu'il était évident qu'elle n'était pas du genre à s'épargner elle-même. Il ne parla pas non plus à son frère du mariage vampirique. Il ne voulait pas le voir reprendre espoir, être heureux, joyeux à l'idée de passer l'éternité sans lui.

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« Axel ? Tu veux bien me mettre de l'eyeliner ? »

Le roux releva les yeux de son ordinateur pour regarder sa sœur, qui lui tendait le tube en question. Il sourit doucement. Depuis qu'elle était en contact avec la Meute, elle se souciait moins de son image, et Axel l'avait vue reprendre confiance petit à petit. C'était un ensemble de gestes banals qui seraient passés inaperçus s'il n'avait pas passé plus d'un siècle avec elle, sans doute. Son regard ne se plissait plus chaque fois qu'elle croisait une glace ou une vitrine, une fenêtre dans laquelle elle se serait vue si elle avait été vivante, elle ne cherchait pas à se voir dans les regards qu'on lui lançait, n'était plus en quête de l'approbation de quiconque quant à son apparence et s'était autorisée plusieurs fois à sortir telle qu'elle était, avec des jeans lâches ou des shorts sales, des chaussures plates. Il appliqua le maquillage d'une main habile – il pourrait devenir maquilleur professionnel, avec l'expérience qu'il avait. Elle rouvrit les yeux, papillonna un moment, et laissa Axel lui mettre aussi du mascara, et un peu de gloss. Elle le regarda dans les yeux.

« Est-ce que je suis jolie ? »

Ça faisait des mois qu'elle ne lui avait pas osé la question, mais il savait déjà qu'elle avait changé de sens entre temps.

« Tu es magnifique. Tu n'es pas ma petite sœur pour rien. »

Et, pour la première fois depuis cent vingt-sept ans, elle le crut, totalement et sans réserve.

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Vanitas se trouvait à nouveau allongé dans la chambre d'Axel, et la scène lui rappelait celle qui l'avait mené à cette situation, plus proche qu'il n'y croirait. Il s'étira, peu enclin à se lever immédiatement. Il n'avait plus grand-chose à faire de toute façon. Il avait révisé à peu près tout ce qu'il devait pour ses rattrapages – ou du moins assez pour les réussir sans plus d'effort, à défaut d'obtenir des notes exceptionnelles – et avait donné à manger à Axel (il avait vraiment l'impression de parler de son enfant quand il employait ces termes), il pouvait se permettre de paresser pendant les deux prochains mois sans culpabiliser. Se préparer pour le suite.

Il inspira un grand coup, et prit une gorgée de la tasse de chocolat refroidi posée sur sa table de chevet. Il grimaça à l'idée qu'il avait enregistré le meuble comme étant sien, alors qu'il était chez Axel. Sora avait sans doute raison, quand il disait qu'ils agissaient comme un couple. De toute façon, tout était de la faute de Sora. Sans lui, ils n'auraient même pas rencontré les vampires en premier lieu. Rien que l'idée de la galère de septembre lui donnait un mal de crâne. Il y aurait d'abord ses partiels, puis il faudrait qu'il aille à la recherche de leur prochaine demeure, en éclaireur avec Xemnas, et enfin la séparation d'avec les vampires. Avec celle-ci viendrait la décision de Sora. De ce qu'il avait entendu, la rousse ne lui avait pas parlé de mariage, il était encore ignorant à ce sujet. Il s'était inquiété de ce que la vampire aurait pu profiter de cette inconscience pour épouser Sora contre son gré, mais Axel l'avait rassuré sur le sujet – le consentement complet des deux partis était nécessaire.

Pour le moins, ils n'avaient pas rompu et ne semblaient pas aller dans cette voie. Et Sora, incapable de prendre la moindre décision … Il n'était pas possible de régler cette situation sans blesser quiconque, et Sora se trouvait paralysé à l'idée de faire un quelconque mouvement. Seul point positif des derniers jours – outre le bonheur relationnel de Sora, parce qu'il était douloureux autant qu'agréable à voir – était qu'Axel n'avait pas ramené sur le tapis ses prétendus sentiments. C'était un inattendu mais bienvenu répit. Qui aurait cru qu'il serait une période donnée où Axel serait la chose la moins désagréable de son quotidien ? Il se redressa et s'alluma mécaniquement une cigarette, constatant que ses yeux se posaient d'eux-mêmes sur le piano. Il avait encore envie d'y jouer. Il se laissa le temps de la cigarette pour décider s'il prendrait le risque ou non. Sa situation avec Axel avait été agréablement calme ces derniers jours comme si le vampire avait décidé d'arrêter un peu d'être un trou du cul. Une paix mutuelle et fragile, entre deux personnes juste trop fatiguées pour continuer à se battre beaucoup plus longtemps. Ils avaient besoin de quelque chose de doux, et s'efforçaient à maintenir les choses ainsi, même si la colère d'Axel manquait un peu au paysage sonore du manoir. En parlant de paysage sonore, il avait tout de même vachement envie de jouer du piano. D'un côté, s'il jouait, il risquait de sérieusement foutre en l'air son calme, d'un autre, il y avait une petite chance qu'Axel soit assez pris dans son idée de paix pour le laisser faire sans anicroche. Éteignant son mégot, il avait pris sa décision, et rouvrit le piano. Il regarda les feuilles de partition et décida de ne pas pousser sa chance non plus, commençant à jouer un morceau qu'il connaissait déjà.

Sans surprise, Axel débarqua bientôt, moins paniqué que la dernière fois, ne laissant là que la colère et autre chose que Vanitas ne prit pas le temps d'analyser. Il continua à jouer, et ne sut comment prendre le silence du roux. Il entendit du chahut derrière lui, comme si on fouillait, puis un son grinçant, profond et ancien. Un son que Vanitas reconnut immédiatement. Il jouait l'arrangement pour piano de la partie orchestrale des Romances Sentimentales. Et Axel y avait ajouté l'air principal, le violon. Ils eurent quelques accrocs, quand l'un ou l'autre s'emportait trop, mais dans l'ensemble ça fonctionnait bien, ils arrivaient vite à suivre l'autre ou à se recaler sur son rythme.

Quand ils lâchèrent les dernières notes de leur instrument, Axel eut un sourire carnivore, mais Vanitas savait que ses yeux ne le trompaient pas. Il y avait de l'espoir, là-dessous.

« C'est une déclaration ? »

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Alors ? Hm … Franchement, j'ai hésité à tuer Vanitas. Et à le transformer. Surtout à le transformer. Je me tâte encore pour savoir si j'écris pas une fin alternative où il se fait transformer. Bref.

Réactions ?

Est-ce que ça vous donne envie de shipper le Vanixel, un peu ?

Ciao !