Voilà le nouveau chapitre !

J'en profite aussi pour vous remercier à nouveau, pour vos review et de vos view :)

Bonne lecture !


Les rues de Port Réal étaient bondées en cette journée et la reine se plaisait à s'y promener. Installée confortablement dans une chaise à porteur, elle porta une main attendrie à son ventre et se prit à penser l'image de son enfant. Elle souhaitait qu'il s'agisse d'une fille et qu'elle soit rousse de cheveux, telle sa personne, avec de grands yeux vert émeraude. Alors que les porteurs, entourés de sa garde personnelle, peinaient à avancer, elle eut la sensation d'être suivie, entendant depuis un moment maintenant, des sabots piétiner le sol derrière elle. Discrètement, elle leva le rideau et passa sa tête dans l'encadrement. La forme se figea et parue déstabilisée:

« Ser Davos ?! »

« Ma reine, je vous prie d'ignorer ma présence, je ne souhaite nullement vous importuner et gâcher le plaisir de votre promenade »

« Seriez vous en train de me suivre ? »

Il baissa la tête et bégaya, ne sachant que dire, puis, timidement, releva le front pour affronter le regard amusé de Sansa Stark:

« J'ai reçu l'ordre de sa Majesté le roi, de vous surveiller suite aux complications qu'impliquent votre grossesse.. »

« Ne vous inquiétez pas ser, je me porte mieux depuis quelques jours et me sens en parfaite santé ! Lord Stannis n'a pas a se soucier de cela »

« Pardonnez moi d'insister mais je ne peux vous laisser. Je vous promet de me montrer le plus discret possible, je ne voudrais pas m'immiscer d'avantage dans votre intimité »

La Louve se mit à rire en l'observant d'un regard enfantin. Elle qui se sentait assurée, trouvait cette situation amusante. Davos était un chevalier exemplaire et attentionné, le voir dans les rangs de son époux, à ses côtés ne pouvait être une meilleure chose. Ayant appris à faire confiance en le roi, elle dû aussi croire en sa Cour et ce fut en le Chevalier Oignon, qu'elle aurait placé sa vie. Il était dévoué ainsi que loyal, et ces qualités se faisaient rares, ces derniers temps:

« J'apprécie votre compagnie ser, rester près de moi me ferait d'avantage sourire ! »

« Quel charmant compliment ma reine, cela m'honore ! »

« Ne rougissez car vous êtes le conseiller du roi, le plus honorable qui soit ! »

La complicité qu'ils avaient réussi à crée leur permettaient des moments de détentes, de discussions et de rires, loin des situations affolantes et angoissantes de la capitale.

Il se plaça sur le côté et marcha lentement, dirigeant sa monture au rythme du transport de la reine. Puis, Davos lui lança un regard ému, suite au ventre arrondi. Voir Sansa enceinte lui rappelait sa femme et les sept enfants qu'ils avaient eu:

« Il sera aussi beau que le prince Steffon, et j'ose espérer une longue lignée à notre roi ! »

« Assurément ser Davos, la force des Baratheon et l'honneur des Stark coulera en ses veines ! »

Alors, tout en discutant durant de longues minutes, veillant à son bien être, le Chevalier Oignon la raccompagna jusqu'à ses quartiers.


« Que faîtes vous ici ? »

Alester se retourna brusquement et dévisagea le roi lui faisant face, de son regard sombre. Puis, sans une réponse, il se tourna une seconde fois pour admirer l'horizon. Port Réal était une ville magnifique et le prêtre rouge se plaisait, sur les hauteurs des murailles, à observer les alentours. D'une poche discrète de sa longue robe, il en sortit une pêche mûre et juteuse, ainsi qu'un petit couteau aiguisé. Alors, tout en coupant le fruit en quartier, il répondit au roi, calmement:

« Je déguste ce que le présent m'offre »

Il tendit un morceau à Stannis et ce dernier refusa d'un grognement de lassitude. Étant venu s'adresser à l'homme, à contrecœur, il s'était attendu à tout, sauf à cela. Le Cerf s'appuya contre la muraille et continua à loucher sur l'étrange personnage:

« Je souhaitais savoir la réelle motivation quant à votre venue à la capitale.. »

« Pour vous servir mon roi ! Vous êtes le champion d'Azor Ahai en personne ! »

Le jus dégoulina le long de sa barbe noire et il continua de manger voracement. A cette vision, Stannis fut écœuré. Cette scène lui rappela soudainement son frère Renly, qui, lors de leur entrevue avant sa mort, lui avait présenté ce même fruit. L'homme avait souhaité lui offrir, en guise de cadeau, témoignant d'avantage de sa pitié que de son allégeance. Depuis ce jour et durant de nombreux mois qui suivirent son assassina, Stannis avait été hanté par des cauchemars incessants. Il revoyait cette même pêche, dans les mains de son frère. Confus, il avait alors confié au Chevalier Oignon, que ce fruit était symbolique, et qu'il le garderai en mémoire jusqu'à sa mort, où il retrouverai la tombe de son Renly, enterré avec ce présent juteux.

Alester avait des cheveux noirs épais, coiffés en arrière et retombant sur sa nuque. Ses traits étaient fins et sa mâchoire, étroite. Cependant, il dégageait une fierté sans nom et son orgueil semblait déteindre sur sa personne. En l'examinant silencieusement, le roi en conclu qu'il devait être plus jeune que sa Majesté elle-même et devait avoir la trentaine. Seulement, les yeux sombres qu'il arborait réussissaient à le trahir, tant ils reflétaient un passé douteux. Deux caractéristiques habitaient son visage, l'une juvénile et l'autre plus ancienne. Cependant, n'étant pas crédule, il en déduit que cela était similaire à Thoros et Béric. Prier le Dieu rouge avait l'air de marquer autant l'esprit que le corps. Sur cette pensée, alors que son interlocuteur terminait sa dégustation, il se demanda si Melisandre cachait elle aussi vices et secrets. Son âme grogna douloureusement quant il eut l'impression de ne rien connaître d'elle:

« Je suis venu à la Cour pour vous Stannis Baratheon. Ce n'est pas rare de se tromper d'individu, mais vous avez prouvé votre valeur ainsi que votre véritable identité et cela, votre Majesté, personne ne peut le nier. Seulement, il y a une chose que je pourrais vous reprocher, une erreur que vous avez commise, mais voyez vous, l'erreur est humaine, alors il n'y a pas à remettre en question votre honneur ! J'ai moi même pêché, et pourtant, je suis prêtre rouge et suis censé me donner entièrement au culte »

« Et qu'ai-je fais ? »

Alester s'approcha du roi et le défia du regard, puis, il porta une main supportrice à son épaule. Ses yeux obscurs donnèrent à l'homme une profonde envie de fuir, au constat amère, de sa persuasion débordante et inébranlable:

« Vous vous êtes épris d'elle.. toutefois, non sans vous manquer de respect mon roi, mais j'ose vous révéler une vérité que vous cachez au plus profond de votre être, refusant de l'accepter, mais votre âme ne peut lutter contre sa personne. Elle vous attire tel un aimant et votre esprit devient alors un chaos confus et envoûté. Ses douces paroles dévorent l'homme que vous êtes, vous retrouvant à la merci d'une femme extrêmement convaincante et motivée, à servir ses opinions »

Le roi se dégagea de sa main brûlante, d'un geste brusque et elle vint tomber violemment de son épaule. Puis, alors qu'une rage destructrice se répandait en lui, il s'avança d'un pas vers le prêtre, se retrouvant à quelques minces centimètres de sa figure. L'ardeur qui vint s'emparer de son corps sembla se refléter sur son visage tant il était dur et assombri. Ses yeux verts dégageaient une tension inquiétante et grave, qui, pourtant ne vint nullement toucher Alester, qui lui aussi, toisait son interlocuteur avec un habituel mépris.

La rivalité naissante qui les avait habité le jour de leur rencontre s'intensifia et le roi pu sentir ses dents grincer sous une mâchoire serrée, contrôlée par la colère. De quel droit se permettait-il de porter de telles accusations contre sa personne, il avait trouvé la Cour depuis peu et son insolence infatigable était déjà ancrée dans les murs. Ce comportement hautain lui rappela Baelish et en visionnant le petit homme, il dû tenter de se calmer afin de ne pas s'emporter d'avantage. Stannis les détestait, ces hommes qui se permettaient de se placer au dessus de leur Majesté, le roi:

« Je ne m'éprends de personne et encore moins de serviteurs d'un faux Dieu, car je suis le roi, et un roi doit se montrer impassible et neutre ! Je vous interdis de blasphémer de la sorte ! »

« Lord Stannis, je ne souhaitais vous chercher querelle et vous prie de m'excuser pour mes propos, seulement, entre servir le roi, choisi par R'hllor en personne et me placer aux côtés d'une de mes semblables, prête à tout pour me devancer et me faire tomber, mon choix est rapidement fait.. Je sers votre Majesté et voulais simplement lui éviter des regrets à l'avenir, tels beaucoup ont du avoir, après le passage de Melisandre dans leur vie »

« Et qui êtes vous, Alester Sarwyck, pour oser dire de telles choses devant votre roi ? Je ne sais rien de vous, ni de votre passé, que me prouve votre parole ? Vous pourriez être vous aussi, en train d'essayer de m'ensorceler..»

Le prêtre leva un bras puissant et avança sa main vers le seigneur. D'un geste habile, il leva son index qu'il vint poser sur la poitrine de l'homme. Tout en fermant les yeux, tête baissée, il récita une étrange incantation en Ancien Valyrien et Stannis pu sentir une ardente tension l'inonder. Dans les yeux de son rival, il pu y voir se dessiner sa personne, aussi clairement qu'en se regardant dans un miroir. Un puissant frisson le saisit, alors qu'il voyait, au plus profond du regard lui faisant face, des scènes de sa vie antérieure. Puis, le prêtre se mit à sourire et se retira en reculant de plusieurs pas. L'homme ne pu comprendre ce qui venait de se produire et afficha une moue méfiante:

« Qu'avez vous fais prêtre ? »

« Elle ne vous a jamais parlé de son passé, n'est-ce pas ? »

« Quoi ? »

« En posant mon doigt sur votre cœur, j'ai pu en lire les pages et découvrir la vérité, ainsi, je suis assuré d'une chose, elle ne vous a jamais parlé d'elle.. »

« Je me moque de son passé sur Essos, répondez à ma question, au lieu de jouer aux devinettes avec votre roi qui s'impatiente ! Parlez moi de vous, Alester ! »

« Mon passé, conté par ma propre bouche ne vous serez d'aucune utilité et vous vous retrouverez déçu.. allez donc lui poser la question, elle saura y répondre tout aussi bien que moi.. votre Majesté.. »


Lorsqu'elle entra dans les appartements de la Louve, après permission, Melisandre resta quelques instants figée et silencieuse, face à l'enfant que la mère tenait dans les bras. Steffon, blottie dans le cou maternel semblait endormi. Lentement, la prêtresse s'avança, en admiration devant l'héritier, qui, d'après ses symptômes, était en communication avec R'hllor:

« Je vous salue ma reine et vous remercie d'accepter cette entrevue »

Elle lui adressa un large sourire et se posa face à Sansa, qui l'observait méfiante, puis, sous le visage enjôleur de la prêtresse, elle se détendit un instant. Ce n'était pas qu'elle n'appréciait guère Melisandre, seulement, les dires de Davos avaient réussi à la mettre en garde et installer un soupçon encore inexistant quelques temps auparavant.

« Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

Délicatement et ayant appris de l'enseignement de Baelish, elle fixa la prêtresse sans lâcher son regard, et cette dernière termina sur un sourire mutin. Melisandre comprenait petit à petit, ce qu'elle redoutait, la prudence de la Louve. Cependant, se sachant persuasive au point de faire plier grand nombre de personnes, elle continua son manège et opta pour une approche qui ne pouvait laisser la jeune femme indifférente:

« Mon roi est-il au courant de notre précédent entretien ? »

« Assurément, je l'ai mis au courant, il est mon époux, je ne peux lui cacher cela.. »

« Et comment a-t-il réagi en sachant deux femmes qui l'attirent irréfutablement, discuter sans qu'il ne soit mis au courant auparavant ? »

Elle lui lança un sourire espiègle et sa dernière phrase eut l'effet escompté. Sansa leva brusquement la tête et lui adressa un regard douteux, puis, comme si de rien n'était, elle détourna la tête, comme gênée sous les yeux hypnotiseurs de Melisandre. Cette dernière avait réussi à retenir l'attention de la Louve tout en gardant l'avantage, et, c'est assurée qu'elle s'apprêta à engager ce sujet qui lui tenait tant à cœur:

« Le roi est un homme remarquable, tout comme vous, ma reine, il est donc normal et logique que le fruit de votre union soit tout aussi puissant.. »

Steffon se réveilla et, surprit de voir la prêtresse près de lui, la fixa intensément de ses grands yeux bleu enfantins. Puis, comme s'il était attiré par une force invisible, dégagée par cette dernière, il lui tendit soudainement les bras en gémissant, afin qu'elle le tienne contre elle.

La mère, étonnée de voir un tel comportement, dévisagea la femme rouge, qui pourtant, n'avait dit, ni agit, se contentant d'observer l'héritier d'un regard empli de fierté et de prétention. Sansa refusa et le ramena contre elle. Steffon se mit alors à pleurer face à la réaction de sa mère et cette dernière peina pour le calmer:

« Puis-je ? »

Melisandre, qui demandait à porter l'enfant afin de soulager la Louve, la questionna d'un regard confiant et désireux de rendre service. Prise en pitié ou faisant simplement preuve de bonne volonté, Sansa, qui se voyait de plus en plus incapable de consoler son fils, accepta et le confia délicatement à la prêtresse. Lorsqu'il se retrouva contre elle, instinctivement, il se blottit contre l'épaule chaude et dénudée de la femme, qui, confiante face aux cris interrompus, lui caressa tendrement les cheveux:

« Comment faîtes vous cela ? Pour la première fois, mon fils cesse de pleurer dans vos bras.. »

« Le Maître de la Lumière veille sur lui ma reine, la réponse est aussi simple que sa véritable nature.. »

L'enfant se décolla de sa peau, pour planter son regard dans celui de la femme rouge. L'intensité de ses yeux se fit alors remarquer et ils devinrent lentement, d'un bleu éclatant. Sansa, qui commençait à être gênée par une telle promiscuité entre son fils et la prêtresse, détourna la tête et tenta de ne pas faire attention. Alors qu'elle se servit de l'eau, Steffon, toujours plongé dans le regard de braise, esquissa un large sourire, laissant apparaître ses petites dents. Melisandre lui répondit en lui embrassant le front et lui chuchota à l'oreille, des mots en Ancien Valyrien. Alors, elle s'adressa à la Louve, qui vint de poser son verre vide:

« C'est un bel enfant, qui ressemble énormément à son père. Il possède les cheveux des Baratheon, aussi noir que l'ébène.. Toutefois, il semble posséder des caractéristiques propres à votre famille, et ses yeux bleu sont ceux des Stark, je peux vous l'assurer.. »

Steffon était un enfant assez chétif et précoce. Cependant, ces conditions physiques étaient dues à sa maladie. Curieux de nature, il débordait de vie et riait aux éclats lorsqu'il découvrait les jardins du Donjon Rouge. Ses cheveux étaient sombres, caractéristique du Cerf. Il avait un visage fin, envahi par de grands yeux d'une couleur bleutée. Ce regard dévorant avait persuadé Melisandre, qui, en les visionnant au plus profond, avait pu voir R'hllor en personne.

« Mon fils est pourtant malade.. »

« Certes, mais ce n'est pas une maladie à proprement parlé, il s'agit d'un don, ma reine. Votre fils est un miraculé, qui ne demande qu'à accomplir sa destiné. S'il s'est tût au contact de ma peau, et s'il a eu une telle réaction en cherchant mon regard, ce n'est pas anodin.. En plus du feu sacré qui le consume.. Tous ces détails sont la vérité sur son existence.. »

« Que voulez vous dire ? »

« Steffon doit devenir prêtre rouge et partir au temple du Maître de la Lumière au plus vite, telle est sa volonté.. »

Sansa ouvrit une large bouche, stupéfaite par ce qu'elle venait d'entendre, puis s'emporta violemment. Tout en essayant de ne pas se fatiguer, supportant le poids de son ventre, elle leva les bras au ciel en guise de protestation et se mit à hurler son mécontentement:

« Personne ne m'enlèvera mon fils, et il restera à Port Réal, car il est l'héritier du Trône de fer ! Jamais il ne vous suivra, prêtresse, et jamais il ne vous suivra dans votre culte odieux ! »

La Louve la pointa brusquement du doigt tout en sifflant ses avertissements, puis, elle tenta de lui arracher l'enfant des bras, qui, ne voulant pas retrouver sa mère, agrippait fortement la manche de la femme rouge:

« Rendez moi mon fils femme, ou je vous en donne ma parole, Stannis, mon époux, sera mit au courant et je ferai en sorte qu'il vous punisse sévèrement ! J'ai agis une première fois, en envoyant lord Baelish en cellule, j'agirai une seconde fois si cela doit m'obliger à sauver Steffon ! Je ne suis plus l'enfant que j'étais sous le règne des Lannister et suis désormais reine, alors je vous ordonne, prêtresse, de me rendre mon fils ! »

Sous les cris incessants de Sansa, qui frôlait doucement l'hystérie, la porte s'ouvrit brutalement sur le roi, pressé de discuter avec Melisandre, quant aux dires d'Alester. Seulement, il se figea au constat de l'enfant, dans les bras de la femme rouge. Une puissante émotion le parcouru, lui qui voyait celle qu'il considérait comme sa véritable reine, portant son héritier.

Alors qu'il louchait sur la scène lui faisant face, la Louve, suite à sa colère immense, ressentit de fortes douleurs et s'assit sur le lit, portant sa main à son ventre:

« Appelez un maestre ! Vite ! »

Stannis hurla le nom de Davos, qui, dans les parages, arriva rapidement, puis, sur ordres du Cerf, couru chercher le maestre et la septa.

Les minutes défilèrent, quand ils se présentèrent enfin, essoufflés après une course folle jusqu'aux appartements de la reine. Stannis, inquiet face aux douleurs que ressentaient son épouse, fut obligé de sortir, accompagné de son fils et de Melisandre.

Il patienta nerveux, derrière la porte, et porta un regard soupçonneux à sa prêtresse, se doutant d'une quelconque implication. Dans ses bras se trouvait Steffon, pleurant face à l'agitation qui s'emparait de la pièce voisine. Le seigneur grimaça et tenta de le calmer:

« Mon roi, laissez moi calmer votre fils.. »

« Ne le touchez pas ! Pourquoi le portiez vous ? »

« Parce que lady Sansa se trouvait impuissante devant une telle scène, semblable à celle que vous vivez en ce moment »

Il la foudroya du regard mais ne lui confia pas et essaya tant bien que mal, de bercer l'enfant. Stannis n'avait jamais été à l'aise avec les plus jeunes, ne comprenant pas leurs cris incessants. Déjà, Renly petit, il n'avait réussi à le supporter tant il passait ses journées à pleurer et gesticuler.

Après de longues minutes à patienter, en louchant inquiet, sur la porte, cette dernière s'ouvrit lentement, sur le maestre, qui affichait, tête baissée, une mine désolée. Stannis, affolé et hors de lui, confia Steffon à Melisandre pour plonger sur l'homme et le faire réagir. D'un geste brusque, il lui secoua les épaules:

« Comment se porte ma femme ? Les douleurs ont-elles disparu ? »

Le maestre leva les yeux vers son seigneur pour lui montrer ses mains couvertes d'un sang rouge sombre. Puis, il lui murmura sa peine et quitta les lieux, la démarche maladroite, sous le choc. La septa se présenta aussi, les yeux rougis par les pleurs d'avoir assisté, impuissante, à la mort d'une femme, si jeune et pleine d'avenir:

« Laissez moi passer ! »

« Pardonnez moi, mon roi, mais nous n'avons pu faire. L'accouchement, suite aux douleurs que la reine ressentait, s'est déclenché prématurément.. Nous avons fait notre possible, mais lady Sansa a succombé, ayant perdu beaucoup de sang.. »

« Et l'enfant ? »

« Je suis vraiment attristée, mon roi.. votre fils n'a pas survécu»

Le cœur serré, il entra violemment dans la chambre et vit le corps sans vie de son épouse, baignant dans des draps ensanglantés. La prêtresse confia Steffon à la septa et le rejoignit, affichant une figure assombrie par la vision de la mort elle-même. Le Cerf fit quelques pas et souleva la couverture qui cachait le petit être, envolé dès la naissance. A la vue d'une telle chose, et comprenant ce qu'il venait de perdre, des larmes de tristesse coulèrent le long de ses joues. Stannis ne pleurait jamais, mais lorsque cela se produisait, ce ne pouvait être plus sincère. Elles cessèrent alors soudainement pour faire place à une profonde culpabilité, où venait se mêlait haine et colère:

« Je n'ai pas été capable de tenir ma promesse, la fille de Ned Stark n'est plus.. »

« Stannis, le Maître de la Lumière l'a réclamé, elle se trouve désormais près de lui, ne vous accusez pas d'une mort dont vous êtes innocent.. »

« Ne venez pas me parler à nouveau de vos croyances absurdes. Regardez ce qui se tient face à vous ! Mon épouse est morte, mon fils est mort, et Steffon est malade.. que pourrait-il y avoir de pire ? »

Melisandre se tourna vers la porte pour voir apparaître Thoros, qui entra, la visage triste et éteint. Il salua le roi et vint près de la femme rouge. Le seigneur, qui ne comprenait la venue du prêtre, l'interrogea du regard, puis, n'ayant aucune réponse, le posa sur Sansa. Ce frisson qui n'avait cessé de l'envahir quand il était entré dans la chambre, s'intensifia et sa bouche se tordit sous une douleur inimaginable. L'homme avait l'impression de perdre ce qu'il avait de plus cher, la reine. C'est grâce à elle qu'il avait pu reprendre le Nord et conquérir le trône, il lui devait ses victoires et son titre. Cependant, se doutant qu'il n'avait pas été un époux exemplaire, il détourna son regard, honteux. Le visage crispé, il vit le petit être qui gisait près de sa mère. Sa poitrine se serra d'avantage et il leva les yeux, débordant de colère, vers le prêtre rouge:

« Ramenez les à la vie ! »

« Mon roi, je ne peux.. »

« Ramenez les à la vie, c'est un ordre ! Si vous refusez de m'obéir, votre tête, Thoros de Myr, se retrouvera sur une pique ! »

L'homme, qui se trouvait réellement dans l'incapacité d'exécuter les ordres, baissa la tête et ne répondit d'avantage, priant pour que Melisandre prenne sa défense, ce qu'elle fit immédiatement:

« Stannis, le Maître ne peut ramener à la vie aussi facilement.. pour cela, il faut lui faire une offrande, regardez Béric Dondarrion, à chaque résurrection, il le paie de ses souvenirs antérieurs »

« Justement, vous vous êtes obstinés à ramener un homme dont l'existence est minime, il s'agit ici de votre reine, sa valeur est beaucoup plus grande qu'une simple chevalier, alors, je vous le demande à nouveau, prêtre, utilisez votre magie ! »

« Je ne pourrai ramener les deux.. »

« Quoi ? Êtes vous en train de m'annoncer que vos pouvoirs ne sont pas si redoutables que ce que vous vantiez il y a peu ? Vous couvrez sans cesse d'éloges un faux Dieu, païens que vous êtes, qui serait aussi puissant que les Sept réunis et vous vous permettez de me tenir tête en me disant qu'il ne peut ramener mes morts ?! Comment diable osez vous ! Si je n'étais pas en deuil, je vous ferai enfermer pour ces mensonges religieux ! »

D'un doigt accusateur, il défia les deux prêtres et les avertis une dernière fois. Ses yeux vert laissaient place à une profonde obscurité, dans laquelle se mêlait tragédie et perte. Il cracha son désespoir en maudissant le culte de R'hllor pour cette imposture et hurla de rage face à une injustice le dévorant intérieurement:

« Mon roi, je ne peux ramener qu'une personne, je sais que cela est cruel, mais si vous désirez un geste de la part du Seigneur de la Lumière, il vous faut prendre une décision, de plus, vous devez offrir un présent au Dieu rouge, synonyme de votre reconnaissance.. »

« Vous ne lui offrez rien, Thoros de Myr, pourquoi devrais-je le faire ? »

« Je le remercie par de longues prières, aussi, vous n'êtes ni prêtre, ni partisan du culte, il serait alors étrange de le voir vous accorder un tel privilège »

« Permettez à votre fils Steffon, de rejoindre le temple d'Asshaï, je l'y conduirai moi-même et veillerai personnellement sur son apprentissage.. Il ne peut y avoir meilleure solution et votre enfant vivra.. Mon roi, donnez une vie au Seigneur, pour en voir une nouvelle prendre forme..»

Stannis plongea son regard vers son épouse et se mit à réfléchir durant de longues minutes, étant dans l'incapacité à se décider. S'il ramenait Sansa, il aurait à nouveau sa femme et l'appui du peuple, s'il privilégiait son fils, il aurait un second héritier, pouvant témoigner d'une accession au trône, si la maladie de Steffon venait à le faire tomber. Alors que sa tête bouillonnait face à cette situation des plus rudes, il se sentit ridicule. Comment pouvait-on décider entre son épouse et son enfant..:

« Comment pouvez vous me demander un tel choix.. Votre Dieu n'est pas amour et vie, comme vous vous aimez à le penser.. Il n'est que perfidie et injustice.. Je ne peux décider.. Vous rendez vous compte de ce que je dois faire ? Décider d'arracher d'entre les morts une personne, ne devrait être à la portée d'aucun tant cela est inhumain.. »

« Mon roi, vous devez vous décider.. Nous devons faire vite avant que cela ne soit trop tard.. »

« Assez ! »

Un puissant silence envahi la pièce, laissant le roi, tremblant devant la responsabilité qu'il avait. S'il devait suivre sa raison, l'enfant serait gagnant, mais s'il devait suivre son cœur, les deux ne pourraient être dissociés. Cependant, lorsqu'il se tourna vers Melisandre et qu'il vit son regard brûlant, ses yeux se posèrent sur l'enfant. Sansa était bien trop jeune pour trouver la mort, qui plus est, en donnant la vie, mais qu'y avait-il de plus horrible que la perte d'un mort né.. Cette image, le voyant gisant, emprunt d'un rouge morbide, lui rappela Selyse et ses accouchements funestes. Le Cerf ferma durant un instant ses paupières, revivant ces scènes passées, puis, le visage défiguré sous une peine sans nom, porta le petit corps, enroulé dans une couverture et le présenta à Thoros. Puis, il les foudroya une dernière fois d'un regard dévastateur. Alors qu'il s'apprêtait à quitter la chambre, refusant d'assister à ce rituel macabre, il dévisagea la femme rouge, l'accusant d'être la cause de ses vices et tourments. D'un signe de tête impuissant, il accepta son offre, lui permettant d'amener son fils malade au Temple, puis, gronda de sa voix rauque et emplie de tristesse, en désignant le nouveau né:

« Il s'appellera Maric Baratheon.. »